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DÉLIRES

Le délire est un symptôme qui peut se manifester au cours des maladies aiguës ou chroniques et dont l’apparition constitue presque toujours un indice fâcheux pour le pronostic.

Nous laisserons de côté dans cette étude rapide le délire des affections mentales pour nous occuper exclusivement du délire des maladies infectieuses, des intoxications et des maladies organiques, qui seul prête à quelques considérations thérapeutiques.

Le délire est fréquent dans les pyrexies et particulièrement dans leurs formes graves. La pathogénie du délire fébrile n’est pas une; ce peut être un délire purement nerveux, analogue à la dyspnée nerveuse que I on observe parfois chez les névropathes atteints d’une affection pulmonaire peu grave; sa signification n’a pas la gravité de celle du délire par infection. Il est justiciable de l’emploi des antispasmodiques et notamment des bromures , et du cliloral donné en lavements. D’autre part, ce peut être un délire alcoolique provoqué par la maladie fébrile.

Le délire par infection n’est pas étroitement lié, comme on le pensait autrefois, à l’hypertliermie ; s’il coïncide souvent avec elle (comme dans le rhumatisme cérébral, par exemple), il n’en est pas de même dans tous les cas; on peut voir des fièvres typhoïdes, à température moyenne ou même peu élevée, s’accompagner de délire et d’autres phénomènes nerveux très intenses; aussi, chercher à calmer le délire en employant uniquement les antithermiques serait un procédé aussi illogique qu’illusoire.

En réalité, les moyens médicamenteux, aussi bien les antithermiques que les autres, n’ont aucune efficacité et c’est surtout à la balnéation que l’on s’adresse maintenant pour combattre les manifestations nerveuses des pyrexies. L’action du bain froid est complexe; sans doute celui-ci agit en abaissant la température, mais il a d’autres effets encore non moins importants; il est diurétique, et par suite permet l’élimination des toxines qui impressionnent les centres nerveux; enfin, il exerce sur ces centres eux-mêmes une action dont l’essence nous échappe, mais dont la réalité s’affirme par les résultats surprenants et souvent immédiats que l’on obtient.

Le bain froid est donc par excellence le moyen curatif du délire fébrile,

non seulement de celui de la fièvre typhoïde, du typhus exanthématique, de la grippe, de l’érysipèle, du rhumatisme, des lièvres éruptives, mais encore, quand le bain n’est pas contre-indiqué, de celui des infections pulmonaires (pneumonie, broncho-pneumonie). Ses contre-indications générales, en dehors désaffections pulmonaires, sont des plus limitées ; elles sont tirées de l’âge du malade ou de l’existence chez lui d’une affection cardiaque grave (affection valvulaire ou sclérose). Chez les jeunes enfants ou chez les vieillards on remplacera le bain froid par le bain tiède, moyen moins héroïque, mais cependant encore efficace.

Dans la fièvre intermittente le délire peut céder, comme toutes les manifestations du paludisme en général, à l'emploi de la quinine . administrée soit par la bouche, soit en injections cutanées.

Outre les bains, les autres moyens qui combattent la toxi-infection ont une influence indirecte sur le délire, c’est dire que les lavages intestinaux et les purgatifs, les injections de sérum, le lait et les boissons abondantes contribuent, chacun pour leur part, à assurer la désintoxication.

Il ne faut pas perdre de vue «pie le délire, dans les pyrexies, n’est pas toujours dû à l’influence générale des agents infectieux et de leurs toxines sur les éléments nerveux; il peut être l’un des symptômes d’une localisation méningée et, dans ce cas, son pronostic est des plus graves.

Le délire peut être dû enfin à l’emploi de certains médicaments que l’insuffisance rénale rend dangereux. La première indication dans le traitement du délire infectieux est de supprimer les médicaments et notamment les antithermiques.

Lorsque le délire qui survient dans le cours d’une pyrexie est manifestement de nature alcoolique, on en vient à bout en administrant simultanément 1 alcool et 1 opium (voir le traitement de l'alcoolisme). Nous avons précédemment indiqué comment il convenait de combattre le délire nerveux dans les pyrexies. 11 est à remarquer que l’on observe moins fréquemment qu'autrefois les formes délirantes des maladies fébriles, et notamment celles de la fièvre typhoïde. Cela tient à ce que l'on alimente les malades d’une façon rationnelle, qu’on leur administre larqa manu du vin, de l’eau-de-vie qui stimulent les fonctions nerveuses et permettent aux cellules de réagir contre l’élément infectieux ou toxique; cela tient, d’autre part, à l’emploi de plus en plus répandu des moyens rationnels indiqués plus haut.

