‹ Traité élémentaire de diagnostic, de pronostic, d'indications thérapeutiques, ou cours de médecine clinique [electronic resource] (volume 2)Chapitre 33 sur 39 · II · texte numérisé non relu

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'la connaissance de la valeur de l'argent; le sentiment des besoins physiques ; le désir, la faculté de connaître des aliments, des actions pour s'en saisir ; le penchant au vol ; la ruse , l'astuce même pour parvenir à s'approprier ce qu'ils convoitent; le désir de l'union des sexes, témoigné dans les femmes, parleur joie en voyant des hommes et par des airs de coquetterie ; la passion aveugle et brutale del'onanisme; le sentiment du froid, du chaud, l'envie de s'y soustraire ; d'autres fois l'insensibilité complète à ces excitants extérieurs et aux besoins "organiques les plus impérieux, au point qu'on est obligé de leur mettre les aliments dans la bouche, de les faire boire , de les coucher , de les vêtir ; quelquefois la curiosité pour certains objets , le sentiment des sons , l'expression des désirs par des cris, des gestes, etc.; dans quelques uns même des accès de violence et de fureur qui peuvent avoir des suites funestes; enfin la faculté de reconnaître les personnes qui les soignent, de s'y attacher; mais plus généralement une indifférence, une apathie absolue, tels sont les principaux traits qui caractérisent l'idiotisme.

Les fonctions intellectuelles et sensoriales ne sont pas seulement lésées; les mouvements sont fréquemment affectés. Il n'est pas rare que les idiots soient paralytiques dans la moitié du corps, ou seulement d'un des membres pelviens ou thoraciques ; ces membres sont en général contournés, atrophiés.

Les idiots sont ordinairement de petite stature ; leur crâne est généralement mal conformé, petit, étroit, alongé, aplati , irrégulier. Toutes les fonctions organiques s'exécutent avec beaucoup d'énergie.

L'anatomie pathologique fait découvrir des altérations variées et très propres à expliquer les désordres fonctionnels que nous venons de signaler. Les os du crâne sont épaissis , l'encéphale est d'une petitesse remarquable; ses circonvolutions sont minces , peu profondes ; on trouve fréquemment la destruction d'un lobule entier ; la partie détruite forme une dépression digitale lorsque les parois se sont rapprochées ; d'autres fois elle est remplacée par tm kyste contenant de la sérosité ; ces altérations coïncident avec la paralysie et l'atrophié des membres. On rencontre aussi l'endurcissement de la substance blanche ; des traces de méningites , d'encéphalites , etc.

Les aliénés sont sujets à une espèce de paralysie, sur laquelle M. DelayCj autrefois élève de la Salpêtrière, aujourd'hui professeur de médecine à Toulouse, médecin rempli des principes de la médecine organique, a fixé l'attention des observateurs^ M.Calmeil, jeune médecin aussi très distingué, sorti de la même école, vient de publier un ouvrage intéressant sur le même sujet. Cette espèce de paralysie, qu'il désigne sous le nom de paralysie générale des aliénés, et qui, suivant lui, reconnaît pour cause matérielle une phlegmasie chronique développée âu

pourtour du cerveau , est très fréquente dans les grands établissements où l'on soigne les fous. Cette maladie lui semble propre aux aliénés ; elle fait moins de victimes parmi les femmes que parmi les hommes. Ordinairement , la langue se prend la première , la prononciation est embarrassée. Le plus souvent , lorsque les mouvements de la langue sont difficiles, ceux des jambes commencent à perdre de leur énergie et de leur étendue; les sujets marchent, mais la progression n'est pas assurée. Jusque là, la paralysie respecte les membres thoraciques ; la sensibilité n'est pas encore lésée. Plus tard ( et il faut , terme moyen , treize mois pour que la maladie prenne tout son accroissement), les malades ne peuvent plus se tenir debout ; ils sont condamnés à végéter sur un fauteuil, jusqu'à ce que les eschares gangréneuses qui se forment sur les régions soumises à une pression habituelle , et les désordres qui se manifestent, soit dans les poumons, soit sur la muqueuse gastro-intestinale , viennent précipiter la fin de leur malheureuse existence. La prononciation ne s'entend plus à ce degré de la paralysie générale ; les bras agissent encore, mais leur action est très restreinte ; l'intelligence est abolie ; la tête s'incline sur la poitrine , tout le système musculaire est affaibli ; l'urine et les matières fécales coulent à l'iusa du sujet ou s'accumulent dans leurâ réservoirs. La santé générale ne se de-

range que dans les derniers mois de la vie ; l'appétit se conserve , la langue a sa coloration naturelle ; la peau n'est pas chaude, le pouls n'est pas fréquent.On ne croirait pas, si on ne l'avait vu, qu'il existe dans le cerveau un désordre aussi profond.

