‹ Traité élémentaire de matière médicaleChapitre 12 sur 40 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DE l’action thérapeutique DES MÉDICAMENTS.

Les anciens voyaient toujours les médicaments agir sur les causes des maladies; nous, au contraire, nous les voyons toujours agir sur les organes. Ils s’occupaient seulement des améliorations que la thérapeutique en retirait; nous nous occuperons d’abord des changements que leur impression occasione dans les tissus vivants , dans les mouvements des appareils organiques , dans l’exercice des fonctions , et c’est de là que nous ferons sortir les avantages qu’ils procurent à l’art de guérir. Quand ces agents diminuent les accidents d’une maladie , c’est par les effets immédiats qu’ils suscitent, soit qu’ils exercent une action purement locale, comme les stomachiques, ou une action générale , comme les émollients , dans les phlogoscs; les e.vcitants, dans le scorbut, etc.; ou une action à la fois générale et locale , comme les emménagogues, dans la rétention du flux menstruel; les diurétiques stimulants, dans les œdèmes, etc. ; ou une action dérivative ou révulsive , comme les vésicatoires , les sinapismes , etc.

Il est toutefois des médicaments qui se rendent utiles par une influence spéciale sur la cause même des accidents morbides. Mais cette manière d’agir D’apparticnt qu’à très peu de ces agents , et ne se re-

lO.

DE e’ACTION TUflRAPEETlOEE innrque que clans quelques affeclions pathologiques. Nous citerons comme moyens médicinaux, qui vont .lirectement agir sur la cause du mal , plusieurs vermifuges qui semblent jouir de la propriété de faire périr les vers intestinaux , d’être pour ces animaux une matière délétère et contraire à leur organisation.

Il en sera de même de l’emploi du soufre dans les maladies psorkiues , quand celte substance cletruil I insecte qui les entretient. Nous ajouterons 1 albumine, quand on s’en sert dans les empoisonnements par le sublimé corrosif, peut-être le mercure, dans les maladies vénériennes , etc. Les avantages que procurent ces médicaments dans les maladies que nous avons désignées , ne sont plus le produit des effets pbysio- Idgi^ies qu’ils déterminent. Ces effets deviennen même, alors inutiles , quelquefois ils sont évidemmen nuisibles. C’est pour cela qu’un praticien attenlil choisit toujours des vermifuges appropriés à 1 état des individus auxquels il les administre. Il ne donnera pas

la sementine, matière douée d’une faculté excitante,

h ceux qui ont une irritation des voies alimentaires , une sensibilité de l’abdomen , une menace de phlogose dans ces parties ; mais il aura recours è ‘ ’

bien douce, qui, en même temps quelle détruira les vers, exercera sur les intestins une influence émolliente

so., .o» auoo, ici ouUiec ,e petit nombre de secours médicinaux qui sc por en les causes morbifiques el les ouéonusseu., pou cuiuinuer à cxamiuor la srande masse Je

ihérapeulique dérive de fimpression qu ,1s fout

DIÎS MÉDICAMENTS. ï40

sur les organes , el des changements qu’ils déterminent dans l’exercice actuel des fonctions de la vie : cette condition est applicable à la presque généralité des moyens de la matière médicale. En continuant 1 exposition de nos principes généraux de pharmacologie , nous ferons abstraction dos autres.

Il n’existc pas dans les médicaments une faculté spéciale qui soit distincte de leur action physiologique , et à laquelle on puisse attribuer les effets curatifs qui suivent leur emploi.

Une seule puissance elfective réside dans les médicaments, c’est celle qui tient à leur composition chimique, à la nature des principes dont ils sont formés, et qui provoque les phénomènes organiques que l’on observe après leur administration. Ces agents ne sont pas de même doués d’une propriété dont l’exercice amènerait des effets curatifs, d’une vertu qui produirait nécessairement un amendement dans des maladies déterminées. Une série de propositions va servir d’appui ou de preuve à cette assertion.

