PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT DES INFECTIONS D’ORICINE RI CCALE
S. — Antisepsie buccale dans les maladies.
Si les soins journaliers de la bouche sont indispensables chez les sujets sains, ils acquièrent une importance plus grande encore chez les malades.
On sait que les modifications chimiques de la salive favorisent au plus haut point la pullulation des micro-organismes qu’elle contient normalement et que les aliments, l'air extérieur lui apportent incessamment; c’est au prix des soins des plus minutieux de la bouche que l’on parviendra à prévenir, dans une certaine mesure, les infections secondaires locales, telles que. les infections buccales proprement dites (ulcérations, noma, muguet) et les infections salivaires (parotiditcs), les stomatites, les angines, les otites, ou les infections à distance, comme la pneumonie et la broncho-pneumonie, la méningite, etc., que l’exaltation de la virulence des microbes de la bouche rend imminentes.
L’antisepsie buccale permettra encore, ainsi qu'il a été dit plus haut, de faire disparaître de la cavité buccale les microbes spécifiques qui y séjournent pendant la convalescence de certaines infections, comme la diphtérie, la pneumonie, en y conservant leur virulence première.
Ce n’est pas seulement dans les fièvres éruptives ou dans la fièvre typhoïde, la diphtérie, que l’antisepsie buccale réclame toute l’attention du médecin. Il est vrai que les infections secondaires buccales et pharyngées \ sont particulièrement fréquentes; mais elles peuvent se manifester encore dans toutes les maladies chroniques, comme le diabète, le mal de llrigbt, la leucémie, la tuberculose, le cancer. On sait que chez les tuberculeux il y a sans cesse menace d'inlcctions secondaires qui aggravent le pronostic. On peut dire, sans exagération, que tout état morbide, aigu ou chronique, nécessite une antisepsie buccale rigoureuse. Les soins de la bouche doivent être continués pendant la convalescence, particulièrement dans la diphtérie, l’expérimentation ayant démontré que les germes peuvent conserver plus ou moins longtemps leur virulence après la guérison et que les sujets (pii en sont porteurs peuvent ainsi trnnsmettre la maladie.
Les adultes seuls peuvent faire usage de gargarismes; encore sont-ils parfois incapables de s’en servir en raison de leur état de faiblesse ou d'inconscience; aussi dans toutes les maladies adynamiques, aiguës ou chroniques, est-il nécessaire d’avoir recours aux lavages, après avoir debarrassé les lèvres, les gencives, des fuliginosités à l’aide de tampons d'ouate imbibés d'eau de Vichy. de glycérine boratée. Les lavages ont surtout une action mécanique ; l'addition de substances antiseptiques n’augmente pas sensiblement leur efficacité. Le plus souvent on emploie l’eau boriquée saturée, l’eau additionnée d'hydrate de chloral (10 gr. p. 100), de phénosalyl (5-10 p. 1000), parfois la liqueur de Labarraque (50 p. 1000), etc.
Chez le jeune enfant, les lavages à l'eau bouillie sont les seuls recommandables en raison des dangers que peut présenter l’emploi des substances toxiques.
Marfan fait nettoyer la bouche des jeunes enfants à l'aide de tampons de coton imbibés de :
MALADIES DE LA DOUCHE ET DE PHARYNX
Eau distillée.. .
Glycérine. . . .
Acide phénique . Essence de thym
450 grammes.
1 gramme.
III gouttes.
Legendre recommande le collutoire suivant pour les enfants :
Acide borique . . .
Chlorate de potasse Jus de citron . .
Glycérine ....
1 gramme.
75 centigrammes.
15 grammes.
ACCIDENTS DE LA DENTITION
Une opinion fort accréditée dans le public, et qui compte également des adeptes parmi les médecins, est que beaucoup de maladies infantiles sont causées directement par la dentition. A l’Académie de médecine (août 1892) la question des accidents de la dentition a été débattue : les uns, ce sont les plus nombreux, ont admis que l’éruption dentaire peut être la cause d'un certain nombre d’accidents réflexes tels que bronchites, troubles gastro-intestinaux, éruptions diverses, convulsions, etc.; d’autres, avec Magitot, n’ont admis qu’une simple relation de coïncidence entre ces accidents et la dentition ; les troubles observés, notamment les troubles digestifs, les exanthèmes, seraient uniquement la conséquence d’une hygiène défectueuse.
