MOLLUSQUES CÉPHALOPODES
Manteau en forme de sac , contenant la partie inférieure du corps. Tète saillante hors du sac, couronnée par des bras non articulés, garnis de ventouses, et qui environnent la bouche; deux yeux sessiles; deux mandibules cornées à la bouche; trois cœurs, les sexes séparés.
§ Céphalopodes testacés polythalames. — Ils ont une coquille multiloculaire (subintérieure), qu’ils enveloppent complètement ou partiellement, et qui est enchâssée dans la partie postérieure de leur corps.
* Coquille multiloculaire à cloisons simples : leurs cloisons simples , sur les bords, n’offrent point de sutures découpées et sinueuses sur la paroi interne du test.
(i) Coq. droite ou presque droite, point de spirale.
Les Orthocérées.
Bélemnite, Orthocère,
Nodosaire, Hippurile.
(a) Coq. partiellement en spirale, le dernier tour se terminant en ligne droite.
Les Lituolées.
Spirule, Spiroliue,
Lituole.
INTRODUCTION
(3) Coq. semi-discoïde, à spire excentrique.
Les Cristacées.
Rénulite, Cristellaire,
Orbiculine.
(4) Coq. globuleuse, sphéroïdale ou ovale , à tours de spire euveloppaus , ou à loges réunies en tunique.
Les Sphéruï.ées.
Miliolite, Gyrogonite,
Mélonite.
(5) Coq. discoïde à spire centrale , et à loges rayonnantes du centre à la circonférence.
Les RadiolÉes.
Rotalie, Lenticuliue,
Placentule.
(6) Coq. discoïde à spire centrale , et à loges qui ne s'étendent pas du centre à la circonférence.
Les Naetieacées.
Discorbe, Sidérolile,
Vorticiale, Nummutiie,
Nautile.
’* Coq. multiloculaire à cloisons découpées sur les bords. Les cloisons sinueuses et lobées dans leur contour, se réunissent contre la paroi interne du test, et s'y articulent en sutures découpées comme des feuilles de persil. Les Ammomées.
Ammonite, Orbulite,
Turrilite, Ammonocératite.
Baculite.
§§ Céphalopodes testacés moDothalames. — Ils ont une coquille uniloculaire , univalve et involute, dans laquelle ils habitent.
Les Argonautacées.
Argonaute.
§§§ Céphal. non testacés. — Us n’ont point de coquille soit intérieure , soit extérieure; mais plusieurs d’entre eux contiennent intérieurement un corps solide , crétacé ou corné.
Les Sépiolées.
Poulpe, Calmaret, Calmar, Sèche.
MOLLUSQUES HÉTÉROPODES.
Point de bras en couronne sur la tête; point de pied sous le ventre ou sous la gorge pour ramper. Une ou plusieurs nageoires , sans ordre régulier, et non disposées par paire. Corps libre, allongé, nageant horizontalement. Tête distincte; deux yeux.
Les Hétéro podes.
Carinaire,
Firole,
Phylliroë.
Les acéphales qui étaient restés sans sous-divisions, sont partagés tout naturellement en deux parties d’après le nombre des muscles; c’est ici par conséquent que l’on trouve, pour la première fois, des acéphales Mouomyaires et des acéphales Dimyaires; bien que cette distinction n’ait pas paru assez fondamentale aux yeux de quelques zoologistes, elle est cependant appuyée sur des caractères faciles à apercevoir, non-seulement dans les coquilles , mais encore dans la structure intime des animaux; et quoique en apparence, il importe peu qu’un animal soit lié à sa coquille par un ou deux muscles, il est vrai de dire que les modifications organiques qui en résultent , se font ressentir jusque dans le système nerveux lui-même, ce qui rend par le fait, le nombre des muscles d’une grande importance dans la classification de ccs mollusques. A ces deux premières divisions, Lamarck en joignit d’autres plus secondaires, tirées de la présence ou de l’absence d’un byssus, de l’égalité ou de l’inégalité des valves de la coquille, de la position du ligament, de la forme de la charnière et des modifications dans les organes locomoteurs. Quant aux genres et aux familles , ils restèrent à peu-près dans les mêmes limites , et plusieurs éprouvèrent des améliora-
lions dont on jugera facilement la valeur en comparant les deux tableaux. Ces changemens rendirent, sans contredit, cette partie de la méthode infiniment plus parfaite qu’elle ne l’avait été jusqu’alors. Nous allons voir dans la division des mollusques céphalés, que des changemens non moins notables ont été proposés.
