COQ
Enfermés.
Simples.
Agrégés.
Mye
Byssomie , Hyatellc.
Solcu ..........
Pbolade, Taret.
Fistulane. Gastrocbènc.
Térédiuc, Clavagclle.
Arrosoir.
j Bipborc.
I Ascidie.
. Vénus propre, Astarté , Cytbérée, Capsc , Pétricolc.
. Mactrc propre, Lavignon.
Lutraire, Mye propre, Anatinc, Soleinye, Glycimère, Pauopée, Pandore. , Solen propre, Sanguiuolaire, Psaunnobic, Psnmmotce.
Tlialia , Salpa propre.
BRAC1IIOPODES CIRRHOPODES. .
Botrylle.
Pyrosomc.
Polyclinum.
Liugulci Térébratule.
Orbiculc. . .
Anatife.
Pentalnsmis. . .
Glands de mer .
. Spiriïère, Thécidée.
. Discinc , Cranic.
. Pouce-Pied , Cincras , Otion , Tctralasinis.
. Balanc, Acastc , Conic, Azèrnc, Pyrgoinc, Ocbtbosic, Creusic, Qoronule, Tubicinelle, Diademe.
HISTOIRE DE LA CONCHYLIOLOGIE
faits acquis à la science , pendant les quinze années qui séparent la première et la seconde édition du règne animal. Cuvier, comme on doit le croire, voulant répondre au désir des personnes studieuses, qui cherchaient en vain dans le commerce, la première édition alors épuisée du règne animal, se hâta dans son travail et en fut sans doute détourné également par des occupations nombreuses en dehors de l’histoire naturelle. Il eûtmieux valu sans doute pour la gloire d’un nom aussi illustre que le sien, qu’il eût consacré un temps plus considérable à améliorer ses méthodes. La forme de style adoptéeest peu propre à l’établissement des coupures nettes et tranchées nécessaires dans une méthode. La même phrase servant presque toujours à lier les caractères de la famille, et ceux des genres, des sous-genres, ou à des, coupures d’un moindre degré , présente à l’esprit peu de netteté, et laisse difficilement dans la mémoire des souvenirs aussi durables que ceux que fait acquérir une méthode, conçue dans l’esprit de Linné. Nous avons blâmé ailleurs l’admission dans une bonne méthode des coupui*es sous-génériques; Cuvier a augmenté ici ce défaut, en établissant des sections de troisième ordre, qui deviennent par conséquent des sous-genres du sous-genre.
Les personnes qui voudront comparer les deux tableaux méthodiques de Cuvier, s’apercevront des changemens suivans, qui, étant les plus notables, sont les seuls auxquels nous croyons devoir nous arrêter :
i° Céphalopodes ; cette classe importante a reçu des modifications notables. Les Ilippurites en sont rejetés; les Argonautes, qui constituaient un genre, sont placés avec les Bellérophesau nombre dessous-genres desSèchcs.
Ainsi , toujours confiant dans sa première opinion , tenant à peine compte de la savante cl profonde discussion soûle-
INTRODUCTION
vée par M. de Blainville à l’occasion des Argonautes, Cuvier, sans la discuter, rejette l’opinion de ce savant, et maintient le genre dont il est question parmi les Céphalopodes. A l’égard des Bellérophes, il se range à l’opinion de M. de Férussac,cjui nous semble moins probable que celle que nous avons proposée. Le genre Nautile est beaucoup plus naturel, et eu cela on reconnaît l’influence qu’ont dû exercer les travaux de M. d’Orbigny et de M. de Haan. Ce genre représente la famille naturelle des Nautilacés de ces auteurs. A la suite des Belcmuites, nous trouvons à titre de genre les Actinocamax de Miller, genre qui a beaucoup moins d’importance que la plupart dessous-genres dépendant des deux premiers genres que nous venons de citer. Le genre Ammonite est considérablement amélioré, il représente complètement la famille des Aminonés de M. d’Orbigny. Dans la première édition du genre animal, on trouve un genre Camérine avec un petit nombre de sous-genres destinés à représenter la plus grande partie des Céphalopodes microscopiques. Dans celle-ci, Cuvier, voulant mentionner l’excellent travail de M. d’Orbigny sur ces petits êtres , eteraingnaut de faire un trop grand dérangement dans sou ordre systématique, eut la singulière idée d’introduire, à titre de sous-genres, les trois familles de M. d’Orbigny, et de les comprendre dans son genre Camérine. Nous avons peine à concevoir comment un zoologiste aussi distingué a pu, oubliant tous les beaux principes qu’il avait précédemment établis, mutiler ainsi et réduire bien au-dessous de leur valeur réelle les divisions méthodiques sagement établies et présentées par M. d’Orbigny. Ce que nous avons dit de ce beau travail nous dispense de pousser plus loin nos observations sur la manière dont Cuvier l’a si légèrement envisagée. a° Ptéropodcs : Cuvier supprima dans cette seconde édi-
HISTOIRE DE LA CONCHYLIOLOGIE. 1 I Ç
tion du règne animal la division des Ptéropodes en deux sous-classes; et, au lieu de cinq genres, il en adopta sept, ayant cru nécessaire d’ajouter à ceux anciennement connus les Pueumoderines et les Pyrgos. Ce dernier, créé par M. de France, adopté parM. de Blainville, pourrait bien appartenir au genre Biloculine de M. d’Orbigny, faisant partie des Céphalopodes microscopiques. Le genre Cléodore est amélioré en cela du moins qu’il mentionne et l’eçoit à titre de sous-genre plusieurs des genres créés par M. Rang.
3° Gastéropodes : Cet ordre a subi des changemens assez importuns dans l’arrangement et les rapports des familles; nous trouvons également le nombre de celles-ci plus considérable. Cuvier ayant cru nécessaire d’admettre un groupe pour les Hétéropodes, et un autre pour les Tubulibranches. Dans la première édition, les Gastéropodes commençaient par les nudibranches, les inférobranches et les Tectibranches suivaient : les Pulmonés formaient la quatrième famille. Ici, au contraire, ils sont en première ligne, et conservent, quant au reste, les mêmes sous-divisions, Le nombre des sous-genres lui-même a peu varié, et Cuvier n’a point mentionné ceux que M. de Férussac a essayé de substituer aux plus anciennement connus. Les Pulmonés aquatiques contenaient autrefois, à côté des Auricules, les genres Pyramidelles et Tornatelles. Cuvier a tenu compte des observations nouvelles, les a supprimés de la famille où ils étaient déplacés. Nous ne reviendrons pas sur les idées générales que nous avons déjà présentées ailleurs sur les rapports mutuels des divers groupes des Mollusques. Ces groupes ne devraient pas suivre l’ordre indiqué par Cuvier, à moins que l’on n’adoptât la conséquence nécessaire de son arrangement, puisqu’il détruit l’ordre naturel si ardemment recherché par tous les naturalistes. Déjà nous rcmar-
quons que les Ptéropodes' soûl plus éloignés des Céphalopodes que certains Pectinibranches. Ces Pectinibranches en effet ont, comme les Céphalopodes, les sexes complètement séparés, tandis que les Ptéropodes et la plus grande partie des Gastéropodes sont hermaphrodites; il aurait donc fallu que ces animaux, dans leur infériorité relative, fussent plus éloignés des Céphalopodes que les Pectinibranches buccinoïdes. La même observation peut s’appliquer aux rapports établis entre les Ptéropodes eL les Pulmonés. Les Nudibranches, comme Cuvier l’avait très bien senti dans la première édition du règne animal , se rapprochent infiniment plus desPtéropodes que les Pulmonés, et on pouvait les considérer comme un intermédiaire entré les Ptéropodes ella plupart des Gastéropodes proprement dits. Ces Nudibranches ne contenaient que huit genres dans le principe, actuellement ils en renferment quinze, parmi lesquels nous en remarquons quelques-uns qui pourront être facilement supprimés. Quant aux Inférobranches , ils n’ont subi aucun changement, tandis que les Tectibranches ont été augmentés de quatre genres parmi lesquels nous voyons les Dolabelles et les Bursalelles que, selon toute probabilité, les zoologistes feront rentrer dans les Aplysies; nous y remarquons également le genre Ombrelle : genre en réalité assez voisin des précédens, mais offrant des caractères assez particuliers pour mériter de former un groupe distinct. Les Iiétéropodes constituent une famille nouvelle pour la méthode de Cuvier. Ils renferment deux genres seulement, dans l’un desquels sont réunis, à titre de sous-genres, les Cariuaires , les Atlantes, les Firoles, les Timoriennes et les Monophores. Bien que cet arrangement débarrasse les Scutibranches du genre Carinaire qui y était confondu , cependant ou ne peut encore le regarder comme définitif.
HISTOIIIE DE LA CONCHYLIOLOGIE
La famille des Pecli n i branches a subi peu de changemens. Au lieu de la troisième famille destinée au genre Sigaret, nous trouvons un groupe qui porte le nom de Pectinibranches Capuloïdes , lequel renferme la plus grande partie des Scutibranches symétriques ainsi que les Sigarets et plusieurs genres qui les avoisinent. Nous sommes loin d’adopter cette section assez considérable des Capuloïdes, nous connaissons trop les rapports intimes qui lient les Sigarets aux Natices pour admettre ce rapprochement ainsi que celui avec les Calyptrées et les Cabochons. Nous en rejetons aussi le genre Septaire, parce qu’il a les rapports les plus évidens avec les Néritines; nous croyons aussi que les Coriocelles, les Cry r ptostôrnes ainsi que les Syphonaires ne sont point à leurs places dans ce groupedes Pectinibranches Capuloïdes. Aussi, comme on le voit, au lieu des dix genres dont il est composé, ildevra se réduire de moitié, et dès-lors il sera tout-à-fait semblable à la famille des Calyplraciens de Lamarck.
M. deBlainville fut le premier qui reconnut l’analogie des Siliquaires et des Magiles avec les Vermets, et qui introduisit ces genres parmi les Mollusques; ils étaient, avant lui rangés parmi les Annélides; Cuvier crut convenable d’établir pour eux une famille particulière à laquelle il donna le nom de Tubulibranchc. Cette opinion est certainement très fondée, car rien n’est plus singulier que la manière de vivre de ces Mollusques; mais on ne devait pas s’attendre à les trouver dans la méthode entre les Pectinibranches Buccinoïdes et les Scutibranches. Il est à présumer que Cuvier a placé cette famille d’une manière si peu rationnelle dans sa méthode, parce qu’il ignorait plusieurs observations très importantes, et capables de déterminer des rapports plus naturels. En comparant les sommets de certains Yermets avec ceux des Turritelles on reconnaît que les Vermets ne diffè-
aaa
INTRODUCTION
rent de ce dernier genre que par l’irrégularité des tours de spire. Cette ressemblance n’aurait pas une grande importance sans doute, si elle n’était appuyée d’une grande analogie entre les animaux des deux genres. Une fois ce point établi, on sent qu’il est impossible d’en éloigner les Magiles et les Siliquaires, ce ne serait donc pas à la suite des Strombes, mais des Turbos que devrait être placée la famille des Tubulibrancbes. M. de Blainville avait indiqué pour les Scutibranches une amélioration dont Cuvier n’a pas tenu compte : il les avait partagés en symétriques et en non symétriques.Cuvier, après les avoir considérablement réduits pour en placer une partie dans ses Pectinibranches Capuloïdes, y a rassemblé avec les Haliotides, qui ne sont point symétriques , les Fissurelles , les Emarginuiles et les Parmophores. Nous verrons plus tard pourquoi l’association de ces genres ne peut être conservée dans une méthode naturelle.