La vérité est que ces troubles généraux de la santé ne sont pas liés directement à la dentition, mais que celle-ci peut en favoriser l’éclosion en créant une moindre résistance aux infections, en excitant le système nerveux.
Les 20 dents de la première dentition apparaissent par groupes de 4, dans l'ordre suivant :
1° 4 incisives médianes;
2° 4 incisives latérales ;
3° 4 premières petites molaires;
4° 4 canines;
3° 4 deuxièmes petites molaires.
Les dents de chaque groupe font leur apparition successivement à des intervalles rapprochés; les dents de la mâchoire inférieure sortent avant les dents correspondantes de la mâchoire supérieure, sauf en ce qui concerne les incisives latérales qui apparaissent d’abord à la mâchoire supérieure.
Ces dents de lait sont remplacées vers l'âge de 7 ans par des dents définitives, auxquelles viennent s’ajouter 8 grosses molaires (4 à chaque maxillaire), dont 4 vers 7 ans, 4 à l'àge de 12 à 15 ans. Les 4 troisièmes grosses molaires, dites dents de sagesse, n’apparaissent que de 20 à 30 ans.
La date d’apparition des premières dents de lait est très variable; dans certains cas elle est très précoce, certains enfants même naissent avec des dents. Dans d’autres cas l’évolution dentaire est retardée jusqu'à dix mois ou un an. Ce retard n’est pas un signe de rachitisme ainsi qu'on l'a prétendu; s'il est vrai qu’il s’observe parfois chez
ACCIDENTS DE LA DENTITION
les enfants rachitiques, on peut aussi le constater chez des enfants parfaitement bien portants.
En général c'est vers le sixième ou le septième mois que se montrent les premières dents : les incisives médianes inférieures; presque aussitôt après, apparaissent les incisives médianes supérieures, puis, après un intervalle de six mois environ, c’està-dire vers un an, les incisives latérales. Après un nouvel intervalle de six mois à un an et demi surgissent les \ premières petites molaires ; à deux ans les 4 canines et à deux ans et demi la première dentition est complétée par l'apparition des deuxièmes petites molaires. On voit que l'apparition de chaque groupe de quatre dent' est séparée par un intervalle de six mois :
OllDRE d’ APPARITION ItF.S DEXTS DE I. VIT
dates d’.vppakitiox
1“ 4 incisives médianes
2° 4 incisives latérales
5“ 4 premières petites molaires T
j 4° 4 canines
5“ 4 deuxièmes petites molaires
6 mois.
1 an.
1 an 1/2.
2 ans.
2 ans 1 2.
Dès la première période d évolution de la dent (période intra-maxillaire) I enfant souffre : ses gencives sont rouges, tuméfiées, douloureuses et la salivation est abondante. L’enfant porte sans cesse ses doigts à la bouche et mâchonne le hochet.
Tant que la douleur est modérée, que le sommeil est relativement peu troublé, que l’agitation est peu marquée, il n v a pas lieu d intervenir. On doit se borner à nettoyer avec soin la bouche après les prises de lait , au moyen d’un tampon d’ouate hydrophile imbibé d’eau boriquée, de façon à enlever les grumeaux de lait qui ultérieurement subiraient des fermentations pouvant aggraver la gingivite.
Bien que le hochet soit traditionnel, il convient d’en rejeter l’emploi, les corps durs ne pouvant qu’irriter les gencives; on donnera seulement à l’enlânt un bâton de guimauve ou de réglisse qui se ramollit sous l'influence de la salive.
On sait qu’il existe un très grand nombre de préparations spéciales destinées à être appliquées sur les gencives pour atténuer la douleur et l’inflammation.
Il est plus simple d’avoir recours à un collutoire de miel rosat et de borate de soude (1 gr. pour 50), que l’on portera au niveau des gencives au moyen de tampons d’ouate.
On peut encore se servir avec prudence d’un collutoire à la cocaïne :
Cocaïne 0 gr. 10
Saccharine 0 gr. 05
Glycérine 20 grammes.
Teinture de vanille X\ gouttes.
ou du collutoire suivant :
MALADIES DE LA DOUCHE ET DU PHARYNX
| ââ 5 grammes.
| ââ 20 —
Le débridement de la gencive, conseillé dans les cas où la dent tarde à se faire jour, est une pratique dangereuse qu’il faut rejeter, parce que la petite plaie se cicatrise très vite, mais surtout parce qu’elle constitue une porte ouverte à l’infection.