1° Un médicament ne cause jamais d’amélioration dans une maladie , que d’abord il n’ait mis en jeu son activité, et provoqué une opération organique dans le corps malade. 11 y a entre les effets immédiats ét les effets curatifs une telle liaison , qu’il faut toujours que les premiers précèdent les derniers. Si dans les agents pharmaceutiques la vertu curative était indépendante de la puissance agissante, serait-il indispensable que le développement de celle-ci se fît avant que l’autre se manifestât?

)5o de l’action THÉRAPEtlTIQDE

2® Lorsque , par vétusté , par une mauvaise préparation , pu de toute autre manière, le médicament a perdu la faculté d’agir- sur les organes vivants ; eu , mieux encore , lorsque , par la puissance de 1 habitude , ou par une constitution particulière à 1 individu qui emploie cet agent, les organes sont insensibles à son action . que son administration ne cause aucun mouvement , aucune mutation dans le système animal , il devient aussitôt inutile comme moyen thérapeutique; il u’a plus la faculté ni de soulager ni de guérir. Les mêmes causes qui annulent la force active des médicaments , anéantiraient donc aussi leurs vertus curatives , si l’on voulait que celles-ci eussent une existence

positive , séparée dans ces agents.

3® Les médicaments qui provoquent les mutations les plus étendues dans le système vivant, qui occasioiient les ébranlements les plus profonds , les secousses les plus violentes, sont aussi ceux dont l’utihté thérapeutique est le mieux démontrée, et ceux dont on conteste le moins la puissance curative. On saisit sans peine le bien que procure l’emploi du tartre slibié , de l’opium, du quinquina, etc.; ces secours, que l’art de guérir nomme héroïques , laissent après eux un résultat favorable ou fâcheux qu’il est toujours facile de déterminer. On ne peut pas apprécier avec celte évidence l’influence bienfaisante du petit-lait, de tous les moyens, enfin, dont les effets immédiats sont peu sensibles. La cause des amendements qui suivent leur usa-e, reste souvent équivoque; on ne sait si on doit rapporter ces amendements à l’action débile de ces remèdes. Déplus, quand le thérapeutiste les emploie

DES MliDIGAMENTS. > 1

seuls, il croit rester dans l’inaction, se confier dans les ressources de la nature , faire une médecine expectante. Or, reconnaître que l’efficacité curative des agents pharmacologiques se proportionne toujours à l’énergie de leur action première sur les parties vivantes , n’esl-ce pas avouer que l’une tire son origine de l’autre ?

4“ L’existence d’une faculté spéciale qui produirait les effets curatifs , ne peut se démontrer dans les médicaments. Pris dans l’état de santé, on ne découvre rien dans les phénomènes physiologiques qu’ils suscitent, que l’on doive rapporter à l’exercice de celte faculté, qui puisse déceler son influence actuelle. Dira-t-on qu’elle reste latente , qu’elle ne se montre que quand la maladie contre laquelle l’auteur de toutes choses l’a destinée à agir, provoque son développement ? Mais alors chaque médicament pouvant rendre des services réels dans un certain nombre de maladies différentes , il faudrait admettre que toutes ces vertus curatives , distinctes entre elles , existent rapprochées et sans confusion dans cet agent , et que chacune d’elles entre en jeu aussitôt qu’elle rencontre la maladie contre laquelle elle doit servir.

5° Quelquefois les médicaments, au lieu de se montrer utiles et de calmer les phénomènes morbides auxquels on les opposait, produisent une exaspération fâcheuse dans les symptômes de la maladie , et donnent à l’affection pathologique une plus grande violence : supposera-t-on que ces agents possèdent encore une autre propriété pour produire ces accidents? Personne ne doute que ceux-ci ne soient la suite de

J 5a !>!'■ i/action thkwai'eutiqui-:

l’iui pression inopportune .déplacée , que le médicamenl a portée sur les tissus malades ; pourquoi ne ferions-nous pas dériver de la même source les eflets plus heu-, reux, les succès que la thérapeutique retire, dans d’autres circonstances , de ! emploi de ce même agent ?

