CHAPITRE XLIX
Description de la Turquie d'Europe.
Nous diviserons la Turquie d'Europe en deux gratMies régions physiques : celle du nord et celle du midi ; la pemière occupant les versans septentrionaux des AIpesDiiuriques et de la chaîne du Balkan, ou de l'antique ^amm, les pentes des Carpathes et les bords du Danube; lase^ conde comprenant les versans du Tchar-Dagh , TaDcia Scardus et du Balkan, inclinés vers le grand golfe de r Archipel et la mer Noire, et ceux qui, formés par le Grammes et le Metzovo, font partie de la chaîne poétique da Pinde, et s'inclinent vers le golfe Adriatique.
Les Âlpes dinariques donnent naissance à plusieurs li* vières, dont les principales sont la Drina, qui s'éconle dacs la Save, et la Morawa, qui porte ses eaux au Danube. Cest du mont Tchardagh que descend, jusqu'au golfe de Salonique, le Vardar, XAxius des anciens, et du Despoto-Dagii, ou du Bhodope, que sort la Maritza, ou VHebrus, qui eih tre dans l'Archipel par le golfe d'Enos. Mais les coon d'eau les plus considérables naissent dans les Carpathe» . ce sont l'Aluta, qui traverse la Yalachie du nord au sod: le Sereth, qui coule dans tpute la longueur de la Moi* davie, et le Prouth, qui sépare cette province torque de U Russie.
Nous avons, dans l'introduction à l'Europe , indiqué le» climats et la végétation qui caractérisent les principaks parties de ces contrées soumises au Croissant 9 leur constitution géologique, beaucoup moins connue que celle do reste de l'Europe, est analogue à celle que nous avons de|à remarquée dans les régions où se ramifient les Alpes et les Carpathes. Dans les montagnes de la Bosnie et de la Ser-
vie y dominent lés plus anciens calcaires à dëbris organiques ^ et quelques grès formes postérieurement : ces calcaires sont riches en filons métalliques; les vallées de ces mêmes provinces sont remplies de roches appartenant aux derniers dépôts de sédiment pierreux. Ces dépôts et quelques bancs de sel gemme couvrent les plaines de la Valachie et de la Moldavie : les collines de cette dernière et surtout celles de la Bulgarie, sont formées de gi*ès, de la même époque que les terrains des environs de Paris; mais en s*élevantvers les Carpathes, on retrouve les formations que ces montagnes nous ont montrées en Hongrie. Le versant septentrional du Balcan se compose des calcaires anciens qui dominent en Bosnie , et le versant opposé montre les roches schisteuses qui les supportent, et qui, près du Bosphore, se terminent par des calcaires coquilliers anciens, et par un dépôt volcanique antérieur à la formation du canal, puisqu'il se continue en Asie. Les rameaux du Tchar-Dagh présentent, jusqu'à Salonique, les roches micacées, primitives des Alpes, des calcaires et des porphyres renfermant des métaux; enfin, les chaînes du Grammos et du Metzovo contiennent, outre ces roches, des marbres statuaires. Les richesses minérales que renferment ces formations si variées sont sans utilité pour le gouvernement turc, qui ne sent pas le parti qu'on en peut ^irer pour l'industrie.
La Moldavie, la plus septentrionale des provinces turques, ne manque pas de prairies et de forêts de chênes et de frênes, dont les fruits nourrissent une grande quantité de porcs. Ces forêts sont peuplées d'ours, de cerfs, de loups et de sangliers. Les rhevaux, généralement légers et vigoureux , sont l'objet de beaucoup de soins dans les haras des boyars. Les bêtes à cornes, les chèvres et les brebis en sont exportés en quantités considérables. Ce qu'il y a de fâcheux pour les propriétaires, c'est d'être contraints par la loi de vendre ^ux Turcs une partie de leurs bestiaux au prix fixé par le prince, qui, pour se rendre agréable au gouvernement, le hel aussi bas que possible.
g 6 a TRAITS ÉLéHEM TAIRE '
Dans tes limites actuelles de la Moldavie, nous aura» ^ ii remarquer sar la Sieva, Botouchanjr^ ville trèsK^omiDe* 'çante; et sur la Bislritea, Piatra, qui a des foires coosdurables, et NyamtZy dont le monastère conserve one imafe miraculeuse de la Vierge, en argent massif. Les viUeSydaii» cette province, sont mal bâties, et les bourgades se composent de maisons de bois et de boue , ayant des toits mverts aux vents, des fenêtres de papier, de mauvaises porto, et renfermant à peine les choses les plos indispensaUesa la vie. La capitale elle-même, Jassjr, sur 5,ooo maiso», en contenait à peine aoo bâties en pierres, avant FiDCtih die qui la dévasta en i82!k« Aujourd'hui elle offre encorr le plus triste aspect : an milieu des décombres, on ne tok que des habitations en bois construites k un senl ëlage dt» le goût oriental, rangées en rues mal alignées, dont le»! est couvert de bûches au lieu de pavés. De sales égoots, les bords fangeux Hu Bagloni, qui la traverse, en foutus séjour malsain. Le luxe des habttans ne se montre ni daos leurs équipages, ni dans leurs repas, il ne se manifeste (joe dans leurs véteraens«
Mieux bâtie que les autres villes de la province,GaJal:. un peu au-dessous du confluent du Sireth avec le Danube, est le centre du commerce de la Moldavie et de la Yahchie; son port est constamment rempli de navires.
Les Moldaves, robustes, bien faits, pleins d*adresse et d'intelligence, sont abrutis par Tivrognerie, la débauche c la paresse; les femmes, belles et aimables dans l'adolescence, portent dans Tétat de mariage les marques prématurées d'une vie de travail et d'esclavage; les gens de h classe supérieure, hospitaliers et exempts de vices grossiers, sont fins et rusés, durs envers leurs sujets, méfiacs, jaloux et vindicatifs. Indépendamment des Moldaves proprement dits, le pays renferme un grand nombre de familles valaques venues de la Transylvanie et de la Hongrie, qui diffèrent peu de mœurs et de dialectes, et quoi» désigne sous le nom SOungaraines.
