‹ Traité élémentaire de clinique thérapeutiqueChapitre 183 sur 274 · I.'.'fl · texte numérisé non relu

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son utilité incontestable et son innocuité pour que l’on puisse concevoir le | moindre doute à cet égard.

L e laudanum ou l 'élixir parégorique, plus rarement les injections souscutanées de morphine, sont les préparations opiacées usitées. Le laudanum fait partie d’un grand nombre de formules plus ou moins complexes; en voici une, entre autres, due à M. Lereboullet :

Teinture éthérée de valériane 10 grammes.

Laudanum de Sydenham )

Alcoolé de mélisse S ''''

Essence de menthe anglaise X goultes.

Ne pas filtrer et agiter avant de s’en servir. Après chaque garde-robe, donner XXV à XXX gouttes de cette mixture dans une cuillerée à soupe d’eau sucrée.

Cette formule n’est qu’une variante de la préparation connue sous le nom de gouttes de Laussedat :

Liqueur d’Hoflmann ) ~

Teinture éthérée de valériane )

Laudanum de Sydenham

Essence de menthe

Un verra plus loin que l’association de l’élixir parégorique à l’acide lactique constitue le procédé de choix pour l’administration de l’opium.

On n’avait pas attendu les découvertes bactériologiques pour admet! re l’existence dans le tube digestif du cholérique de principes nuisibles et pour proclamer la nécessité de leur évacuation; mais les moyens employés pour remplir cette indication étaient plus nuisibles qu’utiles.

L’emploi des éméto-cathartiques ne donnait des résultats satisfaisants que tout à fait au début de la période prodromique. Administré à une période déjà avancée, l’ipéca était accusé, à juste titre, de contribuer à l’affaiblissement des malades et de précipiter l’apparition du collapsus.

Aujourd’hui l’ipéca n’est plus employé d’une façon courante. On le réserve pour les cas assez rares où l’attaque du choléra succède à des excès alimentaires (M. Hayem).

Le calomel , en usage également depuis fort longtemps, mérite au contraire une confiance assez grande, et récemment les médecins de Hambourg se sont, a la presque unanimité, montrés partisans de son administration.

Un le donnait autrefois moins comme purgatif que comme modificateur des sécrétions intestinales et comme cholagogue; aujourd’hui c’est l’action antiseptique que l’on vise, mais le mode d’emploi est resté le même.

Un donne le calomel aux doses de 10 ou 20 centigrammes plusieurs fois renouvelées, ou bien on administre une forte dose unique, 50 centigrammes par exemple, suivie de petites doses, 5 ou 5 centigrammes, répétées toutes les deux heures.

Nous arrivons maintenant à la liste déjà longue des antiseptiques intestinaux qui ont été utilisés chez les cholériques.

0 grammes.

1 gramme.

V gouttes.

MALADIES INFECTIEUSES

En 1884, .VI. llaycrn avait utilisé le salicylate de bismuth; on a depuis proposé et employé le salol, l’iodoforme, la naphtaline, la créoline, le sublimé, la créosote, etc. Le salol avait été considéré par Lœwenthal comme un médicament capable de tuer le bacille dans l’intestin. L’expérimentation qui en a été faite sur une large échelle, lors de la dernière épidémie, a montré combien cette espérance était peu fondée. Eisenlohr, Rumpff, Rieder, etc., ont proclamé son efficacité.

Non seulement le salol ne peut rien contre le choléra confirmé, mais il est encore impuissant à exercer une action prophylactique. Guttmann l a fait prendre à titre préventif à un homme bien portant, qui n’en a pas moins contracté le choléra.

Les autres antiseptiques que nous avons énumérés n’ont pas déterminé de résultats plus heureux; aussi pourrait-on conclure, avec M. Bouchard luimême, à l’inefficacité de l’antisepsie intestinale, si l'on n’avait à sa disposition la médication par les acides, et notamment par l 'acide lactique , dont M. le professeur llaycrn a démontré toute la valeur.

L’emploi des acides est légitimé par cette notion due à Koch que le bacillevirgule ne peut se développer en milieu acide. Leur emploi n’est d’ailleurs pas nouveau, car l’un d’eux, l’acide sulfurique, avait été préconisé depuis longtemps.

