À PRÉFACE
C’est en 1858 que nous avons donné la première édition du présent Traité de Botanique. C'était le premier ouvrage de ce genre publié en Canada.
La Botanique, qui ne faisait pas même alors partie des cours ordinaires de nos collèges classiques, était
| jusque là une science à peu près inconnue, même de nom, à la plupart de nos lettrés.
Mais l’Université Laval venait d'ouvrir ses cours
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de sciences, et la science des plantes recevait de sa | part une attention toute particulière, faisant même | partie du programme des examens à subir par les | aspirants à ses grades.
En 1870, feu M. l’abbé Brunet, professeur de Botanique à cette même Université, publia ses Eléments de Botanique et de Physiologie Végétale. C'était avec
un titre différent reprendre notre traité.
Enfin, un an après, en 1871, M. l’abbé Moyen
: autre professeur de Botanique au collège $. Sulpice de Montréal, s’en vint aussi avec son propre traité
| qu’il intitula: Cours Elémentaire de Botanique.
vi PRÉFACE.
Les professeurs prônant leur propre ouvrage à leurs élèves, il va sans dire que le débit du nôtre dût s’en ressentir considérablement, s’il ne fut pas pendant quelque temps totalement interrompu.
Cependant les professeurs de nos diverses institutions ne manquèrent pas de faire la comparaison entre ces différents ouvrages, et notre Traité reprit petit à petit faveur en plusieurs endroits ; si bien
ue l’édition s’en trouvant épuisée, les libraires nous engagèrent à en donner une deuxième.
On nous avait souvent répété que notre Traité n'étant pas en rapport avec le Programme du Baccalauréat de l’Université Laval, n'allait pas assez droit au but pour donner la réponse aux questions de ce Programme, et laissait souvent ainsi les élèves dans l'embarras, s'ils ne voulaient pas s’astreindre à une étude plus attentive et plus sérieuse des principes de cette science. Nous avons donc cru devoir refondre notre ouvrage et le remodeler sur ce Programme pour parer à cet inconvénient.
ette nouvelle édition répondra ainsi complètement à toutes les exigences du Programme universitaire, cependant, on reconnaîtra facilement que nous n'avons pas suivi aveuglément ce Programme en tout point.
Nous pensons que les savants rédacteurs du pro-
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PRÉFACE. vil
gramme ont eu plus d’une distraction dans la distribution de leurs questions, car autrement nous ne serions pas d'accord avec eux sur certains principes. Ainsi, par exemple, le Programme range dans l’Organographie, le boutui age, le marcottage et la greffe. Ce ne sont certainement pas là des organes des plantes, et nous avons cru devoir laisser ces opérations dans le chapitre deJa Physiologie, où nous les croyons en leur lieu propre. [1 en est encore ainsi de la Dissémination des graines, qui est un fait purement physiologique.
Dans le chapitre de la Physiologie, le Programme traite d’abord de la Nutrition des plantes, puis de la Fécondation des fleurs et enfin de la Germination des graines. Il est bien vrai que la vie du végétal formant un cercle, il faut lui donner un commencement quelque ‘part. Cependant, comme nous avions juge plus rationel de commencer ce cercle d’évolutions par la Germination, pour passer ensuite à la Nutrition et enfin à la Fécondation, nous n’avons pas cru devoir altérer notre premier plan à cet égard.
Mais pour ne pas, avec ces transpositions, écarter l'élève qui voudrait se préparer à l’examen en suivant rigoureusement le Programme, nous l’avons reproduit ce Programme à la fin de notre Traité, en
faisant suivre chaque question ou proposition de
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viii PRÉFACE, l'indication, entre crochets, du numéro où l’on en
trouvera la réponse dans le présent Traité. À
Nous pensons que de cette façon cette nouvelle édition répondra également et aux réquisitions du Programme et aux exigences de la science.
L’ABBÉ L. PROVANCHER.
Cap Rouge, Octobre, 1884.
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1.—La seule inspection des êires qui composent notre globe a permis de les ranger en trois grands départements auxquels on est convenu dé donner le
nom de règnes ; ce sont: le règne minéral, le règne
végétal et le règne animal. L’ensemble des sciences qui ont pour objet l'étude des êtres tant organisés qu'inorganisés qui forment chacun des trois règnes, s’appelle Histoire Naturelle. L'Histoire Naturelle, comme les êtres qui font l’objet de son étude, se partage aussi en trois grandes parties, savoir: la Minéralogie, qui traite des minéraux ou des êtres inorganisés ; la Zoologie (de Z6on, animal et logos. discours), qui traite des animaux ; et la Botanique, qui traite des végétaux.
2.—Le mot Botanique vient du mot grec botanè, qui signifie plante. La Botanique est donc une science qui a pour objet la connaissance, la descrip- __. la classification des plantes.
8.—On divise généralement la Botanique.en quatre parties, savoir : 1° L’Histologie, qui nous fait connaître les tissus qui composent les organes des plantes ; 2° L’Organographie, qui comprend la description des différents organes des végétaux ; 3° La Physiologie, qui s'occupe des phénomènes et des lois de la vie végétale; et 4° enfin la Taxonomie ou Méthodologie, qui a pour objet la classification et la nomenclature des végétaux. :
4,—La plante ou végétal est un être organisé, privé de sentiments, et incapable de mouvements volontaires. | |
L'animal est un être animé, susceptible de sentiments, et capable de mouvements volontaires.