Le délire de la convalescence est souvent attribué à 1 inanition; cette hypothèse peu vraisemblable ne peut expliquer tous les cas de délire qui surviennent au déclin des pyrexies; souvent le délire de la convalescence est symptomatique dune névrose provoquée par la maladie fébrile. Le repos au grand air, à la campagne, l’ hydrothérapie , une alimentai ion substantielle sont les moyens rationnels à employer en pareil cas.

Le délire des intoxications s’observe dans les empoisonnements aigus par I alcool, l'opium, la belladone el les solanées vireuses en général, le chloral, la digitale, la caféine, le chloroforme, l’iodoforme, les champignons vénéneux, dans l’empoisonnement chronique par le plomb, le mercure. Quel que

MALADIES DE L’ENCEPHALE.

soit le poison en cause, l'indication essentielle est d’en assurer l’élimination à l’aide des diurétiques, régime lacté, café , injections de sérum, etc. A propos de la caféine, rappelons que M. Faisans a récemment attiré l'attention sur le délire caféique et qu’il faut apporter une certaine prudence dans l’emploi de la caféine en injections sous-cutanées, emploi dont on abuse quelque peu aujourd’hui.

Il est à remarquer que le délire toxique peut survenir sous l’influence de la suppression brusque du médicament, chez les malades soumis depuis longtemps à l’influence du poison; ainsi le délire cbloraliquc, qui ressemble beaucoup au délire alcoolique, éclate parfois quand on suspend brusquement l’usage du cbloral ; on devra donc diminuer graduellement les doses de ce médicament, mais non le supprimer brusquement chez les chloralomanes (Ballet, Soc. de Neurologie, 7 décembre 1899).

Les mêmes considérations thérapeutiques s’appliquent au délire de l’urémie, de l’insuffisance hépatique et de l’acétonémie, qui sont des délires d’ordre toxique; c’est en assurant la diurèse, que l’on parvient à traiter utilement les malades; les moyens antispasmodiques comme les bromures, le chloroforme, ne viennent qu’au second plan.

Une mention particulière est due aux délires cachectiques qui s’observent notamment après les grandes hémorragies, dans les anémies graves, chez les inanitiés, chez les cancéreux cachectiques, etc

Dans les affections du cœur et du poumon, le délire est un délire asphyxique, par auto-intoxication carbonique, il ne survient qu’aux périodes ultimes de ces maladies et son apparition est toujours d’un grave pronostic; cependant, dans les cardiopathies, le traitement digitalique parvient parfois, mais le fait est rare, à triompher des troubles circulatoires, de la congestion passive des centres nerveux et, par suite, à dissiper le délire. Il ne faut pas oublier que chez les cardiaques l'abus de la digitale peut déterminer le délire par intoxication, mais, dans ce cas, il est aisé de reconnaître la nature du délire, qui coïncide avec les vomissements, les troubles du pouls, etc.

Chez les tuberculeux le délire ultime n’est pas toujours dû à l’asphyxie, il peut reconnaître pour cause la méningite tuberculeuse dont il peut être l’unique symptôme; délire asphyxique et délire méningitique sont d’ailleurs l’un et l’autre inaccessibles à toute thérapeutique.

Il nous reste à mentionner le délire des névroses; celui de l’hystérie peut être parfois enrayé, comme l’attaque convulsive, par la compression des ovaires. Quand il s’agit d’un délire hallucinatoire et notamment d’un délire provoqué par des hallucinations de la vue, on peut combattre le délire, en supprimant la cause, en plaçant par exemple un bandeau sur les yeux. V hypnotisme peut être utilisé avec avantage quand il s’agit d’un déliré tenace.

L’ enveloppement dans le drap mouillé, les divers procédés hydrothérapiques doivent être également employés.

Le délire chronique est justiciable du reposait lit combiné avec Y isolement .

Le délire épileptique, souvent difficile à dépister, est justiciable du traitement par les bromures à hautes doses, de Y alitement.

ECLAMPSIE INFANTILE.

Dans la maladie de Basedow on peut employer Y hydrothérapie, les bromures, etc.

Dans la chorée, le cliloral à hautes doses peut enrayer parfois les phénomènes délirants, mais le pronostic est en général très grave dans les cas de délire choréique.

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