Presque toujours, la quantité de sérosité accumulée dans la grande cavité de l'arachnoïde s'élève à six onces, sept onces, huit onces. Les ventricules sont distendus par un liquide analogue ; les villosités de leur membrane sont rouges et gonflées.

Il existe entre la pie-mère et le feuillet cérébral de l'arachnoïde un œdème , qui fait paraître le pourtour du cerveau gélatineux , et on croirait , si on n'y regardait de près, que la méningine et la méningette sont épaissies.

- La pie-mère- refuse d'abandonner les circonvolutions cérébrales ; en s'enlevant , elle emporte avec elle une couche de substance grise , qui est épaisse d'une demi-ligne ou même d'une ligne. La pulpe adhérente à la pie-mère est 7noUasse , de couleur violette.

Les circonvolutions, coupées peu profondément avec le bistouri, offrent dans leur substance grise une coloration lilas, lie de vin ; le plus souvent. la substance blanche est saine. Quelquefois les petits tubes capillaires qui la traversent sont injectés , maïs l'injection n'est pas combinée avec la pulpe. Il n'y a jamais de lésions locales ; s'il yen a, on a pu prévoir leur existence en étudiant les symptômes.

Hypochondrie.

Cette maladie singulière se présente sous une multitude d'aspects qui varient chez tous les individus, et qu'il est certainement bien impossible de décrire, à plus forte raison de définir. Les symptômes les plus bizarres , les plus incohérents, et souvent en apparence les plus graves, existent avec un état satisfaisant, quelquefois même florissant de santé, sans aucun danger pour les jours des malades. Cette affection doit avoir son siège dans la région du cerveau qui préside à la sensibilité générale , comme l'épilepsie dans celle du mouvement, et la folie dans celle de l'intelligence. En effet les symptômes de cette affection sont presque tous primitivement des altérations de la sensibilité ; et lorsque les sens de l'intelligence ou les mouvements participent à la maladie, c'est en quelque sorte par sympathie ou par contiguïté. Les premiers phénomènes sont des aberrations de sensibilité, des douleurs variables dans tous les organes de l'économie, et par suite le trouble de leurs fonctions. M. Georgeta réuni l'immense série des modifications fonctionnelles qu'ils peuvent présenter, il est presque inutile de prévenir que les hypoclîondriaques n'éprouvent pas tous ces symptômes , mais seulement un certain nombre et tour à tour ; car ils se succèdent avec une singulière mobilité. Voici quelques uns de ces sym-

ptômes propres à donner une idée de cette maladie. Douleurs de tête violentes, étendues, circonscrites, iixes , uaobiîes , continues, intermittentes, comparées par les malades à des pincements, des déchirements , des brûlures , des tenaillements , des perforations, etc.; sensations de battements, de bouillement, de frémissements, de bruits, de détonations , de sifflements , de chants , de musique, de voix. La tête est quelquefois rouge et chaude. Le sommeil est léger, peu réparateur, interrompu > par des réveils fréquents et subits, tourmenté par des rêves sinistres. Les sens sont très sensibles à. leurs excitants naturels ; le bruit , la lumière , les odeurs sont souvent intolérables; les variations atmosphériques, le froid, le chaud, l'état électrique de l'air , leur font éprouver des sensations pénibles ; quelquefois il existe de véritables anomahes de perception ; les odeurs fétides leur sont agréables , les mets peu savoureux pleins de déli-. ces; ils éprouvent des éblouissements , des étincelles, des vertiges, des tintements d'oreilles, etc.: Leur intelligence est ordinairement libre et saine , souvent très développée ; mais ils ne peuvent supporter le travail, une attention soutenue les fatigue. Ils se plaignent d'avoir les idées confuses , rapides , variées , sans liaison , sans qu'ils puissent les coercer par la volonté ; la mémoire les abandonne ; ils se disent sujets à des absences complètes , à des faiblesses, des défaillances, des crises. Mais ce