VI. Hayem, s’appuyant sur les excellents résultats obtenus par lui de l’emploi de l’acide lactique dans les diverses diarrhées et dans le choléra nostras, avait (■mis l’opinion que cet acide pourrait rendre des services signalés dans les cas de choléra asiatique. Les événements ont apporté une éclatante confirmation à l’opinion de VI. Hayem. L’acide lactique a été employé en 1892 par la plupart des médecins qui ont donné leurs soins aux cholériques, et si l’on ne peut considérer cet acide comme un spécifique, on doit, du moins, de l’aveu unanime, le considérer comme le remède le plus efficace que l’on puisse employer pendant la période de diarrhée prémonitoire et pendant celle du choléra confirmé.

VI. Hayem, en rendant compte à l’Académie de médecine (8 novembre 1892) des cas traités dans son service de l’hôpital Saint-Antoine, s’est exprimé ainsi sur le compte de l’acide lactique :

« L’acide lactique a rendu des services considérables, surtout au début et dans les formes non foudroyantes. Dans quelques cas, il est rejeté par les vomissements : il faut alors pratiquer le lavage de l’estomac. Chez les malades traités par VI. Lesage, la limonade lactique a été d’une efficacité incontestable dans les formes non algides et accompagnées seulement d’une faible dépression thermique. Lorsque I’algidité a été, au contraire, très prononcée, l’acide lactique s’est montré à peu près inutile. »

M. Galliard, qui a soigné un grand nombre de cholériques, constate que l’acide lactique lui a donné d’excellents résultats.

« Dans tous les cas graves, mes cholériques recevaient, le premier jour,

CHOLERA

ir.il

une limonade composée de 1 litre d’eau sucrée et de 15 .grammes d’acide lactique, avec l’autorisation de l’étendre d’eau glacée ou de la mélanger, s’ils le désiraient, avec la limonade tartriquc que l’on donnait à discrétion ou à peu près. La plupart se plaignaient du goût désagréable de la limonade lactique, disant que la boisson était trop forte; quelques-uns la vomissaient immédiatement; mais comme on avait la précaution de la faire prendre par petites gorgées, comme on donnait dans l’intervalle des morceaux de glace, de la cocaïne ou du menthol, on arrivait presque toujours à la faire tolérer aux malades. Ceux (pii manifestaient une répugnance invincible, ceux qui vomissaient malgré les précautions prises, ceux-là rejetaient aussi bien les boissons que je substituais à la limonade lactique et, dès lors, leurs chances de guérison devenaient bien faibles. J’estime qu'il est toujours possible de triompher de la répugnance des malades et de leur faire accepter un médicament (pii a l'immense avantage d’ètre soluble dans l’eau.

« D’ailleurs j'abaissais aussi rapidement que possible la dose quotidienne à 10 grammes et même 5 grammes. Les 99 cholériques graves que j’ai eu la satisfaction de voir guérir, et parmi lesquels 65 ont évité la transfusion intraveineuse, ont été traités par l’acide lactique » (Gazette des hôpitaux, n° 24,

On donnera donc une limonade lactique, que l'on formulera ainsi :

Acide lactitjue 10 à 15 grammes.

I Sirop de sucre 00 —

Alcoolat d'orange ou de citron 2

Eau ' 1000 —

(Dcjardin-Beaumetz.)

à prendre par demi-verre toutes les heures et demie, ou, si les évacuations alvines sont fréquentes, à la dose de 2 ou 5 cuillerées à soupe tous les quarts d’heure.

Un associe, avec le plus grand avantage, l’élixir parégorique à la dose de 2 à 5 grammes, à cette limonade.

B. — Traitement de la deuxième période ou période de choléra confirmé.

Au bout d’un temps des plus variables, le caractère cholériforme de la diarrhée se prononce; les selles deviennent rizifornies, les crampes, les vomissements, c'est-à-dire les symptômes d’intoxication, apparaissent. Quelle pratique doit-on adopter? Tout d’abord il est bon de noter que l'on se heurte souvent à de grandes difficultés, car les médicaments, quels qu’ils soienl, peuvent être immédiatement rejetés.

Pour calmer la soif vive qui est la conséquence des évacuations alvines et pour modérer les vomissements, on donne habituellement des boissons placées, que l’on fait prendre à petites doses, l’eau de Soit/, froide, le champagne frappé, et les limonades acides.

MALADIES INFECTIEUSES

Si la tendance au refroidissement se manifeste immédiatement, les boissons aromatiques chaudes et légèrement aromatisées, notamment le thé an rhum, paraissent préférables, mais elles ne sont pas toujours tolérées par l’estomac.

Les médicaments que I on a employés, avec îles succès divers, contre les vomissements incoercibles, sont Veau chloroformée, V éther, le menthol à la dose de 25 à 50 centigrammes dans une potion alcoolisée, le chlorhydrate de cocaïne à la dose de 2 ou 5 centigrammes. Dans certains cas on a eu recours au lavage de l'estomac avec de l'eau bouillie; c’est là un moyen excellent, mais qui ne peut toujours être utilisé, en raison de l’état de faiblesse des malades.

