DU SODIUM ET DE SES COMPOSÉS
Sodium. Métal de la soude ; s'extrait de cette dernière substance par le procédé indiqué pour isoler le métal précédent dont il a presque toutes les proprietes ; cependant, si on le met sur l’eau il n’y a pas inflammation , le sodium produit une vive effervescence , fond, absorbe l’oxigène de l’eau , dégage l’hy-
drogène et le liquide devient alcalin. Ce métal s’unit au chlore, au soufre, au phosphore ; il s’allie au potassium , et donne un composé fluide à une assez basse température.
Soude, (éch. syn 24 socl., 8 oxig. ). Produit formé par l’union de l’oxigène avec le métal précédent : ce composé a des propriétés analogues à celles de la potasse; mais il n’est pas? déliquescent, etmême s’eflleurit à l’air. On l’obtient on traitant le sous-carbonate de soude par la chaux, séparant le précipité, évaporant la liqueur à siccité , et faisant fondre le résidu : cette soude , lorsqu’elle est liquide , c’est-à-dire avant son évaporation , porte le nom de lessive caustique des savonniers , et s’emploie effectivement pour la fabrication des savons (voyez chimie végétale) : elle n’est pas assez pure pour le chimiste ; ce dernier dissout la soude caustique dans l’alcool , et opère comme nous l’avons dit à l’article potasse.
Sels de Sonde,
Caubonate de soude. On distingue deux carbonates : le premier carbonate neutre de soude ( éch. syn. 44 acid, carb., 32 soud.) s’obtient en traitant le sous-carbonate dont nous parlerons ci-après par un courant d’acide carbonique jusqu’à ce qu’il n’y ait plus absorption; le second sous— carbonate de soude (éch. syn. 22 acid, carb., 32 soud.) se prépare en dissolvant la soude du commerce, faisant évaporer et cristalliser ; on le trouve tout formé dans la nature sous le nom de natron y dans quelques lacs près d’Alexandrie, eu Egypte : nous traiterons particulièrement ici du souscnrbonate de soude impur ou soude du commerce.
Soude du commerce. Ce composé appelé banllc , sc prépnYe en brûlant le salsola soda et autres plantes marines : au lieu de cendres on obtient une masse dure noirâtre y sur laquelle se forment' des efflorescences blanchâtres , et qui contient de vingt-cinq À quarante-
deux parties sur cent de sous-carbonate réel. Ce procédé fut long— temps le seul connu, et la France était tributaire de l’Espagne qui lui fournissait des quantités considérables de soude nommée soude d’ Alicante. MM. Anfry et Darcet nous ont affranchis de ce tribut, en donnant les moyens d’extraire la soude du sel marin : ce procédé exécuté en grand dans les environs de Marseille donne la soude que l’on appelle artificielle.
Ces soudes se préparent en décomposant le sel marin (hydrochlorate de soude) par l’acide sulfurique. Le sulfate de soude obtenu est calciné et mêlé à la craie 'et au charbon ; le mélange est soumis à l’action du feu. Le dosage généralement employé est sulfate de soude ioo, craie ioo, charbon 60 : moins de la seconde de ces substances ou plus de la troisième, comme .aussi un coup de feu trop faible rendent la soude mauvaise et propre seulement à donner des lessives hydrosulfurées. Si on cherche à corriger ces effets en prolongeant la calcination, le produit est dur, spongieux, très dense, difficile à pulvériser ou à dissoudre. La théorie chimique de ces opérations est facile à expliquer : le sulfate de soude est transformé en sulfure par l’action du charbon ; ce sulfure et le carbonate de chaux se décomposent mutuellement et forment du sous-carbonate de soude et du sidfure de chaux. Les soudes artificielles sont donc composées de craie , de charbon, de sulfure de chaux et de carbonate de soude. Le lessivage doit s’en faire à froid pour ne pas dissoudre le sulfure de chaux.
Borate de soude. Ce sel purifié est blanc , opalin , de cassure grasse, légèrement efflorescent ; il affecte la forme de prisme à six pans terminés en pyramides à trois ou six faces ; sa saveur est urineuse et styptique , il verdit le sirop de violettes. Exposé- à la chaleur, il se gonfle , bout, perd son eau de cristallisation, et se convertit en une masse poreuse blanche, opaque, nommée communément borax calciné : porté à une plus haute température, il éprouve une fusion tran—
quille, et donne une substance vitrce de couleur jaune qui est soluble dans l’eau et s’efdenrit à l’air. Ce sel se trouve dans la nature mêlé à des substances étrangères , à des borates de chaux et de magnésie; on le nomme alors tinkal': les commerçons l’appellent borax j lorsqu’il est raffiné. Il ne paraît pas que le borax fût connu (les anciens : on le trouve au Tliibet, dans le Levant et dans l’Amérique méridionale. Les Vénitiens et les Hollandais ont tenu long-temps cachée la manière de le^, purifier. Chaptal a trouvé , après avoir fait des expériences en grand, que le moyen le plus simple est de le faire bouillir long-temps dans l’eau avec une addition de 12 p. 100 de sous-carbonate de soude.
