DE L’ARGENT ET DE SES COMPOSÉS
Argent. Ce métal fut probablement connu en même tempsquel’or; on sait que tous deux sont les signes représentatifs des richesses.
Pes. io,47, l’ar"ent est le plus blanc des métaux; il est insipide, inodore, beaucoup plus dur que l’or, très ductile et très malléable; il l’est moins cependant que ce dernier, car il se rompt si on le réduit à une té-
nuité de- de pouce , tandis que l’or peut être
étendu en feuilles beaucoup plus minces. Il est opaque,
rougit avant de se fondre , acquiert du brillant par la
fusion , pour laquelle une chaleur de 22° de AVedge-
woocl est nécessaire. Une forte lentille ou un feu <1 oxioène et d’hydrogène le vitrifie et le vaporise en partie. Les vapeurs recueillies sur une plaque <1 or donnent de l’argent à l’état métallique : 1 eau et 1 air , a la température ordinaire, ne l’altèrent pas; tenu en fusion long— temps avec le contact de 1 air, il absorbe 1 oxigene.
L’argent ainsi que l’or se rencontrent le plus abondamment sous les tropiques. Les mines d argent les plus considérables l’offrent à l’état natif; on le trouve souvent mêlé au plomb, au soufre, etc., etc., à l’état de chlorure , etc., etc. Les procèdes que l’on suit pour extraire l’argent varient singulièrement en raison de la nature des mines , de leur richesse et des lieux où elles se trouvent. Cependant, en dernier résultat, ces procédés consistent presque tous à ramener l’argent à l’état métallique, lorsqu’il n’y est point; à l’allier au plomb ou au mercure, et à le séparer ensuite de ceux-ci. On distingue trois principaux procédés connus sous les noms d’imbibition , de coupellation , d’amalgamation : le premier est usité à Konsbcrg , où existe la mine d’argent natif la plus riche d’Europe : l’on fait fondre partie égale de plomb et d’argent natif, presque entièrement dégagé de sa gangue ; il en résulte un alliage composé d’environ 35/ioo d’argent, que l’on soumet à la coupellation ; le plomb s’oxide , coule sous forme de litharge, et l’argent reste dans la coupelle : la coupellation repose sur l’inaltérabilité de l’argent ; la mine de plomb argentifère, boeardéc, grillée et débarrassée de sa gangue , est placée sur un lit de cendres dans un fourneau que l’on chauffe fortement ; le plomb oxidé se fond et surnage ; l’argent moins fusible reste au fonda 1 état îrietallirjuo. La coupellation sert aussi à purifier l’argent obtenu par le procédé de l’amalgamation. Celui-ci consiste à former du minerai d’argent bien broyé une espèce de boue sur laquelle, après quelques préparations aecèssoires, on verse du mercure : lorsque l’amalgame est regardé comme terminé , on lave ; les parties terreuses sont entraînées, l’amalgame
aU ARGENT.
se précipite ; par la distillation le mercure se volatilise et abandonne l’argent , que l’on purifie ainsi qu’il a été dit plus haut. Si le minerai est très riche en soufre, on le grille en tas ou dans un fourneau à réverbère ; ensuite on le mêle avec du sous-carbonate de soude, de l’oxide de plomb, et quelquefois du plomb métallique ; l’on humecte le mélange et on le traite dans un espèce de fourneau à manche : l’on obtient ainsi, d’une part, des scories composées de sulfure de soude , de chlorure de sodium , de silice, de chaux , de la plupart des métaux étrangers à l’argent, et de l’autre, une malle très riche en argent d’où Ton extrait ce métal.
Les usages de l’argent sont connus. Ce métal est employé à la confection des différens ustensiles domestiques et sert de moyen d’échange. Sa disposition à noircir et sa mollesse paraissent être les plus grands obstaclesàson emploi dans la construction des instrumens astronomiques.
L’argent se combine avec le chlore, il se trouve dans la nature mêlé à cette substance. Le phosphore peut lui être uni àl’aide delà chaleur. Le soufre a une grande affinité pour l’argent et le transforme lentement, à la température ordinaire, en sulfure noirâtre. Les ornemens d’argent exposés à l’air brunissent par le même motif ; partout enfin où il y a dégagement d’hydrogène sulfuré, l’argent décompose en partie le gaz en s’emparant du soufre : l’effet des oeufs cuits sur ce métal est une action de ce genre.
L’argent s’allie avec la plupart des métaux que nous avons étudiés : ainsi il forme avec le plomb une masse tendre, moins sonore que l’argent pur; il s’allie avec le bismuth , l’arsenic, le zinc', l'antimoine, et donne des alliages qui sont tous cassans. Le composé qu’il forme avec le tungstène est susceptible de s’étendre un pen sous le marteau, mais se brise après les premiers coups.
L’argent s’unit au cuivre, devient plus sonore et plus dur: cette dernière propriété est très précieuse pour la confection des monnaies qui s’altéreraient rapide-
nient si l’argent était à l’état de pureté. La quantité de cuivre que i’on ajoute à l’argent varie dans chaque empire : nous donnerons une table du taux de 1 argent dans les principaux états de l’Europe.