Nous allons passer le Milkov, rivière qui sépare la Mo!-
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davie de la Valacbie. Si cette province jouissait d'une administration éclairée, elle pourrait facilement nourrir le double de sa population actuelle. A peine si la sixième partie de son sol est en culture, et cependant elle s'épuise en argent, eu céréales et en bestiaux, qu'elle est obligée de fournir à la Porte. Telle était du moins, avant le dernier traité conclu entre les Turcs et les Russes, l'état de sujétion de la Valachie, que le gouvernement ottoman vendait tous les sept ans le droit de la régir au plus offrant qui se présentait, et qui n'avait d'autre moyen de remplir ses en* gagemens pécuniaires, d'entretenir sa cour, et de garantir le pays des ravages des Turcs, qu'en accablant d'impôts ses infortunés sujets. Mais aujourd'hui que la Russie exerce sur cette province un patronage plus étendu que jamais, et que le prince qui la gouverne se voit délivré de la plupart des humiliantes entraves auxquelles il était soumis par la Porte, la Valachie, heureuse à l'abri des lois, donnera quelque essor à son industrie et à son commerce.
La province se divise en trois parties : l'occidentale, qui :>orte le nom de Petite-Falachie , où l'on voit Craîova^ olie ville, qui en est le chef-lieu; la centrale, ou la Valachie supérieure^ dans laquelle on remarque Kimpolung, autrefois importante par ses manufactures, et considérable encore par son commerce ; Ardjich, dont la belle église est le seul édifice qui rappelle qu'elle fut la résidence des princes de Valachie ; sur la rive droite de l'Aluta, Slatina, entourée de bons vignobles; et sur le bord du Danube, Giurgei^o, ville de guerre mal entretenue, mais commerçante. Dans la Valachie occidentale^ ou inférieure, Bou^ kharest, ville d'environ 80,000 âmes, est la capitale de la principauté, la résidence de l'hospodar. Les rues en sont arges et droites, mais garnies de madriers à la place de javés. Elle est le centre de l'industrie et du commerce de a contrée. Boukbarest brille par ses châteaux, ses églises, >es couvens, et par le luxe du prince et de sa cour, dont [es usages sont imités de la civilisation des Russes. Dans la liante société on parle le turc, le grec moderne, le russe.
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ritalien et le français; on semble prendre intérêt am ait» et aux sciences : aussi la ville renferme-t-elle une sociéL savante y une bibliothèque publique, un théâtre et de écoles.
Au nord de cette ville, qu*arrose la Dombovitzaile bourg de Kimpina doit son importance à des exploitations de bitume et à des mines de sel gemme, qui foomissess annuellement i5o,ooo quintaux de ce minéral.
Les quatre sandjaks de Silistri, Roustchouk , Wldio <c Sophia, qui s*étendent depuis le Danube j usqu à la chaioe (h Bsdkan, comprennent la plus grande partie de Tandaice province de Bulgarie, dont les habitans descendent de ces Tatars ou Tartares qui, occupant au iv^ siècle les bori; du Volga, aux environs de Kazan, vinrent s^établir entre le Don et le Bog, dans une contrée à laquelle ils donnèree: le nom de seconde Bulgarie. Depuis le vi« siècle oo là voit s*emparer des rivages de la mer Noire, étendre leon conquêtes jusqu'à THémus, former le royaume de la BJ^ garie noire, dont Pereîaslavlj dans le gouvernement de Poltava, fut la capitale; soumettre les Slaves, dont plus tard ils adoptent la langue, et pénétrer en Thrace, en Ma* cédoine, en Thessalie et même dans le duché de Béc^ vent* Au commencement du xi* siècle, Tempereur Basilell parvint à détruire cette agrégation formidable de peupU* des guerrières; mais en 1 185 les Valaques et les Bulgares, restés dans la Bulgarie noire, se soulevèrent de conccft. et fondèrent le royaume Falaçuo-Bulgare, tantôt vasd tantôt allié des Byzantins, et conquis par les Ottoma^^ dans la dernière moitié du xiv* siècle.
Adoucis par la vie agricole, les Bulgares sont aujourd'hui laborieux, pacifiques et hospitaliers; la plupart soi* vent le rit grec, et leur dialecte diffère peu da senrieo. leur pays, sujet h des froids vifs, jouit cependant d*ucf température générale assez douce pour admettre la eu!ture du blé, du vin, des fruits, du tabac et du mûrier; l^ marécages sont rares; de gras pâturages nourrissent d^ bétes à cornes et à laine, et des chevaux dont la chair sert
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raliment aux hordes taUres; les forêls sont peuplées de pins, de chênes, de hêtres, et les montagnes renferment m grand nombre de sources thermales.
Sophia, en bulgare Trtaditza^ est la ville principale de la Bulgarie, par son commerce et comme résidence du beylerbey de Romélie. Elle eist arrosée par l'Isker, peuplée d'environ 5o,ooo âmes, et le chcf-lieu d'un vaste ;andjak, qui s'étend jusque sur le revers méridional du Balkan. Tatar-Bazardjik^ au bord de la Maritza, fait un :ommerce actif; Filibé, ou Philîppopolùysur le même [leuve, dans une vallée garnie de riches vignobles, ren- Ferme vingt mosquées, plusieurs églises et des manufactures de tissus; JVissa, sur les limites de la Servie et de la Bulgarie, est protégée par un rempart, et possède un établissement d'eaux thermales très-renommées. C'est la pa* trie de Constantin le Grand. Telles sont les principales villes du sandjak de Sophia. Dans celui de Widin^ la capitale du même nom est la seule cité remarquable : c'est l'une des plus importantes forteresses de la Turquie* le Danube coule à ses pieds*
Les bords de ce fleuve nous conduisent à Nikopoh ou Nicopolis, grande ville qui, par son importance, dispute k Roustchouk le rang de chef-lieu de Sandjak. Cette dernière est située plus bas sur le Danube; son nom bulgare est Orostchouk. Elle est traversée par la grande route de Boukharest à Constantinople; on lui donne 3o,ooo habitans; son commerce et son industrie ont beaucoup d'activité : on y fabrique des draps, des mousselines et des maroquins. Timava, résidence des derniers rois bulgares^ est agréablement située près de la Stfethiwora, ou montagne sainte, couverte de forêts que d'antiques traditions ont rendues inviolables.
