DOMINIQUE AVANZO ET COMPAGNIE
Éditeur* de* Parallèle* de Durand, du Cours de Coostrnction de Bgaïuin , eto., RUE DE L'UMIVERBITÉ.
L’aeciutectcre est un art qnt exige plus de raisonnement que d’inspiration , plus de connaissances positives que de verve. Son but essentiel est de remplir avec économie et convenance toutes les conditions demandées par la nature et l'emploi d'un édifice quelconque. L’analogie intime qu’on a voulu établir entre cet art et les arts d’imitation , tels que la Peinture et la Sculpture, est entièrement dénuée de justesse; en effet, tandis que celui-ci recherche principalement l’utilité, les autres se bornent à plaire à la vue et 5 charmer agréablement l’entendement. Les moyens qu'emploie l'Architccturc se déduisent spécialement des sciences physico-mathématiques ; ceux dont la Peinture et la Sculpture font usage dépendent de l'imitation fidèle et ingénieuse des plus belles productions de la nature.
Cette analogie trompeuse, que la plupart des auteurs ont adoptée, a ralenti les progrès de l’art en éloignant les jeunes architectes de la route véritable qu'ils devraient suivre dans le cours de leurs études. Elle leur persuade d'abord que l’objet principal de l'Architecture est de produire des sensations agréables parla combinaison élégante et pittoresque des masses, par le choix des plus belles formes, par la variété et le bon goût des ornements. Elle tend ainsi à former des décorateurs plutôt que des architectes; à subordonner les accessoires aux conditions essentielles ; en un mot, elle sacrifie les fruits aux fleurs.
Il est sans doute désirable que les édifices , quelle que soit leur espèce , plaisent à la vue; mais avant tout ils doivent satisfaire la raison, et celle-ci exige que l'ensemble et toutes les parties remplissent parfaitement les convenances qui dérivent , soit de la destination particulière de chaque édifice , soit des considérations de solidité et d’économie qu’il n’est permis en aucun cas de négliger.
Ce serait une erreur de croire que l'on s’expose à produire des œuvres dépourvues de grâce, d'élégance et d'éclat, si l’on subordonne entièrement le choix des formes, des rapports cl des dimensions au but essentiel de l’édifice. Il en est des productions de l’Architecture comme de celles de la belle nature. Le souverain Maître de l'univers, par une disposition admirable de sa haute sagesse, a établi que, dans les êtres organisés, les parties qui remplissent le mieux leur destination spéciale, soient aussi celles qui plaisent davantage à la vue. De même , l’observation raisonnée des monuments les plus célèbres nous prouve que leurs degrés relatif; de beauté dépendent essentiellement des rapports plus ou moins exacts que les propositions , la disposition et la conformation ont avec l'usage du monument et de chacune de scs parties. L'observation démontre également que si les parties les plus parfaites d'un monument célèbre sont reproduites avec inconvenance dans une autre construction , elles cesseront de plaire et exciteront au contraire une sensation désagréable.
Les jeunes architectes doivent se persuader que parmi les divers membres d’Architerlurc que le bon goût a adoptés , Il n’en est aucun qui n'ait un objet d'utilité spéciale. On pourra se convaincre de cette vérité par leur analyse raisonnée et spécialement par celle des ordres. On reconnaîtra que le prototype de chacun de ces membres se rapporte à leur destination primitive, et qu'ils sont d'autant plus satisfaisants qu’ils en remplissent plus exactement les convenances.
II importe donc essentiellement de se former une idée juste et précise, soit de celle destination, soit du prototype qui en dérive; cette connaissance s'acquiert par l'étude approfondie de la partie technique de l'art.
On doit observer que l'Architecture présente deux branches bien distinctes , le dessin
et la partie technique , et que t’unc et l’autre sont nécessaires pour former un artiste accompli. Le dessin lui donnera la faculté de représenter avec exactitude et clarté scs propres conceptions. S’il s'exerce à tracer soigneusement et assidûment les plus beaux modèles de l’Architecture antique et moderne, il parviendra à imprimer fortement dans son entendement les formes et les proportions les plus belles et les plus harmonieuses. Mais ce ne sera qu'après que l’étude de la partie technique aura fécondé et éclairé l'imagination que celle-ci pourra donner naissance à des conceptions épurées capables de satisfaire le gortt et la raison.
L’exposition méthodique et abrégée de la partie technique de l'Architecture forme l’objet spécial de cet ouvrage. Il est divisé en quatre livres, dont le premier traite du choix et de la préparation des matériaux; le second examine isolément les parties élémentaires qui composent les édifices: le troisième expose les mélhodcs-praliqucs d'effectuer les constructions dont le plan est fixé; le dernier se réfère à la distribution des diverses espèces d’édifices.