qu'il y a de plus remarquable c'est leur moral. Ils sont habituellement tristes , chagrins , grondeurs , et passent avec la plus grande facilité de cet état à une joie immodérée ; ils sont sujets à des accès de gaieté bruyante ; ils sont ombrageux, peureux, défiants, faibles, irascibles, d'un commerce difficile, fatigants pour tout ce qui les entoure, inconstants dans leurs affections, s'attachant et se détachant pour la moindre cause ; mais surtout d'un égoïsme extraordinaire; rapportant tout à eux; ne s'intcressant qu'à ce qui a rapport à leur utilité personnelle ; ne donnant leur affection qu'à proportion qu'ils en attendent quelque avantage pour eux, et principalement pour leur santé, qui les occupe par-dessus tout. Ils s'imaginent toujours être à la porte du trépas, ou du moins sur le point d'avoir quelque maladie incurable ; ils affectent un grand mépris pour la vie, mais toute leur conduite prouve qu'ils y tiennent beaucoup ; ils parlent de leurs maux avec complaisance, et les exagèrent beaucoup; ils accueillent tous les avis, tous les conseils, lisent avidement les livres de médecine, se croient affectés de toutes les maladies dont ils Toient la description ; ils changent souvent de médecins, trompés qu'ils sont toujours dans leur espoir.

Mais les phénomènes qu'ils éprouvent dans tous les systèmes et appareils de la vie organique sont encore plus singuliers, et surtout plus nombreux, plus variés. Spasme, resserrement de l'œsophage,

soif vive ou nulle, appétit extraordinaire ou nul , digestion rapide ou d'une lenteur extrême ; désir des aliments les plus indigestes, les plus contraires à leur état, faculté de les digérer promptement ; bizarreries dans cette faculté telles que les substances qui réussissent aujourd'hui , ne réussissent pas demain ; constipation habituelle , quelquefois dévoiement; fèces très fétides, hémorrhoïdes ; urine abondante, claire, limpide, ou trouble et rare, etc. ; miction douloureuse; douleurs variées, atroces dans l'estomac, les intestins; vents par haut, par bas, fétides ou inodores; borborygmes, etc.; respiration gênée, suffocation imminente, crampes, resserrements, griffes de fer qui compriment les poumons ; impossibilité de supporter les vêtements, les couvertures ; battements fréquents et violents du cœur; pouls fréquent, quelquefois inégal, irréguîier, lent ; sueurs partielles, ou générales; peau sèche, aride, froide,. écailleuse, souvent couverte d'éruptions variées; douleurs des membres, des articulations, crampes, fourmillements., insensibilité, immobilité, tremblement, convulsions, paralysie locale, passagère; d'ailleurs physionomie mobile, passant rapidement de l'expression de la joie à la tristesse, de la souffrance à l'apparence d'une santé parfaite ; voix souvent faible et éteinte, reprenant rapidement de la force lorsque ces malades éprouvent quelque satisfaction , etc. Cette maladie est ordinairement très longue.

L'anatomie pathologique n'a rien appris encore de satisfaisant sur l'hypochondrie , les altérations variées qu'on a trouvées chez ces malades ne pouvant être considérées comme la cause des accidents variés qu'ils ont éprouvés pendant leur vie. Ces altérations, en effet, peuvent être simplement concomitantes, coïncidentes, elles peuvent être développées par des causes qui ont agi depuis l'hypochondrie; elles peuvent exister sans produire cette maladie , et celle-ci sans leur donner naissance. Kous le répétons, nous croyons que c'est dans l'organe de la sensibilité générale principalement qu'on devra trouver la modification orga* nique de l'hypochondrie.

Hydrophobie, rage.