Angleterre,
IOO
de monnaie contiennent 92,5 argent 7 ,5
Autriche
IOO
Danemarck
IOO
ro,5
Espagne
IOO
France
IOO
Hambourg
IOO
Hollande
Portugal
IOO
Russie
IOO
Sardaigne
IOO
Suisse
IOO
cuivre.
L’argent uni au cuivre forme aussi la base des divers ustensiles tels que couverts, bijoux, etc.
Couverts,
vaisselle, médailles,
argent 930
cuivre 5o
Monnaies
de billon
L’argent se combine très rapidement avec le mercure , et développe un degré de chaleur très sensible lorsqu’on le pétrit en feuilles avec ce métal. La précipitation par le mercure est très lente, et produit un arrangement symétrique particulier, connu sous le nom à’ arbre de Diane. Dans ce cas, comme dans toutes les précipitations, la forme particulière peut être affectée par une foule de circonstances : faites à la température ordinaire un amalgame de i5 grammes d’argent en feuilles et de 7,5 de mercure ; dissolvez-le dans 120 d’acide nitrique pur; étendez cette dissolution d’environ 700 grammes d’eau distillée, agitez le mélange et conservcz-le dans une bouteille de verre avec son bouchon , pour l’employer au besoin. Quand on veut faire
usage de cette préparation , on en met 3o grammes dans une fiole avec environ gros comme un pois d’ainalgame d’or ou d’argent au*ssi mou que du beurre, puis on laisse le vase en repos : bientôt a [très de petits filaVicns se développent rapidement de l’amalgame , et poussent des branches sous forme d’arorissaux.
Oxides. L’argent s’unit à l’oxigèneen une seule proportion , et donne un oxide de couleur olive. On peut l’obtenir de plusieurs manières : i° l’argent exposé à diverses reprises à la chaleur d’un fourneau à porcelaine s’oxide en partie; soumis en fil aux décharges de la machine électrique , il passe à l’état d’oxide noir: il brûle avec une lumière verte éclatante, lorsqu’il est mis en contact avec une forte batterie galvanique ; Lavoisier parvint à ces résultats au moyen d’un chalumeau et d’un courant d’oxigène; 2° l’eau de chaux précipite l’argent de sa dissolution dans l’acide nitriquesous la forme d’une poudre brune-olive foncée. Cet oxide est sans saveur; il est insoluble dans l’eau , mais se dissout facilement dans l’acide nitrique. Lu le chauffant au rouge on le ramène à l’état métallique. L’oxide d’argent traité par l’ammoniaque donne un produit brunâtre qui, par le plus léger frottement, détonne avec la plus grande violence: le meilleur moyen del’obtenir est de verser l’ammoniaque liquide sur de l’oxide d’argent, récemment oréparé, de manière à en former une bouillie liquide et d’abandonner le mélange à lui— meme; après un ou deux jours une partie del’eaus’csl dissipée, l’ammoniaque et l’oxide d’argent ont réagi , et le composé recueilli doit être séché avec une grande précaution.
Sels d’Argent.
Sui.FATK d’argent. L’argent en poudre fine est soluble dans l’acide sulfurique concentré et bouillant, On prépare le sulfate d’argent en versant de l’acide sulfurique dans la dissolution de nitrate d’argent; on
obtient des cristaux si petits qu’on les prendrait pour une poudre blanche ; ils sont peu solubles.
Hydrochlorate d’argent , appelé anciennement lune cornée y argent corné . On lui a donne cette dénomination, parce que si on le laisse refroidir après qu il a été fondu , il forme une masse demi-transparente un peu flexible , et qui ressemble à la corne. On le prépare en versant de l’acide hydrochlorique ou un hydrochlorate soluble dans le nitrate d’argent; il se précipite à l’instant de l’hydrochlorate d’argent ; ce précipité a lieu , même lorsque la dissolution ne contient qu’une très petite quantité d’argent; aussi emploiet-on le nitrate d’argent comme réactil pour s’assurer de la présence de l’acide hydrochlorique ou des hydrochlorates dans les eaux. Cette dissolution est aussi employée par les essayeurs pour débarrasser l’acide nitrique de l’acide hydrochlorique qu’il contient: leur acide nitrique ainsi purifié s’appelle eau-forte précipitée.
Nitrate d’argent (éch. syn. 54 acide nitrique, 118 oxide- d’argent). L’acide nitrique dissout plus delà moitié de son poids d’argent, et donne un liquide très caustique qui corrode et détruit rapidement les substances animales. La dissolution saturée dépose par le refroidissement des cristaux minces , transparais, auxquels on a donné le nom de nitre lunaire, c’est le nitrate d’argent. Une douce chaleur suffit pour fondre ces cristaux et leur enlever leur eau de cristallisation ; dans cet état, le nitrate, ou mieux le-sous-nitrate (car la chaleur lui enlève un peu d’acide ) prend une couleur noirâtre et peut être coulé en petits bâtons cylindriques : il prend alors le nom de pierre infernale ou caustique lunaire. On l’emploie en chirurgie. A une plus forte chaleur le nitrate d’argent se décompose, l’acide se dégage et le métal est mis à nu. Pour avoir le caustique lunaire il 11’esl pas nécessaire de faire cristalliser le sel, il suffit d’évaporer la dissolution à siccité; bientôt le sel fond, et quand il cesse de bouillir on le décante et on le coule. L’acide nitrique qui se dé-