‹ Traité élémentaire de conchyliologie (volume 3)Chapitre 36 sur 127 · GENRE VINGT- QUATRIÈME · texte numérisé non relu

GENRE VINGT- QUATRIÈME

THKACIE , Thracia (Leach),

PI. 9. fig. I à 6.

CARACTÈRES gènÈriques. — Animal ovale, manteau largement bordé, ayant les deux lobes réunis, si ce n est dans le tiers antérieur où existe une ouverture pour le passage du pied. Deux siphons courts , désunis , un peu en massue ; bouche ovalaire ; palpes labiales étroites , foliacées , désunies , le long du bord dorsal et lamelleuses en leur surface interne; branchies très grandes; une paire ventrale, tombant dans la cavité du manteau, une paire dorsale remontant vers le dos. Pied petit , comprimé, lancéolé.

Coquille ovale-oblongue, transverse, inéquivalve, la valve droite étant plus profonde que Tautre ; subéquilatérale, légèrement bâillante à ses extrémités; charnière ayant un cuilleron saillant en dedans, oblique, portant un double liganjent, Tun interne, puissant; l’autre externe , beaucoup plus petit. Dans la plupart des espèces , un osselet demi-annulaire, attaché par le ligament àT extrémité antérieure du cuilleron. Impression musculaire antérieure, grande, étroite, se continuant le long du bord; la postérieure subcirculaire , toutes deux réunies par ime impression palléale, dont la sinuosité postérieure est large et peu profonde.

SYNONYMIE GENERIQUE. — Chaîna^ Petiver. — Te/Z/wa^Pennant, PolijDelle Chiaje, Roemer, Goldfuss. — Mja^ Donovan, Mon-

SEPTIÈI'IE FAMILLE.

tagu, Matton et Rackett, Dorset, Wood, Dillwyn, Turton, De Gerville. — Rupicola, Fleurian de Bellevue? — Anatina^ Lainarck, Turton, Cantraine, Lyell , Scacchi , Philippi , Thorp. — Amphidesma , Lamarck, Fleming. — Thracia ^ Leach, Deshayes , De Blainville , Rang , Sowerby , Forbes , Catlow , Hanley, Scacchi, Lovën , Gould, Swainson, Reeve, etc. — Sanguinolaria^ Goldfuss. — Corimya [Pars] y Agassiz.

OBSERVATIONS. — La Synonymie générique qui précède prouve d’une manière incontestable que la plupart des conchyliologues n’ont pas reconnu les caractères du genre dont nous allons nous occuper. Cependant les coquilles qui en dépendent étaient bien connues, car Petiver en a déjà figuré une espèce dans son Gazophyllacimiy publié en 1764. Pennant, dans sa Zoologie britannique , signala une autre espèce appartenant au même genre, et il la rapporta au genre Tellina de Linné. En 1791, Poli en découvrait une troisième espèce dans les mers de Naples , et la faisait connaître d’une manière suflîsanle dans son grand ouvrage sur les Testaeês des deux Siciîes, Au commencement de ce siècle, dix ans après Poli, Donovan publiait sa Conchyliologie britannique , dans laquelle plusieurs espèces sont figurées et décrites; toutes sont rangées dans le genre Mya. Cette manière de les placer était certainement préférable , ces coquilles ayant en effet plus de rapports avec les Myes qu’avec Tes Tellines. Aussi l’opinion de Donovan fut acceptée de tous les zoologistes anglais, et pour s’en convaincre, il suffit de consulter les ouvrages des auteurs que nous avons signalés dans notre synonymie générique. La plupart d'entre eux conservèrent cette opinion jusqu’en 1828 , époque à laquelle M. Wood la reproduisit encore dans son Index testaceologicus.