On ne peut plus songer, à cette période, à enrayer la diarrhée, au moyen des préparations opiacées, car on les accuse, avec raison, de favoriser le collapsus. Quant à l’acide lactique, il ne peut plus rendre les mêmes services qu’au début, car l’estomac ne le tolère guère. M. Hayem conseille de l’introduire par la sonde stomacale, après évacuation de l’estomac; on peut encore ( administrer en lavements.

Les lavements ont d’ailleurs été proposés par Cantani pour rendre à l'organisme une partie de l’eau qu’il a perdue et pour mettre au contact de la muqueuse intestinale une substance modificatrice qui est l’acide tannique.

Voici la formule de Cantani :

Eau bouillie (au moins à 58°) 2 litres.

Acide tannique 8 à 10 grammes.

Gomme arabique 50 —

Laudanum XX à L gouttes.

Le plus souvent on s'est contenté de 15 à 20 grammes de tanin en dissolution dans la quantité d’eau indiquée. Cantani, pour permettre au liquide de pénétrer dans l’intestin grêle, préconise Ventéroclyse, c’est-à-dire le lavement forcé, donné au moyen d’une sonde introduite aussi loin que possible dans I intestin , et sous une pression graduée par l’élévation du récipient.

Contre les crampes on a proposé différents moyens tels que les applications de sachets remplis de sable chaud, ou de briques chauffées, les friclions faites avec de la llanelle chaude ou un Uniment excitant (Uniment ammoniacal camphré, par exemple). Contre les crampes du diaphragme on peut prescrire l’application sur le creux épigastrique d’une flanelle térébenthinée que l’on repasse avec un fer chaud.

Les bains chauds, employés sur une large échelle en 1892, ont paru constituer le traitement le plus efficace des crampes. Outre l’action calmante qu'ils exercent à cet égard, ils ont encore de multiples effets, qui justifient pleinement leur application au traitement des cholériques. Non seulement le bain fait disparaître les crampes, mais encore il favorise l’urination et élève les températures centrale et périphérique de 0°,5 à 2°, suivant les cas. Disons cependant qu'on a vu survenir parfois des convulsions à la suite des bains chauds chez les cholériques présentant des symptômes urémiques.

CHOLÉRA

A l’hôpital Saint-Antoine, on a employé systématiquement les bains à 40°, simples ou sinapisés, répétés toutes les deux ou trois heures, dès que le refroidissement se manifestait.

Dans les formes légères, sans algidité, le bain est inutile; mais les malades doivent être tenus chaudement.

L’adynamie rapide où tombent les malades rend nécessaire l’emploi des boissons alcooliques et des stimulants diffusibles ; il serait toutefois inutile et même dangereux de gorger les malades d’alcool, car l’alcool ne rend pas chez les cholériques les mêmes services que chez les pneumoniques, par exemple, et peut même, donné à fortes doses, augmenter la fréquence des vomissements et précipiter l’apparition du collapsus. On usera donc avec prudence de l’élixir de chartreuse verte (donné à la dose d’une cuillerée à café toutes les heures), suivi de l’ingestion d’un morceau de glace, du punch, du champagne.

Comme stimulants diffusibles, on emploie Y acétate d'ammoniaque , la liqueur d'Hoffmann. On pourra réunir ces derniers médicaments dans la potion suivante :

Liqueur d'Hoffmann 2 grammes.

Acétate d'ammoniaque 10

Teinture de cannelle 5 —

Cognac ou rhum 60 —

Hydrolate de mélisse 60

Sirop de menthe 50 —

On donnera une cuillerée de demi-heure en demi-heure.

M. Desprez (de Saint-Quentin) a beaucoup vanté la potion suivante, qu'il lait prendre par cuillerées à bouche toutes les demi-heures :

Chloroforme 1 gramme.

Alcool 8 grammes.

Acétate d’ammoniaque 10

Eau 40

Sirop de chlorhydrate de morphine 40 —

Les injections de caféine et celles d 'éther n’ont donné que de médiocres résultats. Delpeuch leur préfère les injections de strychnine , mais les injections de sérum sont supérieures à tous ces moyens, et il ne faudra pas attendre l’algidité confirmée pour les employer.

La dyspnée est calmée par les inhalations d'oxygène.

Les frictions excitantes , Y application de boules d'eau chaude sont les moyens à employer contre l’algidité, concurremment avec les bains chauds.

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