6“ Il est connu que les secours pharmacologiques , pour être utiles dans le traitement d’une maladie, oèt besoin d’être administrés à propos. Tel moyen qui procure des avantages sûrs au début d’une maladie fébrile , ne conviendra plus dans le milieu de cette affection , nuira même , si l’on s’en sert à la fin : s il existait dans les médicaments une vertu positive, affectée à la guérison de telle ou telle maladie , le succès de leur administration dépendrait-il ainsi de l’époque où l’on y aurait recours ? serait-il subordonné au talent , à l’adresse du praticien qui met ces agents en usage ? Si le médecin est obligé de suivre la marche et les progrès de la maladie pour se décider dans l’application des remèdes ; si c’est sur la nature des accidents qui se manifestent que le praticien se règle pour choisir ses médicaments , ces agents ne sont donc pour lui que des instruments à l’aide desquels il fait dans le corps malade toutes les opérations organiques qui promettent d’être salutaires.

7» Aiontons que les circonstances extérieures qui ont le pouvoir de causer un changement, une révolution , dans l’état actuel du corps, sont susceptibles de faire pour lui l’office d’un agent pharmacologique, de devenir des remèdes efficaces. Faudra-t-il attribuer à ces circonstances des vertus curatives? Une grande peur a guéri la fièvre intermittente . parce qu’elle a suscite

UES MÉUICAMKNTS.

un violent ébranlement dans toute la machine , au moment où l’on attendait l’accès , au moment où le mouvement fébrile allait naître. Une indigestion est qùelquelbis devenue un accident salutaire. La privation totale d’aliments est une ressource diététique dont on s’est servi avec succès pour déraciner des affections vénériennes invétérées, ou guérir des maladies cutanées opiniâtres : on conçoit assez quelle altération doit occasioner un pareil procédé dans l’état intime des solides et des fluides. On voit souvent une maladie nouvelle faire cesser des maladies anciennes conlie lesquelles les secours de la pharmacologie restaient impuissants. Dans la thérapeutique des anciens, qui connaissaient peu de médicaments , on trouve un grand nombre de ces moyens qui se rendent utiles par leur action perturbatrice , et dans lesquels on ne peut supposer des facultés curatives. Ils faisaient souffrir la soif à leurs malades, ce qui allumait la fièvre et causait une anxiété cruelle ; ils les exposaient è un soleil ardent , ils les obligeaient à des exercices forcés , etc. , etc.

Concluons que les médicaments tirent de leur force active la propriété de guérir les maladies, ou de soulager les malades , que les avantages qu’ils procu rent ne procèdent pas de l’exercice d’une vertu spéciale destinée à les produire. Les mots faculté , propriété , qualité , etc.; fébrifuge, antispasmodique, béchique, antiscorbutique, etc., ne doivent être pris que comme des locutions de convention , dont on se sert dans le langage médical , non point pour désigner une chose réelle, un être effectif, mais pour annoncer un produit probable de la mise en usage du composé

i54 de l’action thérapeutique

dont on parle, dans les maladies cjue ces adjectifs désignent. Un médicament auquel on attribue une vertu fébrifuge sera toujours un tonique, un excitant, ou même un narcotique que l’on aura employé avec succès dans une lièvre intermittente. De même, un agent béchique n’est qu’un émollient , un excitant , ou un calmant, dont on se sert contre la toux. Dans un antiscorbutique, nous retrouverons souvent le médicament excitant, qui s’étail montré déjà fébrifuge et béchique; mais ici sa puissance médicinale est dirigée contre une affection différente : elle combat le scorbut, etc. Sans doute ce fut la reconnaissance qui fil admettre des propriétés curatives. L’homme qui se sentit soulagé par l’usage d’une production naturelle , éprouva comme le besoin de remercier en elle une puissance secrète à laquelle il devait sa guérison et le bonheur dont il jouissait.

D’où procèdent les avantages (juc procurent'les agents ^ pharmacologiques.