Lîimarck, qui avait réformé d’une manière beiireuse le genre Mya de Linné , ne pouvait y introduire les coquilles dont nous nous occupons. Son genre Anatine, créé pour des c-oquillcs nouvelles, presque toutes inéquivalves, portant un ligament intérieur sur des cuillerons projetés horizontalement, a pu recevoir les Thracies avant que les caractères eussent été réformés par de nouvelles observations. I! est certain cependant qu’il ne se rendit pas un compte bien fidèle de la valeur des caractères de son genre, puisqu’après avoir compris une Thracie parmi les Anatines, il en range une autre dans son genre très indigeste des Amphidesmes. L’influence de l’opinion de Lamarck se fit bientôt ressentir. En Angleterre, d’abord, nous voyons M, Turton qui, peu de temps avant, mettait les Thracies parmi les Myes les admettre toutes, sans exception, dans le

LES OSTÉODESMES.

genre Anatine. Il aurait pu arriver par là une sorte de transformation, si M. Turton n’avait compris à côté des Thracies deux espèces qui ne leur appartiennent pas.

A cette époque, le genre Thracie était inconnu en Angleterre, quoiqu’il eût été créé par un zoologiste anglais. Leach, son auteur, l’avait préparé pour un ouvrage qu’il n’a jamais publié, la mort l’ayant sans doute empêché. Mais Leach avait envoyé à M. Brongniart un exemplaire du Mya pubescenSj étiqueté de sa main sous le nom de Thracia pubescens. Lorsqu’on 1824 nous faisions des recherches sur les Anatines de Lamarck, nous observâmes la coquille de Leach, et nous y reconnûmes les caractères d’un bon genre ce qui nous le Gt adopter. Communiqué à M. de Blainville, au moment où il préparait les travaux de son Traité de Malorcologie, le savant zoologiste l’adopta à son tour et le plaça entre les Anatines et les Myes, dans sa famille des Pylcridées. Nous avions également communiqué à M. de Blainville les observations, à la suite desquelles nous avons cru nécessaire de fonder la famille des Ostéodesmes , mais M. de Blainville se trompa lorsque , dans les corrections et additions, publiées avec le dernier fascicule de planches, il voulut rectiGer les caractères du genre Thracie, et introduire dans sa méthode notre genre Ostéodesme. Nous ferons remarquer d’ahord que M. de Blainville avait admis r^nct^î’na Mijalis^ qui est une véritable Thracie , comme type des Anatines de Lamarck. Dans les corrections et additions, il supprime cette espèce d’entre les Anatines, et il l’indique comme le type de notre genre Ostéodesme. Nous avions choisi à notre genre des types très différens : l’un, le Mya solemyalis de Lamarck, l’autre, \e.Mya Nonoegica. Le genre Ostéodesme de M. de Blainville, inscrit dans les additions et corrections, est donc un double emploi des Thracies , et les caractères qu’il donne de cet animal, doivent être rapportés à ce dernier genre. Nous fîmes cesser cette confusion par la publication de divers articles dans le Dictionnaire classique d’histoire naturelle et dans l'Encyclopédie méthodique. Depuis ce moment, le genre Thracie, fondé sur des caractères très précis, fut adopté de tous les conchyliologues, à l’exception cependant d’un très petit nombre, qui continuèrent à en confondre les espèces parmi les Anatines. Jusqu’ici nous n’avons cité aucun naturaliste qui ait décrit ou Gguré ranimai. M. de Blainville, le premier, en donna les caractères principaux dans son Traité de Malacologie. Quelques années après, M. Kiener, dans son Species général des coquilles vivanteSj publia la Bgure de l’animal de l’espèce de Thracie, que l’on trouve à Toulon ; et à peu près à la même époque M. Delle Chiajo , dans les planches encore sans texte, préparées pour la suite de ses Mémoires sur les Testacées des Mers de Naples, donna

la figure d’une autre espèce de la Méditerranée, figure malheureusement très insuffisante, puisque l’animal n’est même pas sorti de sa coquille.

