CHAPITRE XXII
Description des États de tÉglis'ê et de la république
de Saint^Mcu^in.
La suprématie du siège apostolique de Rome sur les autres sièges de la chrétienté remonte au u* siècl^^ mais les papes neurent aucune puissance politique, aucune possession temporelle, jusqu'à Tinvasion de l'Italie par Pépin. Ce maire du palais, voulant récompenser la complaisance avec laquelle Etienne II avait favorisé son usurpation, lui donna l'exarcat de Ravenne, donation qui fut augmentée par Charlemagne, du Pérngin et du duché de Spolette. Au xi* siècle, les papes reçurent de l'empereur Henri III le duché de Bénévent, et au xii% de Maûiilde, comtesse de Toscane, le territoire connu sous le nom de patrimoine de saint Pierre, compris entre la rive droite du Tibre et le cours du Fiore. A cette époque, Rome ap* partenait à l'Empire, et n'était que la résidence du souverain pontife : ce ne fut qu'au xiv* siècle que cette antique cité put être considérée, avec la Sabine, province contiguë, cQjpme faisant partie du [domaine du saint Siège. En i53a, Louii de Gonsague, général de Clément VII, y réunit la Marche d'Ancône, et le duché d'Urbin en devint une dépendance pai^ l'élection de Jules II, à la famille duquel il appartenait. Enfin les dernières conquêtes que firent les papes furent celles de VOrviétan, du duché de Castro et du comté de Roraiglione.
La part que prît le pape aux coalitions de l'Europe contre la France, lui fut plus d'une Ibis funeste.. Forcé à un accommodement en 1796*, de nouvelles inti*i§ues amenèrent Tannée suivante une nouvelle invasion, un nouveau traité, et l'assassinat du général Duphot , à la fin de
la même année , entratna la chute du gouvem^menl papal. Son territoire fut érigé en une république, qui tomba d'elle-même lorsque les Français révacnèrent. En j8o8y les Etats romains furent réunis à la couronne d'Italie; le sénatus-consulte du 17 février 1810 les comprit dans les limites de l'empire français , et les événeineDS de i8i4 en rendirent au pape l'entière possession.
Ils sont bom& à l'est par la mer Adriatique , au nori par le royaume Lombard- Vénitien , à l'ouest par les dochés de Modène et de Toscane , au sud-ouest par Ja Méditerranée, et au sud par )e royaume de Naples* Le pays, divisé en trois districts et dix-s^pt légations , a subi dans les lois, la justice et les finances, quelques heureuses modifications provoquées par l'exemple de l'adminisUration française.
Les mœurs de la capitale peuvent donner une idée de celles des autres villes des Etats i-omains. A Rome, a dit un voyageur (i), la vie habituelle est presque un long carême , tant on s'y acquitte avec ponctualité des devoirs extérieurs de la religion. Tout y est triste^ désert, silencieux, et ce cahne ne cesse qii'à l'époque du carnaval: une foule immense inonde alors les rues; les équipages se pressent au milieu d'une pluie de dragées; des chevaux eo liberté, mais excités par un aiguillon caché, parcourent rapidement les promenades, comme s'ils disputaient le prix de la course, et le soir du mardi -gras, lis piétons se poursuivent à la clarté des moccoletU, petites bougiesdoot chacun est r mé.
Il est peu de villes où la police soit mieux faite : les filles prostituées n'y étalent pas sur la voie publique leur honteuse effronterie ; la licence et la débauche y sont à la fois réprimées par les facilités qui favorisent toutes les unions légitimes, et par les cinq années de galères réservées au séducteur qui refuserait de réparer sa faute par le mariage. Dans la métropole du catholicisme, les sciences,
(1) If. Simond, Voyage en Italie.
DE CÉOGRAPHIE. $69
les letti*es et les arts sont moins cultives que dans le reste de ritalie; ses académies ne jouissent d'aucune féputa- *lion; comment en pourrait-il être autrement dans une ville oii les spectacles, tolérés seulement pendant la courte durée du carnaval , n'offrent aucune carrière glorieuse pour la littérature théâtrale, sous un gouvernement qui, par l'action d'une censure sévère, arrête Te&^^or des autres branches littéraires; dans un pays enfin oh les classes de la société n'occupent leurs loisirs que par ,des lectures fri* voles, tandis que le peuple des campagnes ne sait ni lire ni écrire? Cependant la capitale est à juste titre le centre des arts du dessin et des utiles travaux relatifs à l'étude de l'antiquité. Elle possède plusieurs savans antiquaires, des peintres et des sculpteurs renommés.