La rage çe développe quelquefois spontanément, ce qui n'empêche pas jque sa cause la plus ordinaire ne soit la morsure d'un animal enragé. Elle est l'effet d'une cause spécifique, d'un virus, d'un venin, comme divers empoisonnements , et comme les maladies contagieuses en général. Nous la séparons des empoisonnements pour la ranger parmi les névroses , parcequ'elle affecte principalement le système nerveux. Après un temps variable d'incubation , c'est-à-dire après trente , quarante jours, plus ou moins, à dater de la morsure de l'animai enragé , apparaissent les premiers symptômes de l'hydrophobie. La plaie résultant de cette mor-

sure s'était cicatrisée, au bout de quelques jours, comme une plaie simple; mais, au moment où l'hydrophobie se déclare, la cicatrice devient douloureuse, se boursoufle et se rouvre, ce qui cependant n'arrive pas toujours. En même temps la tête devient pesante, douloureuse; l'insomnie se déclare, ou bien le sommeil est agité par des rêves sinistres; la figure s'anime, le regard devient vif, l'œil brillant ; l'inquiétude et la terreur s'emparent du malade , qui se rappelle avec effroi la circonstance delà morsure qu'il a reçue; l'idée de la rage vient l'épouvanter; son humeur change; il est sombre et taciturne ; il fuit la société , recherche la solitude, qu'il abandonne bientôt. Après ces premiers symptômes , la vue d'un liquide ou d'un corps brillant, la seule agitation de l'air , excit:ent un frissonnement général et involontaire. Si, contraint par la soif, il veut approcher de sa bouche un vase rempli d'eau , il le repousse par un mouvement convulsif , avant qu'il ait touché ses lèvres. Je fus appelé auprès d'un jeune homme de vingt -cinq ans qui avait été mordu quarante-cinq jours auparavant par un chien enragé. Je le trouvai debout, l'œil ouvert, l'air stupide, immobile, la face colorée; je lui fis prendre un verre d'eau, qu'il saisit en tremblant; je lui ordonnai de le boire. Aussitôt, sans proférer une parole, mais avec une expression d'aversion très prononcée, il porta le verre à sa bouche, et le

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rendit sur-le-champ avant d'avoir goûté le liquide; je lui ordonnai de nouveau, d'une manière plus impérieuse encore, de boire le liquide que le vase contenait ; il reprit le verre avec une expression terrible d'horreur, il le regarda fixement, le vida, et rejeta le liquide, par un mouvement convulsif, au milieu de l'appartement : un spasme, une conslriction involontaire du pharynx, avait opposé une résistance invincible à la déglutition. Le délire s'empara bientôt de ce malade, qui mourut dans la nuit, deux jours après l'apparition des premiers accidents.

Les malades éprouvent un sentiment d'ardeur et de constriction à la gorge, avec impossibilité d'avaler les liquides, qui leur inspirent une véritable horreur, et dont la vue provoque des convulsions. Il survient de véritables accès, caractérisés par un délire furieux, le désir de battre, de détruire , des cris , des vociférations , des hurlements, une agitation violente ; le visage est enflammé, le regard terrible , Tœil fixe et hagard ; des visions fantastiques poursuivent ces malheureux ; il est rare qu'ils sentent le désir irrésistible de mordre ; lorsqu'ils l'éprouvent, ils en avertissent, et demandent à être attachés avant que l'accès se renouvelle. Leur voix est rauque, altérée; la salivation abondante ; l'anxiété, la suffocation sont extrêmes; il existe des douleurs aiguës sur le trajet delà moelle épinière, et quelquefois un priapisme opimûtre.

Ces exacerbations sont provoquées, par la vue de l'eau, de la lumière, des corps polis, et souvent saps cause appréciable. Un calme non moins funeste , ou plutôt une fatigue profonde succède à cette agitation. Ces infortunés reconnaissent leurs emportements et s'en excusent; leur physionomie, alors pâle, abattue et craintive , exprime le désespoir et le sentiment d'une destruction prochaine. Ils recouvrent quelquefois la faculté d'avaler; mais bientôt les accès se rapprochent , finissent par devenir continus , et l'adynamie termine au bout de peu de jours cette scène de douleurs. Des vomissements continuels de matières brunes, le hoquet, le refroidissement des extrémités , la pâleur cadavérique delà face, etc. , précèdent la mort, qui arrive du premier au septième jour.

L'ouverture des corps a fait reconnaître l'inflammation du pharynx, des bronches , de la trachée, des méninges spino-cérébrales , et de la substance encéphalique ; mais toutes ces phlegmasies ne sont que des phénomènes secondaires ; la maladie gît dans l'altération générale de l'organisme par le virus lyssique.