Dans certains cas la gingivite gagne de proche en proche, s’étend à la muqueuse des joues et des lèvres et donne lieu à une stomatite érythémateuse ou pultacée.
Dans ce cas on utilisera le collutoire au borax précédemment indiqué et on fera quelques lavages. X l’intérieur, on administrera de l 'eau de chaux ou de 1 eau de Vichy , à raison d’une cuillerée à café à chaque tétée.
Les accidents généraux peuvent survenir dans les cas où la réaction locale est intense, grâce à la mise en jeu facile des réflexes chez l’enfant. L’agitation, l’insomnie ne sont pas rares; chez les enfants particulièrement nerveux, des convulsions ont été observées.
Ces troubles nerveux sont habituellement bénins, bien que l’apparition des convulsions jelte toujours l’alarme dans les familles. Encore celles-ci ne surviennent-elles que chez des enfants prédisposés par hérédité aux troubles nerveux (enfants issus de mères hystériques). Dans certains cas on observe des symptômes de congestion cérébrale : fièvre vive, agitation incessante, vomissements, fontanelle antérieure très fendue, mais ce sont là des faits exceptionnels.
Pour calmer l’excitation nerveuse on aura recours aux bains frais et au bromure de potassium , que l’on administrera à la dose de U gr. 50 en une seule fois dans une cuillerée de lait, à la dernière tétée du soir.
Chez les enfants particulièrement excitables on peut administrer le bromure le matin et donner le soir un lavement de chloral :
0 gr. 25 j ââ Y gouttes.
«>() grammes.
(Camion nr. la Carrière.)
Des troubles digestifs peuvent survenir également : refus de téter soit par inappétence vraie, soit par suite de douleurs à la déglutition; diarrhée. L'influence du système nerveux sur l’intestin est bien connue, et rien n’autorise à nier cette influence au cours de l’éruption dentaire; mais il ne faut pas perdre de vue que, le plus souvent, les enfants qui présentent ces troubles digestifs y étaient déjà prédisposés par suite d’une alimentation vicieuse. Aussi ne saurait-on les négliger dans la croyance de les voir disparaître spon-
Hydrate de chloral . . .
Teinture rie musc ....
— de valériane. .
Teinture de vanille.
— de coca. .
— de myrrhe .
de safran .
Miel de mercuriale.
Miel rosat
ACCIDENTS DE LA DENTITION'
lancinent, une fois la dent sortie. Dans ces cas, où la dentition ne lait qu’aggraver des troubles déjà existants, il faut intervenir de suite, sinon peuvent éclater brusquement des accidents liés graves d’inlection gastrointestinale.
Aux autres troubles attribués à la dentition, tels que les éruptions eczémateuses ou irnpétigineuses, par exemple, s'appliquent des considérations analogues. Ce ne sont pas des « feux do dents », comme le disent les commères. De même que pour les troubles digestifs, il n’y a entre ces manifestations cutanées et l’évolution dentaire qu’une coïncidence le plus souvent, et nullement un rapport étroit de cause à effet. Il faut donc les traiter dès leur apparition, sans attendre une disparition spontanée qui ne se produit pas . Les accidents laryngo-pulmonaircs, tels que laryngite striduleuse, spasme de la glotte, bronchites légères (pie l’on voit parfois survenir au cours de la dentition, ne doivent pas être négligés non plus; ils n’ont qu'un rapport indirect avec la dentition, qui se borne à mettre I enfant en étal d imminence morbide.
Pendant toute la durée des dents de lait, on doit surveiller la bouche avec soin; ce serait une erreur de ne point se préoccuper de la carie des dents de lait, sous prétexte que ces dents sont destinées à tomber. En effet, cette carie peut entraîner des accidents locaux et généraux : gène de la mastication et, par suite, troubles digestifs; périostite avec abcès lisluleux; odeur fétide de l’haleine, etc. Elle peut, d’autre part, exercer une influence fâcheuse sur les dents de la seconde dentition; la disparition prématurée de la dent do lait peut entraîner une déviation de la dent permanente sous-jacente, un chevauchement.