Rome est située au milieu d'une vaste plaine, jadis fer* tile, et presque stérile aujourd'hui ; la ville des papes recouvre en quelque sorte la ville des empereurs ; le sol moderne est tellement élevé au*dessus de l'ancien, que la roche tarpéïenne n'a plus que 25 ou 3o pieds de hauteur, et qu'il a fallu le zèle éclairé de l'administration française pour faire déterrer la colonne Trajane , l'arc de Constan* tin, celui de Septime-Sévère, et tant d'autres monumens antiques, trop nombreux pour que nous essayions de les décrire* Le mieux conservé et l'un des plus beaux est le Panthéon, élevé par Agrippa; le plus vaste est le Coli-sée , amphithéâtre gigantesque commencé par Vespasien , et terminé par Titus, pour contenir S^l^^ooo spectateurs. Nous donnerons une idée de l'étendue du Vatican j bâti, dit-on , sur l'emplacement du palais de Néron , en disant qu'il contient i,aoo appartemens. Il est, pendant l'hiver, la résidence du pape, qui habite l'été \e palais Quirinal^ édifice irrégulier, mais aussi remarquable par la beauté de son intérieur, qu'agréable par sa situation et ses vastes jardins.
Le Capitale moderne n'est qu'une petite colline dont les bâtimens sont réservés aux magistrats municipaux et au Musée des antiques. Us ont été construits par Michel-
5^0 TRAITÉ ELÉMEMTAIEE
Ange^ ainsi que Tescalier qui conduit à la place, dont h milieu %st occupa par la figure en bronze de Maro-Aurèl^. la plus belle statue équestre antique et la seule qui ait étc trouvée à Rome. Du haut de la tour du palais sénatorial . on aperçoit le Campo^p^accino, autrefois le Fonan Romanum, aujourd'hui le marché anx vaches; plus loin. If gouffre de Curtinus» qui n'est plus qu'une petite mare; U colonne Ântonine, surmontée d'une statue de saint Paul, ety sur les bords du Tibre, le tombeau d'Adrien, qui est devenu le château S|iint-Ange.
L'église Saint<>Pierre est Id chef-d'œuvre de Rome moderne, et le plus magnifique temple de la clirétieatè La place ^ur laquelle elle s'élève est environnée de deui poitiques demi-circulaires, qui se terminent par une|da€e carrée prolongée jusqu'à la façade, qui , surmontée dé93 statues de saints, présente un développement de 366 pieds. En entrant dans ce temple, dont la forme est ceHe d'aoe croix latine, on est plus frappé de la profusion des broDzes, des marbres et des mosaïques, que de sa grandeur; tant les proportions y ont été bien observées. Cet édifice, qui a 565 pieds de long, sur i36 de baat, et dont la construction, dura un siècle et demi, a coûté pIosd« ^47 millions. Le nombre des autres églises s'éfève & piv de 3do, toutes remarquables, soit par leur ridiease, sort par leur antiquité. Les palais sontmembreoic aassi , plutôt solides qu'élégans, et présentent, presque tous à dUs des livides de l'orgueil , les dehors de la gêne , de )a malpropreté, et quelquefois de la misère.
Les environs de Rome rappellent à chaque pas les souvenirs de l'antiquité : ici, la pyramide de Sextius, les catacombes, la grotte et la fontaine de la nymphe Egérie; là, Frascati; plus loin, les sit^ délicieux el les cascades de Tivoli. Les marais Pontins eux<-mémes sont encore traversés par les restes de la voie Appienne, et reportent rimdpnation au temps où, desséchés par Adgoste, peuplés par Trajan, ils étaient couverts de riantes habitations. Llmssion des barbares fit disparaître la population ; les ciui
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;ans écoulemeDl répandirent dans Fair leurs miasmes pesilentielsy et les travaux entrepris par plusieurs papes n'ont 3as été suivis avec assez de constance pour détruire cette nsalubrité , dont les funestes effets, auxquels les animaux paraissent seuls insensibles ^ se lisant sur les visages pâles Jes chélifs habitans.
Sur les bords de la Méditerranée, Osiie^ ville malsaine, possède quelques salines peu importantes, et Ciuita-Fec' jhia est le seul port commerçant des États romains. En remontant vers Test, on aperçoit, au pied du mont Cimirto^ Tancien Cimùuis ^ la \o\ie ville de F'iterhe^ dont les rues sont pavées en lave, et les places publiques entourées Je portiques; MonieficLscone ^ renommée pour ses vins muscats. Sur la rive gauche du Tibre, une route traverse Oruietto, bâtie sur un rocher escarpé; Spolete^ qui renferme un grand nombre de ruines antiques ; Foligno^ qui se fait remarquer par ses fabriques de papiei*s, de bougies Bt de confitures , et l'antique Pérouse ou Perugia qui renferme des académies, et vit naître le Pérugin, le maître de Raphaël.