L’acide borique découvert en Italie à l’état natif permet aujourd’hui de préparer directement le borate de soude par l’union de l’acide naturel avec cet alcali , union qui s’opère en versant peu à peu l’acide dans une dissolution bouillante de sous-carbonate de soude.
On emploie le borax comme un excellent flux dans les opérations doeimastiques : il entre dans la composition des flux réductifs, et la variation de couleur qu’il offre à son contact avec les minerais le rend très utile dans les analyses au chalumeau.
Le fer, an maximum d'oxidaliûn,ilonnecngé'néral une teinte jaune.
Le fer, au minimum d’oxidation, vert bouteille.
Le cobalt .. violacée.
Le chrome. . vert émeraude.
Le manganèse violette.
Le cuivre vert clair.
Los oxidc9 blancs ja-^nc.
Le borax est employé avec avantage dans les manulaclttrcs de verre; lorsque la fusion tourne mal, un peu de borax la rétablit. Il est plus spécialement employé pour souder ; il favorise la fusion de la soudure,
SODIUM. i fi-
la fait couler, tient la surface des pièces dans un état de mollesse et de 'propreté qui facilite l'opération. Il entre dans la composition des divers émaux , verres colorés et cristaux blancs, dont il paraît facditer la fusion et augmenter l’homogénéité. On l’emploie aussi pour faire les couvertes ou vernis que I on met sur les faïences et porcelaines. Il sert en teinture : enfin c’est un réactif utile pour absorber les gaz acide hydrochlorique et sulfureux dans quelques analyses de gaz.
Phosphate de soude (éch. syn. 36 acide phosphorique, 3a soude). Sel blanc, d’une saveur légèrement amère, verdissant le sirop de violettes, efflorescent : on le prépare au moyen du phosphate de chaux , ce sel traité par l’acide sulfurique donne un sulfate de chaux insoluble et un phosphate acide de chaux soluble ; on filtre, et la liqueur mêlée à la dissolution de carbonate dé soude laisse précipiter du phosphate calcaire , on décante; le liquide évaporé cristallise et donne le phosphate de soude : les eaux-mères doivent être tenues à un léger degré d’alcalinité. Ce sel est employé dans les laboratoires comme réactif, et en médecine comme purgatif.
Sulfate de soude ( éch. syn. 4° acide sulfurique , 32 soude). Appelé aussi sel de Glauber; sel blanc cristallisé en prismes quadrilatères alongés, d’une saveur amère, s’obtient- en traitant le sel marin par l’acide sulfurique; l’acide hydrochlonque se dégage en vapeurs et le résidu est un sulfate acide de soude que l’on neutralise et que l’on fait cristalliser; se trouve aussi dans la nature ; est employé en médecine comme purgatif.
Hydrochlorate de soude ( éch. syn. 3^ acide hydrochlorique , 32 soude ). Ce sel appelé aussi sel commun , est d’un grand usage dans l’économie domestique. Il cristallise en cubes groupés de différentes manières et formant assez souvent des pyramides q u a d ra n gui a i res creuses, décrépi'e au feu, sc fond et 6nit par se volatiliser à une très haute tempe-
rature sous forme de vapeurs blanches et sans sc décomposer; il a une saveur franche (St salée. Pur il n’e6t pas déliquescent.