Le médecin qui arrive au secours d’un malade voudrait bien que les composés pharmaceutiques dont il va se servir possédassent , comme l’assurent des auteurs de matière médicale, la faculté de faire cesser les accidents morbides , qu’ils eussent une vertu réelle , positive pour rétablir sa santé. Malheureusement ce précieux privilège n’existe pas dans les agents médicinaux: ils n’offrent au praticien que des moyens actifs à l’aide desquels il peut susciter dans les tissus malades tous les genres de modifications qui lui promettent quelque avantage. Le médecin n’entre dans les intérêts

DES MÉDICAMENTS

de l’homme qui l’appelle , il ne travaille à le soulager, qu’eu agissant sur ses organes , souvent en augmentant momentanément son malaise ou ses souffrances. On le j voit alors exécuter dans le corps malade diverses sortes d’opérations médicinales : tantôt il imprime à tous les appareils organiques , à l’aide des alcoholiques , des diffusibles, une impulsion qui presse leur activité, et livre tout le système vivant à une agitation momentanée; tantôt, plus modéré dans l’administration de ces agents, il se contente de ranimer les forces vitales et de les soutenir par de nouvelles doses convenablement rapprochées. D’autres fois, recourant aux préparations opiacées , il produit un effet contraire , il affaiblit l’action des parties vivantes , détend surtout celles qui sont tourmentées par un spasme ou par une irritation. Avec les excitants , il donne aux fonctions de la vie qui sout languissantes une mesure d exercice plus active et plus régulière ; avec les tempérants , il ralentit celles qui s’exécutent avec trop de rapidité. Il for- 1 tiüe les tissus relâchés, et corrobore leur complexion avec les agents toniques ; il relâche ceux dont les fibres ' sont trop rapprochées, et qui ont un excès d énergie,

' avec les émollients , etc. Assez souvent il irrite une I surface et y détermine un centre de fluxion dérivatif ou révulsif, â l’aide duquel il parvient à faire cesser des spasmes , à déplacer des phlogoses qui occupent ' des parties éloignées. L’irritation des purgatifs sur les voies intestinales , celle des épispastiques sur les divers I points de la peau où on les place, nous offrent des exem- • pies de ces agressions, de ces lésions , de ces déchirements I que la thérapeutique produit dans la vue d’être utile.

,5() UK l’action thèkapeutiquk

En recourant aux composés pharmaceutiques, le médecin invoque donc le secours d’agents qui commencent par être perturbateurs: en les employant, il sait bien s’il stimulera les organes , ou s’il modérera la rapidité de leurs mouvements ; s il fortifiera les tissus vivants, ou s’il diminuera leur tension; s il irritera une surface, s’il augmentera une sécrétion , etc. ; mais il ne | doit rien assurer au-delà; le bien que le malade peut | retirer de celte opération organique est l’ouvrage de la : nature. Toutefois l’expérience du praticien, éclairée par les lumières de la physiologie , lui fait connaître s il doit compter sur le résultat thérapeutique qu’il espère ; elle rend pour lui plus ou moins probable l’amélioration qu’il cherche à obtenir en provoquant le mouvement que le médicament va déterminer.

Remarquons qu’en thérapeutique la probabilité prend un caractère particulier qui la fait sortir du calcul ordinaire. Lors de l’administration d’un remède , l’espoir de réussir à réprimer ou à calmer les accidents de la maladie est surtout fortifié par la présence dans le corps malade de cette force intérieure qui veille à sa conservation et qui , dans ces moments de trouble , fait des efforts sans cesse renaissants pour rétablir la santé. Pendant qu’un médicament développe sa puissance , la nature de son côté cherche à s’aider des phénomènes organiques qu’il produit ; car c’est elle qui effectue la guérison des maladies , qui décide du succès des moyens dont on se sert. Aussi , voit-on les mêmes affections pathologiques céder h des traitements très différents et quelquefois opposés. Si les médicaments avaient reçu le don do guérir quelques maladies déterminées, il fau-