Lamarck partage les mollusques céphalés en cinq sections : nous devons nous souvenir que dans la Philosophie zoologique, il n’en admettait que trois, ce qui était certainement préférable, les deux nouvelles divisions étant toutà-fait artificielles, comme nous le verrons par la suite. Les cinq divisions sont ici disposées dans l’ordre suivant : i° les Ptéropodes; 2 0 les Gastéropodes; 3° les Trachélipodes; 4 U les Céphalopodes ; 5° les Hétéropodes. Ce sont les troisième et cinquième divisions qui sont nouvelles.
Les Ptéropodes ne forment qu’une seule famille, elle est complétée par les nouveaux genres que Péron et Lesueur caractérisèrent dans les mémoires du Muséum. Mais Lamarck eut le soin deloiguer plusieurs des genres que ces auteurs voulaient introduire dans cette famille ; les carinaires et les firoles firent partie des hétéropodes, et les callianires, qui u’appartien lient pas à la classe des mollusques , entrèrent dans celle des radiaires mollasses.
La seconde section, celle des Gastéropodes , fut considérablement réduite par suite de la création de la section des trachélipodes. Cuvier et Lamarck, avant cette époque, comprenaient dans les gastéropodes presque tous les mollusques céphalés : on observe en effet entre ces animaux, des points de contact et de ressemblance si multipliés, qu’il fallait rechercher, comme l’a fait Lamark , pour diviser cette série naturelle et partout enchaînée, des caractères arbitraires et sans valeur. Ce qui prouvera, ce nous semble,
HISTOXXIE DE LA CONCHYLIOLOGIE
la justesse de cette remarque, c’est que Lamarck a placé la séparation des gastéropodes et des trachélipodes précisément au point où elle pouvait être le moins tolérable; et ce qui est remarquable, c’est que parla manière dont elle est caractérisée, cette division ne pouvait être établie autre part. Toutes les personnes qui se sont un peu occupées de l’organisation des mollusques, savent que la famille des limaces et celle des hélices, se lient par un grand nombre d’intermédiaires : de telle sorte qu’il y a bien des concliyliologues qui veulent les réunir , et ils s’appuient sur les raisons les meilleures, puisque elles sont tirées de l’organisation des animaux eux-mêmes. La division de Lamarck , établie entre la famille des limaces et des hélices, ne peut donc être conservée. On conçoit effectivement qu’il importe peu pour l’organisation intime des animaux, que l^pied soit plus ou moins séparé de la masse des viscères, lorsque surtout on voit cette séparation s’établir insensiblement, par faibles degrés, soit en passant d’une famille à une autre, soit dans une même famille, soit même dans un seul genre; il y a par exemple des calyptrées trachélipodes et d’autres gastéropodes, selon les définitions de Lamarck.
Les gastéropodes sont réduits à ceux des mollusques qui ont un pied occupant toute la surface inférieure du corps; les familles sont établies, non d’après la présence ou l’absence du test, mais ce qui est bien préférable, d’après la position et la nature de la branchie : dans les uns cette branchie respire l’eau, dans les autres elle est destinée à recevoir le contact immédiat de l’air. Cette modification de l’organe respiratoire n’empêche pas Lamarck d’y reconnaître une branchie, ce qui est vrai, et non un poumon comme l’ont prétendu quelques zoologistes. Cette dénomination de mollusques pulmonés ou à poumon est vicieuse,
INTRODUCTION
puisqu’elle tendrait à faire croire qu’il exisle chez eux une respiration semblable à celle des animaux d’une organisation plus élevée , ce qui cependant n’a rien de réel.