Le genre Thracie no se trouve pas seulement à l’état vivant j on le connaît également à l’état fossile, dans les terrains tertiaires, comme dans divers étages des terrains secondaires. Ceux des Paléontologistes qui ont eu occasion de rencontrer des vestiges de ce genre, en ont confondu les espèces, tantôt avec les Tellines, ainsi que Pont fait MM. Roemer etGoIdfuss ; tantôt avec les Sanguinolaires, comme on peut le constater d’après les excellentes figures de l’ouvrage de M. Goldfuss. Enfin, U. Agassiz, dans ses Etudes critiques sur les Mollusques fossiles, en a confondu quelques espèces dans un genre auquel il a donné le nom de Co^imya, Nous avons sous les yeux quelques-unes des espèces de M. Agassiz, et nous y retrouvons les caractères des véritables Thracies. Ce qui aura induit en erreur le savant observateur , dont nous parlons , c’est qu’il aura comparé le moule en plâtre du Thracia corbuloïdes avec les Corimya qui ne sont plus connus que par des moules naturels, et cette comparaison ne lui aura pas permis de reconnaître l’identité des caractères, par une raison, que lui-même eut appréciée avec la plus grande facilité, s’il avait eu à sa disposition le moule de plusieurs espèces de Thracies. 11 aui-ait alors reconnu dans ce genre un phénomène curieux, par lequel on voit le ligament passer de l’intérieur à l’extérieur par une suite de modifications dans la série des espèces , et justement le Thracia corbuloïdes est de toutes les espèces connues , celle qui a les cuillerons les moins saillans , et dont le ligament est devenu presque extérieur , tandis que les moules de Corimya ont appartenu à des espèces dont le cuilleron était beaucoup plus saillant, comme dans le Thracia decîivis, par exemple. Àussi la comparaison faite entre les Corimya et l’espèce de Thracie que nous venons de rappeler, ne laisse aucun doute sur l’identité des caractères génériques, ce qui nous a déterminé depuis longtemps à transporter parmi les Thracies plusieurs des espèces de Corimya de M. Agassiz,

Les coquilles du genre Thracie se reconnaissent avec facilité, elles sont généralement oblongues , transverses , obtuses et arrondies du côté antérieur, largement tronquées du côté postérieur; elles sont presque équilatérales, et toutes, sans exception, sont inéquivalves. Mais l’inégalité des valves n’est pas la même cpie dans les Pandores , car c’est la valve droite qui est la plus grande, tandis que c’est la gauche dans les Pandores, comme nous l’avons constaté. Presque toutes les espèces sont bombées, les crochets sont protubérans , opposés , très rapprochés ; il arrive même assez souvent que celui de la valve droite est échancré pour recevoir cehii de la valve gauche. Le côté postérieur est circonscrit par un

LES OSTÉODESMES.