Choumla, ou Szumna, place de guerre bien peuplée, située sur une colline, dans une contrée couverte par les ramifications du Balkan ; Farna, avec un bon port sur la mer Noire, dépendent du sandjak de SiUstri. Cette ville, qui renferme, comme les précédentes^ environ 20,000 habî- I- 55
Uns, est bâtie au pied d*ane colline sur la rive droite da Danube. Elle est défendue par une muraille et par un petit fort. Ibraliilow, ou simplement Brahilo'w^ enclavée dans la Valachie, appartient au même sandjak. Elle fait un important commerce en blé.
Il nous reste encore , dans les possessions de la Turquie d'Europe deux impoilantes provinces à visiter : la Bosnie et la Servie. Cette dernière est séparée de la Bulgarie par le cours du Timok et une partie de celui de la Morava. La religion dominante du pays est le culte grec, quoique ré> glise servienne se soit donné un chef particulier. Leshabi* tans, d'origine slave et frères des Bosniaques, sont beaux et robustes; ils parlent un des dialectes slaves les plus pors et les plus doux ; leui^ cbants nationaux sont retnplis de grâce, de naïveté^de poésie; plus civilisés, plus industrieux que les Bosniens, ils sont aussi braves, et dignes de conserver les libertés et les franchises qu'ils ont conquises sur les Turcs, et que la Bussie a garanties. Ils recherchent Finstruction, et envoient leurs enfans étudier dans les universités russes* Leurs femmes, douées de charmes et de sensibilité, commencent à apprendre les arts agréables de TEuropé. Le sénat sei^ien gouverne d'après les lots nationales; îi administre la justice, la police et le cuke. Par suite du dernier traité conclu entre la Russie et la Porte, celle-ci ne peut plus lever sur le pays des impôts arbitrairement fixés par le visir; les Serviens sont seulement assnjétis à un tiîbut fixe, qui sous aucun prétexte ne pourra être augmenté ; l'inviolabilité des propriétés est désormais assurée. A Tabri de la protection russe, la Servie verra son commerce et son industrie prendre un nouvel essor, ses écoles s*organiser, ses institutions s'améliorer, et les bienfaits de la civilisation se répandre dans toutes les classes dliabitans.
Dans la basse Servie, Belgrade, dont la forteresse, entourée d'un double fossé, renferme constamment une garnison turque, est ordinairement le séjour d'un pacha et la résidence du prince souverain et d'un archevêque grec.
Elle est bâtie sur la pente d'une montagne, au confluent de la Save et du Danube. On. y compte plus de loo églises ou mosquées, un grand nombre de fabriques d'armes, de tapis et d'étoffes de soie, et une population de a5,ooo âmes. Elle est le principal entrepôt de commerce entre l-Allemagne et la Hongrie d'un côté, Constantinople et Salonique de l'autre. Semendria est la capitale de la nation ser* vienne, et le chef-lieu du plus considérable, des trois sand jaks serviens ; Sabacz et Sassan-Palanka, avec dea eaux thermales, sont des forteresses turques moins importantes que celle de NeurOno^a^ dans une île du Danube, enclavée dans le territoire valaque; au - dessous, de cette ville, près de Kladoi^ay sont les restes du fameux pont de Trajan.
Dans la moyenne Servie, Kruchovatz ou AladjcL-Hissar avec un château oîi plusieurs souverains de la Servie ont résidé, marque la position la plus centrale du pays. A. l'ouest est Ussitza^ ville commerçante, entourée d'im* mcnses vergers.
Arrosée par un grand nombre de rivières qui coulent vers la Save , la Bosnie est divisée en autant de vallées étroites dont le sol est riche et fertile, quoiqu'il paraisse devoir êtie employé avec plus diavantage à l'éducation des bestiaux qu'à la culture du blé. Les arbres fruitiers, principalement les pommiers et les poiriers, ne sont jamais taillés ni greffés et donnent pourtant d'excellens fruits. On ne fait du vin que sur le bord de la Drina; on y supplée iansla partie montagneuse par le slweuitza ou l'eau-de-vie le prunes; on tire aussi des poires un jus nommé pekmes, loux et épais comme du mieU Les Bosniaques cultivent t peu près tous nos légumes, et surtout les choux, dont ils e nourrissent presque uniquement pendant jl'faiver, après es avoir' fait fermenter. Les piîncip^les productions en '-rains sont le blé , le maïs et l'orge. On récolte peu d^roice^mais beaucoup de mtUet, qui, pour les approiviionnemens des forteresses, offre le grand avantage de se :onserver lrès»long-temps.
868 TRiJTÉ ÉL&MEKTAIRE
La Bosnie pourrait être trois oa quatre fois plus peop lei qu'elle ne l'est; les vallées seules sont cultivées; le reste cj terrain est occupé par des pâturages qui nourrisseol r grand nombre d'animaux , et par de magnifiques forf* que le défaut de communications rend inutiles : cepraiki plusieurs cours d*eau iropoilaus pourraient suppléer l^^ routes. L'Unna, qui sépare la Croatie autrichienne de : Croatie turque , n'est navigable que près de la Save,di-> laquelle elle se jette ; mais cette dernière rivière, qui 3. nord sépare rAutricbe de la Turquie, la Drina, qui limi:* la Bosnie à l'orient, la Bosna, qui la traverse et lui doorf son nom, la Verbaz, qui coule dans la partie ocGideDU>. peuvent dans la plus grande longueur de leur cours pjter des bateaux chargés de looo quintaux.