Il faut donc employer tous les moyens propres à prévenir la carie des dents de lait et faire traiter par le dentiste les dents déjà cariées. On se préoccupera tout d’abord des influences générales qui peuvent favoriser la carie et qui chez l’enfant sont, avec l’hérédité, plus particulièrement le rachitisme, la tuberculose, la syphilis héréditaire. D’autre part, on combattra I acidité du milieu buccal, cause directe de la carie, puisque les acides attaquent l'émail et I ivoire et permettent aux micro-organismes de la carie d’accomplir leur œuvre.
Les acides provenant des fermentations du milieu buccal, il faut débarrasser chaque jour la bouche des particules alimentaires qui y séjournent, et détruire les micro-organismes ou tout au moins entraver leur développement.
Chaque jour, ou plutôt deux fois par jour, on frictionnera les dents de l’enfant avec un tampon d’ouate humecté de savon, puis avec une brosse douce imbibée d’une eau dentifrice antiseptique, mais non toxique ( solution f Vacide thymique, par exemple) :
Acide thymique . . .
— benzoïque . . .
Essence de menthe. .
— de badiane. .
Teinture de cochenille Alcool à 80°
0 gr. 50 5 grammes.
2 gr. 50 2 grammes, (i " —
MALADIES DE LA BOUCHE ET DL PHARYNX
Verser dans un verre d’eau une quantité suffisante pour produire un trouble.
Il est important de prendre ces soins de la bouche le soir avant le coucher, aussi bien que le matin au réveil, car c’est pendant la nuit que les fermentations sont le plus actives.
A partir de quatre à cinq ans, l’enfant se servira lui-même de la brosse.
11 va sans dire que dans l’alimentation on évitera les aliments qui ont une action nuisible sur les dents (fruits acides) ou ceux qui paracidifient le contenu buccal, tels que les sirops, les bonbons, les sucreries, qui subissent des fermentations acides.
Les glossites peuvent exister indépendamment des stomatites ou exister avec elles, et dans ces cas reconnaître les mêmes causes que ces dernières ( glossite aphteuse, ulcéro-membraneuse, mercurielle, glossite du muguet, etc. ) . Nous n’envisageons ici (pie les glossites en tant que glossites primitives.
La glossite aiguë superficielle est souvent d'origine traumatique: le plus souvent l’auteur de la blessure est le malade lui-même ; le traumatisme est alors accidentel ou survient pendant une attaque d’épilepsie, ou bien encore il est déterminé par un chicot dentaire. D’autres fois la glossite est le résultat d’une piqûre d’insecte, etc.
Lorsque le traumatisme n'est pas en cause*, la glossite peut être due à une brûlure à la suite de l’ingestion d’un liquide trop chaud, ou d’un caustique.
Dans d'autres circonstances la glossite est secondaire ; elle est due à des troubles digestifs, ou survient dans le cours ou à la suite d’une maladie infectieuse (fièvre typhoïde, variole, rougeole, scarlatine, etc.).
La glossite traumatique guérit aisément ; il suffit de recommander au malade de se baigner fréquemment la bouche avec une solution boriquée ou cliloralée ; si les ulcérations sont très douloureuses, on peut les recouvrir d’une légère couche de pommade iodoformée (au 20e) ou cocaïnëe et les toucher ultérieurement avec Y acide chromiqne au dixième pour en hâter la cicatrisation.
Un traitement analogue est applicable aux glossites de nature infectieuse : à l’antisepsie buccale il faut joindre les applications de topiques calmants:
GLOSSITES
A. — Glossites aiguës.
Chlorhydrate de cocaïne . . .
Borate de soude
Eau distillée de laurier-cerise Glycérine • .
25 centigrammes.
2 grammes.
GLOSSITES.
et les bains de bouche avec:
Borate de soude . . . • 10 grammes.
Eau de pavots . . .
Eau d’orge
ou :
Décocté de pavots .
Sirop d'althœa. . .
Eau de laurier-cerise Chlorate de soude . .
Les ulcérations des glossites infectieuses sont parfois très rebelles ; on les touchera avec la teinture d'iode associée à la glycérine, avec ou sans addition d’acide phénique :
Acide phénique ‘2 grammes.
Teinture d’iode ) ^ ...
r, , • ( aa 10 —
Glycérine >
Les glossites profondes suppurées sont toujours graves, car elles peuvent entraîner la mort par suffocation, par œdème de la glotte, par gangrène. Les applications de place, les scarifications sont le seul traitement applicable au début ; dès que le pus est formé, il faut lui donner issue.