angle obtus, simulant le pli irrégulier des Tellines. La surface extérieure est ordinairement recouverte d’un épiderme brunâtre, dans lequel est retenue une assez grande quantité de matière argileuse, ce qui donne à la plupart des espèces do ce genre une couleur d’im gris terreux. Celte surface extérieure n’est point lisse, elle est toute chargée d’un nombre considérable de granulations que l’on peut comparer à celles des Anatines. Elles sont cependant beaucoup moins serrées et plus irr^lières. A l’intérieur, les valves no sont point nacrées , elles sont d’un blanc jaunâtre, terne, et malgré leur peu d’épaisseur , on peut , à cause de cela, distinguer plus facilement que dans les Anatines, les impressions du muscle et du manteau. Les bords sont simples, minces et tranchans; les valves réunies, les bords ne se joignent pas exactement sur toute la circonférence; un petit bâillement se montre sur toute la longueur du bord antérieur ; un autre existe dans la longueur du bord postérieur , et il est destiné à donner passage aux siphons. La charnière est très simple, elle consiste, sur chaque valve, en un cuillcron très obtus, peu saillant, qui s’avance dans l’intérieur des valves, et reçoit un ligament intérieur. Ce cuilleron se détache plus ou moins, selon les espèces; dans quelques-unes, il prend à peu près la forme de celui des Anatines , et dans d’autres, il a disparu presque entièrement , et il présente alors la forme do nymphes , un peu plus rentrées , qu’elles ne le sont habituellement. Entre ces deux points extrêmes peuvent se ranger toutes les modifications, propres à les rattacher l'imo à l’autre, ce qui prouve, comme nous le disions d’abord, que dans ce genre très naturel, on voit le ligament passer de l’intérieur à rextérieur de la charnière. Dans la plupart des espèces, une côte peu épaisse et obtuse, après avoir servi d’appui au cuilleron, vient s’évanouir vers la limite do l’impression du muscle postérieur des valves, et nous retrouvons ce caractère dans la plupart des espèces du genre Corimya de M. Agassiz, Indépendamment de ce ligament interne, porté dans l’intérieur des cuillerons, il y a encore un petit ligament externe très solidement attaché au fond d’un petit sillon, limitant en dehors le cuilleron interne. Enfin, dans plusieurs espèces , nous avons observé, attaché à l’extrémité antérieure du cuilleron, au moyen d’un appendice du ligament, un petit osselet, courbé en demi-anneau, et cylindrique dans sa coupe transverse. Dans les espèces on question, la présence de l’osselet so révèle par une petite impression spéciale, qui se montre dans l’intérieur des valves, et qui commence au point do contact do l’ossolèt avec les valves elles-mêmes. Mais ce caractère, ne se présentant pas dans les grandes espèces du genre, perd de sa valeur ; seulement il nous a guidé pour classer les Thracies dans notre famille des Ostéodesmes. Les impressions musculaires sont différentes

entre elles; l’antérieure est allongée, étroite, obtuse à son extrémité in-^ férieure ; elle est pointue à l’extrémité opposée, elle se courbe le long du bord antérieur, dont elle se rapproche, et elle descend jusque vers îe point, où le bord ventral se continue avec Tantérieur. Cette impression s’étend beaucoup moins vers le dos que dans la plupart des autres coquilles, et en cela, elle a de l’analogie avec celles du plus grand nombre des genres de la même famille. L’impression postérieure se trouve tout près du bord supérieur, vers Textrémité postérieure des valves. Elle est subcirculaire ou un peu semi-lunaire ; elle se prolonge un peu en un angle arrondi à son extrémité supérieure, et ce prolongement est dû à l’impression du muscle rétracteur postérieur du pied. Le muscle rétracteur antérieur étant très étroit, forme la pointe de l’impression du muscle adducteur antérieur. I^e manteau laisse à l’intérieur des valves une impression comparable à celle des Myes ou des Corbules ; elle commence à l’extrémité inférieure du muscle antérieur , se place parallèlement au bord ventral , et parvenue vers l’angle postérieur, elle s’infléchit en dedans en une sinuosité large et peu profonde, et se termine vers le milieu de l’impression, musculaire postérieure. L’échancrure palléale varie selon les espèces; à peine creusée dans le Thracia puhescens , elle est un peu plus profonde dans le Corbuloïdes; mais dans le Papyracea elle s’enfonce beaucoup plus dans l’intérieur des valves et s’avance jusque près de la hauteur de la charnière.