Sous une meilleure administration, les montagoes ce pays pourraient devenir une source importante de ichesses. Les Romains y exploitèrent des mines d'or; ^ moyeu âge les rois catholiques tiraient un grand pari de celles d'argent; il existe un ou deux gissemens de ma^ cure et de plomb; mais le fer seul est utilisé : son extiac tion occupe a,ooo ouvriers. Dans quelques vallées il exi^ des sources salées qui fournissent un sel très-blanc , mais ? i trop petite quantité pour suffire à la consommation du paj>
La Bosnie est comme hérissée de villes fortifiées, et is^ y compte en outre a4 forteresses et 19 châteaux forti restes du moyen âge. Bosna-Seral ou Seraîo, capitale J -H les murailles ont , dit-on , deux toises d'épaisseur, se cv-r pose d*un amas de jardins, de minarets, de maisons et -^ tours. Elle est aussi intéressante par ses fabriques d'ars? et d'orfèvrerie que par l'indépendance dont jouissent ^ habitans, qui ne soufîrent la présence du visir ou du pa j de la province que pendant une visite de trois jours !i Miliaska arrose sa partie basse ; cette ville doit sou ih 3 au sérail que Mahomet II y fit construire. Elle renferJ 80 mosquées, des églises grecques et catholiques» des r> 1 les, des bazars, et plus de 60,000 âmes. Trawnik, sur i Laschwa, au pied du mont Vladich, est défendue par 1^
DB GÉOCBi^PSIE. S6g
:itadeUe : c*est la demeure d'un pacha qui est ordinairenent changé tous les trois ans^ et qui, pendant la durée le sa puissance, se fait, h force d'exactions, un revenu de )Ius de 21,000,000. Jalizé ou yaîtea était l'ancienne résidence des rois catholiques de Bosnie. Dans la Croatie urque , Banialouka, grande ville de commerce aveo un :h/iteau, contient 1800 familles ttirques, juives et chréiennes. On y voit plusieurs restes de monumens romains. )ur la Save , Gradiska la Turque a été fortifiée par des ngénieurs français ; et dans le bassin de la Drina , Vische- ^radf oik l'on fabrique des armes blanches avec l'acier que .*on tire de ses mines, est munie d'un pont retranché; et Zwomik ou Isyomiky composée d'une ville basse, ancien faubourg, et d'une ville haute, dont il ne reste que renccinte déserte avec ses vieilles tours, est néanmoins capable de quelque résistance. Au pied des Alpes Dinariques, dans une contrée peu connue appelée la Rascie, leni^Bofzar ou No^^i'Bazar:, chef -lieu de sandjak, est une place forte assez bien bâtie : on voit à Tentrée de cette ville un édifice qui a servi de sépulture aux anciens roisde Servie, et qui est aujourd'hui transformé en couvent.
La Porte possède Fintérieur de l'ancienne Dalmatie , dont le littoral appartient à l'Autriche. La Dalmatie turque ou \ Herzégox^ine dépend de la Bosnie, dont elle constitue on sandjak. Son nom signifie en bosniaque et en turque duché (i). Jadis elle porta successivement le titre de royaume de Rama et celui de duché de Saint -Sala , du nom d*un évoque que les Turcs massacrèrent , et dont la tombe est en vénération dan$ le pays. Au fond de la vallée de la Miliaska, Douvno^ qui paratt être l'antique Delmi" nium^ est entourée de sources minérales. Ses bains attirent pendant l'été un grand nombre d'étrangers. Dans le bassin de la Narenla, Mostar, sur le bord de cette rivière, est dans la position la plus pittoresque : elle doit son nom à beau pont en marbre blanc*
(i) En botniaqae , hermegoinnaf en turc hêrtehek.
8^0 TRAITÉ ÉLÉMEKTMRE
•La Bosnie a été conquise par les Turcs en i4Boy après 1^ années de guerre ] avant cette .époque , elle était gouvernée par des rois vassaux de ceux de Hongrie. Mahomet II tua Etienne et s'empara de son royaume; mais les Bosniaques recouvrèrent momentanément leur indépendance f reconnurent pour souverain Nicolas, fils d'Etienne, et ce ne fut qu'en iSaa que Soliman II fit la conquête déiinitive de cette contrée.
La nation bosniaque^ quoique en majorité attachée au culte knusulman , est devenue forcément alliée vassale de Tempire' ottoman y et diSere des Turcs sous le rapport des mœurs , des idées et des intérêts. L'influence et le pouvoir qu'etercent les trente*six capitaines héréditaires , et dans les villes les ayans ou élus du peuple , Fusage de n'avoir qu'une seule épouse , la liberté et la considération dont jouissent les femmes , le langage même qui est un dialecte du servien , font regarder les Bosniaques par les Turcs comme des demi-infidèles qu'il faut surveiller et ménager. Ci^uels envers le sujet, impitoyables envers l'ennemi f mais à l'abri du raoinç des vices efi^éminés, de la corruption et de la vénalité ^ les Bosniaques musulmans regardent en pitié ceux du rit grec livrés à la superstition, ù l'ignorance et au despotisme de leur clergé. La position des villages du rit catholique et du rit grec marque encore lu fatale séparation de l'ancien royaume de Bosnie entre les deux églises d'Orient et d'Occident ; les deux clergés continuent à se lancer des anathémes.