200 grammes.
' ali 100
B Glossites chroniques.
Parmi les glossites chroniques, il en est de très superficielles, comme la desquamation linguale ou langue lisse que l'on observe chez les arthritiques, les dyspeptiques, les cachectiques, dans les lièvres éruptives et dans la syphilis : les lotions alcalines sont recommandées.
Les mêmes lotions sont utiles pour la langue noire, que caractérisent sa coloration plus ou moins foncée et l’hypertrophie des papilles liliformes. Cette variété de glossitc s’observe de préférence chez les malades atteints d'affections chroniques, de maladies du tube digestif, de diabète (Horand et Wcill, d’épilepsie, de tabes.
Récemment M. Lucet l’a considérée comme due au développement d'un saccharomyces qui se cultive sur les milieux acides et sucrés.
Pour combattre lhyperkératose, on peut toucher tous les jours ou tous les deux jours les points malades avec une solution d'acide salicylique au dixième ou au vingtième.
D’après Lucet, le meilleur traitement consiste à alcaliniser le milieu buccal par des lavaqes répétés à l 'eau de Vichy, des attouchements avec une solution boratée, puis à faire des applications de teinture d'iode ou d'une solution picriquée.
MALADIES DE LA BOUCHE ET DU PHARYNX
La glossite exMiatrice marginée (pityriasis lingual de Rayer, langue géographique de Bergeron et Archambault, exfoliation en aires de Unna, eczéma marginc desquamatif de Besnier) est une glossite particulièrement fréquente dans la première enfance, de six mois à trois ou quatre ans, mais peut s’observer aussi chez l’adulte. Bile débute vers la pointe ou les bords, tantôt par une petite tache blanche arrondie, déprimée au centre, tantôt par un arc de cercle constitué par un bourrelet blanchâtre dans la concavité duquel il semble que les papilles aient subi un processus desquamatif.
A sa période d’état elle est constituée par des plaques dépapillées, limitées du côté où elles s’étendent par des cercles incomplets, par une bordure d’un blanc mat; cette bordure est fort adhérente.
Les symptômes subjectifs sont à peu près nuis. L’étiologie de l’affection est encore obscure ; cependant la coïncidence avec les troubles digestifs est incontestable; Barrot avait remarqué que celte glossite s’observe surtout chez les enfants débilités, dyspeptiques. Chez l’adulte elle coïncide également avec les troubles digestifs, avec l’alcoolisme, la syphilis. Pour MM. Besnier et de Molènes, cette glossite n’est autre qu’un eczéma des muqueuses.
Quoi qu’il en soit, il faut la traiter de la façon suivante: la suppression du tabac, de V alcool, des mets épicés est la première mesure à prendre ; V hygiène dentaire est à surveiller. Après chaque repas on recommande au malade de faire un lavage de la bouche avec une solution alcaline. On soigne les troubles digestifs en instituant un régime approprié, en combattant la constipation, en faisant de l’antisepsie gastro-intestinale. Comme traitement local, de Molènes conseille les onctions répétées soir et matin avec la vaseline boriquée à 5 pour 1U0, additionnée ou non de baume du Pérou (1 p. 10), ou bien les applications du glycérolé suivant :
Glycérine
Hyposulfite de soucie
Faire dissoudre.
On peut employer une pommade à I acide salicylique à 2 pour 50. Dans un cas tenace, de Molènes a employé Y acide lactique coupé de parties égales d’eau. 11 est nécessaire de continuer les soins généraux et locaux pendant un certain temps, car les récidives sont fréquentes.
Pendant les poussées aiguës douloureuses on se bornera à prescrire des bains de bouche tièdes de décoction de guimauve et pavot alcalinisée avec le borate ou le bi-borate de soude.
50 grammes.
Leucoplasie buccale. — La ieucoplasie (leucoke'ratose de Besnier) est la plus fréquente des glossites chroniques; aussi son étiologie et son traitement ont-ils donné beu à de nombreuses discussions, tout récemment encore au Congrès de médecine de 1900.
Ainsi que l’a constaté le professeur Fournier, les auteurs ne sont pas d’accord sur la définition de la leucoplasie et beaucoup confondent avec la leucoplasie proprement
(îLOSSlTES.
dite, des leucoplnsies scléreuses, dont l’origine sypliilitiijue directe n'c»l pas contestable.