Nous arrivons actuellement au grand groupe des Acéphalés, dans lequel nous remarquons quelques changemens importans. Les divisions principales restent à-peu-près les mêmes, mais les rapports des genres sont souvent changés. Malgré nos observations et celles deM. Des Moulins, qui prouvent d’une manière évidente qu’il existait deux muscles dans les Sphérulites et la plupart des genres appartenant à la famille desRudistes, Cuvier persiste à les mettre dans sa famille des Ostracés, à la tête de laquelle on trouve un genre Acarde destiné à représenter en partie la famille des Rudistes de Lamarck. Si Cuvier avait examine avec quelque attention les Radiolites et les Batolites, il se serait facilement aperçu que les premières ne diffèrent point des Sphérulites et les secondes des Hippurites.Cet examen l’auraitsans doute conduit aussi à reconnaître aux Calcéoles descaractères
HISTOIRE DE LA CONOIIÏXIOLOG1E. 22.3
très différens de ceux des genres que nous venons de mentionner, ce qui l’aurait porté à rechercher pour ce genre des rapports plus naturels. Nous voyons à la suite des Huîtres plusieurs genres qui méritaient peu d’être conservés. Les Plagiostomes en effet, ont exactement les mêmes caractères que les Limes, tandis que les Pachytes, les Dianchores et les Podopsides établis sur des caractères mal observés et pour des coquilles profondément altérées, par suite d’un phénomène particulier de la fossilisation, doivent rentrer dans les Spondyles dont ils sont évidemment des doubles emplois. Nous trouvons aussi dans cette famille des ostracés un genre fort curieux, et dont l’animal a été récemment décrit par MM. Rang et Caillaud , nous voulons parler du genre Hétérie; Cuvier le met entre les Pernes et les Arondes,ce qui nous a toujours paru inadmissible, puisque les Hétéries ont deux muscles adducteurs très considérables, tandis que les autres genres entre lesquels elles se trouvent n’eu ont qu’un seul. Nous avions pensé, long-temps avant la connaissance de l’animal, que le genre qui nous occupe devait avoir des rapports avec la famille des Cardites et des Mulettes, ce qui en effet a été justifié, puisque l’animal dont il est question a les lobes du manteau divisés dans toute leur circonférence. La famille des Mytilacés a été augmentée de plusieurs genres. Nous trouvons les Coralliophages à la suite des Cypricardes, et les Vénéricardes, qui n’avaient pas été mentionnées dans la première édition du règne animal, sont singulièrement placées entre les Coraliophages et les Crassatelles. Pour nous , ce dernier genre est en dehors de ses vrais rapports , ce que nous pourrons démontrer lorsque nous nous en occuperons d’une manière spéciale. La famille des Camacés a remplacé celle des Bénitiers; elle se compose de quatre genres, parmi lesquels deux sont parfai-
IN TIIODUCTION.
tement réguliers et symétriques, et les deux autres toujours irréguliers et très inéquivalves. Nous remarquerons aussi , dans un de ces genres, celui des Tridacnes, l’existence d’une seule impression musculaire subcentrale, tandis que dans les autres on en trouve toujours deux latérales. Nous en sommes convaincu, cette famille des Camacés ne restera pas telle que Cuvier l’a faite; les Tridacnes devront constituer un groupe particulier, aussi bien que les Cames et les Dicérates, : les Isocardes, par leur caractère, pourront se rapprocher facilement des Cyprines et des Bucardes. La famille des Cardiacés n’a point subi de changemcns assez importans pour mériter notre attention; celle des enfermés a été augmentée de plusieurs genres intéressans établis par Lamarck, bien connus de la plupart des conchyliologues , et sur lesquelles Cuvier avait conservé des doutes suffisant pour l’empêcher de les adopter. C’est ainsi que les Térédines et les Clavagelles, qui forment un passage si facile à reconnaître entre les Fistulanes et les Arrosoirs, sont mentionnées ici pour la première fois, et le genre Arrosoir rapporté auparavant aux Annélides est ici compris parmi les Mollusques, dans ses rapports naturels, parce que Cuvier s’est conformé entièrement aux opinions de Lamarck.
Les dernières divisions des Mollusques , dans cette nouvelle édition du règne animal, sont conservées à-peu-près ce quelles étaient dans la première. Nous remarquerons seulement que les Cirrhopodes, au lieu d’un seul genre et de quatre sous- genres, contiennent actuellement trois genres et treize sous-genres. Nous 11e dirons pas que cette augmentation dans le nombre est une amélioration pour la méthode, nous croyons au contraire que la simplicité de cet ordre dans la première édition était préférable.
HISTOIRE DE LA CONCHYLIOLOGIE
Les personnes qui ont étudié avec soin les Mollusques, celles surtout qui connaissent tous les travaux nouvellement entrepris sur cette classe curieuse des animaux, reconnaîtront sans doute avec nous que Cuvier ne sut pas profiter de tout ce qui était fait à l’époque de la publication de la seconde édition du règne animal. Ce grand zoologiste avait su imprimer à cette science un mouvement progressif très x’emarquable par la publication de ses Mémoires anatomiques; mais, détourné par d’autres travaux, obligé par ses fonctions à des emplois en dehors des sciences naturelles , à consacrer une grande partie de son temps à des objets qui ne pouvaient les intéresser, il se trouva en quelque sorte débordé , par un grand nombre d’ouvrages publiés sur presque tous les points de l’Europe. 11 aurait fallu qu’il consacrât plusieurs années à revoir, avec persévérance, tout ce que les naturalistes avaient produit dans l’espace de quinze ans sur les diverses parties du règne animal.
Nous n’avons pas voulu interrompre le cours de nos observations sur les méthodes les plus répandues pour mentionner, à leur date de publication, plusieurs travaux qui, par leur importance, méritent cependant un examen attentif. Si nous avions abandonné nos observations générales sur les classifications, pour rendre compte d’ouvrages plus spéciaux, l’esprit, porté successivement d’un sujet à l’autre, n’aurait pu saisir l’enchaînement des idées qui ont présidé à la création des méthodes dont il vient d’être question ; ou bien, en suivant une autre marche, il aurait fallu souvent répéter ce que nous avions déjà dit, ce qui aurait nui à la clarté et à la brièveté du sujet.
Les ouvrages qui nous restent à examiner pour terminer celte histoire de la Conchyliologie, sont plus ou moins im-
INTRODUCTION
22 Ci
portans, et nous nous bornerons à mentionner ceux qui renferment des observations sur des familles ou un assez grand nombre de genres. Nous nous réservons le soin de parler des monographies ou des observations relatives aux genres ou aux espèces, dans les observations générales qui précèdent, chacun des genres faisant partie de cet ouvrage.
Ceux des ouvrages qui ont le plus contribué à l'avancement de la Conchyliologie sont le résultat de voyages périlleux, et sont dus au savoir des intrépides voyageurs qui n’ont pas craint d’exposer leur existence pour doter leur pays de grands et magnifiques monumens scientifiques. Parmi ces hommes dévoués, nous devons citer avec honneur MM. Quoy et Gaymard. Si dans leur premier voyage de circumnavigation ils furent témoins, pendant un naufrage malheureux, de la perte de presque toutes leurs collections, au moment où ils venaient en enrichir leur patrie, néanmoins ils parvinrent, à force de persévérance, à retrouver quelques débris, au moyen desquels ils purent établir plusieurs faits importaus pour l’histoire des Mollusques. Avec un zèle et un courage qu’on ne saurait trop louer et qui mérite l’admiration et les remercîmens de tous les amis de la science , ces deux zoologistes voulurent réparer les pertes qu’ils avaient faites, et recommencèrent avec intrépidité un voyage périlleux, mais plus heureux par ses résultats, puisqu’ils purent rapporter tous les trésors scientifiques que plusieurs années de persévérance leur avait fait accumuler. Toutes les parties de la zoologie doivent quelque chose à leurs recherches; mais MM. Quoy et Gaymard ayant su, pendant leur séjour dans la capitale, combien il restait encore à faire pour certaines classes du règne animal, dirigèrent principalement leurs efforts pour les élever
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au niveau de toutes les autres , et , il n’en faut pas douter , ces efforts ont été couronnés du plus heureux succès. Malgré les travaux de leurs devanciers, à commencer par Adanson, les Mollusques et les Zoophites n’étaient connus que d’une manière fort incomplète. Les animaux surtout, si nombreux, si variés, n’avaient jamais été fidèlement représentés avec leurs couleurs et dans les formes véritables qu’ils présentent, lorsqu’ils jouissent de toute l’intégrité de la vie. Ils avaient été étudiés en effet, par les zoologistes sédentaires; altérés, déformés par la liqueur conservatrice, dans laquelle ils sont plongés par les voyageurs, presque toujours sans apprêts et sans précautions. En donnant une figure bien faite des animaux qu’ils ont observés, MM. Quoy et Gaymard ont rendu un très grand service à la science, et ils ont l’endu ce service plus important encore en ajoutant à leurs dessins des documens et des descriptions pleines d’intérêt.
Le but des auteurs n’était pas d’établir une classification nouvelle, dans laquelle vinssent se placer les faits nouveaux qu’ils avaient observés. Ils se contentèrent de les exposer avec simplicité, aussi bien dans les volumes de texte que dans le magnifique atlas qui les accompagne. Rien , depuis Adanson, n’a été fait sur les Mollusques avec autant de vérité ; aussi aucun travail ne se rapproche autant de l’histoire des Coquilles du Sénégal. Adanson avait, à un degré très éminent, l’esprit généralisateur, propre à concevoir et à exécuter des classifications, et nous avons fait voir que, dans l’introduction de son ouvrage, il avait eu la patience de faire une classification artificielle, pour chacun des caractères des Mollusques et des Coquilles pris en particulier ; cela ne l’empêcha pas de créer une' classification rationnelle et naturelle, dont il a fait l’application dans son ou-
INTRODUCTION
vrage. M.Quoy s’est abstenu de ces recherches; il a laissé le soin des classifications aux personnes qui s’occupent de la zoologie d'une manière générale , et il s’est contenté de décrire avec soin tous les objets qu’il a représentés. Il n’a pas voulu cependant que ces descriptions se suivissent sans ordre, et, adoptant à-peu-près l’arrangement systématique de Cuvier, eu le modifiant , il a donné successivement les Céphalopodes et la plus grande partie des Gastéropodes, soit nus, soit testacés. Les Gastéropodes commencent par les Pulmonés, à la suite desquels vienneut les Peclinibranches, commençant par les Sigarets et les Natices, suivis des Nudibranches. Se présentent ensuite les Acérés, les Ptéropodes, et enfin la longue série desPectinibranches siphonés. Malheureusement le texte relatif aux Acéphalés n’est point publié, et il nous sera par conséquent impossible de rendre compte de l’ouvrage en entier.
Dans les sciences d’observation , on peut parvenir à poser des principes par l’induction , c’est-à-dire en tirant les conséquences générales, mais justes, des faits observés. Ce moyen, par l’induction, ne conduit pas toujours aux mêmes résultats, et cela tient souvent à la manière d’envisager les faits en eux-mêmes et leur importance relative. Il en est cependant qui sont de telle sorte, qu’ils n’ont presque jamais provoqué de dissentiment entre les zoologistes, qui, presque tous, raisonnant de la même manière, ont dû trouver les mêmes résultats. C’est ainsi que se sont établies les bases de la classification , et que de bons principes scientifiques ont pu se formuler d’une manière simple et concise. Dans l’étude des Mollusques, l’un des principes les plus généralement reçus, c’est, qu’il faut séparer les animaux branchifères et operculés, de ceux qui respirent l’air en nature. Un autre principe qui, jusqu’à présent, n’avait reçu aucune
contradiction, a servi à la séparation des Mollusques , dont la coquille est écliancrée ou canaliculée, de ceux dans lesquels la coquille a l’ouverture entière. Nous 11e connaissions point d’exception qui pût invalider dans la méthode ces divisions extrêmement faciles. MM. Quoy et Gaymard ont eu sans doute des motifs puissans, pour abandonner ces divisions et intercaler, par exemple, les Pyramidelles entre les Auricules, et les Cyclostômes ; les Littorines, lesPlanaxes et les Rissoaires, entre les Vis et les Fuseaux. Nous examinerons plus tard, en traitant des genres que nous venons de citer, les raisons qui ont déterminé MM. Quoy et Gaymard à établir de tels rapports. Nous examinerons aussi, à mesure que chacun des genres qu’ils ont décrits sc présentera dans notre ordre méthodique , si les rapports qu’ils leur ont donnés sont le résultat nécessaire de leurs recherches. Enfin, nous constaterons toutes les améliorations que d’aussi bons travaux peuvent apporter dans la science.
Un autre voyage, entrepris également dans un but scientifique et qui fut dirigé par un homme d’un grand mérite, auquel la physique de la terre et surtout le magnétisme terrestre doivent les travaux les plus remarquables , eut pour les sciences naturelles des résultats satisfaisans. Us lui furent acquis principalement par le zèle et le savoir de MM. Lesson et Garnot; mais, il faut le dire , ces précieux résultats ne furent jamais compromis pendant le voyage, grâce à la prudence et aux soins assidus du brave commandant de l’entreprise.
A leur arrivée à Paris, les deux naturalistes que nous venons de citer, reçurent tous les eucouragemens que méritait leur noble dévouaient; les matériaux d’histoire naturelle qu’ils rapportèrent, pouvaient se répartir dans les trois règnes,
mais ceux pour la zoologie furent plus nombreux et plus complets.il est aujourd’hui difficile à uneseule personne, depuis que l’étude des sciences naturelles est devenue si vaste, d'embrasser toutes les parties et de produire sur chacune d’elles de bons travaux. Il semble qu’un naturaliste puisse facilement se charger de la description et de l'arrangement de diverses sortes d’animaux; mais lorsqu’il faut en venir à la connaissance exacte des espèces, lorsqu’il faut s’assurer si déjà d’autres auteurs les ont figurées ou décrites, alors il s’aperçoit de difficultés inattendues et presque insurmontables, au sujet desquelles il faut descendre nécessairement dans tous les détails de chacune des parties de la zoologie. Les faits que cette science contient actuellement sont, si nombreux, qu’il est impossible désormais à un seul homme de les connaître tous assez bien, pour produire indifféremment dans chacune de ses parties de bons travaux. Il faut donc, dans une entreprise comme celle de la publication d’un voyage scientifique, que certains travaux soient confiés à des hommes qui ont consacré leur vie à une seule partie des sciences naturelles. Il serait à craindre sans cela, que de bons matériaux fussent négligés, et que des erreurs matérielles fussent commises. Malgré leur zèle et beaucoup de travail, il était presque impossible à MM. Lesson et Garnot de ne laisser échapper aucune erreur dans leurs ouvrages zoologiques. Aussi, en étudiant le livre, cependant si utile qu’ils ont publié , on a lieu de s’apercevoir que plus d’une fois leurs travaux ont été faits avec quelque légèreté. Nous pourrons trouver des preuves de ce que nous avançons dans ce qui a rapport à la conchyliologie.