Le canton de Monténégix) et les deux anciennes pro* vinces d'Albanie et de Romélie forment la région méii* dionale de la Turquie européenne. Occupons- nous d'abord du Monténégro. Ce petit>pays, bien que soumis aux Turcs, est indépendant. Ceux-ci le nomment JTara-JVi^, et les Albanais MaUIsL II .comprefixi une disaine de petites viUes ou de villages, commandés chacun par un knez^ et divisés en quatre najus sous l'obéissance de qualie sardars ou capitaines. Un conseil composé des knez et dessardars, etquféKrunt>/ae9?tA^a ou chef suprême, forme
DC GÉOGIlAPUriî. 87 I
le gouvernement. La capitale est Cettigne, sur la rive gauche d*une petite rivière^ affluent du Bicocernovich , à 7 lieues à Test du golfe de Cattaro : un petit couvent fortifié est la resideiKe du vladîka.
Les montagnes du MontënëgFO dépendent des Alpes Dinariques ^ leurs babitans parlent un dialecte servien , et professent la religion grecque. Vindicatif , sanguinaires^ superstitieux, chez eux tout citoyen est guerrier, depuis Tévéque jusqu'au bei^er. L'amour de la patrie et de l'indépendance, la fraternité d'armes^ le respect poue les droits de l'hospitalité, sont leurs principales vertuç^
L'Albanie occupe tout l'espace compris de Tjest à l'ouest entre la chatoe des monts Grammos et Metzov^ et la mer Adriatique, et du nord au sud depuis les montagnes méridionales du Monténégro jusqu'au golfe d'Aiia ou de Prévesa. Entourée de cimes inaccessîl^es, contrée peu copnue dont la population guerrière paraît descendre des anciens Il ly riens, elle se divise naturclleiuent en haute et basse Albanie , et forme trois sandjaks /dont nous alloqs VÂsitifir les principales villes.
Scuiari ou Scodra, capitale de la haute Albanie , occupe , dans la vallée du Drin , les bords du lac de Zenta , Tun des plus vastes et des plus poissoimeux de toute la province. Cette ville, que les Tnrcs ont nommée Isken^^ deriah ou Alexandrie, est grande , bien pavée et id'uf 1 as** pect agréable : elle i>enferme lesiplus belles nuuuiiactures d'armes de la Turquie d'Europe. Antipari y smv là côte de l'Adriatique , fait le conunerce du cabotage. On devrait l'appeler Antiharij puisqu'elle doit son nom à .sa position vis-à-vis de Bari, sur laiCÔte opposée, .dans .le raytaiime de Naples. DulûiffiOy l'antique CalefaniËun^est. un cepaire de pirates. Les montagnes des environs de ScuUoi santjhabitées par vingt peuplades evrantes^etindisciplinéesiqni po]> tent le pillage et la désolation jusque <lans TUerz^avine et la Bosnie. Duratzo, sur la pointe d'uii cap qiu >forjne l'extrémité du golfe du même nom, conserve deux enceintes qui servent à distinguer l'iiniique D)Trachium et son
8^2 TAAITÉ ÉLÉMENTAIRE
Acropole. Au ix^ siècle elle était la capitale de toute riilj rie. Remontons les rives presque inconnues daDrin-BUikjusqu au défilé que commande le gros bourg de Prtserk ou Prisrend. Ce chef-lieu de voïvodalik, résidence dna évéque grec, passe pour avoir 16,000 habitans. Oo croit que c'est dans ses murs que naquit Justinien. La patrie <k ce prince législateur reste aujourd'hui cachée au milieu de tribus sauvages et inhospitalières.
Le Drin-Blanc et le Drin-Noir se réunissent plus ia> dans une belle et riche vallée oik 3a villages peaplés d*Al« banals , vivant de brigandage, conservent leur indépeodance L'extrémité de cette vallée est occupée par le ougnifique lac d'Okhrida, au bord duquel s'élève une ville du même nom assez commerçante. Ses environs sont oœ pépinière de soldats féroces qui se distinguent dans la nulice algérienne , et qu'on a vus monter sur le trône do deys. '
Nous sommes dans la basse Albanie ou l'ancienne Épire. fanina, sa capitale, s'élève aux bords d'un lac appelé Achérusia par les anciens Grecs. Cette ville industiiense, commerçante et populeuse avant l'insurrection de h Grèce, a perdu ses écoles, sa bibliothèque et la plupart de ses établissemens; mais le rétablissement de ses relations commerciales avec les principales cités de Tltalie lui rendra Timportance dont elle jouissait naguère , et une population que Ton évaluait à a5,ooo âmes.
Dans la chaîne du Pinde, que l'on voit s'élever dans les airs, et dont les cimes neigeuses nourrissent les sources de trois grands cours d*eau célèbres dans l'antiquité: Yjéùus, VAréihon et YAcheloûs, appelés aujourd'hui la Faîouiza^ VArta et \ Aspro-Potamas, habitent des Yalaques soumis à une redevance au profit de la sultane Validé. Leurs principales bourgades sont Calariths et MelzovOm Industrieux et marchands, ils parcourent les conti'ées voisines ou trocvent ches eux le bonheur dans upe vie frugale et labof ieuse.
l^n descendant Y Aria, une ville du même nom possède
( un commerce florissant en tissus de laine et en produits !> de l'agriculture. £Ue domine une plaine fertile entourée de sites enchanteurs ; mal bâtie et composée de rues étroi- ^ tes et fangeuses, elle renferme environ lo^ooo âmes; le i port de Salagora, snr le golfe d*Arta, favorise ses relations . commerciales et lui procure d'abondantes pêcheries. A . rentrée du golfe, Préi^esa est (jéfendue par quelques fortifications que les Français construisirent lorsqu'ils étaient ( maîtres des lies Ioniennes. Au nord-ouest, sur la côte, ' Parga, bâtie sur un rocher au bord de la mer par des L chrétiens qui, au xv^ siècle, s'y fortifièrent pour écliap- . per à la domination des Turcs , rappelle la politique astucieuse des Anglais, qui , s'annonçant comme des protecteurs, la livrèrent au farouche Ali-Pacha, et l'inflexible horreur de la servitude dont ses habitans firent preuve en emportant les cendres de leurs ancêtres plutôt que de de« venir sujets des musulmans.