Le minéral est un être inorganique, ne pouvant ni sentir ni se mouvoir.
Linné, en trois mots, a tracé la différence entre ces trois sortes d'êtres : ‘“ Les pierres, dit-il, croissent ; les végétaux croissent et vivent ; les animaux crois-
. sent, vivent et sentent.”
5.—Par plantes en général on doit donc entendre tous les individus du règne végétal; c’est-à-dire, cette multitude innombrable de productions naturelles qui couvrent de toutes parts la surface de notre globe, puisant dans le sol, l’air et l’eau, au moyen d'organes dont elles sont pourvues, des substances inorganiques propres à promouvoir leur développe- : ment ou accroissement, et à favoriser leur reproduc-
tion.
Au point de vue de l'étude de la Botanique, les champignons microscopiques qui s’attachent aux tiges des céréales, et la moisissure que vous fendez
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de la lame de votre couteau en ouvrant un pain un peu vieux, ne méritent pas moins de fixer notre attention que le Pin majestueux de nos vallées ou le Chêne séculaire de nos montagnes. Et l’on ne sait ce qu’on doit admirer davantage, de cette libéralité infinie du Créateur, qui couvre chaque année nos champs de riches moissons nécessaires pour notre subsistance, ou de cette sagesse non moins grande qui livre à notre observation des créatures si petites et si peu apparentes, qu’elles ne semblent destinées qu’à nous rappeler une puissance et une fécondité sans limites. Aussi le champ de cette étude est-il aussi vaste que la terre elle-même, car partout elle nous offre des productions, si non différentes, du moins variées jusqu’à l'infini dans les formes de leur disposition ou de leur organisation.
6.—Les plantes plaisent à tout le monde: leur présence c’est la vie, leur absence c’est la mort. L’élégance de leurs formes, l'éclat et la variété de
leurs couleurs, la suavité de leurs parfums, consti-
tuent des agréments auxquels les intelligences même les moins cultivées ne peuvent être insensibles, et l'observateur attentif découvre dans leur étude des harmonies sublimes qui le ravissent d’admiration et le forcent à s’incliner devant la sagesse, la puissance et la bonté infinies du Créateur. Ajoutons qu’au point de vue matériel, la plante est l’appoint indispensable de la vie ; nourriture, vêtements, meubles, médicaments, elle nous fournit pour nos divers besoins des applications variées à l'infini.
7.—-]1 serait difficile de donner le nombre exact des plantes. Le savant Linné en comptait 6,000 en
1764, Steudel donnait la liste de 50,481 en 1824; les botanistes en ont décrit aujourd’hui près de 200, 000 ;
et l'immense herbier du Museum de Paris n’en ren-
ferme pas moins de 115,000 à 120,000.
8.—On se bornait autrefois à diviser les végétaux en arbres, arbrisseaux et plantes herbacées. Mais depuis les études des Tournefort, des Linné, des Jussieu, des De Candolle, etc., diverses classifications fondées sur des principes scientifiques ont été universellement adoptées ; nous en donnerons plus loin le détail.
9.—Dans les végétaux les plus parfaits on distingue : 1° l'axe ou la tige, qui est la partie ascendante et dont la tête est ordinairement formée d’un faisceau de ramifications. 2° La racine, qui s'enfonce dans
le sol pour y fixer la plante et en tirer la nourriture.
qui lui convient. 3° Le collet, qui est un petit bourrelet ou cordon, et quelquefois un point purement
idéal dans la tige, près du sol, et qui divise le système ascendant de la tige, du système descendant de .
la racine.
Nous disons dans les végétaux les plus parfaits, .
car il est des plantes anormales dans lesquelles quel-
ques-unes de ces parties manquent totalement, ou
sont tellement conformées qu’il est très difficile de les distinguer. C’est ainsi, par exemple, qu'on ne trouve point de tige dans les lichens qui s’attashent
aux trones des arbres, et que des varechs se fixent :
ou se collent aux rochers sans aucune racine.
10.—Les plantes, sous le rapport de leur organisation, de leur mode de génération, de leur habitat, de leur durée, de leur usage, sont dites :
INTRODUGTION. 5
Ligneuses, lorsque la tige forme un bois solide | (Erable, Hêtre).
Sous-ligneuses ou frutescentes, lorsque le Les de la
. tige seul prend la consistence du bois (Géranium).
Herbacées, lorsque les tiges persévèrent tendres, molles et de couleur verte (Maïs, Balsamine).
Phanérogames. (de phaneros, apparent et gamos, mariage), lorsque les organes de la reproduction sont apparents (Lis, Rossier).
Cryptogames (de cryptos, caché, et gamos), lorsque. les organes de la reproduction n’apparaissent pas à l’œil nu (Champignons, Algues).
Terrestres, lorsqu'elles PAAREn de la terre (Oignons, Chardon).
Aquatiques, quand elles vivent dans l’eau (Nénuphar).
Marines, si elles vivent dans l’eau salée (Algues).
Annuelles, lorsqu'elles ne vivent qu’une seule année (Blé, Orge). |
Bisannuelles, lorsqu'elles vivent deux ans (Trèfle, Digitale).
Vivaces, si elles vivent plus de deux années (Fléole, Asperge).