Le premier livre comprend quatre chapitres. L'examen des marbres, des pierres dures cl des pierres tendres forme l’objet du premier chapitre , dans lequel sont exposées leurs qualités bonnes ou mauvaises; les degrés relatifs de force, de dureté et d'inaltérabilité dont chaque espèce est douée; et enfin des considérations sur le sciage, la taille, le polissage et la mise en œuvre. Le second chapitre contient des notions élémentaires sur la fabrication, l’emploi et les qualités des briques; sur la confection des mortiers, du béton et des pierres factices; on y trouve un exposé des recherches et des expériences précieuses faites par M. Vicat.
Ce qui est relatif aux diverses espèces de bois , considérés comme éléments de construction , forme le sujet du troisième chapitre. Ainsi que pour les autres séries de matériaux, nous avons détaillé les bonnes et les mauvaises qualités relatives des principales espèces, les résistances dont elles sont susceptibles dans les divers sens, les préparations qu’elles doivent éprouver avant d'étre mises en œuvre , les principes fondamentaux qui doivent présider à la composition des divers systèmes d’assemblage.
Le quatrième chapitre traite des métaux et spécialement du cuivre et du fer; on y trouve une indication des expériences les plus accréditées sur la force du fer, cl spécialement de celles faites par M. Doleau, qui ont obtenu l’assentiment spécial de l’Académie et du Conseil des Ponts et Chaussées.
Après avoir discuté ce qui est relatif aux matériaux , il est convenable d’étudier les meilleurs moyen de les employer avec économie et convenance pour la formation des parties élémentaires qui composent les édifices : c’est l’objet du second livre. L’examen des murs doit naturellement précéder celui des deux autres parties ; dans le premier chapitre, nous les avons considérés sous les deux rapports de la qualité des matériaux qui les composent, et de leur emploi spécial comme parties constitutives des édifices. Sous le premier point de vue, nous les avons classés: 1“ en murs de pierre de taille; 2* en murs de moellons; 5“ en murs de briques; 4" en murs bâtis par encaissement. Pour chacun de ces genres, nous avons mis en parallèle les méthodes antiques avec les modernes, et trop souvent nous avons été obligé de faire remarquer l’infériorité de ces dernières.
Les murs, envisagés sous le rapport de l’emploi, se groupent en quatre séries : 1" les murs de clôture, qui n’ont aucune charge à supporter que celle de leur propre masse ; 2" les murs de terrasse, qui doivent résister à la poussée des terres ou des fluides; 5“ les murs principaux des édifices, c’est-à-dire ceux qui en forment le pourtour et qui soutiennent plus particulièrement les planchers et les voûtes; 4" les murs qui établissent les divisions secondaires dans l’intérieur des édifices : nous avons exposé les principes
pour déterminer les dimensions et les formes qui leur conviennent dans les cas divers. Le chapitre est terminé par des considérations sur l'origine et l'emploi des ordres d’Architecture, et sur la confection des enduits.
Le second chapitre traite des voûtes. On y trouve la classification des voûtes en quatre genres : 1" simples , ?■ composées , 3* incomplètes , d" irrégulières ; la désignation des qualités caractéristiques des principales espèces qui se réfèrent à ccs quatre genres; le mode de construire les voûtes en pierres de taille , en moellons , en briques , en poteries creuses et en béton ; la comparaison des méthodes antiques et modernes; la théorie de la poussée des voûtes; les propriétés distinctives des voûtes à berceau, des voûtes à arête, des voûtes à arcs de cloître, des voûtes plates, des voûtes postiches; et nous avons ajouté des considérations sur les avantages et les inconvénients de chacune d'elles.
Nous avons réuni dans le chapitre troisième ce qui se rapporte aux planchers et aux combles; après avoir indiqué le mode de disposer la charpente des planchers, nous avons décrit les pavés en maçonnerie employés par les anciens, ceux analogues dont on fait usage en Italie, et enfin les parquets et le carrelage usités en France. A l'égard des combles, nous avons examiné séparément la charpente et la couverture; nous avons fait remarquer que les pentes doivent être régulières et analogues au climat; qu’un toit peut être soutenu par des fermes ou en charpente, ou en planches, ou en fer, ou bien par une voûte en briques; que la couverture est ou métallique ou en dalles à la manière antique, ou bien en tuiles, ou enfin en ardoises; que les écoulements doivent être dirigés et recueillis avec soin par des chenaux ou des gouttières munis de tuyaux, afin de déposer l'eau pluviale soit dans des égouts, soit dans des citernes.
Le chapitre suivant traite des cavités que l'on pratique dans les massifs de maçonnerie, soit pour diminuer, autant que possible, leur masse sans que la solidité en souffre, soit pour permettre l’introduction de la lumière , soit pour favoriser les communications, soit enfin pour livrer passage aux tuyaux des cheminées ou aux tuyaux des latrines.
Il ne suffit point qu’un architecte sache choisir les matériaux convenables, et déterminer la forme et les dimensions les plus appropriées aux ]>arties constitutives d'un édifice quelconque; il faut aussi qu'il soit en état de diriger avec économie et précision l'exécution des constructions projetées. Les méthodes pratiques qui se rapportent à l’érection des édifices forment l'objet du troisième livre.