Sans nous éloigner de plus de deux ou trois lieues de la côte, nous pourrons, en continuant notre course vers le nord, voir dans une vallée romantique arrosée par des torrens qui tombent de cascade en cascade, Phïlates^ bâtie sur la pente d'une montagne et habitée par une peuplade agricole qui paie un tribut pour rester isolée des Albanais; sur un rocher qui domine la mer, Conispolis^ autrefois importante, aujourd'hui peuplée de4>ooo âmes; et dans la vallée de la Plava, Delymo, dont les maisons isolées occupent une superficie considérable.
Dans le bassin de la Voïoutza se trouvent Coniiza ou Uécatompédon, l'une des plus anciennes ville de TÉpire; Premithi ou Paramyihia, dont l'acropole est gardée par une faible garnison albanaise; enfin, dans une gorge profonde, Tepelen ou Tripoli, jolie ville qui donna le jour à l'inflexible Ali-Pacha. Avlone ouPeloros étend son vaste port à l'entrée d'un golfe à quelques lieues au sud de l'em* bouchure de la Voïoutza. La vallée du Beratino renferme une grande ville appelée Bérat ou Arnout-Belgrade, fondée par la fœur de Tiiéodose le jeune, Pulchcrie, d'où lui
874 TRAirÉ £L£H£^TAm£
fat donné le Dom de Pulchériopolis^ Enfin , an pied des monts Candavîens^ El^Bassan, non loin des rives da Scombiy qui va se jeter à bait lieues de là dans la mer, est avantageusement située comme place de guerre et comme ville de commerce.
Les Albanais, presque tous grands et vigoureux, ont Tceil vif et le teint coloré; ils sont braves, actiÊ, infatigables ; Tamour de la gloire et de la patrie n arme pas leurs bras, l'or seul les fait marcher avec joie an combat Les chefs , vénérés de leurs tribus comme les lairds écossais Tétaient de leurs élans, sont autant de capitaines mercenaires qui se font suivre par leurs paysans. Les femmes partagent la vigueur de constitution des hommes ; leor frugalité les afiranchit de presque toutes les maladies^ elles deviennent nubiles plus tard que celles de la Giice méridionale, et continuent à être mères jusqu'à un âge aussi avancé que dans les contrées septentrionales de TEarope. O peuple a embrassé l'islamisme, mais il nen observe pas rigoureusement les préceptes.
Quittons l'Albanie et le sandjak de Kailélie où la forteresse de Fbnùza s'élève au bord méridional du golfe d'Arta, et dont le chef-lieu, Frachorij de peu d'importance, est situé près d'un lac auquel il donne son nomj traversons à Tun de ses gués l'antique Achéloiâs, qui doit sa dénomination d'A^propotamos à ses flots écumeux et blanchâtres; gravissons les sommets du Pinde, et voyons, entouré de JOIympe , de TOeta et du Pelion , s'abaisser vers le golfe de Salonique le bassin de la Thessalie, qui forme aujourd'hui le sandjak de Tricala. Sa capitale , Larisse , en turc lenitcher, au bord du Pénée ou de la Salembria, est mal bâtie , mais importante par se» fabriques de maroquins et par ses champs fertiles en tabac et en coton. Près du Saladje-Potamos, l'antique AfÀdanuSf affluent duPénée, se voit encore l'enceinte de Pharsale, dont les plaines furent le théâtre de la lutte entre César et Pompée : la ville nouvelle est peuplée de 4>o<^^ âmes. Tricala, résidence d'un pacha , est sale et mal bâ-
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tic y mais trois fois plus considérable que la précédeute. Près de ses murs sont les défilés du canton d'Âgrafa qui conduisent enEpire. Au nord s*élëve les Metéora, groupe de rochers d'un aspect extraordinaire , dont les sommets coniques portent de vieux monastères où Ton ne peut monter que dans des corbeilles suspendues à des cordes. Ces couvenSy quoiqu'habités par des moines^ servent de lieu d*exil aux condamnés pour crimes politiques.
La chaîne des monts Volutza et Lâcha sépare l'antique Thessalie de la Macédoine. Cette région naturelle, qui forme la partie occidentale de la Romélie, est de tous cô* tés entourée de montagnes; elle projette au sud-est, dans l'Axchipel, une sorte de presqu'île terminée par trois promontoires dont l'Athos est le principal et qui déterminent les contours de quatre gol Tes profonds ; les deux plus grands, celui deContessa et celui de Salonique, reçoivent les eaux de deux fleuves : le Strouma , l'ancien Strymon, et le Yardar ou VAxius, dont Homère a chanté les eaux limpides et le cours sinueux.
Il existe dans la Macédoine quelques lacs qui produisent une grande quantité de sel, mats c'est l'agriculture qui fait la richesse de ce pays. Le sol est en général tellement fertile que le froment y mourrait par une surabondance de vie , si l'on ne prenait la précaution de le tondre ou de le faire brouter par des moutons. Des cultures plus avantageuses encore sont celles du coton, du tabac et des vignobles qui produisent plusieurs vins comparables à ceux de la Bourgogne.