M. Lesson s’est particulièrement chargé de traiter des Mollusques et des Coquilles. Heureux dans ses recherches ,
HISTOIRE DS LA CONCHYLIOLOGIE
il rapporla une quantité considérable d’objets intéressans pour cette science. Il les disposa dans un ordre méthodique qui approche de celui de Cuvier. Cependant, par une analogie que nous ne comprenons pas encore, il intercala les acéphales nus à la suite des Ptéropodes, dans la classe des Mollusques proprement dits. Ayant trouvé de l’analogie entre certaines Crépidules et les Calyptrées, ayant également remarqué que l’on plaçait dans ce dernier genre, plusieurs coquilles de formes assez diverses, M. Lesson , au lieu de chercher s’il n’existait pas entre ces élémens, des points de jonction qui permissent de les réunir en un seul genre naturel, préféra proposer des sous-genres dans chacun desquels, une nuance dans les modifications est caractérisée. Nous ne pensons pas que les naturalistes, qui ont à leur disposition une collection nombreuse et bien faite, des espèces appartenant aux deux genres Crépidule et Calyptrées de Lamarck, adoptent les sous-genres de M. Lesson. Nous croyons au contraire, qu’ils en viendront à cette conclusion définitive, qu’il est nécessaire de réunir tout cela en un seul genre. Nous remarquerons que par maladresse du peintre sans doute, et par inadvertance de l’auteur, l’animal d’une Crépidule représenté dans sa coquille, est dans une position tout-à-fait inverse de ce qu’elle doit être naturellement, la tête occupant la place de l’extrémité postérieure du corps et réciproquement. Nous ferons remarquer aussi que, parmi les espèces décrites comme nouvelles par M. Lesson, plusieurs'étaient déjà connues et ne devaient pas être mentionnées par lui, en suivant rigoureusement le plan de l’ouvrage. Il y en a même qui étaient déjà figurées dans les auteurs du siècle passé, et qu’il était par conséquent très facile de reconnaître. Malgré ces imperfections, l’ouvrage de M. Lesson est cependant fort important, et sera
INTRODUCTION
toujours utilement consulté, puisqu’il contient un grand nombre de faits aussi nouveaux qu’intéressans. Nous aurons soin, dans le courant de cet ouvrage, de signaler à l’attention des personnes qui s’intéressent à la conchyliologie, les parties de détail les plus intéressantes que l’on doit aux laborieuses recherches de M. Lesson.
D’autres voyages qui n’avaient pas un but aussi déterminé pour l’histoire naturelle, eurent cependant pour cette science quelques résultats heureux. C’est ainsi que celui de M. Caillaud, dans la Haute-Egypte, essentiellement destiné à faire connaître les monuinens antiques de ce pays, donnèrent quelques renseignemens utiles pour la conchyliologie, à laquelle l’auteur s’était particulièrement adonné. Ce fut aux soins de ce savant que l’on dut la connaissance de la manière de vivre des Ethéries; jusque-là on avait supposé avec Lamarck, que ces Coquilles habitaient les mers chaudes et profondes, et les naturalistes durent apprendre avec intérêt que, malgré leur ressemblance extérieure avec les Huîtres, elles vivaient cependant dans les eaux douces et particulièrement dans le haut Nil. Depuis, d’autres observateurs retrouvèrent le même genre dans d’autres fleuves du centre de l’Afrique.
M. Bélanger, nommé directeur du jardin botanique de Pondichéry, se rendit dans l’Inde par terre, en suivant particulièrement les routes du nord. Ce voyage , pendant lequel cet homme plein découragé et de zèle pour la science, recueillit un grand nombre de notes et ramassa des collections nombreuses, fut le sujet d’une publication dont nous n’avons à parler que de l’une de ses moindres parties; la zoologie, en effet, est peu considérable, et ce qui a rapport aux Mollusques se réduit à un petit nombre d’espèces , la plupart nouvelles ou peu connues. Cette partie de 1 ou-
HISTOIRE DE LA CONCHYLIOLOGIE
vrage nous a été confiée par M. Bélanger, et nous avons cherché à la rendre plus utile, en établissant une comparaison entre les espèces de l’Inde et celles de la Méditerranée. Il est remarquable en effet de trouver entre ces deux mers un certain nombre d’espèces identiques. Cette communauté d’espèces, entre deux mers qui probablement ont eu autrefois une large communication, sert à expliquer comment quelques espèces de l’Océan indien sont fossiles dans les terrains subapcnnins, quoiqu’elles ne se trouvent plus aujourd'hui dans la Méditerranée.Dans un tableau par lequel nous terminons le petit travail sur les Mollusques, faisant partie de l’ouvrage de M. Bélanger, nous avons inscrit toutes les espèces vivantes de l’océan de l’Inde, que l’on retrouve dans la Méditerranée, ou fossiles dans la plupart des terrains tertiaires de l'Europe.
Dans son voyage en Egypte, M. Caillaud n’avait pas pour but les recherches d’histoire naturelle; aussi, comme nous l’avons vu, il ne mentionna que les espèces fluviatiles et terrestres. M. Riippel, au contraire , dans un voyage dans le même pays, ainsi que sur la mer Rouge et ses rivages, s’occupa exclusivement de recherches scientifiques, et il fut assez heureux pour rapporter en Europe, un assez grand nombre d’objets précieux qui avaient échappé à l’investigation de Savigny et des autres membres de la commission d’Egypte. Si dans l’ouvrage de M. Caillaud on ne trouve que des Coquilles fluviatiles et terrestres, dans l’ouvrage de M. Rüppel il n’est question que de Mollusques marins. Quoique peu considérable, cette partie de l’ouvrage de l’auteur allemand, offre cependant de l’intérêt; en effet, on y trouve pour la première fois, une description et des figures de l’animal resté jusqu’alors inconnu du genre Aspergillum , animal curieux dont nous donnerons plus tard la descrip-
INTRODUCTION
tion ; niais nous ne devinons pas pourquoi M. Rüppel a préféré, au nom donné au genre par Bruguière, celui d’Aryihène, qui n’était point connu, et que M. Oken proposa bien plus nouvellement. M. Rüppel fit également connaître un genre nouveau, auquel il imposa le nom de Plocamophérus; il peut être rangé dans le voisinage des Doris, ayant une branchieen arbuscule sur le milieu du dos, et un grand nombre de tentacules arborescentes sur le bord antérieur du manteau au-dessus de la tête. Aces Mollusques mtéressans, il faut ajouter un assez grand nombre de Doris, des Pleurobranches , et d’autres Mollusques nus que la plupart des voyageurs négligent, soit par la difficulté de les conserver dans la liqueur, soit parce qu’ils mettent plus d’importance à recueillir des coquilles; enfin, nous signalerons comme un fait intéressant la présence dans la mer Rouge d’un Parmophore qui n’est point Yauslralis comme l’a cru l’auteur, et nous terminons en mentionnant une belle espèce de Vermel à coquille très irrégulière sur l’animal duquel M. Rüppel a donné des détails intéressans.
Ce travail de M. Rüppel, auquel on pourrait reprocher des figures trop médiocres , et quelques erreurs assez graves déjà signalées par MM. Quoy et Gaymard, a pour nous un double attrait; il fait connaître plus complètement la zoologie d’une mer bien circonscrite très voisine de la Méditerranée, et rend plus facile à établir la comparaison des animaux de ces deux mers. Leur voisinage avait fait supposer que la plupart des espèces sont semblables, cependant il n’en est rien, et l’observateur est bien surpris de trouver dans deux mers si voisines, dont les deux parties rapprochées subissent les mêmes conditions de température, des êtres constituant pour le plus grand nombre, des espèces très distinctes. Les animaux de la mer
HISTOIRE DE LA CONCHYLIOLOGIE
Rouge sont, pour la plupart, semblables à ceux des mers asiatiques ou de l’Océan de l’Inde, tandis que ceux de la Méditerranée, ressemblent beaucoup plus à ceux de l’Océan européen.
C’est en 1827 que parut à Munich l’ouvrage de Spix sur les Coquilles terrestres et fluviatiles du Brésil ; cet ouvrage donne pour les Mollusques de ce pays , les résultats d’un voyage entrepris pendant les années 18x7 à 1820.
Il est rare de rencontrer des hommes capables à-la-fois de se dévouer aux pénibles fatigues de longs voyages, aux dangers toujours nouveaux qu’ils présentent dans certaines régions, et de se livrer ensuite avec succès aux travaux de cabinet, nécessaires pour mettre en relief et assui’er à la science , les résultats convenablement élaborés d’un voyage scientifique. La tâche est difficile, aussi il est bien rare de rencontrer un naturaliste voyageur, en état de traiter également bien de toutes les parties des sciences natui’elles, ou même seulement de la zoologie. L’ouvrage dont nous avons à nous occuper prouve la justesse de nos observations. Spix n’était point assez au courant des publications faites en France et en Angleterre, pour savoir dans quelles limites les genres étaient fixés par les meilleurs zoologistes , et pour connaître et distinguer les espèces nouvelles; c’est en l’absence de ces élémens si nécessaires pour produire quelque chose de passable, que le zoologiste allemand fit faire les figures d’un assez grand nombre d’espèces de Coquilles terrestres et fluviatiles : elles pouvaient toutes se distribuer dans des genres connus depuis long-temps, et la plupart n’étaient point nouvelles. Nonseulement Spix leur donna des noms nouveaux, ce qui complique toujours la synonymie d’une manière fâcheuse, mais encore institua pour quelques-unes des genres sans valeur
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réelle. On prend une idée de ce qu’aurait été le travail du naturaliste de Munich, en examinant les titres des planches. Sans doute que si la mort ne l’avait enlevé prématurément à ses grands travaux, il aurait modifié sa manière de voir et aurait corrigé lui-même ce qui était défectueux dans son ouvrage sur les Coquilles du Brésil.
Le savant auteur du dernier supplément au grand ouvrage de Martini et Chemuitz, M. Wagner, après la mort de Spix, fut chargé du texte de l’ouvrage, et répara avec autant de science que de discernement les erreurs du savant voyageur; il décrivit avec soin soixante-huit espèces réparties dans les treize genres : Ampullaire, Bulime , Mélanie , Agathine, Limnée, Auricule, Maillot, Hélice, Hélicine, Planorbe, Anodonte , Cyclade et Mulette. Il eut le soin d’ajouter à celles qui étaient déjà connues une bonne synonymie dans laquelle il proposa quelques rectifications judicieuses.
D’autres voyages furent entrepris, mais ils n’eurent pas de résultats assez étendus pour la conchyliologie pour que nous dussions les citer ici; nous mentionnerons par la suite les faits les plus importaus, mais isolés ou peu nombreux, qu’ils ont donnés à cette science, soit par les voyageurs eux-mêmes, soit par d’autres personnes. Ces travaux partiels sont répandus dans un grand nombre de recueils académiques ou de journaux scientifiques ; bien que la science leur soit redevable de faits très intéressans et capables de modifier quelques points des méthodes, nous pensons qu’il sera plus convenable de les mentionner dans les généralités des familles et des genres à mesure que cela deviendra nécessaire.
Il n’est guère de voyageur qui, en allant en Amérique, n’en rapporte des coquilles; aussi les collections en sont
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abondamment pourvues. Cependant personne n’a encore tenté de faire une conchyliologie américaine complète ; les zoologistes sentent bien sans doute, que les observations sur le nouveau continent ne sont point encore assez nombreuses , et que l’ouvrage que l’on ferait offrirait trop de lacunes pour être entrepris actuellement; néanmoins il serait à souhaiter que l’on suivît dans les diverses parties de l’Amérique le bel exemple donné par M. Say. Ce savant, après des recherches long-temps continuées dans les diverses provinces des Etats-Unis d’Amérique voulut doter sa patrie d’un bou ouvrage sur la conchyliologie des états de l’Union; on pourrait lui reprocher de manquer d’ordre et de méthode, mais le hut de l’auteur était de conduire le plus vite possible à la connaissance des espèces. Il nous paraît certain qu’il y est parvenu, ayant eu le soin de figurer une seule espèce sur chacune des planches, et de donner leur description sur des feuilles à part et sans pagination. 11 sera toujours facile, lorsque l’ouvrage sera terminé, de mettre les genres et les espèces dans un ordre méthodique quelconque.