DES MÉDICAMENTS. 1^7

draiL loujours prendre ceux qui jouiraient de celle laveur , et il n’y aurait (|u’une manière de traiter les affections semblables. L’art de guérir n est pas astreint à cette régularité. Les praticiens, dans une même maladie, ne tiennent pas la même conduite : les uns ont recours à des agents que les autres n emploient pas j tous suivent des méthodes curatives particulières , et , chose remarquable, tous obtiennent des succès , qu’ils apportent pour justifier leur pratique. Nous avons donné la solution de ce problème ; c’est la nature , cl non point les médicaments, qui dans les affections pathologiques , rappelle les appareils organiques à leur condition normale. Les agents pharmaceutiques sont bien la cause occasionelle de cet heureux résultat; ils le décident en excitant une modification salutaire dans l’état actuel des tissus malades , en provoquant des évacuations par divers émoncloires, en aidant des efforts qui promettent d’être utiles, etc.; mais ce n’est pas d’une manière directe que ces agents ont rétabli le calme; cl la cessation du désordre morbide n’était pas une suite obligée de la mise en jeu de leur propriété agissante. Aussi , de ce que deux maladies ont été guéries par les mêmes moyens pharmacologiques , on n’est pas autorisé à conclure qu’elles dépendaient des mêmes lésions.

C’est ici que nous devons parler de ce que nous nommons l’industrie thérapeutique. Celle industrie consiste à savoir tirer le meilleur parti possible des agents I médicinaux , è mulliplier les ressources dont l’art de guérir peut disposer , à en créer quand les secours ori dinaires restent insuifisanls ou inefficaces. 11 n’est pas

,58 DE l’action TIlfeRAPEBTIQUIl '

rare de rencoulrer des médecins dont le génie fécond , invente de nouveaux remèdes , à mesure que la maladie occasione de nouveaux accidents. Ils emploient des . médicaments dont souvent ou s est déjà servi , mais ils les rendent plus puissants , plus utiles par une manière inusitée de les appliquer. Tantôt , élevant brusquement la dose que le malade eu prend , ils savent en tirer des avantages inattendus , cette hardiesse éclairée est couronnée du succès ; ou bien, provoquant plu- , sieurs médications à la fois ou successivement , ils par- , viennent, par une savante combinaison , à obtenir un i produit que ces mêmes médications isolées n’auraient pu procurer. Donnant à des effets physiologiques semblables un degré plus élevé de force , d intensité , do durée , mesurant ces effets à la gravité de l’affection pathologique à laquelle ils les opposent , ils arrivent , avec le même composé pharmaceutique , à des résultats qui ont été refusés à ceux qui , plus timides ou moins adroits , n’ont pas suivi les mêmes principes. Il est digne de remarque que les praticiens qui se distinguent par une plus grande habileté à manier les apnts pharmacologiques sont ceux qui ne croient pas à 1 existence des vertus curatives , qui ne cherchent dans les médicaments que des instruments à l’aide desquels ils puissent détruire les lésions pathologiques, arrêter les mouvements morbides qui en dépendent.

C’est parce que les composés pharmaceutiques ne recèlent point en eux une puissance spéciale pour guérir, que la dose et le mode d’administration des remèdes les plus renommés décident toujours des succèsqu’ils procurent. U ne suffit pas que le malade prenne

DES MÉDICAMENTS

le médicament que demande son état , il Tant encore que les effets immédiats de ce dernier aient une étendue , une intensité proportionnée à celle de la lésion ou du désordre pathologique que l’on veut faire cesser. Nous trouvons ici un principe de thérapeutique qui nous semble mériter quelque attention. Dans le traitement d’une maladie, choisissez toujours l’espèce de médicament que réclame la nature de celte affection ; voilà un premier point : mais en même temps , donnez cet agent à une dose telle que son opération médicinale soit de force à lutter contre la lésion morbide : il faut que la mutation physiologique qu’il fera naître se montre capable de contre-balancer ce qui produit la maladie. Voulez-vous déplacer une irritation fixée sur un viscère, par l’action révulsive ou dérivative d’un vésicatoire ? une première condition pour réussir est de régler la grandeur de ce topique sur l’importance de la phlegmasie que vous cherchez à attirer sur un autre point. Que pourfait faire un petit épispastique contre une affection qui occuperait une certaine étendue et qui serait profonde? De même, irez-vous opposer à un accès de fièvre intermittente la force active contenue dans douze ou quinze grains de quinquina en poudre? Pour empêcher cet accès de naître , pour résister à l’effort fébrile, il faut susciter dans l’économie animale un mouvement général ; plusieurs gros de . l’écorce péruvienne sont nécessaires pour obtenir cet I effet. Une congestion sanguine existe vers la tête, elle I fait craindre un épanchement, l’apoplexie ; un praticien se borne-t-il à prescrire l’infusion d’une plante ' céphalique? La propriété seule de cette boisson pour-