La rage s/?ontenee présente à peu près les mêmes symptômes ; elle est dépourvue de la circonstance commémorativede la morsure d'un animal enragé, et n'offre pas de paroxysmes comme laprécédente. On a aussi admis une hydrophobie symptomatiquc.

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iSpllepsie.

Rien ne prouve plus l'utilité des connaissances d'anatomie pathologique que le vague qui règne dans l'histoire des maladies dont on ne connaît que les expressions fonctionnelles. Qu'est-ce que c'est que l'épilepsie , quelle est la modification organique qui la produit? est-elle une maladie différente de l'hystérie ; en quoi consiste cette différence ? Ces deux maladies ont-elles le même siège, ne sont-elles que des nuances de la même affection ? Les différences admises par les auteurs sont-elles bien fondées ? Telle est la série de questions qui se présentent à l'esprit lorsqu'on réfléchit sur le sujet qui nous occupe.

Tous les médecins se sont attachés à trouver des différences entre l'hystérie et l'épilepsie; ils ont jugé fort- important d'établir une distinction' entre un groupe de symptômes et un autre qui n'en varie que par un moindre degré de violence , parceque l'un des deux est moins susceptible de guérison que l'autre. C'est comme si l'on devait faire deux maladies différentes de deux pneumonies, parceque l'une doit guérir et l'autre se terminer par la mort.

A la vérité , lorsqu'on voit un grand nombre de malades atteints de convulsions , on peut distinguer les attaques d'épilepsie des attaques d'hystérie, on peut môme distinguer encore desimpies

étourdissements épileptiques ; il est aussi très vrai que des épileptiques n'ont jamais eu de symptômes hystériques , et que des hystériques ne deviennent jamais épileptiques: cependant l'on voit souvent l'hystérie se convertir en épilepsie, et des épilepsies présenter des phénomènes hystériques. En nous dirigeant par les données delà médecine organique , nous arrivons à. cette conclusion, que dans l'un comme dans l'autre cas c'est la partie de l'encéphale qui préside au mouvement qui est essentiellement malade ; que les autres parties de cet organe peuvent être' aussi affectées , et qu'elles le sont, sinon d'une manière différente , du moins à des degrés divers. Il serait facile de soutenir ces propositions par l'analyse et le rapprochement des symptômes. Au reste , voici quelles sont les modifications fonctionnelles propres à l'épilepsie : "

Des accès répétés de convulsions, avec perte complète de connaissance , injection de la face , distorsion et écume de la bouche. C'est en général au moment où le malade s'y attend le moins qu'il est frappé de l'attaque d'épilepsie ; dans quelques cas cette attaque s'annonce par des phénomènes précurseurs , et ces phénomènes sont des troubles des sens, de l'intelligence, de la myotilité. Chez un assez grand nombre l'accès est annoncé par un phénomène particulier extrêmement variable et singulier; c'est ordinairement ûn sentiment

de douleur, une chaleur vive, un froid piquant, un engourdissement, un chatouillement dans un point du corps, d'où il se répand dans tout l'organisme. Le malade jette un cri perçant, perd connaissance et tombe. Le tronc et les membres se roidissent , se contractent, s'agitent avec violence ; la face se gonfle , devient rouge et même violette ; les veines du cou et des tempes sont dilatées , la pupille contractée ou dilatée est immobile; les paupières sont fermées, ou entr'ouvertes ; le globe de l'œil roule dans l'orbite ; la bouche est distendue et écumeuse , les mâchoires sont serrées Tune contre l'autre; la tête fortement inclinée sur les côtés, en avant ou en arrière. L'état convulsif est quelquefois plus prononce d'un côté que de l'autre , le plus ordinairement il est le même des deux côtés. La poitrine est fixe, presque immobile , elle peut à peine se dilater pour permettre l'inspiration ; les battements du cœur sont forts et tumultueux; le malade , prenant un point d'appui sur sa tête et sur ses pieds , soulève le tronc et le laisse retomber avec force, en poussant des cris violents ; les bras se renversent en dedans ; les poings sont fermés , les pouces serrés dans les autres doigts; les dents claquent les unes contre les autres, et se rompent quelquefois; la langue est fréquemment blessée dans ces attaques , alors l'écume de la bouche est sanglante , etc. Au bout de quelques minutes cet appareil de symptômes cesse , pour recommencer