Toutes les espèces de Thracies n’ont pas les mêmes mœurs. Les unes s’enfoncent dans le sable ou la vase, les autres sont perforantes, comme le prouve la Tkracie rupicole, qui a servi de type au genre Rupicole de M. Fleuriau de BeUevue. Ace sujet, nous rappellerons que tout récemment un conchyliologue fort distingué , M. Recluz , dans une note publiée dans le Magasin de Zoologie, a revendiqué en faveur de M. Fleuriau de Bellevue, la priorité de la création du genre dont nous nous occupons. Malheureusement M. Recluz a découvert trop tard que le genre Rupicole do M. Fleuriau a identiquement les mêmes caractères que celui nommé Thracie plus tard par Leach. M. Fleuriau est le premier qui, en 4 803, ait publié de très bonnes observations sur les mollusques lithophages des environs de La Rochelle. Dans ce mémoire, l’auteur propose plusieurs genres, et un entre autres, qu’il nomme Rupicole, et dont les caractères, présentés malheureusement d’une manière incomplèle, s’accordent cependant avec ceux des Thracies; mais il faut savoir d’avance qu’il y a identité entre ces genres pour la reconnaître, La coquille perforante de M. Fleuriau , très rare, à ce qu’il paraît, a été connue de Lamarck, qui, d'abord, adopta le genre Rupicole, mais sans le. caractériser , dans l’extrait du cours. Plus tard, dans VHisloire d^s Animaux sans vertèbres , le genre Rupicole dis-

LES OSTÉODESMES.

parut, et la coquille de M. Fleuriau fut mentionnée parmi les Anatines, Placée dans ce genre, avec une phrase caractéristique très courte , sans synonymie, sans figure, il était impossible de deviner qu’elle dût appartenir au genre Thracie; aussi il fallut que M. Recluz eut occasion d’examiner cette coquille dans la collection de Lamarck, pour savoir à quel genre elle appartient. Mais, longtemps avant M. Recluz, nous avions restauré, pour ainsi dire, le genre de Leach , et dès 1825, nous lui avions acquis une véritable priorité. En effet, avant nous, les Rupicoles aussi bien que les Thracies, étaient complètement ignorées. On pouvait considérer ces genres comme n’existant pas , puisque ni Tun ni l’autre n’avaient été figurés et suffisamment caractérisés. Ayant le premier retrouvé le genre de Leach, l’ayant caractérisé de manière à le rendre reconnaissable à tous les zoologistes, c’est celui-là qui, dans notre opinion, doit rester dans la nomenclature, quoique, par le fait, il soit d’une création postérieure à celui de M. Fleuriau de Bellevue.

L’animal, dans son ensemble, conserve tous les caractères importans, qui distinguent les autres genres de notre famille des Ostéodesmes,

Le manteau, constitué comme dans tous les autres mollusques acéphalés dimyaires, a une cavité plus profonde pour recevoir, jusque dans la région dorsale, une portion très importante de l’organe respiratoire.

Deux siphons prolongent en arrière la partie postérieure du manteau. Ces organes subclaviformes , fort inégaux, sont disjoints dans toute leur longueur. Le siphon anal seul a son ouverture garnie d’un petit nombre de tentacules. Une troisième ouverture palléale, mais simple et sans saillie, existe au-dessous des siphons et s’ouvre dans la portion du manteau, correspondant à l’angle inférieur et postérieur de la coquille. Cette ouverture nous apparaît pour la première fois chez les mollusques acéphalés , et comme caractère zoologique, il s’ajoute à tous ceux qui font reconnaître le genre Thracie.

Les deux lobes du manteau, soudés dans presque toute la circonférénce; se détachent en avant et laissent une petite fente pour le passage du pied. On peut donc affirmer que dans le genre qui nous occupe , le manteau est percé de quatre ouvertures.

Les muscles adducteurs des valves sont très écartés; l’antérieur est ovale-aplati ; le postérieur est subcirculaire et très, rapproché du bord dorsal.

La masse viscérale est peu considérable, en proportion de la grandeur de la cavité de la coquille ; elle porte en avant un organe locomoteur d’un médiocre volume, aplati latéralement et en forme do langue triangulaire.

Essentiellement musculaire, le pied est creusé, à sa base, d’une cavité

SEPTIÈME FAfilILLE.

à parois assez minces, musculaires aussi , dans laquelle sont compris les principaux viscères. Le pied se meut au moyen de muscles rétracteurs ; un antérieur assez épais; un postérieur beaucoup plus mince. Tous deux se bifurquent on deux faisceaux égaux pour s’attacher à la coquille.