Cette confusion explique le désaccord qui règne au sujet de l'indication du traitement spécifique et de son efficacité; tandis que pour les uns (Barthélémy, Cauclur, etc. . le traitement par les injections de calomel ou d’huile grise peut amener la guérison complète ou tout au moins enrayer le développement de 1’aflection, pour les autres (Fournier), ce traitement, employé seul ou associé à l’iodure de potassium, est au moins inefficace, sinon nuisible.
Les cas de glossitc scléreuse mis à part, il est reconnu par tous les dcrmalologisles que l’influence de la syphilis sur le développement de la Icucoplasie est prépondérante; seulement cette influence ne se traduit pas par la production de lésions syphilitiques; elle n’est qu'indirecte ; en d’autres termes la Icucoplasie ne serait qu’une affection parasyphilitique. Bien que la Icucoplasie soit l'apanage de sujets déjà avancés en âge, elle peut être d’origine hérédo-syphilitique, ce qui d’ailleurs n’est pas une exception, car de nombreuses manifestations de syphilis héréditaire peuvent survenir chez des sujets Agés.
Si l’origine de la syphilis ne peut être décelée dans tous les cas, elle est du nioin> appréciable dans l’immense majorité des cas. Sur 524 cas de Icucoplasie, M. Fournier a relevé 259 fois la syphilis, soit 80 pour 100; Gaucher et Sergent ont trouvé la syphilis dans un plus grand nombre de cas encore, soit 90 à 95 pour 100 des leucoplasies; c’est en somme sensiblement la même proportion que pour le tabes, autre affection parasyphilitique des plus fréquentes. D'autre part l'inlluence de l’arthritisme est communément admise.
A côté des causes générales : syphilis, arthritisme, les causes locales d'irritation jouent un rôle considérable dans l’étiologie et parmi elles l’influence du tabac est prépondérante; Fournier a trouvé 97 pour 100 de sujets fumeurs et, ce qui tend encore à confirmer l’influence du tabac, c’est la prédominance chez l'homme; 519 cas chez l’homme contre 5 chez la femme. Seulement il semble que l’influence seule du tabac ne suffit pas; celui-ci serait nocif surtoutchez les syphilitiques, comme le prouve un fait rapporté par Barthélémy, celui d’un homme qui fumait 50 cigares par jour pendant 50 ans et qui ne présentait aucune lésion buccale : cet homme prit la syphilis et 2 ans après eut une leucoplasie. En somme la Icucoplasie, telle que la définit Fournier, est une lésion buccale d'origine à la fois parasyphilitique; et tabagique. Quelques médecins admettent pourtant des leucoplasies d’origine tabagique exclusive.
11 est un dernier point sur lequel tout le monde est d'accord, c’est la transformation presque habituelle de la leucoplasie en cancer; sur 524 cas, Fournier en a vu 97 aboutir au cancer. Les travaux récents tendent même à admettre que la leucokératosese rattacherait intimement à l’épithéliomatose dont elle constituerait une forme bénigne, à évolution très lente et parfois susceptible de rétrocession; elle ferait partie du groupe des kératoses précancéreuses de Dubreuilh.
Au point de vue prophylactique, les conclusions à tirer de ces considérations sont les suivantes : il faut interdire l’usage du tabac à tous les syphilitiques, même à ceux qui en raison de l’ancienneté de leur contamination, ne sont plus exposés aux plaques muqueuses. Malheureusement l’abstinence du tabac ne met pas les syphilitiques à l’abri de la leucoplasie ou du cancer lingual. Fournier a vu survenir le cancer chez des malades (pii depuis cinq, dix, quinze et vingt ans n’avaient pas fumé.
MALADIES DE LA BOUCHE ET DU PHARYNX
En ce qui concerne le traitement général, il est indiqué de chercher à modifier le terrain arthritique par l’hygiène générale, le régime. Sur l’opportunité et l’efficacité du traitement spécifique, des divergences profondes existent entre les auteurs. Dans les syphilis récentes, l’indication du traitement est nette ; elle est discutée dans les cas où la syphilis est douteuse ou quand l’infection remonte à une date très ancienne. Cependant quelques guérisons obtenues dans ces conditions légitiment le traitement spécifique (Besnier, Brocq). C’est exclusivement aux injections qu’il faut avoir recours et notamment aux injections de calomel. Quant à Viodure, s'il est parfois mal toléré, il peut rendre des services, associé au mercure.
