DE L’APPAREIL DIGESTIF
MALADIES DE LA BOUCHE ET DU PHARYNX
PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT DES INFECTIONS D ORIGINE BUCCALE; ANTISEPSIE DE LA BOUCHE
La cavité buccale est protégée contre les germes infectieux par son épithélium, par la salive et le mucus qui sont bactéricides dans une certaine mesure, enfin par les follicules clos du pharynx. L’épithélium a-t-il une solution de continuité, la salive est-elle insuffisante ou altérée, enfin le pouvoir leucocytaire est-il amoindri, les innombrables germes contenus dans la bouche entrent en scène et peuvent déterminer l’infection générale de l’organisme :
La cavité buccale renferme, à l’état normal, une quantité innombrable de microorganismes, dont beaucoup paraissent dénués de toute propriété malfaisante (bacillus subtilis, bacterium tenno . amylobacter, leptothrix, etc., etc.), dont les autres sont pathogènes. Les microbes non pathogènes, c’est-à-dire les saprophytes, paraissent jouer un rôle important dans la digestion salivaire; car quelques-uns dissolvent ou gonflent l’albumine et la fibrine, d’autres transforment l'amidon, coagulent le lait, dissolvent la caséine, transforment la lactose en acide lactique, etc. ; les produits de fermentation de ces microbes sont des acides que la salive normale, qui est alcaline, parvient à neutraliser. Mais les saprophytes ne se bornent pas toujours à intervenir comme agents de la digestion. Sous certaines influences, ils acquièrent de la virulence qui se traduit par la fétidité de l’haleine, et contribuent sans doute par leurs produits de fermentation à l’intoxication de l'organisme. Us jouent, associés aux divers microbes pathogènes, un rôle important dans les stomatites qui sont toujours polymicrobiennes; ils interviennent également dans le processus microbien de la carie dentaire. La distinction que l’on a établie entre eux et les microbes dits pathogènes n’est donc que relative.
Les microbes pathogènes de la bouche n'ont été réellement étudiés qu’à partir de la retentissante communication de Pasteur sur le microbe de la septicémie salivaire, découvert dans la salive d'un enfant mort de la rage (1884); ce microbe, on le
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sait, n’est autre que le pneumocoque, ainsi que les recherches ultérieures de Talamon. Frænkel, Netter, etc., l’ont nettement établi.
Viennent ensuite les travaux de Vignal (188b), de Biondi (1887), ceux de Galippe et Vignal sur la carie dentaire (1889), ceux de Roux et Yersin sur le bacille pseudodiphtéritique, de Widal sur les streptocoques, etc.
Les principaux microbes pathogènes que Ton peut rencontrer dans la cavité buccale sont : le pneumocoque, le bacille encapsulé de Friedlænder, le streptocoque pyogène, les staphylocoques, le bacille fusiforme de Vincent, le bacille diphtéritique ou le bacille pseudo-diphtéritique, le baeterium coli, le bacille de la tuberculose, etc.
Ce dernier ne s’y trouverait que dans le cas où il existe des ulcérations tuberculeuses : mais il y a des réserves à faire sur ce point; il est probable que, dans un certain nombre de cas, le bacille de Koch est un hôte latent de la cavité buccale, n’attendant qu’une occasion favorable pour pénétrer dans l’économie; les recherches récentes de Slraus ont montré qu’il existait également dans les cavités nasales chez un certain nombre de sujets sains, indemnes de toute lésion tuberculeuse. Ainsi s’expliqueraient bien des tuberculoses dont la porte d’entrée ne pouvait être déterminée. Le bacille de Lœfller persiste parfois pendant longtemps dans la bouche après une attaque de diphtérie; on l'a retrouvé avec sa virulence dans la bouche des convalescents, de douze à cinquante jours après guérison (Tobisen, Silberschmidt, etc.). On n’a pu encore fixer la limite maxima de résistance de ce bacille dans la bouche. D'autre part, on rencontre chez les sujets sains un microbe identique en tous points à celui qu’ont décrit lvelbs et Lœfller; Hoffmann, Zarniko l'ont étudié; Roux et Yersin l'onl trouvé chez 45 enfants sains, n'ayant aucune affection de la gorge ni de la bouche. H diffère essentiellement du bacille de Lœfller par son absence complète de virulence; mais bien qu’on n’ait pu, en le cultivant, lui faire reprendre sa virulence, on admet qu’il la recouvre dans l’économie sous certaines inlluences et qu’il est identique au bacille de Lœfller.
De tous les micro-organismes, hôtes fréquents de la cavité buccale, les plus intéressants sont le streptocoque et le pneumocoque. Le streptocoque n’a été trouvé par M. Netter que dans 3 pour 100 des cas environ chez les sujets sains. Par contre, MM. Widal et Bezançon ont établi qu'il était un hôte pour ainsi dire constant de la cavité buccale, car ils l’ont trouvé vingt fois sur vingt, dépourvu, il est vrai, de toute virulence. Mais ces streptocoques n’en sont pas moins susceptibles d’acquérir, dans certaines conditions, des qualités pathogènes. Le pneumocoque se rencontrerait une fois sur cinq cas environ chez les sujets sains (Netter). MM. Bezançon et Griffon, en substituant à la pratique de l’inoculation massive de salive la méthode de culture du mucus amygdalien dans un milieu électif pour le pneumocoque, ont constaté la présence constante de ce microbe chez 40 individus qui étaient dans les conditions les plus variées; comme le streptocoque', le pneumocoque serait donc un hôte constant de la cavité buccale.