La bouche est en fente transverse , située entre la base du pied et le muscle antérieur. Les lèvres et les palpes dont elle est garnie, ressemblent beaucoup à celles des Lyonsies et des Anatines. Les palpes sont étroites , lancéolées, et libres dans presque tout leur contour.

Un œsophage assez long, étroit, commence à la bouche et sô termine à un estomac sphéroïdal, divisé en plusieurs poches par des crêtes saillantes à l’intérieur.

Le tube intestinal est assez allongé. Au sortir de l’estomac , il se contourne en un grand nombre de circonvohitions, au moyen desquelles il se porte d’arrière en avant, pour se recourber en sautoir autour de Testomac, gagner la région dorsale, traverser le péricarde, et enfin aboutir dans le siphon anal, après s’être recourbé sur la surface supérienre du muscle adducteur postérieur des valves.

Le foie, d’un volume assez considérable, enveloppe l’œsophagG , l’estomac et une portion notable de l’intestin. Dans son organisation intime, il est semblable à celui des mollusques, que nous avons déjà examinés, et il verse le produit de sa sécrétion dans l’estomac , au moyen de deux cryptes biliaires.

Les ovaires , peu considérables dans les individus que nous avons disséqués , étaient complètement vides, et nous ont offert un exemple de la structure fibreuse de leur enveloppe, Les ovidactes viennent s’ouvrir à une fente étroite , que l’on trouve au-dessous de la bratichie , de chaque côté de la crête que forme en arrière le muscle rétracteur postérieur du pied.

Les organes de la circulation ne diffèrent en rien d’essentiel de ceux des genres du môme groupe. Un ventricule aortique, symétrique, fusiforme, embrasse l’intestin et reçoit, de chaque côté, une petite oreillette triangulaire, aplatie. Ces organes sont contenus dans un péricarde d’une médiocre étendue , formé d’une duplicature du manteau. L’aorte antérieure entre dans la masse des viscères ; une aorte postérieure est destinée à se distribuer aux parties postérieures de l’animal.

Les organes branchiaux sont tout à fait semblables à ceux dos Lyonsies et des Anatines ; ils sont constitués par quatre feuillets ; deux descendant dans la cavité du manteau ; les deux autres remontant dans la région dorsale. Tous deux nettement séparés au dehors par un sillon assez profond, qui suit la ligne d’adhérence de ces organes.

Un organe dépurateur,-d’un aspect semblable à celui des Lyonsies,

LES OSTÉODESMES.

occupe un espace assez étendu, circonscrit par le péricarde, le muscle postérieur des valves et le muscle rétracteur du pied ; à parois épaisses , cet organe, creusé de deux cavités, est également divisé par un grand nombre de canaux irréguliers , au moyen desquels l’étendue des surfaces de sécrétion est considérablement augmentée.

Le système nerveux est semblable à celui des Lyonsies et de la plupart des autres mollusques acéphales dimyaires. Il est composé de quatre ganglions communiquant les uns avec les autres, au moyen de nerfs récurrens. Le ganglion branchial ou postérieur est le plus fort; on le voit à la surface du muscle adducteur postérieur des valves. Trois paires de nerfs en partent. La première se distribue aux siphons et aux muscles postérieurs du manteau; la seconde est branchiale; la troisième traverse la masse viscérale pour se rendre aux ganglious antérieurs. Ceux-ci, petits, cachés sous la lèvre supérieure, donnent naissance û une paire de nerfs antérieurs, destinés au muscle adducteur antérieur et au manteau. Quelques petits nerfs prennent naissance du môme ganglion , et se rendent aux lèvres et aux palpes. Enfin, deux nerfs considérables rentrent dans la masse viscérale et se terminent à un ganglion pédieux d’un médiocre Volume , de la circonférence duquel s’échappent , en divergeant , trois paires de branches nerveuses, qui so distribuent aux organes de la digestion, de la génération , et aux muscles du pied.