Dans la seconde famille des gastéropodes, nous voyons un genre dont les rapports ont été long-temps contestés et le sont encore aujourd’hui; les oscabrions, en effet, à ne les voir que dans leurs caractères extérieurs, ne semblent pas devoir se rapprocher des autres mollusques : leur test divisé en huit segmens transverses diffère si essentiellement de celui d’une seule pièce habité par les patelles , que sur cette seule considération, des zoologistes très distingués les ont mis dans le voisinage des cirrhipèdes. D’autres, et surtout Cuvier et Lamarck , ont toujours placé ces animaux dans le voisinage des patelles: il nous semble qu’ils ont eu raison. Pour juger une question comme celle-ci, il y a un point de départ dans l’organisation qui conduit toujours à des résultats positifs: ce point de départ est l’examen du système nerveux; ce système, comme le savent les zoologistes , domine tous les autres , il est le premier et le plus important. Dans les oscabrions, ce système est semblable à celui des autres mollusques , ou pour mieux dire il est disposé sur un même plau. Les organes de la circulation et de la respiration, ceux de la digestion ont la même analogie avec ceux des autres mollusques; les organes delà génération, différeus sous quelques rapports , ont aussi de l’analogie. Ainsi, quand dans ces animaux ou voit tous les principaux systèmes d’organes avoir la plus grande analogie avec ceux des autres mollusques, doit-on attacher tant de valeur à la division du test? Cette division qui ne marque son influence que sur lé système musculaire et sur la peau, est en réalité peu importante, comparée au reste de l’organisation. La conclusion de ce qui précède est rigoureuse, les osca-
HISTOIRE DE LA CONCHYLIOLOGIE
brions doivent rester parmi les mollusques gastéropodes.
Les Trachélipodes, dont nous avons blâmé la séparation, sont partagés naturellement en deux : ceux qui sont sans siphon, ceux qui en ont un toujours saillant; cette division correspond exactement à celle des coquilles à ouverture entière et à ouverture canaliculée ou échancrée à la base. Les autres divisions, d’un ordre inférieur, sont fondées sur les modifications de la branchie qui respire l’air ou l’eau, sur la forme de la columelle, la longueur du canal de la base, la forme du bord droit de l’ouverture, la profondeur de l’échancrure, etc. Mais la section qui doit particulièrement arrêter nos regards est celle qui contient les céphalopodes. C’est en effet dans le nombre et la disposition de leurs genres , que nous remarquerons les plus grands chaugemens.
Les trois divisions principales des Céphalopodes, testacés polythalames ou multiloculaires, monothalaines ou uniloculaires et sans test, restent les mêmes dans leur principe, dans la méthode de 1809 et celle-ci; mais au lieu de cinq familles, on en trouve neuf ici et un plus grand nombre de genres. Les familles, comme précédemment, renferment àla-foisdes coquilles microscopiques sans un véritable siphon et des coquilles siphonées; la famille des lituolacées est divisée en deux, le genre nodosaire ajouté aux bélemnites, aux orthocères et aux hippurites, complète la famille des orthocères , et celle des lituolées reste avec trois genres. Dans la famille des lenticulacées de la Philosophie zoologique, on trouve naturellement rapprochés les genres lenticuline et nummulite; la dislocation de cette famille a entraîné le premier de ces genres dans la famille des radiolées et le second dans celle des nautilacées; cependant un peu d’attention aurait fait voir que les deux genres dont il s’agit 11e diffèrent on rien d’essentiel.
INTRODUCTION
L’amélioration la plus grande dont la classification des céphalopodes soit redevable à Lamarck , est la création de la famille des ammonées, nettement séparée de celle des nautilacées ; cette famille fut un heureux commencement , un excellent exemple pour les conchyliologues à venir, qui tentèrent avec suecès une réforme complète dans la classification des céphalopodes.