L'une des grandes villes que nous visiterons d'abord est Monastir ou Bitolia^ résidence du pacha de Romélie et d'un archevêque grec. Elle est traversée parleKutchuk- Carasou, rivière qui prend naissance au pied du mont Lora. A sa sortie de la chaîne du Scardus^ le Yardar passe auprès SUrcup ou de Scopioj ville ouverte et commerçante, chef4ieu d'un sandjak apanage du chef des eunuques. En descendant la vallée de la Vislritza, embellie {ar plusieurs lacs, on arrive dans un site admirable au mi«^
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lieu duquel sVlève Edesse^ aujourd'hui Fodina, La rivière^ divisée en quatre branches, forme au milieu do édifices plusieurs cascades pittoresques.
Sur la côte y au nord -est de Tembouchure du Vardar, au fond du golfe auquel elle donne son nom, la grande ville deSalonique conserve encore des arcs de triomphe et d'autres monumens de son antique splendeur; on y remarque la mosquée de Saint-Dëmétrius, le port qui peut donner asile à 3oo vaisseaux, et les aqueducs qui condaiseot Teau à la ville. Les Juifs y exercent une grande infloeoce, etsontmaitresd'un commerce assez considérable poor que leurs caravanes portent chaque année jusqu'à Leipsick des cotons, des tabacs, des tapis et des maroquins. Son port est, après celui de Constantinople, le plus important deU Turquie d'Europe. Les autres petites villes de cette pastie de la Macédoine sont moins intéressantes que le modt Athos, qui porte sur ses flancs plusieurs bourgades, ti couvens et 5oo chapelles, cellules ou grottes. Les 4^000 moines qui les habitent exercent divei^ états entre les offices religieux, et font même un trafic au bourg de Karhe, chef-lieu de la montagne, et au port fortifié ^jilavartu
Dans le bassin du Strymon et du Pontus, on peutdter Serhs, ville ouverte et bien bâtie, connue par ses fabriques de cotonnades; Z>râ/7ia, par ses toiles pour les tentes; et en remontant vers les sources du Strymon , le chef-lien de sandjak, Kostendil ou Ghiuslendil, fréquenté pour ses eaux thermales et sulfureuses.
Parmi les peuplades de la Macédoine, on doit distinguer les Yenruks , descendans des Turcomans, jouissant de grands piiviléges et s'occupant de la fabrication des draps; les tribus bulgares et albanaises menant une vie pastorale; les Lacs-Oulacs^ habitant vere les sources da Vardar; les Kastarèses, formés d'un mélange de Services et de Valaques.
La partie orientale de la Romélie eoniprend raocienoe Thrace.Au pied des monts Despoto-Dagh, ou de la chaîne du Riiodope, commence à couler vers l'orient ud affluent
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de la Maritza, FÂrda^ qui traverse un pays peu connu des voyageurs^ jusque sur le territoire du sandjakde|7cA/r/iie/iy dont le chef-lieu n'a rien d'intéressant, mais qui renferme une ville que par son importance on doit regarder comme la seconde de la Turquie d'Europe : c'est au bord de la Maritza, dans un bassin couvert de vignobles et de champs de blëy au milieu de bosquets de cyprès et de jardins de roses, (\\i Andrinople élève ses nombreux minarets. Ses -vieilles murailles, flanquées de la tours et défendues par une citadelle, ne peuvent, ainsi que l'expérience l'a démontré récemment , arrêter la marche d'une armée européenne. Le principal édifice de cette cité riche et commerçante est la mosquée de Sélim II: sa vaste coupole est soutenue par des colonnes de porphyre que l'on croit antiques.
Un long rameau du Balkan qui descend vers le sud-est présente une chatne appelée les monts Stanches ou le petit Balkan; elle sépare les hautes plaines d'Andrinople des rivages de la mer Noire. Sur son versant occidental s'élève Kirk-Kilissia^ dont le nom signifie les quarante églises, ville assez considérable, peuplée d'une colonie juive qui fournit Constantinople de beurre et de fromage. Les flancs orientaux de la chatne dominent des côtes inliospitalièi*es, où Midiah conserve des monumens souterrains très-curieux, et n'offre au navigateur qu'un golfe dangereux ; où Aïnada et Sizebolî, l'antique Apol/onia, s'entourent de murs bastionnés; où Bourghas^ au fond d'un golfe, n'a pour protéger son port qu'une forteresse en ruine*
Nous avons laissé à quelques lieues de la côte F'iza, petite ville bien bâtie, chef-lieu d'un sandjak qui renferme la capitale de l'empire. Elle est sur une grande route qui conduit h celle-ci.
Constantinople, ancienne bourgade thracienne sous le nom de Lygos, colonie grecquesous celui de Byzance^ de vi n t la capitale de l'éknpire romain sous la dénomination de iVea-Âoma^ à laquelle fut substituée plus tard celle de Kons- ^antinou-Potis. LesTurcs rappellent Stamboul. Elle occupe
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un promontoire triangulaire y partage en 'nept collines qnc baignent au sud les flots de la mer de Marmara^ et qoe Ifmite au nord un petit golfe formant un port où 1201 vaisseaux trouvent un mouillage s6r. Son enceinte triangulaire, formée de murailles dont les mieux conservée sont celles de Théodose, a près de 5 lieues et demie de tour; il est donc certain qu'avec ses faubourgs sa circon/frence est plus considérable que celle de Paris.
