CHAPITRE LU
Description du royaume de Portugal et de la petite
république d'Andorre»
Borné au nord par la Galice ^ à Test par une portion du Duéro, du Turon, de rErjas, du Sever, du Gebora^ de la Guadiana et delà Chanza, au sud et à Touest parTOcéan y le royaume de Portugal occupe une longueur de laS lieues du nord au sud, et d'environ 5^ de T^t à Vouest. Sa superficie est de 4^9^^ lieues carrées, et s^ population de 3,5oo,ooo individus.
Le climat y est modifié par Tinégalité du sol, la direction des vallées, et la proximité plus ou moins grande de rOcéan. Un intervalle de quelques lieues suffit en Portugal pour passer de la température de TÂllemagne à celle de ritalie. Depuis le littoral, jusqu'aux plus hautes cimes, U chaleur, d'abord très-forte, diminue par degrés; les par-, lies basses jouissent d'un double printemps et d'un hiyeii très-court; au contraire, dans les montagnes de TrasrQ^n Montés, sur les sommets de la serra d'EstreUa , delà serra de Mamès et de celle d'Estremos (1), le froid est vif et piquant; mais dans les provinces qui avoi^inent quelqu.^<^ uns de leurs sommets blanchis par la neige, rarement les cours d'eau se couvrent d'une couche de glace. Les désastres causés par les phénomènes électriques sont rares en Portugal : le tonnerre n'y gronde que pendant l'automne et l'hiver; mais il est peu de contrées, sans en excepter l'Italie méridionale, qui éprouvent aussi fréquemment les ravages des tremblemens de terres. L'Algarve,rAlem-Tejo et l'Éstramadure y sont fréquemment exposés : depuis huit siècles, Lisbonne a ressenti quinze secousses plus ou moins violentes.
(t) En portugais, terra signifie cha/ne, comme t^ierra en espagnol.
9aO TRAITÉ ÉLteniTAlAÊ
Les richesses métalliques qu'offrait au Portugal la possession du Brésil ont habitué les Portugais à regarder arec dédain celles que possède leur sol; rinsouciancederadministration les rend sous ce rapport tributaires de Tétranger, quoique leurs montagnes recèlent des mines d'argent, de cuivre^ d'étain et de fer; l'exploitation de la houitte et des plus beaux marbres est négligée par eux; on y connaît 56 sources minérales .'quelques-unes seulement sont fréquentées ; les marais salans sont seuls utilisés : on estime Fexportation de leurs produits à une yaleur de plus de 3 millions de francs.
Le sol du Portugal est naturellement fertile, mais Tagriculture y est tellement négligée qu'une grande partie des terres y est en friche , et les routes y sont si mal entretenues, que la capitale ne peut tirer de l'intérieur la quantité de blé nécessaire à sa consommation. Elle en importe annuellement pour plus de 36 millions de francs. Si les moyens de communication étaient rendus faciles, l'iiidustrie agricole s'améliorerait, les brebis deviendraient une source de richesse, les chevaux, mieu^i soignés, rivaliseraient peutêtre avec ceux de FÂndalousie, le nombre des bétes à cornes augmenterait , et celui des habitans, qui n'est que de 711 par lieue carrée, se triplerait facilement.
Au lieu de cela, l'agriculture languit en Portugal comme toutes les autres industries, et cependant il tire de la première ses principaux avantages; voici quelle est, sous ce rapport, la valeur de ses exportations annuelles :
Amandes et figues sèches. • . 5oo,ooo fr.