Depuis la publication du Voyage aux quatre îles par M. Bory de Saint-Vincent et surtout du mémoire de Pérou et Lesueur sur les Ptéropodes {Mém. du Mus., t. xv, 1810), les naturalistes savaient que l’animal de la carinaire n’était pas ce que Lamarck l’avait supposé : ce n’était point un céphalopode, ce n’était pas non plus un ptéropode comme Pérou l’avait dit. Lamarck rompit alors les rapports qu’il avait reconnus entre les argonautes et les cariuaires, et il laissa subsister pour le premier de ces genres la division des céphalopodes testacés monothaîames. Quant aux céphalopodes non testacés, ils contiennent quatre genres au lieu de trois , Lamarck ayant jugé nécessaire la création du genre ealmaret.
Tous les zoologistes et Lamarck lui-même, jusqu’alors avaient pensé que les céphalopodes étaient les mieux organisés des mollusques, et par conséquent les plus rapprochés des poissons: il en jugea autrement dans la méthode que nous examinons. Trop préoccupéde la facultédont certains mollusques jouissent de se mouvoir rapidement dans l’eau; il leur supposa une organisation supérieure à celle des céphalopodes , et il fut entraîné à créer pour eux une cinquième section à laquelle il donna le nom de mollusques Hétéropodes. Péron et Lesueur, dans le mémoire que nous avons déjà cité, avaient donné quelques détails sur la manière de vivre de ces animaux, et ils étaient les premiers qui en eussent décrit les for-
HISTOIRE DE LA CONCHYLIOLOGIE. 12.5
nies extérieures. Mieux connus actuellement clans leur structure organique, on sait qu’ils appartiennentau grand type des gastéropodes; aussi aucun naturalisten’aadopté cette division des hétéropodes au même titre et dans les mêmes rapports.
Tel était en France à cette époque l’état de la conchyliologie, les guerres continuelles de l’empire ne permirent aucune , ou presque aucune communication scientifique avec les autres nations. Le Muséum s’enrichit par droit de conquête de la collection des coquilles de Lisbonne, qui jouissait à juste titre d’une grande réputation en Europe, les voyages en Italie furent fréquens, et la présence dans ce pays d’un naturaliste français, du savant et modeste Ménard de la Groye, qui se livra avec beaucoup d’activité à la recherche des fossiles, des collines subapennines , réveillant chez les Italiens l’amour-propre national, fut cause de la détermination que prit le savant minéralogiste Brocchi de publier un ouvrage sur ces mêmes fossiles: après l’ouvrage de Scylla (la Fana Speculazione ) , celui-ci est le seul où l’analogie de certaines espèces fossiles ait été constatée irrévocablement, d’une manière méthodique avec la synonymie. Bien que dans ces déterminations d’espèces analogues , Brocchi ait laissé échapper plus d’une erreur, cependant elles sont faites avec plus de soin que celles de Faujas, par exemple, qui donnait sérieusement la Peina mytiloïdes des argiles du Havre, comme l’analogue fossile de la crénatule de la mer Rouge. Brocchi ne fil jamais de telles fautes, son ouvrage, écrit avec une pureté remarquable, était fait de manière à attirer à son auteur l’estime de tous les savans, car il présentait à-la-fois une géologie italienne assez complète et la description d’un grand nombre d’espèces des terrains tertiaires; ces descriptions, disposées dans l’ordre méthodique deLinnée avec la concordance des genres deLamarck,
INTRODUCTION
sont accompagnées de figures gravées, dont la perfection n’a pu être atteinte jusqu’à présent dans aucun autre ouvrage du même genre.
Les progrès de la conchyliologie furent moins rapides en Allemagne et en Angleterre qu’en France; à l’époque dont nous parlons on en était encore au système de Linné, et ce ne fut guère que dans ces dernières années que l’on songea à introduire , dans l’étude de la science, les perfectionnemens que les travaux de Bruguière, de Lamarck et Cuvier y avaient apportés. Cette ténacité au système de Linné n’empêcha pas que l’on publiât en Angleterre surtout des ouvrages remarquables sur la conchyliologie.