après une courte rémission ; plusieurs attaques successives se renouvellent ainsi , après quoi un sommeil stertoreux survient, et le malade s éveille sans conserver le moindre souvenir de ce qu'il vient d'éprouver , seulement il se trouve dans une grande fatigue, ses membres sont comme brisés; il conserve souvent dans l'intervalle des accès quelques dérangements cérébraux , souvent aussi sa santé est parfaite ; enfin , au bout d'un temps plus ou moins long, quelques heures, plusieurs jours, plusieurs mois, avec ou sans périodicité, l'accès se renouvelle. Les accès répétés finissent par entraîner la démence et une mort prématurée. Les épileptiques sont sujets aussi à des espèces d'étourdissements légers et fugaces ; ils perdent un instant connaissance, tournent la tête , les membres éprouvent quelques convulsions partielles , et se réveillent au bout de quelques instants , et cela au milieu d'une conversation.

Les travaux entrepris dans un but louable par divers auteurs, entre autres par MM. Boucliet et Cazauveilh, jeunes médecins de notre hospice, ont fait reconnaître une multitude de lésions, mais aucune ne nous paraît propre à l'épilepsie , dont la cause organique est sans doute aussi fugace que celle des mouvements physiologiques.

Hystérie.

L'hystérie , caractérisée aussi par des attaques de convulsions etune multitude d'autres phénomènes variables, ne m'a toujours paru qu'une variété de l'épilepsie : ces deux ipaladies affectent sans contredit la même portion de l'encéphale , celle qui préside aux mouvements. On trouve dans l'hystérie un grand nombre de symptômes que nous avons décrits dans l'hypochondrie : elle diffère principalement de cette dernière affection par les mouvements convulsifs , et de l'épilepsie , en ce que les convulsions i° sont excentriques ( signe douteux et peu important); 2° en ce que la face est beaucoup moins altérée , décomposée , signe sur lequel M. Landré-Beauvais a fort insisté , et qui véritablement est peut-être le plus certain ; 5° en ce que les malades entendent les questions qu'on leur adtesse, et ne perdent jamais complètement connaissance; 4° en ce qu'ils n'écument pas; 5° en ce qu'ils n'éprouvent pas de sommeil stertoreux; mais nous devons prévenir qu'aucune de ces différences n'existe constamment , et ne suffit , à notre avis , pour fonder la distinction des deux maladies. Quoi qu'il en soit , en général , après une série de phénomènes cérébraux des plus variables , tels que céphalalgie , agitation , insomnie , douteurs vives , crampes, contractions passagères des muscles , illusions des sens , rires immodérés , dys-

DES NÉVllOSES DITES GÉNÉRALES. 787

pnée , etc., les malades éprouvent vers l'hypogastre le sentiment d'une boule qui remonte vers l'épigastre, le comprime, s élève jusqu'au cou , où elle fait éprouver une strangulation, une suffocation insupportables. Le ventre est dur , tendu , rétracté , ou au contraire singulièrement ballonné, tuméfié ; la face est alternativement pâle et colorée, les membres chauds ou froids ; le pouls petit, quelquefois inégal, irrégulier; les battements du cœur sont cependant prononcés , ceux des artères temporales et carotides soîit en même temps très sensibles. Les malades tombent et entrent en convulsion ; elles poussent en général des cris singuliers, et perdent en apparence l'usage de leurs sens ; elles ne paraissent sensibles à aucun excitant ; mais , après l'accès, elles se souviennent de ce qui s'est passé, et font connaître qu'elles enten- ^ daient. Au reste , les mouvements convulsifs ressemblent beaucoup à ceux de l'épilepsie ; seulement , ainsi que nous l'avons dit, la face est moins altérée , la bouche moins tordue , moins écumeuse ; les mouvements ont lieu de dedans en dehors ; les mains sont ouvertes , etc. Il existe une constriction violente au larynx et à la poitrine; le diaphragme paraît immobile ; l'abdomen est agité de contractions ondulatoires. Les malades se frappent, se déchirent, s'arrachent les cheveux , etc. ; après quoi elles reprennent leurs sens d'une manière insensible ou rapide ; elles versent souvent

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des larmes abondantes, ou sont prises de rires immodérés : il ne survient pas de sommeil stertoreux. Après l'accès il reste un brisement douloureux des membres , et une multitude d'accidents cérébraux. La durée totale de cette maladie est illimitée ; celle de ses accès n'est pas plus déterminée : elle est susceptible de guérison.