Quoique dans les Thracies, les siphons soient complètement isolés, on doit néanmoins rapprocher ce genre des Ânatines, chez lesquelles les siphons sont réunis dans toute leur longueur. Le caractère emprunté à la jonction et à la. disjonction des siphons, ne doit pas avoir ici une valeur absolue, et faire rejeter dans des familles différentes deux genres dont les rapports mutuels s’établissent, d’après l’ensemble do leur organisation.

En admettant la Rupicole de M. Fleuriau de Bellevue au nombre des Thracies , ce genre renfermerait dix-neuf espèces vivantes , appartenant aux mers d’Europe pour le plus grand nombre. Quelques-unes passent de rOcéan dans la Méditerranée.

Quelques espèces des mers de l’Amérique septentrionale ont été signalées par les naturalistes de ce pays ; enfin il en est doux qui vivent dans les mers tropicales, Tune au Sôtjégal, l’autre dans le golfe du Mexique’. Dans l’état actuel de nos connaissances , on peut dire que les Thracies sont propres aux mers tempérées de l’hémisphère septentrional.

Les espèces fossiles du genre Thracio sont assez nombreuses , elles se distribuent' dans les terrains tertiaires ainsi que dans les terrains secondaires. Les renseignemens que fournissent, à leur égard, les traités de

Paléontologie, tels que ceux de M. Pictet et de M. Geinitz sont très incomplets. M. Geinitz confond quelques espèces avec les Lyonsies, et ne mentionne au genre Thracie qu’une seule espèce vivante, pour servir d’exemple. M. Piclet cite dans la craie de TAIIemagne, les deux espèces décrites par M. Rœmer, et il ajoute quelques espèces tertiair es des terrains de la Sicile et de l’Italie, ainsi que du Crag d’Angleterre.

Dans sa Paléontologie françaisej M. d’Orbigny fait connaître une seule espèce de Tlu-acie du terrain crétacé. Mais ce naturaliste nous semble avoir mal compris les caractères du geyre Periploma de Schumacher.

Nous avons dit, en traitant de ce genre, que nous rapprocherions les Periplomes de M. d’Orbigny des Cochlodesmes de M. Coulhouy. Nous avons eu depuis occasion d’observer en nature l’une des espèces de M. d’Orbigny, et nous la rangerions de préférence parmi les Thracies; c’est le Periploma Robinaldina.

Les deux espèces figurées par M. F. A. Rœmer {Die Versieinerungen des Norddeutschen Kreidegebirges^ 2® liv.), quoique d’une manière peu satisfaisante, paraissent cependant appartenir au genre Thracie. Sous le nom de Tellina fncer/a, le même M. Rœmer, dans son ouvrage sur le Terrain oolitique^ a fait connaître une véritable Thracie, que nous avait montrée autrefois M. Vol iz, qui l’avait recueillie aux environs de Porrentruy. Une autre espèce Tellina corbuloides ^ provenant du Coral-rag, nous paraît aussi dépendre du genre Thracie. Il pourrait se faire que le Tellina rugosa fût aussi une Thracie. Mais nous conservons des doutes à son égard.

Presque toutes les espèces du genre Corimya, de M. Agassiz, sont de véritables Thracies ; il est fâcheux, en vérité, qu’un naturaliste, dont les travaux inspirent généralement une très grande confiance, commette des erreurs comme celle-ci, produise un genre nouveau, entièrement inutile, et jette ainsi de l’incertitude dans une science, qui ne peut être utile à la Géologie que par la détermination rigoureuse des genres et des especes.

M. Puschjdans sa Paléontologie polonaise, donne le nom d' Amphidesma securiforme y à une coquille qui n’est point de ce genre; elle se range aussi parmi les Thracies. Il en est de même pour deux espèces figurées par Sowerby , dans le Minerai conchologijj l’une sous le nom de Lulraria cariniferay l’autre sous celui de Mija depressa. M. Goldfuss, en reproduisant les deux espèces jurassiques de M. Rœmer, les conserve, à son exemple, parmi les TcUines; une troisième espèce' des Tellines de Goldfuss pourrailbicn aussi appartenir aux Thracies, c’est le Tellina lata; la forme générale est assez bien celle des Thracies, cependant nous conservons des doutes à son sujet.