La première vue de cette grande ville présente an vorageur,dansle mémeinstant, unefoulede tableaux ravîssans, mais l'admiration cesse dès qu'on a pénétré daus ses mars. Ses rues étroites^ mal pavées, sont bordées de maisons ou plutôt de baraques dont la construction en bois rend les incendies fréquens et terribles; en les parcourant on est aussi révolté de Tair fier des Musulmans que de h démarche humble et timide des Juife, des Arméniens et même des Grecs. Le faubourg du Phanar est habité par les tristes descendans des familles byzantines, qnî , malgré leur titre de prince, ne songent qu à s^enrichir et ram* pent devant tous les pouvoirs. Celui du Eioub doit son Dom au beau mausolée élevé, par Mahomet II à Eïonb, porte-étendard du prophète. Ce faubourg renferme la fameuse mosquée oh Ton conserve plusieurs reliques de Mahomet, et le sabre dont Témir ceint le sultan à son avènement au trône. Le sérail^ beaucoup trop vanté , est d'un aspect romantique , mais se compose d'un mélange iirégulier de pavillons, de prisons, de casernes et de jardina. L'église de Sainter Sophie est d'un effet magnifique , mais seulement à l'intérieur; c'est un monument de Femperear Justinien ; il n'a dû sa conservation qu'à sa transformalion en mosquée. U Hippodrome y commencé par Sëvère el terminé par Constantin , est aujourd'hui une promenade publique, au milieu de laquelle s'élève encore Tob^isque qui le décorait ; le château des SepuTours n*e5t «ju'une faible citadelle ; et parmi les mosquées, celles du sultan Achmet et de la sultane Validé sont les pi as remarquables, quoique leur architecture manque de grâce et de majesit:.
Le port de Constantinople est ua des plus vastes et des plus commodes que Ton connaisse; son entrée est éclairée par deux phares et défendue par des forts placés d'un côté à la pointe du sérail et de l'autre à l'arsenal. Il sépare la ville des faubourgs dePéra, de Galata et de Gassim-Pacha.Dans le premier sont les palais des ambassadeurs et les maisons des Francs ; le second , entouré de murailles et de fossés^ ren-* ferme les magasins des marchands et des négocians.L'arsenaly les chantiers de construction , le palais , ou plutôt le fort qu'habite le capitan-pachan , et le bagne qui , à la honte des puissances chrétiennes, n'est rempli que de ma* heureux esclaves chrétiens^ font partie du faubourg de Cassim*Pacha.
Cette cité, dont la population ne peut pas être évaluée à moins de 600,000 âmes (i), renferme plus de aoo mosquées, dont i4 portent le titre d'impériales, 3oo chapelles, 35 églises, 6 couvens catholiques, 18 bazars, 800 fontaines et plus de si5o,ooo maisons. '
Placée sur le bord du canal des Dardanelles , comme Constantinople l'est sur celui du Bosphore, GaUtpoli^ célèbre chez les Turcs par ses beaux maroquins , est la pre« mière ville européenne dont ils s'emparèrent. Elle a deux ports et n'est défendue que par nn vieux château. C'est la plus importante ville du sandjak dont elle est le chef-lieu.
A la sortie des Dardanelles, quatre tles importantes s'oA frent dans l'archipel : Imbro ou Imhros, peuplée de 4>ooo âmes , couvertes de montagnes boisées et entrecoupées de fertiles vallées où l'on récolte du blé, du vin, de Thuile et du coton; au nord-ouest, 5amotra^i^ jadis célèbre sous le nom de Samoihraeej par ses mystères et par le culte des dieux cabires ; appelée /lAre par Pline, aujourd'hui renfermant une faible population abrutie par l'esclavage; près des côtes de la Romélie, Tarcho, l'ancienne Th€issos,^m^ sous une administration éclairée, s'enrichirait par Texploi* tation de ses forêts et de ses marbres, comparables à ceux
(1) Le général Ândrëossy rëyalttaii en i8i5 à ^cftfioo.
88o TmiTB ÉLÉMEKTAIRE
de Paros i enfin Lémnoi ou Lemnos, la plus méridional? et la plus grande des quatre, peuplée de 8,000 Grecs, e: dont rorîgipe volcanique est attestée par la nature du soi et par la poétique mythologie qui y plaçait les forges de Vulcaici.
A Test de ist Grèce, Tile de Candie, Tancienne Crète, est située de manière à fixer les limites enti-e T Archipel et la Méditerranée; les principales montagnes sont, à Touest, les Montagnes blanches ^ aussi élevées que les sommets da Péloponèse ; et au centre le mont Ida , don t les diverses zones présentent chacune une végétation et un climat différent Xa plupart de ces montagnes sont calcaires et même crétacées; cependant celle de Malai^a, près le golfe de Si\da, est schisteuse et granitique à sa base. La chaleur da climat est tempérée par le vent nommé embat, qui souffle du nord : les rivières ne sont que des torrens grossis, et les vallées et les plaines , dont une partie est inculte, produisent des vins estimés, des fruits exquis et des cannes à sucre. On récolte aussi dans Ttle du blé, du sel, des hailes , de la soie, du miel, etc. On n*y trouve pas de bêtes féroces; les animaux privés et le gibier y sont abondans.
Les capitales des trois pachaliks qui divisent Tile sont Candie^ dont le port est défendu par des fortifications bien entretenues, et dont les maisons tombent en miae ; Rttimo tlLa Canée^ environnées d*une muraille et d*un fosstf. Les Turcs de Candie sont beaux et mènent une vie pa* triarcale; \e& Abdiotes, restes des Sarrasins, vivent dan* une sorte d'indépendance au sud du mont Ida : il en est d« même Ae&Spluichiotes, qui sont les plus industrieux et la plus valeureux hal>itans de Tile, et qui, du port àeSpachia, leur chef-lieu. Font le commerce et quelquefois même la piraterie.
Cest ici que nous terminerons la description de la Turquie d'Europe ; ce serait rouvrir les plaies encore saignantes d'une nation qui a su par son courage, affranchir de la tr* rannie une portion de son territoire, que de le comprendre aujourd'hui parmi les provinces turques : la Gr^ est
DE GÉOGRAPHIE. 8Ôl
appelée désormais à occuper an rang parmi les Etats de TElurope.
TABLEAU des divisions géographiques et administratwes, de la population, des ret^emis , des forces de terre et de mer de la Tur^ quie et Europe.
Sup«rGcM total* «n li«up«.
PopaUtion alMoIa*.
8,8oo,oou.
Population par li#a« rarrée.
Vizu. . .
Kirk-Kilifisia.
Tchirméue.