Pour terminer ce qui a rapport à cette histoire abrégée de la conchyliologie , il nous reste à parler des ouvrages sur les Coquilles fossiles, publiés depuis une quinzaine d’années. Nous avons vu dans quel esprit les Oryctographes des derniers siècles avaient écrit , et le but tout religieux qui avait inspiré leurs recherches. Les travaux plus ou moins considérables , publiés depuis le commencement de ce siècle, sur les fossiles, ont eu d’abord pour but d’étendre le domaine de la zoologie, en faisant connaître les restes des débris épars de singuliers animaux; c’est pour satisfaire à ce nouveau besoin de la science, que furent entrepris les travaux de Lamarck, de M. Defrance, de Brocchi et d’autres
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naturalistes. Jusqu’alors la géologie avait emprunté à la minéralogie ses principaux matériaux d’étude; cette fausse idée avait été admise, que l’on pouvait toujours et dans tous les cas identifier les terrains en étudiant leur composition minéralogique ; on croyait, et il était reçu par les géologues , que les couches terrestres du même âge avaient la même composition minéralogique. Il ne fallait pas, lorsque l’observation eut démontré le peu de solidité de cette opinion , abandonner entièrement les applications de la minéralogie à la géologie; mais il était convenable de recevoir celte science dans une plus juste mesure. La science minéralogique, perdant de son importance dans les applications à la géologie, fut heureusement remplacée par MM. Cuvier et Brongniart par l’étude bien faite des corps fossiles organisés. Ces savans , tous deux si élevés dans les sciences qu’ils adoptèrent de préférence, ne purent dans ces applications, parvenir à toute la perfection dès leurs premiers essais; aussi plus d’une erreur fut introduite dans la science à l’abri de leur autorité; mais elles seront peu-à-peu rectifiées, à mesure que les études zoologiques sur les corps organisés fossiles deviendront plus sérieuses et plus fortes, et prendront une plus grande extension, ou mieux encore une plus grande place dans les études préliminaires des géologues.
Les ouvrages entrepris depuis les beaux mémoires de Lamarck sur les Coquilles fossiles des environs de Paris , sont de plusieurs sortes. Les uns, purement zoologiques, sont généraux ou destinés à quelques spécialités ; les autres, entrepris pour servir d’appui à des recherches géologiques , sont en général plus bornés.
L’un des ouvrages généraux les plus considérable est sans contredit le Minerai conchalogy , de MM. Sowerby. Coin-
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mencé en 1812, il fut achevé en 1829; il contient plus de cent trente genres de Coquilles , dans lesquels sont distribuées plus de onze cents espèces. Parmi ces genres il y en a plusieurs de nouveaux; tous ne méritent pas également d’être adoptés; quelques-uns sont très intéressans et appartiennent à des types d’organisation dont il n’existe plus rien d’analogue aujourd’hui à la surface de la terre. Nous aurons occasion plus tard de mentionner tous ces genres et de les discuter, soit pour en admettre ou en rejeter une partie.
Les espèces décrites ou mentionnées dans le Minerai concliologj , ne sont pas toutes nouvelles. Quelques-unes avaient été figurées dans des ouvrages plus anciens; toutes ont été recueillies en Angleterre, et elles appartiennent à tous ceux des terrains de la Grande-Bretagne, qui renferment des corps organisés fossiles. Leur représentation par la gravure est ordinairement fidèle et exacte; il est assez facile de reconnaître l’espèce; mais dans certains genres nombreux comme les Ammonites et les Térébratules, il est souvent très difficile de parvenir à une détermination exacte, parce que la gravure manque de cette précision dans les détails, indispensable pour la représentation de tous les caractères. Un autre défaut plus grave que celui-ci, selon nous, c’est que l’ouvrage a été publié sans ordre et sans méthode; une espèce d’Ammonite est suivie d’une espèce de Venus ou de tout autre genre, de sorte que si l’on conserve les volumes dans leur pagination et les planches à la fin, dans l’ordre de leurs numéros, l’ouvrage devient extrêmement long et difficile à consulter, malgré la table des matières placée à la fin de chaque volume; car il peut arriver que l’on cherche d’abord, dans les cinq premiers volumescc dontona besoin, et qui se trouve dans le sixième. Ce
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mode de publication a encore un autre inconvénient, c’cst qu’il arrive souvent que les espèces peu nombreuses d’un genre sont éparpillées dans six volumes, et il est souvent impossible de les comparer , de les rapprocher pour s’assurer du degré d’analogie quelles peuvent avoir. Ces désagrémens ne sont pas compensés par le seul avantage que l’auteur trouve d’ajouter constamment à son ouvrage les espèces qui se découvrent chaque jour, et d’ajouter une livraison aux précédentes, sans être obligé de s’inquiéter de faire des pages et des planches supplémentaires.
Dans le temps que MM. Sovverby continuaient avec persévérance la publication du Minerai conchologj, l’Allemagne s’enrichissait de plusieurs ouvrages importans sur les corps organisés fossiles. L’un, de M. Reineeke ( maris protogœi nautilos et argonautas , etc . , 1818), est peu considérable mais très important pour l’étude du genre si nombreux et si difficile des Ammonites. En traitant particulièrement de ce genre par la suite, nous reviendrons sur cet ouvrage intéressant et fort bien fait, l’eu de temps après M. Schlotheim publiait de 1820 à i 8 a 3 son traité des pétrifications. L’auteur avait rassemblé en une collection très considérable tous les matériaux nécessaires, et remarquables surtout à cause des corps organisés fossiles des terrains anciens de l’Allemagne. Ces richesses paléonthologiques pouvaient se répartir dans les classes principales du règne animal; aussi l’ouvrage dans lequel ils sont mentionnés ou décrits, les présente dans un ordre méthodique semblable h celui de Cuvier, quant aux divisions primaires. Les vertébrés sont peu nombreux, et parmi eux les poissons et les mammifères sont plus abondans que les animaux des autres classes; dans les Invertébrés, les Mollusques et les Zoophytes comptent un nombre d’espèces plus considérable que toutes les
HISTOIRE DE LA CONCHYLIOLOGIE
autres classes; de sorte que la plus grande et la plus importante partie de l’ouvrage dont nous parlons est consacrée aux restes fossiles de ces animaux.
En se reportant à l’époque à laquelle l’ouvrage de M. Schlolheim fut publié, lorsque déjà des travaux aussi considérables, aussi importans que ceux de Lamarck et de Cuvier étaient daus les mains de tous les savans de l’Europe , on doit être étonné que l’auteur du traité des pétrifications ne se soit pas mieux pénétré des caractères principaux des genres et des familles pour pouvoir y rapporter celles des espèces qu’il mentionna. Nous voyons dans un genre Hélicites , qui , d’après l’auteur, devrait correspondre augepre Hélix, plus d’espèces appartenant aux genres Turbo, Evomphale, etc., qu’à des Hélices véritables. Les mêmes reproches peuvent être faits à la plupart des genres, et il nous a suffi de rapporter un exemple de la confusion qui y règne. Malheureusement l’ouvrage ne contient pas eu luimême tous les moyens pour faire les rectifications nécessaires avant d’admettre définitivement dans la science tous les matériaux qu’il renferme. M. Schlotheim n’a pas cru nécessaire de caractériser les espèces au moyeu d’une courte phrase latine; il a laissé leur synonymie incomplète, et ces deux défauts graves dans un ouvrage de cette nature ne sont point compensés par des descriptions entières ou par une bonne figure de chacune des espèces. Nous pensons que pour rendre utile , dans toutes ses parties , l’ouvrage de M. Schlotheim , il serait nécessaire de le compléter à l’aide de sa collection , dont s’est enrichi récemment le Muséum de Berlin. Il serait à souhaiter, dans l’intérêt de la science, que des naturalistes, connaissant les travaux récens sur les corps organisés fossiles , reprissent le travail de l’auteur et donnassent des suppiémens à l’atlas pour celles des
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espèces nouvelles dont la description est insuffisante. Ces observations ne nous empêchent pas de reconnaître ce qu’il y a de bon et d’utile dans l’ouvrage de M. Schlotheim , et de le croire indispensable aux naturalistes qui s’occupent de Paléonthologie proprement dite , ou des applications de cette science à la géologie.
Il existe en Suède un terrain crétacé très curieHx dans lequel on trouve une assez grande quantité de corps fossiles appartenant principalement à la classe des Mollusques et à celle des Polypiers. M. Nilsson, qui s’élait déjà fait connaître avec avantage par son histoire abrégée des Mollusques terrestres et fluviatiles de la Suède, publié en 1822 , s’occupa de ces fossiles de la craie, et dans un ouvrage ( pétri ficata suecana formationis cretacece ) , dont la première partie seulement a paru, il traita de quelques restes peu importans des vertébrés, et de tous les Mollusques.
Dans cette partie des Mollusques M. Nilsson inscrivit, cent espèces , et il les distribua méthodiquement d’après les principes deCuvier; il trouva des Céphalopodes, et des Gastéropodes eu petit nombre; les Lamellibranches et les Brachiopodes, font les quatre cinquièmes des espèces. Chacune de ces quatre classes est précédée d’observations générales, et les espèces sont décrites avec soin à la manière de Lamarck, et même plus complètement que ne l’a fait ce célèbre zoologiste dans ses animaux sans vertèbres; toutes les espèces inscrites par l’auteur ne sont pas nouvelles; mais un assez grand nombre le sont , et il est fâcheux que les planches qui les représentent, assez mal gravées, laissent du doute sur plusieurs d’entre elles, de telle sorte qu’il ne serait point étonnant dans la suite de voir s’établir quelque double emploi fait par des auteurs qui, n’ayant pu examiner les types en nature, n’aurout pu reconnaître ces espèces d’après les
IllSTOlIlE DE DA CONCHYLIOLOGIE.
figures. Cette imperfection , souvent bien indépendante de l’auteur, ne peut ôter l’intérêt véritable que doivent éprouver, pour un ouvrage tel que celui-ci, les personnes qui aiment la science et en favorisent les progrès.
M. Goldfuss fait pour l’Allemagne un grand et bel ouvrage qui vient avec avantage rivaliser avec celui de MM. Sowerby. Professeur à l’université de Bonn, le savant naturaliste a rassemblé depuis long-temps une grande et magnifique collection de corps organisés fossiles appartenant à toutes les classes des invertébrés. Cette collection , augmentée de celle de M. Hœninghaus, amateur distingué de Créfeldt, fournit à M. Goldfuss les immenses matériaux nécessaires à une publication comme la sienne; aidé d’un dessinateur sur pierre, doué d’un admirable talent , le savant zoologiste a déjà publié sous le titre de Pelrefacten un premier volume in-folio accompagné de 71 planches dans lesquelles les caractères des espèces sont représentés sous un grossissement convenable, et contenant tous ceux des animaux invertébrés qui, dans la méthode de Lamarck et celle de l’auteur , précèdent les Mollusques. Nous n’avons donc pas à nous occuper de cette première et très importante partie du travail de M. Goldfuss; mais nous annoncerons avec plaisir le commencement du second volume, contenant les premiers genres de Mollusques acéphalés de la famille des Ostracéset des Pectinides. M. Goldfuss commence par quelques généralités sur les coquilles bivalves, et donne la définition des mots le plus en usage pour désigner les diverses parties de ces corps. Il présente ensuite la description des genres Huître, Gryphée, Exogyre, Anomie et Peigne. Nous regrettons vivement de ne pouvoir rendre compte de tout l’ouvrage ; nous pouvons cependant faire à son sujet quelques observations.
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M. Goldfuss est du petit nombre des zoologistes qui , adoptant la méthode naturelle de Lamarck , ait procédé par l’analyse, c’est-à-dire du simple au composé; il nous semble que, pour être conséquent avec ce principe méthodique, M. Goldfuss aurait dû commencer l’histoire des Mollusques acéphalés par ceux de ces animaux dont l’organisation est en réalité beaucoup plus simple que celle des huîtres et autres genres analogues. Les Mollusques acéphalés des genres à siphons postérieurs, sont plus voisins des Ascidies simples et composées, que les Mollusques acéphalés monomyaires sans siphons, et l’ou saitaujourd’hui qu’il existe de grands rapports entre ces Ascidies et les animaux de certains polypiers cellulifères. Ce que nous avons dit à ce sujet dans le premier chapitre de cette introduction, et dans le second, en rendant compte des méthodes de Lamarck , nous dispense ici de plus de détails, voulant constater seulement que M. Goldfuss n’avait point appliqué dans toute sa rigueur le principe général qu’il a adopté.