Le premier chapitre contient un précis des opérations qui doivent précéder l'érection d’un édifice; tels sont la formation des dessins, des devis, des estimations, des modèles, des épures; les approvisionnements des matériaux, leur transport sur le chantier, le déblai et le remblai.
Le second chapitre traite des fondations dans les diverses espèces de terrains et des moyens de consolider ceux qui n'offrent point assez de fermeté. On examine dans ce chapitre ce qui est relatif aux pilotis etaux machines pour les enfoncer. On compare les divers modes d'épuisements; on décrit les méthodes de construire les fondations dans l’eau, soit à l'aide d’un batardeau, soit à l’aide des caissons, soit enfin par enrochement.
La construction des murs et des voûtes forme l’objet du troisième chapitre; il contient des notions sur la taille des pierres, sur le hardage, sur le montage on levage des matériaux, sur les machines qui facilitent ces diverses opérations, sur les échafaudages, sur le cintrcmcnt et le décintrement des voûtes, et enfin il est terminé par des considérations générales sur la conduite des travaux de maçonnerie.
Le quatrième livre, plus étendu que les autres, forme à lui seul la seconde partie de cet ouvrage. Il contient les principes pour la distribution des édifices. Tous les artistes conviennent que la distribution doit être guidée par le goût et par les convenances; mais tous ne s’accordent point dans la définition de l'expression Ion goût , ni dans
celle des convenances; nous avons essayé dans le premier chapitre de donner à cet égard les notions les plus simples et les plus exactes. Bon goût, suivant nous, n'indique autre chose que discernement et finesse de jugement; ce qui suppose que l'homme qui en est doué a de la pénétration, des idées claires, précises, bien ordonnées, et beaucoup de connaissances acquises. Nous distinguons deux espèces de convenances, les générales et les particulières. La solidité, l'économie cl la régularité sont les bases fondamentales des convenances générales. Les convenances particulières dépendent de la destination que doit avoir un édifice déterminé et de l’emplacement qu'il doit occuper ; pour pouvoir les connaître et les apprécier, il faut soumettre à un examen particulier les divers genres d'édifices. Nous les avons classés en sept genres, et nous avons consacré un chapitre à chacun de ces genres.
Les habitations forment le premier genre, dont celles de ville et de campagne, les maisons bourgeoises, les hôtels et les palais, sont les espèces. Dans le premier chapitre, après avoir exposé les conditions fondamentales auxquelles doivent satisfaire les habitations dans leur ensemble et dans leurs parties, nous avons ajouté 1a traduction des préceptes que Vitruve et Palladio nous ont transmis sur ce sujet.
Les édifices deslinésaux amusements publics formcntle second genre. Les anciens nous en ont laissé des modèles d’une magnificence extraordinaire. Les cirques, les amphithéâtres, les théâtres romains, ont été l'objet de nos recherches. Nous yavons ajouté des notion» fur les théâtres modernes, sur les salles de danse, de concert et sur les vauxhals.
Le troisième genre contient les édifices consacrés à l’instruction publique. Vitruve nous a fourni la description des palestres et des xystes que les Grecs avaient érigés ponr servir à l’instruction morale et gymnastique. Les collèges, les universités, les écoles de beaux-arts, les musées, les bibliothèques et les galeries de toute espèce, ont été tour à tour l’objet de notre examen.
Dans le quatrième genre se trouvent les édifices qui servent aux réunions publiques. Nous avons d'abord consulté Vitruve pour bien connaître les places publiques, les basiliques et les curies antiques; puis nous avons examiné avec attention les ruines du Forum romain et la disposition des édifices admirables qui enrichissaient son enceinte. Nous nous sommes ensuite occupé des places modernes de diverses espèces, des bourses, des tribunaux, des hôlels-dc-ville et des salles pour les chambres législatives.
Nous avons placé dans le cinquième genre les marchés, les abattoirs, les entrepôts, les greniers d'abondance, les conduites d’eau et les fontaines, les bains, les hôpitaux, les hospices, les casernes, les prisons, et enfin tous les édifices consacrés soit aux approvisionnements, soit à la salubrité, soit à la sûreté publiques.
Le sixième genre renferme les monuments destinés à conserver la mémoire des hommes et des choses mémorables. Nous les avons distingués en deux espèces principales : l’une comprend ceux qui n’intéressent que des individus ou des familles ; tels sont la plupart des monuments funèbres : l’autre renferme les monuments nationaux, c’est-à-dire les statues, les colonnes honoraires, les ares de triomphe, etc.
Le dernier genre contient les monuments consacrés au culte.
Dans la description et l'examen de tous ces édifices, nous avons dû nous borner aux indications qui nous ont paru les plus intéressantes ou les plus utiles. Ce livre ne présente point l'exposition complète des détails qui se rapportent à tous les édifices, mais seulement la revue abrégée de leurs qualités distinctives, accompagnée d'exemples choisis des monuments les plus accrédités. Nous avons cherché à éviter la prolixité superflue, sans nuire à la clarté des développements nécessaires.