Oranges ....,.». 3,000,000
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Cest en commençant par le sud que nous parcourrons le Portugal. La petite province de TAIgarve, séparée des autres par la serra de Monchiquc et celle de Calderona ou de Calderao, qui ne forment qu'une chatoe, et par le rio Carciras et la Seixe, porte le titre de royaume. Ce fut
DE GÉOGRAPHIE. gai
après le conquête qu'en firent les princes arabes de Séville et de Cordoue, que ce pays reçut d'eux son nom, qui signi« fie contrée occidentale. 11 comprenait autrefois, outre les pentes desmontagnesquenousvenons de nommer, les côtes africaiDes de Tanger et de Ceuta. Lorsque Jean I", roi de Portugal, s'empara en i4i5 de ces deux villes, il prit le titre de roi des Algarves au-delà et en deçà de la mer : titre que ses successeurs ont conserve, quoique les deux stations d'Afrique leur aient échappé. Les principales villes de ce petit royaume sont TauirOj située à l'embouchure de la Seca, et presque entièrement peuplée de pécheurs; Faro, sur un cap, assez bien située et défendue par une citadelle ; Zog^of, ayant le titre de chef-lieu, un petit port oh la pèche est très-active, et une large baie qui peut servir i abri à une flotte importante.
La province âiAlem'Tejo^ c'est-à-dire au suddu Tage^ sst traversée par la Guadiana et défendue par plusieurs places fortes, dont les principales sont Elifos^ qui passe néme pour la plus importante de tout le royaume; Cum-' 'yo-Major^ entre le cours de la Cay a et de la Gabora. Es^ remos ^ défendue par une bonne citadelle, munie d'un ii^enal bien approvisionné en armes, et connue par ses (oteries et surtout par ses alcarrazas, vases poreux , qui ervent à rafraîchir Feau en provoquant son évaporation; 'ieja, située sur une petite colline entourée del)elles pianotions d'oliviers^fi^ora, au centre delà province, etquien st le chef-lieu, renferme ungrand nombre d'antiquités: tels )nt, dans cette dernière , un aqueduc assez bien conservé, t les restes d'un temple de Diane, attribué à Seilorius. Dans TEstramadure, Setubal^ au bord d'un golfe, est , près Lisbonne et Porto, la ville la plus industrieuse, la lus commerçante du royaume : les salines qu'elle exploite, s oranges et les citrons récoltés dans ses environs, sont s principaux articles de commerce* Elle est à 8' lieues [d-est de la capitale.
Lisbonne ou Idsboa est bâtie en amphithéâtre sur plusurs collines qui s'élèvent au bord d'un golfe que rem-
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plit le Tage avanl de se jeter par un canal dans TOcëan. Il est difficile de se faire une idée du magnifique spectacle qu'ofireson port^ qui tient le premier rang parmi les plus beaux mouillages du monde. On ne peut lui comparer que celui de Gonstantinople. Deux forts en défendent l'entrée. Mais la ville , qui ne conserve que des débris d'anciennes murailles et une vieille citadelle bâtie sur la colline la plus élevée ^ est presque totalement sans défense. Composée de trois parties subdivisées en douze quartiers y on remarque un contraste frappant entre ceux qui ont été rebâtis depuis le tremblement de terre de 1755 et ceux qui ont échappé à cette terrible catastrophe : les modernes sont composés de rues assez larges et la plupart bien alignées , les autres n'offrent que des ruelles obscures, sales et tortueuses. Le feu ravage souvent cette ville, parce que généralement les maisons sont en bois, revêtues de pierres seulement dans quelques-unes de leurs parties extérieures.
