‹ Traité élémentaire d'ophtalmologieChapitre 34 sur 443 · XIV. — ÉPITHÉLIÔMA · texte numérisé non relu

XIV. — ÉPITHÉLIÔMA

V épithéliôma est, de toutes les tumeurs malignes de la paupière, la plus fréquente. Il se développe sur le bord libre, d'ordinaire dans l'angle nterne. La paupière inférieure est plus souvent prise que la supérieure.

Au début c'est un petit bouton, une excroissance qui apparaît sur le bord libre. Sa coloration est à peu près celle de la peau ou jaune grisâtre. En le touchant on sent qu'il est bosselé, adhérent à la peau, mais mobile sur le tarse. A mesure qu'il évolue il semble s'aplatir, il s'excorie facilement et saigne avec abondance. Bientôt il s'ulcère. L'ulcération profonde taillée à pic, avec des bords irréguliers, bosselés, très indurés, sécrète, en petite quantité, un pus grisâtre qui s'accumule à la périphérie et forme des croûtes gris perle (épithéliôma plat de Michel). Sa marche est d'ordinaire très lente.

Parfois, au contraire, l'ulcération marche avec une rapidité surprenante et gagne en profondeur en même temps qu'en surface. Son évolution est d'autant plus précipitée que plusieurs boutons peuvent à la fois se présenter sur la même paupière, leurs ulcérations se réunir, et dès lors la destruction de la paupière n'est pas longue à se produire, et le néoplasme envahit le périoste {forme phagédéniqué) .

Dans d'autres cas, et c'est là l'épithéliôma le plus commun, l'ulcération une fois produite se recouvre de bourgeons rougeâtres lobules et fendillés qui saignent dès qu'on les touche (épithéliôma papilli formé).

Nous avons dit au sujet des verrues qu'elles pouvaient se transformer et être le point de départ d'un épithéliôma. Dans ce cas, à mesure que

la verrue s'étend dans le voisinage, elle devient dans son centre le siège d'une ulcération à excroissances, analogue à la forme que nous venons de décrire.

Les recherches histologiques ont démontré que souvent les glandes sébacées fournissaient le point de départ à l'épithéliôma.

Il devient douloureux quand il gagne la conjonctive et amène alors l'engorgement des ganglions voisins.

Le bord libre des paupières est un des sièges de prédilection de l'épithéliôma à cause de son irritation permanente, tant par l'écoulement constant des liquides qui le débordent, que par les frottements incessants qu'il éprouve. Si le grand angle est plus spécialement atteint, c'est qu'il est le réceptacle de tous les détritus que charrient les liquides conjonctivaux.

Les auteurs disent que ce n'est qu'après la quarantième année que se développe l'épithéliôma. Il est incontestable que ce néoplasme est un des apanages de la vieillesse, cependant il ne faudrait pas être absolu. En effet, bien que plus rare, on Ta observé dès l'âge de vingt ans.

Nous avons dit qu'à part la forme phagédénique, la marche de l'épithéliôma est excessivement lente, mais elle est aussi essentiellement progressive. Aussi son pronostic est-il grave, d'autant plus qu'au début il passe souvent inaperçu. Sa gravité s'augmente encore de sa très grande tendance aux récidives après son opération.

Aussi, dés qu'on l'a reconnu, faut-il largement procéder à sa destruction.

On a, quand le néoplasme est au début, conseillé l'usage des caustiques chimiques ; puis quand l'ulcération est produite, d'aucuns ont vanté les bons effets du chlorate de potasse intus et extra. Nous pensons que tous ces moyens font perdre un temps précieux qui permet à l'épithéliôma d'évoluer avec une rapidité plus grande qu'à son ordinaire, excité qu'il est par la médication qu'il subit. Tout au plus pourra-t-on y avoir recours quand la surface envahie aura une étendue telle qu'il faudra perdre tout espoir d'intervention, ou chez les individus trop âgés, si la tendance du néoplasme à la propagation est peu marquée.

Nous interviendrons toujours chirurgicalement, s'il est possible, en prenant pour règle d'enlever le tissu sain autour de la tumeur sur une étendue de 3 à 4 millimètres.

L'épithéliôma est-il peu étendu et localisé au bord libre, on l'enlève par deux coups de ciseaux en forme de V et on rapproche les lèvres de la plaie par quelques points de suture sans danger d'ectropion que pourrait faire craindre le tiraillement des premiers jours.

La perte de substance est-elle au contraire considérable, on doit la combler en empruntant les lambeaux aux parties voisines : front, tempe, joue.

Enfin l'épi thélïôma a- t-il dépassé la paupière et envahi profondément le bulbe, il ne faut pas hésiter à sacrifier l'œil.

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