lC,0 DE l’action TlllaUPELTIQDE

rail- clic (Iclruire. une cause aussi grave? Une personne .^prouve habituellcmenl des accidenls spasmodiques qui dépendent de l’excessive mobilité de son système nerveux; espérera- 1- on la guérir, en lui faisant prendre une infusion deüeurs de tilleul, ou quelques pilules antispasmodiques? U est évident que l’appareil cérébral de celle malade doit éprouver une modilicalion, qui ne peut être produite que par un ensemble de moyens hygiéniques et médicinaux.

Il est donc une condition importante à remplir dans la pratique de la médecine , c’est de mettre entre l’intensité du mal et la puissance du médicament, de la proportion , de l’égalité ; il faut que la puissance du dernier soit assez forte pour intervertir la marche de la maladie, pour abattre les symptômes dominants, pour ramener les tissus ou les organes malades a leur condition naturelle. Dans l’art de guérir, comme dans l’art militaire, les moyens d’attaque doivent en général se mesurer sur ceux de résistance ; s’il y a des exceptions , elles dépendent , dans l’un et l’autre cas , de l’habileté de celui qui dirige le combat.

Ces principes de thérapeutique conduisent , non seulement è choisir des médicaments convenables et à en bien régler la dose , Us conduisent en même temps à suivre un mode d’administration qui assure leur efficacité. Celui qui se persuade que les agents pharmaceutiques recèlent des vertus curatives , et que ce sont elles qui guérissent les maladies , se croît dispensé de surveiller les effets immédiats de ces agents, de s assurer si ces effets acquièrent tout le développernenl nécessaire. Le médicament a été administre , cela suffit .

«fis MjîmCAMF.NïS.

iGi

on attend avec confiance les avantages qüi doivent être la suite de son emploi. Mais le praticien qui n’oublie pas que les secours pharmaceutiques tirent leur utilité de l’action première qu’ils exercent sur les tissus vivants , des modifications qu’ils leur font éprouver, ne néglige pas l’observation de ces dernières, et il les fait naître avec toutes les circonstances propres h assTirer leur succès. S’il donne un tonique pour rétablir l’intégrité des digestions, pour favoriser l’élaboration des matières nutritives , il le fait prendre immédiatement avant l’heure des repas, afin que l’impression corroborante de cet agent soit encore comme présente dans l’organe gastrique au moment où il travaillera à la formation du chyme. S’il a recours à une teinture alcoholique, pour dissiper un état général de faiblesse et d’épuisement, il n’en fera pas prendre une grande quantité en une fois , pour n’y plus reve- : nir ; mais il donnera , toutes les trois heures , par exemj pie, une cuillerée de ce composé stimulant, afin ■ d’entretenir, de rendre permanent dans tout le sys- I tème animal , le développement de vitalité qu’il provo- ; quera , etc.

I Pour apprécier les avantages que les médicamenls procurent a la thérapeutique , il est nécessaire d’étudier les effets immédiats qu’ils produisent.

Ce qui intéresse le médecin dans l’action des agents I pharmacologiques, ce sont sans doute les résultats I de leur administration; et s’il pouvait toujours con- ! naître les avantages que ces agents procureront, il \ semble qu’il lui serait assez indifférent de savoir quels

i6si

DE d’action ïUtnAPECTlQÜE phénomènes organiques ils ont fait naître; mais il n’est pas possible de séparer ces deux choses. Comme les produits curatifs émanent de rexerclce de la force active des médicaments, comme ces produits sont la suite des changements qu’éprouTent alors les tissus malades et même tout le corps, il faut constater 1 ex„. lence de ces changements; il faut de plus étudnir leur nature, apprécier leur importance, leur étendue , si l’on veut rapporter toujours è leur véritable cause les amendements dont le praticien peut être le témoin, si l’on veut éviter de les attribuer au médicament que l’on a employé , lorsqu’ils découlent d’une autre ,