De 60 places que l'on compte k Lisbonne, 1 2 sealement méritent ce nom : les deux plus belles sont celle du Commerce (JPraço do Commercio) et celle du Jtocio. La première, bornée d'un côté par le Tage, est garnie de beaux édifices, tels que la bourse, la douane, la maison des Indes, l'intendance de la marine et la bibliothèque royale. Au centre s'élève la statue équestre en bronze de Joseph l''. La seconde, moins grande que la précédente , est bordée parles prisons du Saint-Oflice et parle vaste palais de l'Inquisition , où sont maintenant établis les bureaux des différens ministères, et par un grand nombre de boutiques élégantes et de beaux cafés. Parmi les 24^ églises, il nea est que trois qui attirent les regards :1a cathédrale, ou Basilica de Santa Maria , vieux bâtiment restauré dans le goût moderne depuis le tremblement de terre ; l'église de Saint'Roch, dont Jean V fit faire à Rome la superbe chapelle ; et celle du couvent de Jésus remarquable par la hardiesse de son dôme. Nous citerons encore les trois palais royaux : celui d'Ajuda, dans le faubourg de ce nom,
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bâti avec régularité, et qui, lorsqu'il sera terminé, pourra être compté parmi les plus vastes de l'Europe ; celui de Bemposta, destiné seulement aux audiencesque donnent les rois; celui desNecessidudes, où logent les princes étrangers. Le plus beau monument de cette capitale est Taquéduc de Bemfica, appelé ^g^ua5 libres, et que Ton peut comparer à tout ce que les anciens ont fait de plus beau dans ce genre. Cette magnifique construction fait partie de celles que nous devons mentionner aux environs de la ville. Mais avant de quitter l'enceinte de celle-ci, donnons une idée de ses établissemens utiles en citant robservatoire de la marine, l'Ecole royale de construction et d'architecture navale, l'Académie royale de marine, celles de fortification, d'artillerie et de dessin , celles de chirurgie et de sculpture, enfin l'Académie royale des sciences. Cette ville possède en outre plusieurs collèges, des musées et des bibliothèques.
Dans ses environs, Campo grande ^ le Longcliamps de Lisbonne, est le rendez-vous de la classe opulente: c'est sur sa longue plaine, entourée d'arbres* et de jardins, qu'elle étale le luxe des chevaux et des équipages ;£oire5, ï trois lieues de Lisbonne, est connue par ses plantations d^orangers qui fournissent les plus belles oranges du Portugal ; c'est à Cintra que fut signée , en 1808, la capitulation en vertu de laquelle l'armée française, épuisée, évacua le royaume.
A 18 lieues de la capitale, Santarem, sur une montagne au bord du Tage, est défendue par une vieille citalelle. Elle fut la résidence de plusiem*s rois; aujourd'hui îUe possède le séminaire patriarcal, principal établissenent ecclésiastique de toute la monarchie. Â Leiria, sur a rive droite du Lys, on voit le vieux château du roi 3enis, que les Portugais ont surnommé le Grande et qui, »our arrêter les vents qui transportaient les sables de la liage jusque sur les fertiles champs des environs, a fait »Ianter la forêt de sapins qui couvre les hauteurs voisines. L quelque distance de là, Bathala, bourg de 1600 habi-
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taus, possède le magnifique monastère qoe Je.roi Jean V^ fit construire en mémoire d^une victoire rçipponée en i485 sur les Ca^tillaip^ et les Français, çtqui renferme son mausolée et celui de ses eofans.
Au pied de la serra de Alcoba d^^us tray«rsoos larivière * du Mondego à Coimbre, capitale de la province de Beira. L'intérieur de cette ville est aussi triste que.spn extérieur est agréal^le. £Ue est depuis long-temps «célèbre, par son université. Daps les montagnes qui unissent la sierra d' Alcoba à celle d^Estrella 9 l'antique ^eu^ siège d'un évèchéy s'enrichit par son. commerce de bijouterie, d'orfèvrerie et de draperie. Ce fut à LamegSL^ ville épiscopale^ située au pied do mont Pénude, sur le Balsamao, qui se réunit un peu plus bas au Duerp, appelé par les Portugais le DourOy que se réunirent ^ en x i44> ^^^ Certes qui rédigèrent une constitution par laquelle l'autorité royale était retenue dans de justes limites, et qu'Alphonse I*' jura de maintenir au nom de se^successeurs.