L’Allemagne vient d’être nouvellement dotée d’un autre ouvrage important , moins considérable que celui de M. Goldfuss, et traitant spécialement des Coquilles pétrifiées du Wurtemberg. M. Zieten, qui jusqu’alors ne s’était point fait connaître par des travaux d’histoire naturelle, est l’auteur de cet ouvrage. Quoique l’on trouve dans cette publication des matériaux d’un grand intérêt pour l’étude des Coquilles fossiles, il faut dire pour être juste que les figures destinées à représenter certaines espèces, ont une imperfection fâcheuse à laquelle ne remédie pas le coloris; il faut ajouter aussi que l’auteur n’a pas toujours été heureux dans la détermination des espèces, donnant à quelquesunes des noms qui ne peuvent rigoureusement s’y appliquer; enfin, nous reprocherons à cet ouvrage de ne cou-
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tenir aucune description complète , pas même une phrase caractéristique eu latin, comme cela est en usage dans le plus grand nombre des ouvrages, depuis que Linné eu a donné le salutaire exemple : malgré ces défauts, le livre de M. de Zieten est indispensable à toute personne qui étudie les fossiles , car on y trouve , pour les Céphalopodes surtout, des choses neuves et d’un grand intérêt.
Les ouvrages sur les fossiles dont nous venons de parler, sont spéciaux en cela qu’ils ne s’occupent que de ceux d’un pays ou d’une localité. Jusqn’à présent aucun zoologiste n’a tenté de rassembler en un seul ouvrage tout ce qui est connu actuellement en coquilles fossiles. Il serait peut-être impossible aujourd’hui de réussir dans un aussi vaste projet. Les matériaux ne sont point encore assez nombreux, et il est trop difficile de rassembler en une seule collection, comme cela serait cependant indispensable, tout ce qui est nécessaire pour entreprendre un bon ouvrage de ce genre. Il faut donc se borner à améliorer les matériaux , et à les augmenter en se livrant à des recherches spéciales, soit sur les fossiles de certains bassins appartenant à des époques géologiques bien déterminées, soit en décrivant ceux d’une contrée et dépendant de plusieurs époques de formations.
Après avoir consacré plusieurs années à des recherches assidues dans le bassin de Paris, après avoir rassemblé, parce moyen, un grand nombre d’espèces nouvelles ayant beaucoup d’intérêt pour la science, nous avons pensé qu’il seraitutile , malgré les beaux mémoires de Lamarck sur le mêmesujet, d’entreprendre une grande monographie des coquilles fossiles des environs de Paris. Nous u’avous pas voulu borner nos recherches au petit nombre de localités connues dans le voisinage de la capitale. Nous avons compris que le bassin
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géologique du terrain tertiaire parisien , devenu classique par les grands travaux de Cuvier et de M. Brongniart, devait être exploré dans toute son étendue, pour en faire ensuite la zoologie fossile complète. Déjà Cuvier avait décrit et restauré avec un rare talent, dans son grand ouvrage des ossemens fossiles, tous les animaux vertébrés qui lurent successivement découverts dans diverses couches de ce bassin ; il ne s’occupa pas des Invertébrés. Lamarck, aidé de la collectiou de M. Defrance, lit connaître, par des descriptions malheureusement trop courtes, environ cinq cents espèces. Plus de la moitié de ces espèces ne pouvaient être reconnues, parce qu’elles n’étaient pas figurées, et parmi celles qui étaient représentées, il y en a quelques-unes dont la figure était trop imparfaite pour ne point laisser de doute sur sa détermination, après un examen scrupuleux. Ayant rassemblé environ douze cents espèces appartenant à la classe des mollusques, nous avons cru nécessaire de reprendre toute la matière, de reproduire toutes les espèces de Lamarck en descriptions et en figures nouvelles, et de les placer dans les genres avec nos espèces', pour les mettre dans leurs rapports les plus naturels. Ce sont ces matériaux qui font le sujet de l’ouvrage auquel nous avons donné le titre de Description des coquilles fossiles des environs de Paris. Commencée en 1824, sa publication fut interrompue pendant près de cinq années, et il touche actuellement à sa fin. Nous avons adopté pour cet ouvrage, et . nous avons appliqué, dans toute sa rigueur, la méthode de Lamarck. Nous avons eu peu de genres nouveaux à y introduire, mais nous avons ajouté un assez grand nombre de genres qui n’avaient point encore été cités aux environs de Paris. Nous n’avons pas voulu borner notre tâche à inscrire, dans un ordre déterminé d’avance, une série de descriptions. Nous
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avons ajouté des renseignemens historiques ou des discussions sur les familles et les genres à mesure qu’ils se sont présentés , et peut-être trouvera-t-on , dans ces généralités, quelques vues nouvelles pour l’amélioration de la méthode générale.
Nous ne devons pas parler davantage de cet ouvrage , parce qu’il est le nôtre, et qu’il ne nous appartient pas de le juger.
Les ouvrages sur les fossiles dont nous venons de rendre un compte succinct, sont entièrement du domaine de la zoologie : ceux qui nous restent à examiner traitent à-lafois de géologie et de zoologie. Ces ouvrages sont assez nombreux. M. Brongniart, dans sa Géologie du bassin de Paris , a donné un premier exemple de ce genre de publication, et il est à désirer qu’il trouve chaque jour un plus grand nombre d’imitateurs. On aurait ainsi la preuve que les géologues sentent enfin toute l’importance de l’application à leur science de l’étude bien faite des corps organisés fossiles.
Nous avons parlé de l’ouvrage de Brocclii : il pourrait , par sa nature, faire partie de ceux qui traitent de géologie et de zoologie. 11 en est de même de celui de M. Brongniart, sur les terrains de sédiment supérieurs calcaréo-trappéens du Yicentin.
M. Brongniart fit un voyage dans leVicentiu et en Italie, pour étudier les terrains tertiaires de ces contrées, avant de publier la seconde édition de la Géologie des environs de Paris. Il voulait comparer les terrains tertiaires qu’il regardait alors comme du même âge que ceux de Paris. C’est en voyageant dans ce but qu’il observa avec attention quelques parties des terrains tertiaires dérangés, remaniés par des forces volcaniques. Quoique ces terrains fussent
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d’une médiocre élerftlue, néanmoins il était très important de bien les étudier, puisqu’il s’agissait de les rapporter définitivement à leur véritable époque géologique.
JM* Brougniart, qui avait déjà fait une si heureuse application des connaissances zoologiques à la géologie, obtint du même moyen des résultats qui le conduisirent à des conclusions inattendues. En comparant les corps organisés fossiles des terrains du Yicentin avec ceux d’autres localités déjà connues , il put dire que ces terrains étaient contemporains des terrains de sédiment supérieur du bassin de Paris. Après avoir vu la montagne de Turin, et reconnu la différence de structure, après avoir constaté que les fossiles qu’elle renferme ne sont pas les mêmes, M. Brongniart conclut cependant que cette montagne remarquable, et probablement tout le Montferrat, sont du même âge géologique que les terrains supérieurs du bassin de Paris.
Depuis long-temps, la comparaison minutieuse des coquilles fossiles de la Superga, nous a convaincu que cette conclusion de M. Brongniart n’était pas recevable, car presque toutes les espèces sont analogues à celles des en virons de Bordeaux et de Dax , ce qui nous a fait présumer que la Superga etleMontferrat étaient du même âge que le bassin de la Gironde. Cette supposition a été changée depuis en certitude par des observations directes de M. Bertrand Geslin.
La partie conchyliologique de l’ouvrage est intéressante. On y trouve les descriptions et les figures d’un assez grand nombre d’espèces nouvelles. Nous croyons que ces espèces appartiennent à deux' terrains tertiaires qui, ayant subi les mêmes altérations, ont été confondus : l’un serait contemporain du bassin de Paris, l’autre le serait de celui de la Gironde. Il était presque impossible, malgré le soin et l’attention que mit M. Brongniart à déterminer les espèces,
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qu’il ne lui échappât quelques erreurs. La mauvaise conservation des coquilles, remaniées et altérées dans des terrains volcaniques, était un grand obstacle; mais il y en avait encore un autre : c’est que l’on n’avait pas encore assez d’observations pour fixer un peu mieux qu’on ne le faisait la valeur des caractères spécifiques.
Ce fut peu de temps après que M. de Bastérot présenta à l’Académie, et fit imprimer, dans les mémoires de la Société d’histoire naturelle son mémoire géologique, sur les environs de Bordeaux.
Après avoir donné une description géologique des terrains, l’auteur, adoptant l’arrangement méthodique de Cuvier, présente le catalogue descriptif de plus de trois cents espèces de coquilles fossiles , ayant soin d’ajouter d’excellentes figures pour celles qui sont nouvelles ou peu connues. Malheureusement M. de Bastérot a voulu tirer des conséquences trop générales d’observations bonnes sans doute , mais pas encore assez nombreuses pour leur acquérir un degré convenable de certitude et de permanence. On voit par le travail même de M. de Bastérot, qu’il n’avait pas un moyen bien certain et déterminé pour établir l’analogie entre les espèces, soit de fossiles à vivantes, soit pour les fossiles entre elles. Il lui est arrivé plusieurs fois de donner pour analogues des espèces parfaitement distinctes, et de séparer des espèces réellement analogues. Aussi, on ne doit pas prendre pour rigoureusement établis les résultats généraux donnés en chiffres dans son introduction. M. de Bastérot ayant pris de confiance, et sans examen, toutes les espèces introduites par les auteurs, ayant pris de la même manière les analogies que certains auteurs ont cru pouvoir admettre pendant un certain temps, il a donné des résultats numériques généraux sans
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exactitude. Quant aux résultats obtenus par ses propres observations sur les coquilles fossiles des environs de Bordeaux, bien qu’ils demandent quelques rectifications, iis sont cependant meilleurs que ceux qu’il emprunta aux auteurs. Il faut ajouter que l’ouvrage de M. de Bastérot est devenu insuffisant depuis que l’on sait, par les persévérantes recherches de M. Grateloup , qu’il existe au moins sept cents espèces de coquilles dans le bassin de la Gironde. Néanmoins, en attendant que ce travail plus complet soit publié, l’ouvrage de M. de Bastérot est d’une grande utilité.
Brocchi a fait connaître avec détail les terrains tertiaires d’Italie, et il a décrit avec uu grand soin et fait figurer avec perfection les coquilles fossiles de ce terrain. Ce but principal de son ouvrage, l’auteur l’a atteint. Cette tâche n’était pas la seule qu’il se fut imposée, et l’on trouve, dans son premier volume, de précieux renseignemens sur la géologie et la minéralogie des terrains plus anciens. Cette partie était cependant incomplète, et les géologues regrettaient de ne pas avoir un ouvrage qui suppléât , sous ce rapport, à celui de Brocchi. M. Catulo, conuu par plusieurs mémoires intéressans, se chargea de remplir cette lacune, et publia, eu 1827, sous le titre modeste Essai de zoologie fossile , un fort volume in-4°, accompagué de plusieurs planches lithographiées malheureusement avec trop d’imperfection. L’auteur ne suivit pas la marche de la plupart de ses devanciers. Après la description de chaque terrain, il donne celle des corps organisés fossiles qu’il y a trouvés, et en présente le tableau. Il est peut-être plus commode de donner à la suite de chaque terrain la liste des fossiles et de rejeter à la fin de l’ouvrage toute la partie zoologique, qui devient plus facile à consulter. Malgré cette légère imperfection, on trouve dans l’ouvrage de M. Catulo l’in-
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dication de fossiles fort curieux, et particulièrement de Térébratules très singulières , qui n’avaient pas été mentionnées depuis les planches de l’Encyclopédie publiées par Bruguière. Ces Térébratules ont ce caractère remarquable , d’être perforées de part en part dans le milieu des valves.
Les terrains tertiaires du midi de la France étaient peu connus. M. Marcel de Serres , professeur de minéralogie et de géologie à la faculté de Montpellier, les étudia et publia, en 1 82g , une Géognosie des terrains tertiaires du midi de la France. Dans cet ouvrage, M. Marcel de Serres donna un tableau des animaux fossiles appartenant aux différentes classes. Ce qui a rapport aux coquilles est assez considérable, et , en étudiant avec soin cette partie de l’ouvrage, il nous a été difficile d’admettre certaines analogies d’espèces, surtout depuis que nous avons pu comparer plusieurs de celles décrites par l’auteur, et recueillies dans les localités par lui mentionnées. On voit que dans ce travail, l’auteur n’a pas assez soumis à une laborieuse critique les nombreux matériaux qu’il possède, et qu’il s’est trop hâté de les publier, lorsqu’il pouvait y découvrir facilement des erreurs que personne mieux que lui n’était en état de corriger.