Quoique les Anglais fussent en position par leur immense commei’ce maritime , de recueillir des matériaux d’histoire naturelle dans toutes les régions du globe, cependant les savans de cette nation , par l’esprit de sagesse qui les distingue, ainsi que par un amour national aussi bien entendu que dirigé, firent de continuels efforts pour compléter la Faune britannique, et les principaux ouvrages qu’ils publièrent, eurent presque tous la zoologie générale de la Grande-Bretagne ou quelques-unes de ses parties pour sujet. Pennant ( Zool . Britann.), Donovau ( British shells ), Montagu ( Testac. Britann .), complétèrent ce que Lister avait fait sur la conchyliologie de la Grande-Bretagne; ces recherches furent continuées plus tard, et nous trouvons dans les Transactions philosophiques de la Soc. Boy. , et dans celle de la Société Linnéenue , plusieurs bons mémoires, surtout celui de Maton et Racket qui est le plus complet; quelques années après parurent les ouvrages de M. Turton et ceux de MM. Sowerby; mais avant d’en parler en détail il est bon de jeter un coup-d’œil sur les progrès que fit en Angleterre l’étude des coquilles fossiles.
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Les îles dont l’ensemble constitue le royaume britannique, présentent une série de formations presque aussi complètes que le continent: on y trouve même des dépôts particuliers, tels que ceux de Dudley, de Stonelfield, du Crag. Les formations secondaires les plus anciennes sont d’une richesse remarquable en coquilles fossiles, et il en est de même dans presque tous les autres terrains ; il ne fallait pour ainsi dire que vouloir les recueillir pour avoir promptement d’exeellens matériaux ; déjà Lhuyd ( Lithoph . Britann. Ichnographia ), Walcott ( Dcscr . and fig. of pétrifie.), ainsi que Brander , par la publication de ses fossilia hantonientta etMartyn, par son traité des fossiles du Derbyshire, avaient donné' un utile exemple qui fut suivi par M. Parkinson ( the organic remains), plus tard parM. Man tell et d’autres qui, à l’étude des couches terrestres, joignirent celle des corps fossiles qu’elles renferment. La plupart des auteurs que nous venons de citer, présentèrent les fossiles , soit dans l’ordre des couches où ils gisent, ou dans l’ordre méthodique de Linné, alors exclusivement en usage en Angleterre. On peut dire avec justice, que la grande impulsion que la géologie reçut des savans anglais, imprima à l’étude des corps organisés fossiles un mouvement que les auteurs de la géologie des environs de Paris sureut diriger vers un but tout nouveau. Ce goût des recherches sur les fossiles se propagea de plus en plus en Europe, surtout depuis le moment où la paix donna aux savans de toutes les nations la liberté de voyager et de communiquer entre eux. Le résultat de ces études sérieuses , ne fut plus détourné comme autrefois au profit d’une science qui n’est point du domaine de l’histoire naturelle, qui est même en dehors des connaissances que nous donne l’observation. 11 ne faudrait pas croire cependant que le plus grand nombre des géologues anglais ont
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entrepris leurs beaux travaux, sans être singulièrement préoccupés des croyances mosaïques et sans chercher avec persévérance , à mettre ces croyances en accord avec les faits de la science. Par une singularité bien étonnante , ces mêmes travaux, atteignirent un autre but, et servirent à démontrer combien est éloigné des faits observés , le récit inspiré de la Genèse.