On distingue deux espèces de sel commun : le premier obtenu par l’évaporation des eaux salées s’appelle sel marin j \e deuxième, que l’on trouve en grandes masses ou en roches au- dessous de la surface de la terre porte le nom de sel gemme ou sel en roches . Ce dernier , lorsqu’il est pur et transparent, s’emploie tel qu’il se trouve; s’il contient quelque impureté on le puriGe. Ce sel se retire comme les métaux des entrailles de la terre : il forme des couches immenses dans quelques pays ; on l’extrait des fameuses mines de sel près Bochnia et Wieliczka en Pologne, depuis le milieu du treizième siècle , et par conséquent au-delà de cinq cents ans, en quantités telles qu’il s’en fait quelquefois des livraisons de 20,000,000 de kilog. : cinq cents ouvriers sont continuellement occupés dans ces mines, qu’on dit avoir plusieurs centaines de mètres de profondeur. Quoique les mines de Wieliczka près de Cracovie en Pologne soient depuis long-temps un sujet d’étonnement pour le philosophe et le voyageur , il est cependant à remarquer que la quantité de sel que l’on retire de celles de Northwich est de beaucoup supérieure à leur produit : l’évêque de Llandaff rapporte qu’un seul puits dans lequel il descendit fournit 4,000,000 kilog. de sel par an. Ce dernier n’est jamais employé comme assaisonnement dans son état brut , ainsi que cela a lieu pour le sel en roche de Pologne ; on le puriGe par le lavage. Outre les mines dont nous venons de parler, il existe à Cardona , en Catalogne , une montagne de 120 à i5o mètres de hauteur, sur une lieue de circuit , et dont la profondeur n’est pas connue : le sel n’y est mélangé d’aucunes matières étrangères. La France n’aura plus rien à envier à ses voisins ; on a découvert à "\ ic une mine de sel, dont la profondeur n’est pas connue, mais dont les produits paraissent devoir être considérables.
O11 trouve dans l’eau de mer, indépendamment du sel marin , une grande quantité d’hydrochlorate et de sulfate de magnésie, ce qui lui donne cette amertume nauséabonde qui n est pas le goût salin. La ddleience qui existe dans la composition de l’eau de mer et du sel gemme semble indiquer que ce dernier n’a pas été, comme plusieurs le prétendent , produit par l’évaporation de l’eau de la mer. Un autre fait digne de remarque, c’est qu’on rencontre peu de déhris marins dans les couches de sel en roche. Dans les plaines élevées du Pérou , le sel gemme se trouve à gooo pieds au-dessus du niveau de la mer; il est accompagné de pierre arénaire et de irypse.
L’art d’extraire des eaux delà mer le sel qu elles contiennent consiste à les évaporer de la manière la plus convenable et la plus économique. En Angleterre on leur fait dissoudre le sel gemme et on les évapore dans les chaudières de fer peu profondes, on recueille dans les mannes les cristaux à mesure qu’ils se forment. Eu Russie, et probablement dans d’autres contréesdu Nord, on fait geler l’eau de mer, ou enlève la glace, qui 11e contient guère que de l’eau douce , et on évapore. Dans les contrées méridionales on met à profit la température et on abandonne l’eau de mer à l’évaporation spontanée : on choisit sur le rivage un terrain plat , on l’entoure de digues , pour le préserver de l’inondation ; on en divise l’intérieur par des murs peu élevés et on établit une communication entre les compartimens : à la marée montante le premier de ces compartimens se remplit d’eau de mer qui y séjourne un certain temps , dépose ses impuretés et se concentre ; on la fait écouler dans le , second et on remplit de nouveau le premier ; la solution saline passe dans un troisième ; elle se recouvre alors d’une croûte saline que les ouvriers' brisent et qui se précipite: on continue de cette manière jusqu’à ce que le sel puisse être rassemblé avec des râteaux et mis eu tas. Dans quelques contrées d’Allemagne , et dans plusieurs départ emens delà France , les pompes conduisent
l’eau salée dans un vaste réservoir plaeé au-dessus d’un hangar : le liquide retombe en gouttes à travers de petites ouvertures sur des broussailles ou fagots de branchage; ainsi exposé à l’air sur une grande surface, il se concentre considérablement et se rend dans leschaudières où achève de s’opérer la séparation du sel.
Indépendamment de l’usage qu’on fait du sel pour les assaisonnemens,pour la conservation des viandes dans les voyages de’jong cours, ainsique pour obtenir l’acide hydrochlorique cf la soude, on s’en sert encore pour vernisser la poterie grossière. Il rend le verre plus blanc et plus clair ; il durcit le savon ; il garantit de l’oxidation la surface des bains métalliques qu’il préserve de l’action de l’air : on l’emploie comme mordant p"ur rendre certaines couleurs plus parfaites.
Propriétés caractéristiques et réactifs des sels de soude. Ces composés
i° Ne précipitent pas avec la potasse, la soude et l’ammoniaque liquide;
2° Ne précipitent pas avec l’hydrochlorate de platine ;
3° Ne précipitent pas avec l’acide lartarique en excès.
Ces caractères se retrouvent dans leé sels ammoniacaux ; on pourrait donc confondre les sels de soude avec ceux-ci; mais un sel ammoniacal traité par la potasse ou la soude caustique cxha'e , avons-nous dit, une odeur d’ammoniaque, effet qui n’a lieu ni dans les sels de potasse , ni dans ceux de soude.