Nous avons dit que les savatis anglais s’étaient, depuis long-temps , livrés à des recherches très étendues sur la Géologie, et qu’ils avaient publié des travaux qui peuvent servir de modèles dans ce genre. En général, ils ont donné peu d’attention aux corps organisés fossiles, considérés comme élémens nécessaires • à leur science : c’est plutôt comme zoologistes qu’ils les ont fait connaître. Cependant, indépendamment des ouvrages de conchyliologie dont nous avons parlé, nous pouvons en mentionner ici quelques-uns qui ont été conçus dans le même esprit que ceux dont nous venons de rendre compte. Outre les bons ouvrages de
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Smith (Strata identified ) , de Manlell, de M. Buckland , la science possède, depuis 1829, les Illustrations sur la géologie du Ÿorkshire , par M. Philips. Ce savant géologue a consacré, à la fin de son ouvrage, quatorze planches pour la représentation des corps organisés fossiles, non disposés dans un ordre zoologique comme l’ont fait les géologues français, mais dans l’ordre des terrains. Cette disposition n’est point une innovation : néanmoins, il appartenait à un esprit juste de saisir ce moyen favorable pour fixer dans la mémoire les formes des corps fossiles qui caractérisent les couches. Lorsque l’on fera un ouvrage plus étendu , on pourra disposer à-la-fois les corps organisés fossiles dans l’ordre zoologique et géologique, et leur étude en deviendra plus facile. Malheureusement M. Philips n’a pas cru nécessaire d’ajouter des descriptions à des figures quelquefois insuffisantes, en ce qu’elles sont au trait seulement pour la plupart. Quelques-unes représentent des corps très intéressans pour l’étude des fossiles. Nous avons remarqué quelques belles Hamites de la craie inférieure; des Natices, des Troques, etc. de l’oolite inférieure; des Ammonites et autres coquilles du lias, etc.
Une question fort importante a été discutée, il y a quelques années, entre plusieurs géologues anglais, allemands et français, à l’occasion d’un mémoire très intéressant de MM. Sedgwick et Murchison, sur quelques dépôts des Alpes autrichiennes. Ces savans géologues prétendirent que ces dépôts, par leur nature, leur position et leurs fossiles, devaient être considérés comme établissant le passage entre la craie et les terrains tertiaires. M. Boué, s’appuyant sur des observations géologiques faites par lui sur les lieux visités par les géologues anglais, combattit leur opinion. Ayant eu connaissance des fossiles de Gosau , et
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les ayant comparés avec soin avec ceux des terrains tertiaires , nous n’en trouvâmes aucun qui y fût représenté par une espèce identique, tandis que les ayant comparés plus tard avec ceux de la craie inférieure de Belgique, nous avons remarqué des espèces analogues en assez grand nombre. Celte observation nous a porté à adopter de préférence l’opinion de M. Boué. Il nous semble que, pour admettre les couches argileuses de Gosau comme formation intermédiaire entre la craie et le terrain tertiaire, il faudrait une preuve géologique ou une preuve zoologique, et peut-être serait-il nécessaire, dans une question aussi importante, de les avoir toutes deux. La preuve géologique consisterait à citer une localité où les argiles de Gosau ou toute autre couche contenant les mêmes fossiles, fussent couvertes, en position concordante de couches de terrain tertiaire bien caractérisées. Il faudrait que les couches de ce dernier terrain , alternant avec celles du premier, se montrassent sur une assez grande étendue, pour démontrer que ce phénomène n’est pas dû .à un petit accident local. La preuve zoologique consisterait à trouver dans les terrains tertiaires un certain nombre d’espècès semblables à celles de Gosau. Nous ne croyons pas que l’une de ces deux preuves soit acquise aux auteurs du mémoire dont nous parlons en ce moment; ce qui nous autorise à conserver l’opinion que nous avons depuis long-temps, qu’il y a en Europe un grand hiatus entre le terrain tertiaire et le terrain crétacé.
Nous regrettons , dans l’intérêt de la question débattue , que MM. Sedgwick et Murchison n’aient pas décrit et fîquré toutes les espèces qu’ils recueillirent à Gosau et dans d’autres localités semblables; ils se sont bornés à faire représenter celles des espèces qui leur ont paru nouvelles et
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intéressantes, négligeant de figurer celles que, d’après le jugement de M. Soverby, ils regardèrent comme analogues d’espèces déjà connues, soit dans la craie, soit même dans des terrains tertiaires. De bonnes figures de ces dernières espèces, dont nous contestons l’identité, auraient été nécessaires pour décider une question aussi importante pour la science, que celle de savoir , si la nature ancienne se lie aux terrains tertiaires et à la nature actuelle, par quelques formations géologiques et des créations animales intermédiaires.
Pendant qu’en Angleterre et en France on s’occupait activement de travaux géologiques et paléonthologiques , tandis que l’Italie et l’Allemagne s’illustraient par quelques bons ouvrages, l’Espagne et la Russie restaient étrangères à la nouvelle impulsion scientifique du centre de l’Europe, et étaient moins bien connues, relativement aux sciences dont nous parlons , que certaines régions de l’Inde et de l’Amérique. U y a peu d’espoir que l’Espagne, occupée de sa réorganisation politique et de guerres intestines, puisse produire d’ici à long-temps de grands travaux dans les sciences d’observation. Ces travaux, et surtout ceux qui ont rapport à la géologie, sont le fruit de la paix et de la sécurité des savans , pendant leurs voyages et leurs courses pénibles.
En Russie, où il existe plusieurs centres scientifiques importans, on a déjà, depuis un petit nombre d’années, quelques travaux qui font espérer que bientôt ils seront plus nombreux, et pourront, sans désavantage , être comparés avec ceux publiés en France et en Angleterre. Les savans de tous les pays accueilleraient avec reconnaissance toutes les observations qui pourraient jeter du jour sur la constitution géologique du nord de l’Europe.
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L’ouvrage le plus considérable qui ait été publié, en Russie, sur la paléontbologie , est celui de M. Fischer de Waldheiin , intitulé : O rycto graphie du gouvernement de Moscou. Il parut à Moscou en i83o. Cet ouvrage, préparé depuis long-temps, devait avoir plus d’étendue, et il devait faire connaître non-seulement la géologie et les corps organisés fossiles, mais encore tous les animaux de toutes les classes observés sur le territoire du gouvernement de Moscou. Une Flore devait le terminer, de sorte que l’on aurait eu, dans un seul ouvrage complet, toute l’histoire naturelle d’une province russe assez étendue. Malheureusement, l’incendie de Moscou détruisit sans ressource tous les matériaux préparés à grands frais. M. Fischer, qui s’était occupé depuis long-temps de l’oryctographie du gouvernement de Moscou, forcé d’abandonner la publication d’un ouvrage général dont il avait conçu le plan, se détermina à livrer au public celui dont nous allons parler. L’ouvrage se compose d’un assez grand nombre de planches et de leur explication. Les sept premières sont destinées à des cartes et à des coupes géologiques; les quarante-quatre qui suivent donnent la représentation de corps organisés fossiles de diverses classes, et les seize dernières font connaître quelques animaux rares et curieux, ainsi que quelques plantes que l’on trouve aux environs de Moscou. Nous n’aurons à nous occuper ici que de ce qui a rapport aux coquilles fossiles, représentées dans vingt-deux planches. Nous trouvons d’abord plusieurs Ammonites curieuses, mais sur le gisement géologique desquelles il n’est donné' aucun renseignement suffisant. M. Fischer nomme Hamite un corps cloisonné, courbé en deux, et dont les cloisons sont simples, si l’on en croit la figure; mais, guidé par l’explication, nous ne croyons pas que ce corps appartienne
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au genre Hamite, mais à celui nommé Cirthoceratite par les zoologistes allemands, et figuré depuis long-temps dans les Pœliquiœ dihmanœ de Rnorr. Le genre Orthocère dont M. Fischer figure plusieurs espèces, ne s’est encore rencontré jusqu’à présent que dans les terrains anciens , et il est bien à présumer que celles des environs de Moscou ne font point exception à cet égard. Si nous ne sommes pas trompé par les figures, il nous semble que ccs espèces sont semblables à celles de laNorwège, ce qui annoncerait que ce terrain à Ortliocères est plus étendu qu’on ne l’a peut-être supposé. A côté de ce genre, M. Fischer a cru nécessaire d’en établir plusieurs dont les caractères ne paraissent pas devoir supporter un examen sérieux el approfondi. Le genre Sannionites , par exemple, nous paraît formé d’une petite Orthocère fort dégradée; le genre Epitonites ne peut être conservé , puisqu’il est fait pour des tiges d’Encrinites , et rapproché à tort des Ortliocères. Le genre Melia ne nous paraît pas mieux fondé que les deux précédais : si la figure en est fidèle, elle représenterait, à ce qu’il nous semble, un fragment mal conservé d’une Orthocère à siphon central, que l’usure de l’échantillon aurait mis à découvert. M. Fischer adopte encore le genre Callirhoé de Montfort, quoique personne n’ignore maintenant qu’il a été établi pour la pile d’alvéoles intérieures des Bélemnites. Il était impossible qu’un tel genre restât, et nous regrettons que M. Fischer, qui a fait un résumé des travaux qui traitent des Céphalopodes , ait conservé un aussi mauvais genre que celui-ci. Il a fallu que l’auteur de Y Oryctographie de Moscou ait oublié les caractères essentiels des Spiroliniles de Lamarck, pour essayer d’introduire dans ce genre des corps qui n’ont avec lui aucune analogie. Les Spiroünites sont des coquilles mi-
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croscopiques dont le sommet est tourné en spirale, et dont le dernier tour se prolonge en ligne droite. Toute la coquille est divisée par un grand nombre de cloisons transverses perforées au centre, et sa surface extérieure est striée dans le plus grand nombre des espèces. Le corps figuré par M. Fischer est long de plus de deux pouces; il est étroit, mince, cylindracé, et n’est pas contourné en spirale à son sommet; il est divisé eu loges transverses, et il est strié en dedans. Ces caractères ne s’accordent pas, comme on le voit, avec ceux des Spirolinites, et quoique la figure ne paraisse pas mal faite, nous ne voyons encore à quel genn? rapporter ce Corps singulier ; nous aurions besoin de l’examiner en nature pour porter un jugement.
M. Fischer, croyant avoir trouvé un genre nouveau de coquilles microscopiques, lui donna le nom de Fusulina. Si M. Fischer y eût fait attention , il aurait reconnu en lui tous les caractères du genre Alvéolite de Bosc, connu depuis trente ans, et aurait évité ce double emploi fâcheux. Nous ne comprenons pas comment M. Fischer a pu confondre avec le Cibicicle de Montfort, coquille microscopique cloisonnée et spirale, le corps qu’il fait figurer sous ce nom dans la planche t4 de son ouvrage. Ce corps a plus de deux pouces de diamètre; il est conique, non spirale, pourvu de deux gouttières latérales rapprochées partant du sommet, et divergeant vers le bord : il ressemble beaucoup à une Radiolite dont la surface extérieure aurait été en partie dénudée. On sait que les Radiolites sont des coquilles bivalves très voisines des Sphérulites et appartenant aux Rudistes de Lamarck. Nous donnons cette opinion comme la plus probable d’après les figures. Peut-être en changerionsnous si nous avions sous les yeux le corps dont il est question.
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Il serait utile que les géologues prissent note de la présence des Bellérophes dans certains terrains du gouvernement de Moscou. Connaissant la position géologique de ce genre, et pouvant regarder comme semblables à celles de Belgique et d’Angleterre les espèces de Russie, ils pourraient conclure avec assez de vraisemblance que des terrains de même âge existent dans les trois localités, et la présence des Orthocères et d’autres genres que nous verrons bientôt, les confirmera dans ce rapprochement. L’un des genres qui, avec les Bellérophes, caractérisent le mieux les terrains de transition, est celui nommé EuPiphalus par M. Sowerby. M. Fischer en signale deux espèces, et entre aütres le Pentagulatus.
A en juger d’après quelques coquilles fossiles, il paraîtrait qu’il y aurait près de Moscou quelques lambeaux d’un terrain tertiaire semblable à celui de la Bavière. On y remarque des Hélices, des Planorbes, une Yalvée que M. Fischer prend pour un Cadran , et une petite Paludine qu’il donne pour une Mélanopside. Les coquilles bivalves sont peu nombreuses, surtout celles qui n’appartiennent pas à la famille des Térébratules : elles se réduisent à quelques Pholadomyes indiquées par l’auteur sous les noms d’ U/iio et de Mja ; une Arche dont on a le moule seulement; une coquille ayant la forme d’uue Gryphée, et deux autres fort mal conservées, et ayant l’apparence de moules; enfin, un Inoceramus qui est le Concentrions , ce qui annoncerait une craie inférieure parmi les terrains du gouvernement de Moscou. Toutes les autres coquilles bivalves , quels que soient les noms génériques que leur a donnes M. Fischer , appartiennent sans exception aux deux genres Térébratule et Produclns. Nous avons dit ailleurs, et nous le répéterons dans les généralités de la famille des Térébratules, qu’il est
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impossible d’admettre des genres faits sur des caractères peu importans , aux dépens des grands et bons genres Térébratule et Productifs, et c’est alors que nous réfuterons les genres Strygocephala , Strophomena , Rhynchonella , Choristites , Entelites, Chonites , cités par M. Fischer, et plusieurs autres proposés par d’autres auteurs.