Quoi qu’il en soit, ce qu’il convient surtout de retenir au point de vue pratique, c’est qu’à la suite d’un certain nombre de maladies infectieuses, notamment de la diphtérie, de la pneumonie, de l’érysipèle, les agents pathogènes de ces maladies se retrouvent dans la salive et le mucus de la cavité buccale, qu’ils y conservent souvent leur virulence et qu’il est rigoureusement indiqué de continuer, après la guérison, les soins antiseptiques de la bouche, afin de prévenir soit la récidive, soit la contagion.
Les découvertes modernes ont singulièrement modifié et simplifié la question de l’hygiène buccale et dentaire, en montrant que la plupart des affections de la bouche et des dents sont d’origine microbienne; il faudra donc avoir recours aux anlisep-
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tiques pour assurer cette hygiène; il ne faudra pas négliger d’ailleurs de s’attaquer aux causes générales dépendant du sujet, qui favorisent les altérations buccales; on sait que la grossesse, le diabète, le tabes par exemple, sont des causes prédisposantes d'inflammation buccale et d’altération dentaire; il va, de ce chef, certaines indications qu’il suffit de signaler; il est évident qu’en traitant la glucosurie, en modifiant par cela même l’état des « humeurs » du diabétique, on favorisera la guérison de sa gingivite ou de sa stomatite. Donc au traitement local il y aura lieu, dans certains cas, de joindre un traitement général.
Occupons-nous d’abord de l’hygiène buccale chez les sujets sains; nous traiterons ensuite de l’antisepsie buccale dans les lièvres et les maladies cachectisantes ; l’une indiffère pas d’ailleurs sensiblement de l’autre.
A. — Hygiène de la bouche chez les sujets sains.
Les soins de la bouche, chez les sujets sains, consistent dans l’emploi des moyens mécaniques (brosses) qui empêchent le séjour des particules alimentaires, milieu de culture des micro-organismes; dans celui d instruments que les dentistes utilisent pour enlever le tartre, enfin dans l’emploi des dentifriceantiseptiques.
Sur l’emploi de la brosse à dents il est inutile de s’appesantir, si ce n'est pour en recommander l'usage même chez les jeunes enfants, afin de prévenir la carie des dents de lait, qui, outre les douleurs et les complications qu'elle entraîne, peut exercer une influence fâcheuse sur la seconde dentition; le nettoyage de la bouche est surtout nécessaire lorsque l'on vient de manger du pain, des gâteaux, des sucreries; les résidus alimentaires sucrés ou gras donnent, par la fermentation, des acides qui détruisent la cuticule de l'émail, ce qui permet alors aux agents de la carie dentaire d’entrer en scène.
On emploiera la brosse en caoutchouc ou la brosse de crin.
A la brosse on joindra avec grand avantage l’emploi du savon, qui dissout le mucus buccal et l’entraîne avec les particules alimentaires qui \ sont incluses; comme le savon a l'inconvénient d'avoir une saveur assez désagréable (saveur que l’on peut d’ailleurs masquer), on peut lui substituer la teinture de quillaya saponaria dont on verse une petite quantité dans de l’eau avec laquelle on humecte la brosse.
Rappelons que le savonnage doit porter non seulement sur la face antérieure, mais aussi sur la face postérieure des dents, ce que l'on néglige souvent de faire.
Voici quelques formules de savons dentifrices :
a) Savon de magnésie. . . .
Carbonate de chaux précipité
Essence de roses
Essence de menthe anglaise Essence de lavande. . . .
Carmin
Kl grammes
| X gouttes.
I gramme.
D gr. 10
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b ) Thymol • I gramme.
Extrait de ratanhia 4 grammes.
Glycérine 24 —
Magnésie calcinée 2
Borax 16 —
Essence de menllie poivrée 4 —
Savon médicinal 80 —
Après le brossage, avec ou sans savon, on a recours à une solution antiseptique avec laquelle on se rince soigneusement la bouche. Les solutions sont préférables aux poudres, « parce que celles-ci laissent entre les interstices dentaires et à la sertissure des dents des poussières qui encombrent au lieu de nettoyer, parce que l’une d'elles, le charbon, si souvent employé, finit par former un liséré noirâtre au bord des gencives, liséré absolument indélébile une fois formé » (Thomas).
Les antiseptiques que l’on a utilisés sont les acides benzoïque, phénique, thymique, salieylique, le sublimé, le permanganate de potasse, l’eau oxygénée, le chloral, la résorcine, le phénosalyl, le salol, le menthol, le formol, la saccharine, etc. D'après Miller, ceux qui renferment de l’acide thymique sont les plus efficaces (la solution d’acide thymique à 1 pour 5000 détruit les bactéries de la bouche en une minute), et en même temps les plus agréables au goût.
Le sublimé est encore plus antiseptique que l’acide thymique, mais sa saveur styptique et les dangers d’intoxication que son emploi peut présenter chez les enfants ne permettent pas de l’utiliser.
Voici quelques formules relatives à l’emploi de 1 acide benzoïque et de 1 acide thymique :
Acide thymique 25 centigrammes.
— benzoïque 5 grammes.
Teinture de ratanhia 15 —
Alcool à 95° 100 —
Essence de menthe poivrée 75 centigrammes.
(Miller.)
Verser dans un verre d’eau une quantité suffisante pour produire un trouble.
Acide thymique
Essence de cannelle de Cevlan
Essence de girofle
Saccharine
Essence de menthe
Teinture de ratanhia
Une cuillerée à café pour un verre d’eau.
L 'acide salieylique est très antiseptique, mais présente l’inconvénient de décalcifier les dents.
0 er.
100 grammes.
(Redif.r.)