Le Douro, qui, depuis la frontière espagnole^ coule de Testa l'ouest, forme la limite méridionale des deux provinces d'Entre-Douro et Mi no et de Tras-ofr-Alootes. Au centre de la première, Brjiga, le chef-lieu^ domine une colline entre le Cavado et le Deste; ses plus beaux édifices sont le palais de l'archevêque, Je séminaire et la catbédrale. Porto ^ à l'emboucbiire du fleuve, est la seconde ville du royaume par son commerce, sa population et ses édifices. Ses vins, qui forment une de ses principales branches d'exportation, jouissent d'une réputation non contestée. La jolie et industrieuse Guimaraens^ à 4 ligues de Braga^ dans une plaine fertile que domine ses vieilles murailles flanquées de tours, fut la capitale d'Alphonse YI, roi de Castille.et de Léon. Elle est la patrie d'Alphonse P et du pape S. Damaso.
Miranda , capitale du Tras-os-Monles, n'est qu*une petite cité de 5,000 âmes, qui n'offre rien de particulier; Chayes , à l'extrémité septentrionale delà province, occupe un plateau au bas duquel la Tamega coule encore sous un
DB Géographie:. gaS
pont que conslruisitTrâjan; près des rives du Sabar, Bragance, siège- d*un ésèc\\éy s'élève au milieu d^une plaine tertilefy et possède des manufactures de taffetas et de velours. Cé^ fut dans ses murs que Don Pedro, surnommé le Insticier, épousa secrètement l'infortunée Inès de Castro. En i44^» Alphonse V Térigea en duché* Le huitième de ses does devint roi de Portugal; sous le nom de Jean t^^; c'est de ce prince que descend là maison régnante;
Après avoir donné à l'Europe moderne les premières leçons d'astronomie et de navigation, la nation portugaise est à peine comptée parmi les nations savantes et lettrées. Ses univei*sités possèdent cependant encore un grand nombre de savaqs distingua; sa littérature serait mieux appréciée si elle était plus connue : depuis le Camoens la poésie n'a cessé d'être cultivée en Portugal. Enfin, on évalue à plus dé 100 le nombre d'ouvrages relatifs aux différentes branches des connaissances humaines publiés chaque année dans le royaume Ci},Un gouvernement sage , des institutions en harmonie avec les besoins des Portugan» éclairés, donneraient- facilement un grand essor aux travaux scientifiques et littéraires. Cependant, il faut IV vouer, à l'exception de la musique, les beaux-arts n'ont jamais obtenu que de médiocres succès en Portugal. Quant ^ rinstruction élémentaire, elle y est encore moins répandue qu'en Espagne; c'est d^e assea qu'elle y est au plus bas de l'échelle européenne^
Nous ne quitterons pas la péninsule hispanique sans parler d'une petite république oubliée dans presque tous [es traités de géographie; c'est celle éi Andorre o\jl d'Aniorra. Elle occupe dans les Pyrénées, entre la Catalogne >t le département de l'Ariége, une vallée qui porte le . lom du village d'Andorre^ la capitale. Son territoire a 7 i elles de long sur 6 de large, et renferme 34 villages ou lameaux et i5,ooo habitans, qui vivent de l'agriculture ït de l'exploitation de leurs marbres, de leurs mines de
( 0 ^<T'' PE« :at st«tisil(|iie «ur l« Portagal , par AJ. Bathi.
fer et de leurs importantes forêts de sapins. Son goufeiM^ ment se compose de deux vigaiers ou syndics, élns pria conseil de a4 membres nommés à vie par les communaotés qui partagent le territoire. Les comtes de Foix éUiest seigneurs de ce pays. Depuis la réanion du comte i h France, nos rois conservaient des droits féodanzsorli vallée d'Andorre; mais devenue libre par Fabolitiondecs droits prononcée par l'Assemblée constituante, die est restée sous la protection de TEspagne et de la France.
UX statistiques du Portugal, dressés tt après laplofan des renseignemens fournis par M. Ad. BalbL