II. - MONTURE DES VERRES DE LUNETTES
Le verre destiné à corriger Pélat de réfraction d'un œil doit occuper en avant de lui une certaine position. Son plan doit être perpendiculaire à la ligne visuelle et vertical pour la vision des objets éloignés, tandis que, pour la vision de près, une inclinaison de 15 à 20 degrés par rapport à la verticale est utile, afin de tenir compte du mouvement naturel d'abaissement de l'organe. Comme terme moyen pour les verres destinés à la vision de près et de loin, on peut accepter une inclinaison de 10 degrés.
La position oblique des verres sphériques en avant des yeux peut corriger l'excès de réfraction de l'œil dans la direction de cette inclinaison, c'est là un moyen de correction que l'expérience fait découvrir à beaucoup d'astigmates. Le port d'un verre sphérique incliné produit le même effet que celui d'un verre plus fort combiné avec un verre cylindrique, et cet effet est proportionnel au numéro et à l'inclinaison du verre.
Un phénomène analogue se produit avec les verres cylindriques, quand ils sont inclinés dans une direction perpendiculaire à leur axe. Cette rotation d'un verre cylindrique augmente sa puissance réfringente au point qu'une inclinaison de 40 degrés la double. La rotation autour d'un axe perpendiculaire à l'axe du cylindre augmente très peu la force du verre.
Le centre de chaque verre doit correspondre exactement au centre de la pupille, d'où pour l'oculiste la nécessité de signaler sur son ordonnance l'écart des deux centres pupillaires et aussi la différence de niveau de la ligne horizontale bipupillaire et du dos du nez à sa racine. On évitera, grâce à ces précautions, l'action prismatique des verres mal centrés ou au contraire on pourra en prévoir les effets.
Pour s'assurer que le centre optique des verres est bien placé au milieu de la monture convenablement choisie, il suffit d'en déterminer la position en regardant à travers elle une longue ligne verticale. Le segment de la ligne, vu à travers le verre, et ses extrémités, perçues au dessus et au-dessous de lui, se prolongent exactement, quand le rayon visuel traverse le milieu de la lentille. La ligne semble brisée en trois segments, quand on déplace le verre à droite ou à gauche, c'est-à-dire quand elle est vue à travers les parties latérales de la lentille. En réalité le tronçon médian de la ligne parait déplacé et ce déplacement apparent est d'autant plus prononcé que le verre a été porté plus de côté ou qu'il est plus convexe ou plus concave. La lentille décentrée a agi comme un prisme et son numéro en dioptries, multiplié par le
NIMIER ET DESPAGNET. 40
nombre de centimètres de la décentration, exprime avec une exactitude suffisante le numéro du prisme obtenu (Bull).
Chez les myopes, qui portent les mêmes verres pour voir de loin et de près, il convient de placer le milieu des verres en face des pupilles pendant que les yeux regardent un objet éloigné ; par suite, dans le regard de près, les verres fourniront l'avantage d'un prisme à base interne, c'està-dire favoriseront l'action des muscles droits internes.
La bonne position des verres en avant des yeux est obtenue au moyen de montures qui, suivant leur forme, prennent les noms de lunettes, pince-nez et faces à main.
En réalité, les lunettes seules, ou presque, assurent le maintien des verres en bonne position. Le pince-nez, en effet, tend constamment à pencher en avant et à placer les verres obliquement devant les yeux; de plus, suivant que les plaquettes du ressort appuient plus ou moins près de la racine du nez et par suite sont plus ou moins écartées, les centres des verres se trouvent plus ou moins déplacés par rapport au centre des pupilles. En outre, quand il s'agit de verres cylindriques, l'axe du cylindre ne conserve pas toujours une même position. Cet inconvénient, il est vrai, n'existe pas avec le pince-nez Motais, les deux verres étant accouplés au moyen de deux barres horizontales, qui glissent l'une sur l'autre.
Le principal avantage des pince-nez est la facilité avec laquelle on peut les mettre en place ou les enlever, mais à ce point de vue ils sont inférieurs aux faces à main surtout agréables aux personnes qui n'ont besoin de verres que pour regarder quelques instants. On a encore recommandé les faces à main pour les élèves myopes afin de prévenir le port permanent des verres destinés à corriger toute l'amétropie, chez eux les verres à la Franklin montés en lunettes sont préférables.