A quelques lieues de la frontière du duché de Modène, sur le bord du Réno, qui descend de l'Apennin , Bologne renferme de nombreuses églises, et deux tours encore plus penchées que celle de Pise. Sa richesse en tableaux, son université, son immense musée, sa bibliothèque et ses autres établissemeiy scientifiques justifient son titre de seconde ville des États de l'Eglise ; Ferrare, moins considérable, est remplie des souvenirs de l'Arioste et du Tasse : les cendres du premier reposent au Lycée; et, dans l'hôpital Sainte*Anne, on montre la place où le second, sous prétexte de folie, fut pendant sept ans enfermé.
Les attérissemens du Ronco et du Mentone ont comblé le port de Ravenne, maintenant à deux lieues de la mer : 3n y voit le tombeau du Dante, et hors des murs, l'église ie 1^ Rotonda, construite pour recevoir le sarcophage de Théodoric. Faenza^ patrie du physicien Toricelli, passe pour avoir donné son nom aux plus anciennes faïences :
ses constructions Vont fait surnommer la Florence de L Romagne; Forli^ au milieu de campagnes charmantes» est formée de rues tirées au cordeau; Rimini, bâtie avec élégance y est décorée d'un arc de triomphe d'une belle conseivation, érigé à Auguste, et de plusieurs autres constructions antiques. La petite viUed' CTrim n'est célèbre que pour avoir donné naissance à Raphaël; Ancone ouvre son port, en forme de demi-cercle, au bord de l'Adriatique. Sa rade est belle et commode : les vaisseaux y sont attirés par la franchise doot elle jouit; sur deux mamelons, aux deux extrémités de la ville, s'élèvent, d'un côté, la citadelle, et de l'autre lu cathédrale. A l'entréedu port on voit un'arc de triomphe, qui Ait construit en l'honneur de Trajan. Lorette, bâtie sur une montagne qtii domine la mer, est digne de figurer dans l€S annales de la superstition. Une foule innombrable de pèlerins viennent déposer leurs offrandes et leurs prières dans la maison de la sainte Vierge, que des anges apportèrent de Nazareth, après lui avoir fait faire quelques autres excusons. Il est inutile de dire que ce petit bâtiment est orné avec la plus grande magnificence , et qu'on y conserve des vétemens et des meubles, qui ont appaitenos, dit-on, à la sainte famille. La maison se nomme la Santa Casa , et s'élève au milieu d'une église dont le trésor i été long-temps le plus riche du monde.
De Lorette aux frontières du royaume de Naples, on ne rencontre plus que Macerata , PtrmOy Camerino el AscoU; mais les papes possèdent encore, sur le 'territoire napolitain y Ponte-Corvo^ enclavée dans la terre de Labour, et Bénéifent , située dans la principauté Ultérieure, est remarquable par une belle porte appelée Porta-Aurea, arc de triomphe en marbre, élevé à Trajan.
A deux lieues au sud- ouest de Rimini^ un petit Etat i^ publicain est enclavé dans les Etats romains. La république de Saint-Marin, subjuguée par les papes en 1739, rendue ensuite à la liberté par l'empereur d'Allemagne, est aujourd'hui sous la protection du saint Siège, et se compose de la ville de Saint-Marin et de deux villages.
Ses produits consistent en vins, principal aliment de son commerce. La souveraineté réside dans un conseil de 3oo mciens, et le pouvoir exécutif dans un sénat composé de 20 patriciens, de ao bourgeois, et de ao paysans, présidés lar deux gonfaloniers que Ton réélit tous les trois mois.
TABLEAU de la population ^ des rwams^ et de V armée des ÉtaU r Église, et de la république de Sainl^Marùi»
ÉTATS DE L'ÉGUSE.
90 villes, ao6 bourgs, el 3,S87 villages.
Baperfldt. Population en i8a6. Bapport do la popolat. A la L carrée.
a,a57 a^S^OyOOO - 1,147
Division en i3 délégations.
Runini. Nomaaoa déUgaiiom. Populat. doa vUlof. Popttl. dot dél^t.
I Bologne 65,ooo 395,000
a Ferrare. .... 34*000 35o,ooo