Nous avons rendu compte plus longuement que nous ne le voulions d’abord , de la partie de l’ouvrage de M. Fischer qui traite des coquilles fossiles; cet ouvrage méritait toute notre attention , puisqu’il est le premier et le plus considérable que possède actuellement la science sur une partie de la Russie, et malgré les légers défauts que nous avons signalés, nous devons des remercîmens sincères à son auteur qui, depuis plus de vingt-cinq ans, ne cesse de faire les efforts les plus louables pour propager dans son pays le goût des sciences naturelles. M. Fischer, il faut s’en souvenir, a fondé la Société impériale des Naturalistes de Moscou : sous sa sage direction, cette société a produit de bons travaux. Son zèle, qui ne s’est jamais ralenti, a donné en Russie une l*onne impulsion vers les sciences naturelles , et ce sera grâce a lui que l’on aura plus tard une botanique, une zoologie et une paléonthologie de cette vaste contrée si peu connue aujourd’hui.
Depuis l’ouvrage peu cité et presque oublié de Fichtel, sur la minéralogie et les coquilles fossiles d’une partie de la Hongrie, on a fort négligé l’étude des terrains récens du centre de l’Europe. Quoique étendus sur une grande sur' face, ces terrains étaient confondus avec les alluvions lorsqu’ils avaient peu d’épaisseur, ou avec les dernières couches du terrain secondaire, lorsque, dans certaines localités, ils acquéraient une puissance considérable. Ce fut M. Constant Prévost qui, le premier, étudia d’une manière convenable
les terrains tertiaires des environs de Vienne ea Autriche,' les décrivit dans un mémoire plein d’intérêt , et les comparant aux terrains italiens plutôt qu’à ceux de Paris, appuya son opinion sur un plus grand nombre d’espèces de coquilles fossiles analogues. Ce travail de M. Prévost fut publié, en 1820, dans le Journal de physique. Il eut cet avantage, non-seulement de jeter du jour sur la géologie encore nouvelle des terrains tertiaires, et de faire entrevoir une nouvelle route dans leur étude rationnelle, mais encore d’exciter les recherches des savans allemands.
M. Parths recueillit pour la collection de Vienne une grande quantité de coquilles fossiles de Vienne, de la Bavière, etc. M. Echwaltz parcourut la Pologne, la Podolie et la Wolhynie, et publia la description d’un assez grand nombre d’espèces; enfin, en j 83 i, M. Dubois de Montpéreux, qui avait fait en Podolie et en Wolhynie des' récoltes plus abondantes de coquilles tertiaires, publia à Berlin un petit ouvrage comparable à celui de M. de Bastérotj il est intitulé : Conchyliologie fossile , et aperçu gêognostique des formations du plateau wolhyni-podolien. On remarque dans cet ouvrage une innovation que l’on ne saurait trop encourager chez ceux des auteurs qui, 11’ayant pas à leur disposition de grandes collections et une bibliothèque assez complète, éprouvent de l’embarras pour déterminer rigoureusement leurs espèces. Cette innovation de M. de Montpéreux, que nous proposons comme un sage exemple à suivre, consiste à figurer avec soin toutes les espèces : de cette manière, les fausses dénominations deviennent très faciles à corriger, l’ouvrage ayant en luimême tout ce qu’il faut pour cela.
M. de Montpéreux décrit et figure dans son ouvrage cent douze espèces qui, pour le plus grand nombre, sont iden-
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tiques avec celles de Bordeaux et des faluns de la Touraine; parmi elles, nous n’en remarquons aucune qui ne puisse entrer dans les genres déjà connus. L’auteur termine son ouvrage par un tableau dans lequel il résume ses observations couchyliologiques , cl en donne les résultats numériques. Sans aucun doute, les tableaux de ce genre sont très utiles lorsqu’ils sont bien faits ; mais si leurs élémens contiennent des erreurs, s’ils ne reposent sur des observations dont l’exactitude est incontestable, leurs résultats sont nécessairement erronés. Ceux que présente M. de Montpéreux ne pouvaient être adoptés sans avoir examiné, avec une attention scrupuleuse, tous les élémens dont ils se composent. Cet examen, après nous avoir fait rectifier un grand nombre d’erreurs dans la détermination des espèces, dans leur analogie prétendue avec des espèces d’autres localités ou des espèces vivantes, nous conduit à des résultats fort diffe'rens de ceux de l’auteur. Il distribue ses espèces en quarante-six genres , mais il en attribue à tort quelquesunes à des genres dont elles n’ont pas les caractères, tandis qu’elles conviennent à des genres déjà mentionnés. Celte première rectification réduit à quarante-et-un le nombre des genres à conserver.
L’auteur annonce avoir trouvé en Podolie et en Wolhynie quarante espèces analogues à celles d’Italie. Nous avons vérifié ces analogies avec le plus grand soin , et nous n’en avons constaté que. dix-sept. Sur les vingt-et-une espèces que l’auteur dit avoir leurs analogues aux environs de Paris, nous eu avons reconnu huit seulement; enfin, aux seize espèces dont les analogues sont à Bordeaux, et qui ne sont pas toutes celles citées par l’auteur , nous en ajoutons trente-sept, ce qui porte à cinquante-trois le nombre des espèces analogues de Podolie et de Wolhynie, avec
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les faluns de la Touraine et ceux de la Gironde. Ces rectifications dans les analogues fossiles de diverses localités , en entraînent aussi danslesanaloguesvivans : l’auteur en trouve vingt-trois, tandis qu’après toutes les recherches convenables, nous ne pouvons en constater plus de onze. On sent combien des rectifications aussi importantes doivent modifier les résultats présentés par l’auteur. En effet, M. Dubois de Montpéreux concluait de ses chiffres que les terrains de la Podolie et de la Wolhynie sont de l’âge des terrains subapennins, et cette conclusion était corroborée par un assez grand nombre d’analogues vivans , tandis que nous, nous constatons que ces terrains sont de 1 âge de ceux de Bordeaux et de Touraine, et qu’ils appartiennent à la seconde époque des terrains tertiaires , et le petit nombre d’espèces vivantes confirme notre opinion. Ayant examiné toutes les espèces de M. de Montpéreux, nous avons publié nos recherches dans le Bulletin de la Société géologique de France (tome 11, 1 83 1 , page 222), avec le détail convenable. Toutes nos rectifications , nous ne les répéterons pas ici : il nous suffit d’y renvoyer le lecteur, et de constater les résultats nouveaux auxquels elles nous ont conduit.
Un peu avant que M. Dubois de Montpéreux publiât l’ouvrage dont nous venons de rendre compte, M. Andrzejowski donnait dans le tome 11 du Bulletin de la Société impériale des Naturalistes de Moscou, i 83 o, une notice sur quelques fossiles de Wolhynie, de Podolie, etc. Parmi ces espèces, au nombre de treize seulement, nous en reconnaissons plusieurs que M. Dubois n’a pas mentionnées, et qui sont analogues avec celles de Bordeaux et de la Touraine, ce qui vient confirmer notre opinion sur tous ces terrains tertiaires du nord. Aussitôt que M. Andrzejowski eut connaissance de l’ouvrage de M. de ^Montpéreux, il pu-
histoire/de la conchyliologie.
blia une seconde notice dans le tome iv, 1 832, du Bulletin des Naturalistes de Moscou, et il la consacra à des additions et corrections sur la conchyliologie et la géologie du plateau wojhyni-podolien. Les rectifications de l’auteur polonais tombent à-peu-près sur les espèces que nous avons mentionnées dans nos observations, mais il n’est pas conduit à des résultats entièrement semblables aux nôtres, parce qu’il s’est servi , pour les comparer à celles de Podolie , de coquilles dont la détermination n’était point exacte. Quoique la liste des espèces de Podolie et de Wolhynie donnée par M. Andrzejowski contienne moins d’erreurs que celle de M. de Montpéreux, elle doit être elle-même rectifiée soigneusement avant d’être définitivement introduite dans la science. Nous ajouterons, pour terminer ce qui a rapport aux terrains tertiaires du nord de l’Europe, que M. Andrzejowski a donné, en i833, dans le tome vi du Bulletin des Naturalistes de Moscou, une troisième notice dans laquelle il donne la description et a figure de dix-huit espèces qu’il regarde comme nouvelles, et parmi lesquelles nous remarquons plusieurs doubles emplois : X A ne Maria conus est le Glandiformis des auteurs; le Nassa pulchella paraît être la même que le Nassa asperula de Bastérot; les deux Fusus minutus et Cancellaria sont des Pleurotomes. Malheureusement les figures sont trop incorrectes pour pouvoir déterminer rigoureusement leur espèce. Le Pleurotoma suturalis est une variété du Tuberculosa de Bastérot. La coquille nommée par l’auteur Cerithium giganleum paraît être en effet cette espèce; mais vient-elle du même terrain que tous les autres fossiles mentionnés dans ces notices et l’ouvrage de M. de Montpéreux? Le Rissoa striata est la Melania cochlearella de Lamarck, appartiennent actuellement au genre Rissoa. Les
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Erycina macrodon et Apelina sont des coquilles très curieuses, mais elles ne dépendent pas du genre Erycine de Lamarck : ce sont des Corbules équivalves voisines du corbula porcina vivante. Quant à la Cytlierea Duboisii , nous croyons qu’elle est de la même espèce que la Cythe rea eiycinoides qui se trouve très abondamment aux environs de Bordeaux. D’après tout ce que nous venons d’exposer sur les ouvrages qui ont rapport aux terrains tertiaires delà Podolie et de la Wolhynie, nous pouvons conclure que ces terrains, par leurs fossiles, ont la plus grande analogie avec ceux de Tienne, de la Touraine, de la Gironde et de la Superga près Turin : ils doivent donc faire partie de notre seconde époque des terrains tertiaires.
Plusieurs ouvrages assez importans furent publiés pendant l’année i833. Nous citerons d’abord les nouveaux élémens de géographie et de statistique médicale de M. Isensée, ouvrage dans lequel l’auteur fait entrer la nature du terrain comme connaissance préliminaire indispensable pour apprécier la nature et la distribution des maladies. Cette idée, que l’on ne doit pas rejeter légèrement, conduit l’auteur à présenter un tableau de la distribution des terrains à la surface de la terre, une Flore et une Faune antédiluviennes. M. Isensée a disposé les corps organisés fossiles dans l’ordre de leur superposition. Nous présumons que l’auteur a fait parmi ceux qui sont connus un choix des espèces propres à caractériser les divers groupes de terrains, car nous ne comptons guère que quatorze à quinze cents espèces inscrites dans sa Faune , et certainement il y en a un plus graud nombre de bien constatées. Au reste, nous savons que le but de l’auteur n’était pas de faire un traité de géologie, et nous avons çité son ouvrage, non comme propre à faire faire des
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progrès à la science des fossiles , mais pour foire voir que cette science pouvait trouver une application indirecte, par ’ intermédiaire de la géologie, à quelques parties de l’art médical.
On connaissait depuis long-temps, d’une manière générale, la constitution géologique de la Belgique, mais on manquait de détails suffisans sur certains points : c’est ce qui détermina sans doute l’Académie royale de Bruxelles à proposer, pour sujet d’un prix, la description de la province de Liège, etc. M. Davreux obtint le prix pour un mémoire fort bien fait qui parut, en 1 833, sous le titre a Essai sur la constitution gêognostique delà province de Liège. Nous trouvons, à la fin de cet ouvrage, un tableau des corps organisés fossiles observés dans la province de Liège, et quelques planches consacrées à la représentation de plusieurs d’entre eux. Les coquilles fossiles sont rangées dans un ordre zoologique; elles ont une synonymie, si ce n’est complète, du moins exacte, et chaque espèce est rapportée à son terrain et à sa localité. Ce tableau pourra être d’un grand secours lorsque l’on voudra comparer les espèces fossiles des terrains anciens, soit avec ceux d’Angleterre, d’Irlande et d’Ecosse, soit avec ceux d’Amérique. Peut-être devrons-nous i’egrelter que M. Davreux n’ait pas donné un plus grand nombre de figures de fossiles du terrain carbonifère, pour rendre plus facile cette comparaison des terrains de la Belgique avec ceux que nous venons de citer.
Deux ouvrages très importans furent publiés en Angleterre, l’un commencé en i83o,par M. Lyell, et terminé en i833, sous le titre de Principes de géologie; l’autre parut à Londres en i 832, et M. Brochant de Villiers en a donné une traduction à Paris en 1 833 : c’est le Manuel de géologie de M. de la Bêche. Peut-être devrions-nous nous
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abstenir de parler de ces ouvrages exclusivement consacrés à l’étude de la géologie; nous les mentionnerons cependant brièvement, parce qu’ils ont emprunté à la zoologie des matériaux importans.