Catalepsie.

La catalepsie est caractérisée par la perte plus ou moins complète de connaissance , avec contraction tonique et permanente des muscles, ce qui donne au malade la faculté singulière de conserver, pendant toute la durée de l'attaque, la position qu'il avait au moment où il en a été saisi , et de garder celle qu'on lui imprime, quelque pénible qu'elle soit.

Ces phénomènes caractéristiques , ainsi qu'on le pense bien , offrent des différences notables chez les divers individus. L'invasion de l'attaque de catalepsie est quelquefois brusque, instantanée ; elle se déclare aussitôt après l'application d'une cause morale violente; d'autres fois elle est lente, et survient après des lassitudes-, des pandiculations , desbâillements , de la céphalalgie , de la pesanteur de tête, de.l'insomnie ou delà somnolence, des crampes, des mouvements convulsifs, de la tristesse , etc. Dans l'un et l'autre cas , le malade perd connaissance; s'il parlait, il interrompt tout-à-

coup sa conversation ; il cesse d'entendre, de voir, de sentir les odeurs , les saveurs et les impressions du tact. Ses yeux sont convulsés en haut. En même temps le corps est dans une raideur telle qu'on ne peut pas le mouvoir , ou si l'on parvient à changer les membres de position, ils conservent celle qu'on leur imprime. Dans quelques cas , la perte de connaissance n'est pas complète, le malade entend , flaire , voit , etc. , sans pouvoir rendre compte de ses sensations ; en même temps les membres ne sont pas aussi contractés que dans les cas précédents ; ils peuvent être fléchis avec assez de facilité, et les malades les laissent retomber graduellement et avec lenteur lorsqu'on les a soulevés. Dans quelques attaques, la figure est animée , la peau chaude , les artères temporales battent avec force , le pouls est fréquent et développé, la respiration grande ou accélérée; dans d'autres, la peau est pâle , froide ; le pouls et la respiration sont presque insensibles. En général les malades n'entendent aucune des questions qu'on leur adresse; néanmoins. si, pendant qu'on leur parle, on touche quelque partie , de leur corps , il peut arriver qu'ils vous entendent et qu'ils vous répondent, ainsi que l'a constaté plusieurs fois le docteur Pétetin ; mais ce fait mérite d'être examiné de nouveau. Après l'attaque, qui peut durer seulement quelques heures, ou quelques jours , le malade ne conserve aucun souvenir de ce qui s'est

passé pendant sa durée : on a vu des malades achever la phrase qu'ils avaient commencée au moment de l'accès ; en un mot , les cataleptiques sont souvent somnambules. La santé revient complètement après l'accès , ou bien il reste quelques accidents qui attestent un embarras dans le cerveau : ces accidents ressemblent à ceux du prodrome. Il est rare que la maladie se termine par la mort. J'ai observé une fois cette terminaison chez, une femme cataleptique qui avait une pneumonie. La catalepsie se reproduit par accès plus ou moins éloignés ; les accès reviennent au bout de deux , trois, quatre, cinq, six ou sept jours, après plusieurs mois, et n'ont rien de fixe et de déterminé.

Je n'ai rien trouvé dans le cerveau , non plus que les observateurs qui ont fait des recherches à ce sujet ; mais je n'en suis pas moins convaincu qu'il faut qu'il existe une lésion organique quelconque.

^.La catalepsie pourrait être confondue avec la mort apparente, lorsqu'elle est accompagnée de pâleur , d'insensibihté du pouls , de froideur à la peau ; la contracture pourrait , dans ce cas , être prise pour de la raideur cadavérique; mais on évitera facilement cette erreur en examinant avec soin l'état du pouls, qui n'est jamais complètement suspendu, non plus que la respiration ; en se rappelant les causes qui ont agi sur le malade , l'état de santé antécédent , la marche de la maladie , et,

en définitive, en attendant un certain temps, l'absence des signes de décomposition. L'asphyxie et la syncope ont des signes propres qui n'ont qu'un rapport très éloigné à ceux de la catalepsie.

Chorée, danse de Saint- Weith, de Saint-Guy.