Les ouvrages sur les fossiles furent plus nombreux que les travaux généraux sur les coquilles vivantes. Après les ouvrages de Marty n ( Universal Conchologisù ) et celui de Barbut ( TlkeCenera vermium 1 ybB), nous voyons la conchyliologiede Pery publiée en 181 1. Cet ouvrage, d’un grand luxe, offre des figures gravées et coloriés faites pour plaire aux yeux des personnes peu versées dans la science, et non à ceux des vrais naturalistes , car la plupart n’ont rien d’exact dans la forme et la couleur; quant au texte, on y remarque des erreurs nombreuses dans la détermination des espèces: on y remarque aussi plusieurs genres nouveaux dont la création était inutile; nous les mentionnerons cependant dans notre généra à mesure que l’occasion s’en présentera. Il est facile de voir que cet ouvrage a été fait par une personne qui s’élait peu occupée de la science en elle-même, et qui a voulu néanmoins la rendre agréable par un livre de luxe. En 18 1 5 , les travaux de Lamarck et de Cuvier, sur la conchyliologie, étaient à peine connus en Angleterre, ou bien il fallait qu’ils parussent des innovations dangereuses pour l’étude , puisque nous voyons une série d’ouvrages publiés en peu d’années par Barrows , Wood, Brown, Mawe, et même le catalogue descriptif de Dilhvyn, destinés à exposer, dans toute sa pureté, le système concbyliologique de Linné, dans lequel il existe trop d’imperfections pour pouvoir suffire à toutes les découvertes récentes.
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Cuvier , qui depuis la publication de son tableau élémentaire avait toujours continué scs grands travaux sur le règne animal, en publia le résultat en 1817 dans l’ouvrage qu’il intitula : Le règne animal distribué d’après son Organisation. Cet ouvrage très important fut consulté par tous les naturalistes, et le plus grand nombre adoptèrent entièrement les classifications qu’il renferme; plusieurs parties très importantes des collections zoologiques publiques de Paris, furent disposées dans l’ordre méthodique de Cuvier. Pour plusieurs classes du règne animal , ces méthodes sont en effet préférables à toutes celles qui étaient alors en usage; il y en a quelques-unes qui sont plus imparfaites, comparativement à celles qui se trouvent dans des ouvrages spéciaux. Si des limites moins restreintes que celles de cet ouvrage, nous permettaient quelques observations générales sur le règne animal de G. Cuvier, nous dirions , dans notre manière de voir, que les quatre grands groupes d’animaux ne sont point admissibles, parce qu’ils ne sont pas fondés sur des caractères d’une égale valeur, et que les limites de plusieurs d’entre eux ne sont pas aussi nettes que l’a pensé Cuvier. Il forme une première grande division pour les animaux vertébrés, les mollusques entrent dans la seconde, la troisième renferme les animaux articulés et la quatrième les zoophites. Il nous semble que la distance qui sépare les zoophites des animaux articulés ou celle de ces derniers et des mollusques, est infiniment plus petite que celle qui existe entre les animaux- vertébrés et les mollusques, ou toute autre partie des animaux sans vertèbres ; il n’y a donc point de parité entre les grandes coupures du règne animal telles que Cuvier les a faites; elles ne sont point comparables, elles sont donc inadmissibles. O11 remarque en effet dans les trois classes qui contiennent les animaux sans ver-
tèbres , des nuances d’organisation qui les rapprochent , qui les enchaînent , en forment un tout compacte dans lequel on ne peut établir que des divisions secondaires. Ces animaux si bien liés entre eux, sont séparés des vertébrés par un grand hiatus. Pour quiconque aura long-temps médité sur l’organisation des animaux, ils se présenteront sous deux formes principales, comme Lamarck l’a reconnu le premier, les vertébrés et les invertébrés, toujours distincts, toujours séparés par ce qu’il y a d’essentiel dans l’organisation , le système nerveux.
Ces défauts, dans la distribution générale du règne animal, se reproduisent dans celle des diverses classes d’animaux ; on voit que Cuvier n’a jamais cherché à mettre les espèces, les genres , les familles dans l’ordre le plus naturel de leurs rapports; il semble qu’il ait considéré les familles surtout, comme des groupes isolés que l’on pouvait classer arbitrairement les unes par rapport aux autres. Les mollusques, dont nous allons nous occuper plus spécialement, nous offriront plusieurs exemples de ce que nous venons d’avancer.