Peu d’ouvrages sont écrits avec autant de pureté, d’esprit et de savoir que celui de M. Lyell ; l’auteur fait à-la-fois preuve d’une grande érudition et d’une sagacité peu commune, tirant un très grand parti d’observations peu importantes en apparence. Cet ouvrage a obtenu en Europe le succès qu’il méritait si ‘bien, car à ses autres mérites, il faut ajouter celui de présenter en trois volumes la savante discussion de tout ce qui a quelque importance en géologie. M. Lyell aborde les questions de haute philosophie daus les sciences naturelles, et il les présente toujours avec une clarté, une précision qui en rend plus facile la discussion, c’est avec une grande supériorité, par exemple, qu’il traite des modifications, de l’apparition et de la succession des espèces, soit dans les animaux, soit dans les végétaux; leur distribution à la surface de la terre; qu’il considère l’espèce en elle-même pour en trouver une bonne définition, etc. ; c’est avec la même supériorité que M. Lyell traite des corps organisés fossiles par rapport à la géologie. Frappé des rapprochemens que nous avions obtenus par l’étude comparative des coquilles fossiles de divers bassins tertiaires, convaincu que ces résultats zoologiques avaient une grande valeur, ce savant nous engagea à établir des tableaux dont nous avions conçu le projet; nous entreprîmes ce travail avec d’autant plus d’activité et de plaisir, que M. Lyell voulut bien l’insérer tout entier à la fin du troisième volume de son ouvrage. Il voulait avoir la preuve de l’importance de l’étude bien faite de la zoologie appliquée à la géologie. Ces tableaux, consacrés à la comparaison des coquilles vivantes
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et des coquilles fossiles des terrains tertiaires de l’Europe, malgré quelques imperfections, furent acceptés par M. Lyell avec une trop flatteuse indulgence, et nous avons bien regretté dcn’avoir pu alors faire un travail semblable pour les terrains secondaires, mais nous n’avions pas alors les matériaux nécessaires. Depuis plusieurs années que ces tableaux ont été faits pour la première fois, nous n’avons cessé de recueillir les matériaux propres à les perfectionner, nous les donnerons à la fin de cet ouvrage, et nous en ajouterons d’autres pour les terrains secondaires.
M. de la Bêche, en publiant son manuel de géologie, avait un autre but que M. Lyell, et il y est parvenu. Il voulait rassembler dans le moindre espace possible tous les faits bien observés de la géologie positive, c’est-à-dire la description abrégée de chaque formation, et l’exposition des caractères les plus propres à les faire reconnaître. M. de la Bêche a compris que les corps organisés fossiles devaient jouer un grand rôle dans ces caractères distinctifs des terrains; aussi à la description de chacun d’eux sont ajoutées des listes des fossiles qu’ils renferment ; quoique faites sans critique, et qu’elles offrent un assez grand nombre d’erreurs et de doubles emplois, elles sont cependant fort utiles quand ce ne serait que pour habituer les géologues à connaître et à étudier un certain nombre de fossiles, et les engager dans leurs travaux à imiter par la suite un si sage exemple. Le savant géologue qui se chargea de traduire en français le livre de M. dé la Bêche, M. Brochant de Villier, fit des additions très importantes aux listes de fossiles; il pria quelques personnes versées dans l’étude de la paléonthologie, de lui indiquer des rectifications, et il y ajouta, à toutes les espèces, l’indication de l’ouvrage où existe la meilleure figure. Le texte de l’édition française,
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est supérieure sous ce rapport à celui de toutes les autres ; il donne le moyen facile aux géologues d’étudier, d’une manière convenable au moyen d’un petit nombre d’ouvrages, les fossiles propres à chaque formation.
Nous avons vu que les sa vans américains des États-Unis n’avaient négligé aucune recherche sur la zoologie du pays qu’ils habitent, et que déjà ils avaient doté la science d’un assez grand nombre de bons ouvrages, parmi lesquels nous en avons cités plusieurs spécialement consacrés à la conchyliologie. L’étude des corps organisés fossiles ne fut pas négligée, et nous trouvons dès 1824 un mémoire de M. Say, dans le tome iv du Journal des sciences naturelles de Philadelphie, dans lequel des coquilles fossiles des terrains tertiaires du Maryland sont figurées et décrites. Un fait très intéressant, et qui n’a point échappé, c’est que plusieurs des espèces ont une très grande analogie avec celles d’Italie; cependant en les examinant, en les comparant avec toute l’attention minutieuse convenable, on 's’aperçoit qu’il y a des différences suffisantes pour en distinguer le plus grand nombre.
Les recherches depuis cette époque ont été continuées avec persévérance. M. Morton a donné des renseignemens très iutéressans sur la craie, et M. Conrad a commencé en l 83 a, la publication d’un ouvrage ayant pour titre: Les Coquilles fossiles des formations tertiaires du nord de T Amérique. Dans une courte introduction consacrée à la géologie de ces terrains , M. Conrad les distingue en trois étages , l’étage inférieur a cela de très remarquable, qu’il contient un certain nombre d’espèces très voisines de celles de Paris , tandis que l’étage moyen renferme celles qui ont de la ressemblance avec les coquilles subapenaines. Le troisième étage est probablement une dépendance du sc-
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cond, et renferme, à l’e'tat fossile, les espèces qui vivent encore actuellement dans les mers de l’Amérique septentrionale.
M. Conrad a cru bien faire en suivant pour son ouvrage l’exemple de M. Say, c’est-à-dire qu’il ne lui a donné aucun plan; il décrit les espèces à mesure qu’elles se présentent, sur des pages détachées, ce qui permet de donner aux matériaux qu’il présentela classification méthodique dont chaque personne aura fait choix. Nous reprocherons à M. Conrad, comme à presque tous les zoologistes américains , de ne point donner de phrase caractéristique en latin à toutes les espèces, de manière à rendre utiles leurs ouvrages aux personnes peu versées dans l’étude des langues étrangères. Nous ne connaissons encore que les premières livraisons de l’ouvrage de M. Conrad, et l’intérêt qu’elles nous ont inspiré nous fait vivement desirer de le voir se terminer promptement. Parmi les espèces décrites, nous en remarquons quelquesunes, telles qu’une Crassatclle, une Yénéricarde, un Buccin, une Yolute, qui nous paraissent de simples variétés de celles des environs de Paris. Nous remarquons aussi, sous le nom de Pholadomye , une coquille très intéressante qui appartient, à ce que nous pensons, au genre Panopée.
Un ouvrage beaucoup plus complet sur les terrains tertiaires de l’Amérique septentrionale , a été publié à Philadelphie, en i833, par un zoologiste distingué, et dont nous avons eu occasion de citer d’autres travaux sur les coquilles d’eau douce. M. Lea a donné à son ouvrage le titre de Contributions a la géologie. Partant de celte idée juste, que l’étude des fossiles donne de précieux matériaux à la géologie, M. Lea décrit deux cent trente espèces dont quelques-unes, en petit nombre, appartiennent aux Polypiers et aux Annélides, et toutes les autres aux Mollusques.
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Ces derniers sont rangés dans l’ordre méthodique de Lamarck. M. Lea, comme nous le ferons remarquer, a intercalé plusieurs genres nouveaux dont nous allons successivement rendre compte. Nous avons déjà reproché aux ouvrages de MM. Say et Conrad, et à la plupart de ceux des zoologistes américains, un défaut qui pourra nuire à un travail aussi important que celui de M. Lea : la description des espèces 11’est point accompagnée d’une phrase latine, destinée à suppléer à la description pour les personnes qui ne comprennent pas la langue dans laquelle le reste du livre est écrit.
Sous le nom à' Egena déjà proposé autrefois par M. de Roissy, et depuis abandonné, M. Lea propose de réunir un certain nombre de petites coquilles bivalves. M. Lea n’ayant pas fait grandir la figure de coquilles fort petites, a rendu presque impossibles des observations sur la charnière, partie si importante, cependant, pour établir des rapports parmi les espèces fossiles. Malgré cela, il nous semble que ce nouveau genre n’était pas nécessaire , car nous voyons plusieurs espèces qui peuvent entrer dans le genre Vénus; quelques autres dans celui des Lucines et des Donaces. A la suite des Vénéricardes , M. Lea propose un petit genre Hjppagus pour une coquille très petite , qui a assez la forme que prennent certaines moules en vieillissant. N’ayant pas vu cette coquille en nature, nous ne pouvons encore porter sur ce genre notre opinion définitive. Un autre petit genre est formé pour une coquille orhiculaire, ayant une charnière très singulière, servant de passage entre les Nuculeset les Pétoncles; les dents de la charnière sont en ligne courbe et interrompues eu deux parties inégales par un petit cuilleron intérieur pour le ligament. Lorsque l’on vient à comparer ces caractères à ceux de*
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Nucules, on leur trouve si peu d’importance que l’on est porté à ne point admettre le' genre Myoparo qui a été établi pour la coquille qui les présente. Lamarck a placé parmi les Mélanies un certain nombre de coquilles turriculées à ouverture entière, ayant la forme et le port des Mélanies, mais qui, se trouvant ordinairement dans les terrains marins , paraissent avoir vécu dans la mer. Comme on ne connaît pas encore les animaux des espèces analogues qui vivent dans les mers actuelles, on n’avait jusqu’ici aucune raison pour croire qu’il était impossible qu’il y eût dans le genre Mélanie des espèces marines et d’eau douce comme on l’admet pour le genre des Nérites. M. Lea a cru nécessaire de faire pour des coquilles que, sans aucun doute , Lamarck aurait placé parmi les Mélanies un genre à part auquel il donne le nom de Pasilhea. 11 nous semble que ce genre n’était point nécessaire dans l’état actuel de le science. Il en est de même aussi des genres Planaria et Orbis , institués pour des coquilles qui, d’après les figures, nous offrent tous les caractères des Planorbes. Quant au genre Tuba , il nous paraît aussi peu nécessaire que les précédens, en ce que les coquilles qu’il renferme peuvent se placer dans le genre Littorine deM. deFérussac. Comme on le voit, de tous les genres proposés par M. Lea, à peine y en a-t-il un que l’on puisse conserver. Si ces observations prouvent qu’il est nécessaire de mettre une grande réserve dans la création de genres nouveaux, leur petit nombre et leur peu d’importance comparée à la grande utilité de l’ouvrage de M. Lea, lui laisse tout le mérite d’un grand nombre de faits bien observés , qui deviendront plus tard les documcns les plus utiles pour une géologie complète des terrains tertiaires de l’Amérique septentrionale.
Les géologues ont signalé dans le nord de l’Europe un
INTRODUCTION
terrain cl’alluvion répandu sur une large surface composée de sables, de graviers et de gallets plus ou moins gros. Il est parsemé quelquefois, avec abondance, de blocs erratiques que l’on retrouve assez loin dans le centre de l’Allemagne. L’étude des roches dont tous ces matériaux sont composés a fait reconnaître qu’ils viennent du nord de l’Europe. En presque totalité, ils proviennent des terrains primitifs; cependant on rencontre aussi des blocs ou des gallets ayant appartenu à des terrains anciens de sédiment, et c’est dans ces blocs observés avec soin , que M. Klodcn a trouvé des corps fossiles curieux sur lesquels il a publié à Berlin, en 1 834 ? un ouvrage intitulé : Recherches sur les fossiles de la Marche de Brandebourg (i 834)* Outre ce fait intéressant constaté par M. Kloden, ce savant a donné, dans le même ouvrage, le catalogue complet des corps organisés fossiles observés dans la Marche de Brandebourg. Nous ne croyons pas que la synonymie des espèces soit complète, mais du moins, à la citation de chacune d’elles, sont jointes des observations utiles , l'indication des localités , etc., de sorte que plus tard on pourra puiser dans cet ouvrage des documens intéressans sur la distribution des fossiles dans les diverses régions de l’Europe.
Nous terminerons ici cette histoire abrégée de la conchyliologie. Notre but a été, non de la rendre absolument complète, mais de mettre en relief les faits importans dont elle s’est successivement enrichie. Il était curieux d’observer sa marche si lente pendant tant de siècles, commençant enfin par des pas mal assurés, quelquefois rétrogrades, montrant des oscillations fréquentes avant que la main puissante de Linné lui ait donné cette impulsion ferme et assurée, au moyen de laquelle elle a fait en moins d’un siècle plus de progrès véritables que pendant tous les siècles pré-
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cédens. Nous en avons la profonde conviction, il est impossible actuellement que la science dévie beaucoup de la route rationnelle qu’elle a prise depuis le commencement de ce siècle, grâce surtout aux travaux immortels de plusieurs zoologistes français. Dans ces progrès généraux, nous comprenons aussi ceux moins rapides, il est vrai, de l’étude bien faite des corps organisés fossiles, étude qui enfin a pris depuis peu de temps un développement assez considérable pour lui assurer bientôt de grands et beaux résultats, soit pour servir de base à une science encore à faire , la biologie, soit pour l’histoire des grands phénomènes qui ont changé successivement la surface de la terre que nous habitons.
INTRODUCTION
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