Cette maladie bizarre consiste dans des mouvements automatiques, singuliers, involontaires, incoercibles, d'un ou plusieurs membres, qui font que le malade ne peut saisir les objets , les approcher de sa bouche, ou aller vers un but par une ligne droite ou par une suite de mouvements réréguliers. C'esttoujours par une succession de contractions dont les unes , volontaires, tendent à l'approcher du but, et les autres, involontaires, tendent à l'en éloigner, qu'il parvient à l'atteindre. Les muscles de la face et du cou sont fréquemment frappés de cette espèce de convulsions : alors le malade secoue la tête en sens divers ; les muscles des joues se contractent et se relâchent alternativement, quelquefois d'un seul côté, et souvent des deux côtés à la fois, ce qui produit les grimaces les plus extraordinaires ; la main se tourne en supination, les doigts se fléchissent et s'ouvrent, s'écartent alternativement ; la jambe se lève , et fléchit, s'étend tout au rebours de la volonté , et les orteils présentent les mêmes contractions que les doigts de la main; si l'on fait marcher le malade en le soutenant , il est agité de toutes sortes de mouve-

ments. Oette maladie peut durer quelques jours, plusieurs mois, toute la vie ; elle n'entraîne pas la mort.

J'ai vu succomber récemment une femme de cinquante ans , quidepuis son enfance était affectée de chorée de tout le côté gauche du corps; ses membres étaient même atrophiés. Je m'attendais à trouver une atrophie d'une portion du lobe droit du cerveau ; il n'y avait rien , ou du moins , malgré toute mon attention , je ne vis rien ; ce qui n'empêche pas qu'il ne dût y avoir quelque chose.

On ne peut confondre la chorée avec aucune autre maladie.

Tétanos.

Le tétanos consiste dans unecontraction douloureuse et permanente des muscles ; elle commence par les masséters et les temporaux , qui maintiennent la mâchoire inférieure rapprochée de la supérieure. Les malades ont d'abord de la peine à ouvrir la bouche, ce qui devient ensuite totalement impossible par les efforts les plus violents(trismus); une salive filante sort de la bouche. Bientôt la contraction se communique aux autres muscles de la face , à ceux du cou ; la tête est renversée en arrière, en avant ou sur les côtés ; le tronc ne tarde pas à être saisi de la même rigidité, ainsi que les membres; l'individu ne semble alors composé que d'une seule pièce, toute flexion a disparu. Le tronc

alïecte diverses directions, suivant que la contraction est plus prononcée en avant, en arrière ou sur les côtés (emprosthotonos , opisthotonos, pleurosthotonos). Les artères temporales battent quelquefois avec force; la peau est de chaleur naturelle, le pouls est à l'état normal. D'autres fois la peau est chaude, acre, sèche, le pouls fréquent , plus ou moins développé; une sueur copieuse inonde lé corps; la respiration est anxieuse; la déglutition difficile, souvent impossible; la face est animée, ellf exprime la crainte, la douleur, le désespoir; les souffrances du malade paraissent extrêmes; rarement il existe du délire. Cette affection extrêmement grave se termine en général parla mort, du premier au huitième jour. Quelquefois la guérison a lieu ; ce cas heureux s'observe dans les tétanos partiels et peu prononcés.

L'anatomie pathologique n'a rien encore fait connaître de constant et de positif sur cette maladie ; mais tout porte h croire que c'est principalement dans la portion spinale du système nerveux que réside l'altération pathologique, et que cette altération est de nature inflammatoire.

Les maladies nerveuses dont nous venons de tracer le tableau diffèrent trop entre elles pour qu'il soit nécessaire d'en faire le rapprochement; l'hystérie et l'épilepsie sont les seules qu'on puisse confondre , et cette erreur ne saurait être funeste ; ha autres n'ont pour ainsi dire rien de commun.

Telles sont les maladies dont nous voulions faire connaître les caractères distinetifs. Nous nous sommes étendu davantage sur celles qui par leur fréquence et leur danger méritent plus d'être connues; nous avons passé rapidement sur celles qui sont plus rares ou moins dangereuses ; enfin nous en avons volontairement omis quelques unes dont la connaissance est très peu importante, ou que nous regardons comme de simples symptômes d'autres affeftions. Il nous reste maintenant à faire reconnaître quelle doit être l'issue des maladies, et à baser leur traitement sur des principes rationnels; c'est ce que nous tâcherons de faire dans le volume suivant.

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