Quant aux espèces des terrains tertiaires, nous en connaissons dans les

LES 05TÉ0DESMES.

trois étages; dans l'étage supérieur, nous avons signalé, en Moréo, lo Tlmicia pubescens; cette espèce se montre aussi en Sicile, mais là elle est accompagnée de deux .autres espèces qui vivent encore dans la Méditerranée, Thracia convexa et papijracea, M. Sismonda cite deux de ces espèces dans les terrains subapennins du Piémont, ce sont les Thraeîa pubescens et paprjracea. M. S. W. Wood , dans son catalogue des coquilles fossiles du crag d'Angleterre, inscrit trois espèces, et il constate que deux d’entre elles vivent encore dans les mers de l'Europe , ce sont les Thracia pubescens et conr^^n , celle dernière avec quelque doute à cause de la mutilation des échantillons. Nous connaissons une espèce dans les terrains moyens des environs de Bordeaux ; elle a son analogue vivant au Sénégal; elle a été décrite par nous sous le nom de Thracia plicata; enfin, dans les sables moyens de Damerie, nous avons trouvé autrefois une valve entière d’un Thracia^ qu’un accident a détruite avant qu’elle ne fût décrite et figurée ; mais ce fait constate le genre dans les terrains tertiaires inférieurs; il serait bien mieux établi encore , s’il est vrai, comme le croit M. Morris [Cat. des foss. de la Grande-Bretagne), que le Lutraria oblata de Sowerby (A/m. conch., pl, 534 , f. 3) est une véritable Thracie, car cette espèce se trouve à la fois dans le London -Clay et dans les argiles de Boom , d’après M. Nyst.

Nous comptons actuellement vingt-six espèces fossiles, parmi lesquelles nous en remarquons quatre qui, dans les terrains tertiaires, ont leurs analogues vivants, et déplus, dans ces derniers terrains, quatre espèces qui n'ont plus de représentants dans la nature actuelle. Sur ces quatre espèces , deux sont propres au terrain tertiaire supérieur de la Sicile ; M. Philippi les a fait connaître le premier ; la troisième a été figurée par MM. Sedwich etMurchisson dans leur beau mémoire sur les Alpes autrichiennes; ils lui ont donné le nom de Lutraria cmvexa. Comme il existait déjà un Thracia coiivexa, nous proposons pour cellç-ci le nom de Thracia i/wrc/u'ssonf, -voulant attacher le nom du savant géologue à cette espèce intéressante. La quatrième enfin provient des argiles de Londres , du terrain tertiaire inférieur, ainsi que nous l’avons déjà dit.

Sept espèces sont distribuées dans le terrain crétacé; sur ce nombre, ‘trois appartiennent au terrain néocomien.

Toutes les autres espèces, au nombre de quinze, se répartissent d’une manière assez égale dans les divers étages de la grande série des terrains jurassiques.

Trois espèces se trouvent dans le Portland.

Une dans le Kimmeridge.

Quatre dans io jurassique moyen.

Trois dans roolile inférieure.

Deux passent de l’oolitedans le lias supérieur.

Deux enfin sont propres au lias.

Si, à la suite de ce dénombrement des Thracies, nous en faisons le total,- nous trouverons quarante-cinq espèces dans un genre où l’on on comptait à peine quelques-unes, il y a peu d’années. Yingt-six espèces sont fossiles.

Nous pouvons signaler à l’atlenlion des géologues les espèces suivantes :

^ . Thracia pubescens. Vivante dans les mers de l’Europe.

Fossile dans les terrains tertiaires supérieurs du Piémont , de la Sicile, de la Morée, dans le crag anglais, ainsique dans les terrains récents de la Norwége, à üdewalla.

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