Beste le traitement local ; malgré l’apparente richesse des moyens proposés, celui-ci est d’efficacité souvent douteuse.
Il est important de veiller au bon fonctionnement des voies digestives et notamment de combattre la constipation, car c’est un fait d’observation banale que la constatation de poussées inflammatoires du côté de la langue coïncide avec des troubles digestifs ; mais c’est surtout à l’hygiène buccale qu’il convient de veiller. On évitera toutes les causes d’ordre alimentaire susceptibles d’irriter la langue: les malades devront s’abstenir des aliments et des boissons qui, par leur température ou leur nature, peuvent entretenir l’irritation ; c’est pourquoi l’alcool, les aliments épicés, les acides, les coquillages, le poisson de mer, les fraises, les figues, le melon, les asperges, les truffes, les champignons, la charcuterie, le gibier, le sucre en nature, les bonbons, les boissons glacées ou brûlantes sont défendus ; il va sans dire que la suppression du tabac doit être radicale. Enfin l’état de la dentition sera particulièrement surveillé ; les aspérités, les chicots susceptibles d’ulcérer la muqueuse seront émoussés ou enlevés et les pièces dentaires nettoyées avec le plus grand soin.
Les lavages ou plutôt les bains de bouche prolongés et répétés avec des solutions alcalines sont l’un des moyens qui réussissent le mieux contre les troubles subjectifs parfois très accusés chez certains malades; on prescrira donc l’emploi des solutions de bicarbonate de soude à 2 pour 1000, de salicylate de soude à 1 pour 1000, de borate de soude à 5 pour 1000, ou tout simplement les eaux alcalines naturelles (Vichy, Vais). Aux alcalins on peut joindre l’action analgésiante de la coca, en employant comme véhicule une décoction de feuilles de coca (2 pour 1000).
On doit repousser par contre l’emploi des alcalins : bicarbonate ou borate, sous formes de pastilles, en raison du sucre qui entre dans leur composition, ou des essences irritantes avec lesquelles on les aromatise.
Aux bains de bouche avec les solutions alcalines, on peut joindre les pulvérisations avec l'eau cuivreuse de Saint- Chus tau (Basses-Pyrénées), où Bazin envoyait ses malades ; cette eau, qui contient trois dix-millièmes de sulfate de cuivre, peut aussi s’employer à l’intérieur (source des Arceaux). A la suite de son emploi local on observe une certaine exagération des troubles subjectifs (sécheresse, picotements, élancements), plus tard au contraire l’éloignement I des poussées inflammatoires.
Comme topiques modificateurs, on a utilisé tour à tour les acides salieylique,
GROSSITES.
lit
chromique, lactique, le baume du Pérou, l’iiuile de cade, lapapaiotme, etc
Actuellement le bichromate de potasse a les préférences des praticiens.
E. Vidal se servait de Y acide salicylique ; on peut badigeonner les plaques tous les trois ou cinq jours avec la solution suivante :
Alcool ‘20 grammes.
Acide salicylique 2
On peut encore faire baigner la bouche cinq ou six fois par jour avec une solution faite en versant quarante gouttes d’une solution alcoolique au 5' du même acide, dans un verre d’eau. Après les badigeonnages, les malades doivent calmer l'irritation passagère duc au topique, à l aide d'un bain de bouche alcalin.
Joseph a préconisé I acide lactique au tiers ou au cinquième, en badigeonnage.
L acide chromique s’emploie en solutions au centième ou au quatre-v ingtième, avec lesquelles on badigeonne les plaques deux ou trois fois par jour. On peut utiliser des solutions beaucoup plus concentrées (au dixième); mais, dans ce cas, il faut espacer les badigeonnages, les pratiquer tous les trois ou quatre jours seulement et les faire suivre immédiatement d'un lavage à grande eau.
M. Lassar, de Berlin, emploie le baume du Pérou pur, M. Besoin- I incorpore à la vaseline ;
Chlorhydrate de cocaïne. . . .
Baume du Pérou
Acide borique
Vaseline
En application deux fois par jour.
centigrammes.
1 gramme.
III grammes.
M. Besnier préconise également Y huile de cade craie que Ion applique une fois par jour.
Schwimmer a recommandé les applications de papaioline :
Eau distillée. .
Glycérine neutre Papaioline. . .