Le grand type des mollusques est divisé en six classes par Cuvier; ces classes, aux yeux du savant zoologiste, sont fondées sur des caractères d’une égale valeur; si l’on veut y faire attention cependant , on s’apercevra bientôt quelles sont très inégales: un examen rapide le prouvera. A considérer dans son ensemble l’organisation des mollusques qui ont une tête, c’est-à-dire ceux compris dans les trois premières classes de Cuvier, on trouve des analogies frappantes et qui n’ont jamais été contestées : analogie dans la forme et la position de l’anneau œsophagien qui est toujours complet, quoique variable dans son diamètre et ses ganglions plus ou moins rapprochés; analogie dans la structure
HISTOIRE DE LA CONCHYLIOLOGIE
de l’appareil respiratoire, analogie dans les organes de la digestion , etc. Dans les acéphales, nous observons aussi un ensemble de caractères qui leursontpropresetquisont comparables à ceux des mollusques céphalés; ainsi, un système nerveux dans lequel l’anneau œsophagien embrasse tout le corps et qui n’a jamais qu’un très petit nombre de ganglions; ainsi, absence de tète et d’yeux, organes de la respiration placés d’une manière particulière , ayant une structure toujours différente de celle des mollusques céphalés, etc., etc.; en un mot, ils ont une organisation propre comme les céphalés en ont une «à eux. Nous apercevons donc qu’à l’aide de ces caractères généraux, justement appréciés, on peut, par une conséquence toute simple de leur application , partager les mollusques en deux grandes classes qui sont incontestablement d’une valeur égale ; c’est d’après ces considérations, appuyées, dans le chapitre troisième de cette introduction, des faits les mieux connus de l’anatomie des mollusques , que nous manifestons ici notre opinion sur les grandes divisions des mollusques adoptées par Cuvier. Si, descendant dans plus de détails, nous comparons les ptéropodes et les gastéropodes , nous leur trouverons beaucoup de points de ressemblance; il en est de même si nous rapprochons les brachiopodes des acépbalés; mais si nous voulons comparer les ptéropodes ou les gastéropodes aux acéphales ou aux brachiopodes, nous trouvons des différences très considérables, ce qui prouve qu’en effet les six classes de Cuvier ne sont point égales, et par conséquent ne sont pas comparables quant à la valeur de leurs caractères. En continuant ces investigations sur les divisions de moindre valeur, nous leur trouvons les mêmes défauts; mais nous observons aussi que prises isolément elles reposent sur des caractères puisés dans l’organi-
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sation des animaux; on voit partout la main du savant anatomiste, il n’a laissé de lacunes que là où la science manquait d’observations. Ne croyant pas que la coquille pût traduire au-dehors l’organisation de l’animal qui la produit, il négligea l’étude minutieuse de ces corps, ce qui l’empêcha d’apercevoir des rapports que Lamarck seul découvrit.
Cuvier ne sut pas apprécier d’une manière convenable les travaux conchyliologiques de Montfort, il eut le tort très grave d’introduire dans la nomenclature une foule de mauvais genres proposés par cet auteur, et qu’une saine critique, devant les objets qni avaient servi à leur établissement, aurait dû faire rejeter pour toujours comme Lamarck en avait donné le sage exemple. L’admission avec trop de confiance de ces mauvais genres de Montfort dans la méthode, entraîna Cuvier à plusieurs erreurs, dont sa première classification est exempte; nous en prenons une preuve dans le commencement même du tableau ci-joint. Dans la classe des Céphalopodes, nous trouvons le genre nautile décomposé en seize sous-genres. Après les Spirules nous voyons les Nautiles proprement dits, les Pompiles et les Ammonies; ces trois derniers sousgenres représentent toujours une seule et même chose, et il est facile de le démontrer. Le genre nautile contient deux espèces vivantes seulement, l’une non ombiliquée, l’autre ombiliquée; cette dernière, que Montfort a regardée à tort comme le type vivant des ammonites, est devenue pour lui le type d’un genre ammonie ; ce genre, Cuvier l’adopte comme sous-genre, il devient évident que la seconde espèce de nautile, celle sans ombilic, sert à-la-fois de type aux sous-genres pompile et nautile. A la suite du sous-genre Ammonie, vient celui des Lenticulines ; ces lenticulines sont exactement semblables aux Nummulites nommées
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MOLLUSQUES-