“ c“st pat rapport aux avantages . aux améliorations oui surviennent après l’administration d un composé Lrmacentique.que l’on peut surtout répéter avec

[’oracle de Cos, experimtù, faltax. Depuis la nai sauce de l’art de guérit , on ne s’est servi des agents médicinaux que pour en constater Les observations , les essais se sont f ;

Chaque substance médicamenteuse a été 1 ob^t d recherches d’un grand nombre

résulté de cette multitude innombrable de lai s. De dtcussions , des contradictions , des doutes ; et la ma- ,-„re médicale es. encore une collection -no u-ns trompeuses , d’annonces décevantes . plutôt qu une

au! p!og!ès des antres hranches de la médecine , c est

qu’elle n’a jamais eu de 'Vp! Le

n’a jamais offert une doclrme qui lu. fut p P

DES MÙDICAMENTS.

médecin , imbu de l’idée qu’il existe darfs les médicaments des vertus curatives, ne s’occupe que de leur recherche : pour lui la matière médicale est toujours de la thérapeutique, et lorsqu’il étudie l’action d’un moyen pharmacologique , c’est seulement pour découvrir les maladies que ce moyen peut guérir. Adminis- Ire-l-il à un malade un médicament , il s’attache aux accidents morbides pour apprécier la diminution qu’ils éprouvent, et il ne manque jamais de rapporter h son influence tout ce qu’il survient d’avantageux dans la marche de la maladie, dans le développement des symptômes. Il conclut toujours comme si l’emploi du remède et le mieux obtenu se tenaient e|i découlaient nécessairement l’un de l’autre: post hoc,ergo propter hoc. C’est sur cette base fragile que l’on voulait asseoir les fondements de la Science des médicaments ; elle se composait trop souvent de ces observations qu’une fausse expérience enfante , et auxquelles la crédulité donne de l’importanée.

Quand on se représente le nombre d’affections pathologiques dans lesquelles la nature triomphe toute seule de la cause du mal; quand on réfléchit que nos parties vivantes ont une tendance spontanée è revenir è des mouvements réguliers, dès qu’elles s’en sont écartées ' ; quand on est tous les jours témoin d’amé-

C est cette tendance, plus puissante dans la jeunesse, qui fait que l’on obtient plus de succès, toutes les circonstances étant égales, dans nos salles de militaires, dans les collèges, dans les pensionnats, dans les séminaires, que dans la pratique civile , dans les hospices de vieillards.

de l’action THÉnArEUTlQUli

liorations momeiilanécs ou durables, ciu’il faut rapporter à rinfluence du principe qui nous anime : comment peul-on espérer, après l’usage d’un médicament, de démêler toujours ce qui émane de son opération , de le distinguer de cequi appartient aux forces médicatrices.^ Dans le cours d’une maladie dont nous supposerons même la fin malheureuse , la nature ne se laisse vaincre qu’après de longs et fréquents combats, dans lesquels les avantages ont été souvent balancés ; comment opérer un départ exact du produit particulier de chacun des moyens que l’on a mis en usage pendant ces révolutions , pendant ces grands mouvements? Néanmoins il est des praticiens qui ne manquent jamais d’attribuer au médicament dont ils viennent de se servir tous les mieux, même passagers, qu’ils remarquent. C’est en général d’après cette marche qu’ont été dressées les listes des vertus qui , saiis choix, sans critique, figurent con usénaent à la suite de chaque substance médicinale dans les ancien- .

nés matières médicales. , . la

MaU la force médicatrice de la oature n est pas la

seule cause dVrreur que doit éviter le medecm ,u, .•occupe de coustater les propriétés des ageuts méd ciuaux Pendant que les maladies parcourent leurs diverses périodes , combien ne survtenl-.l pas d amendemenls qui sont causés par les circonstances hygrun- „ues qui entourent les malades et qm agissent sur L' La puissance de ces causes extérieures est très forte , ir J étendue , et le plus souvent elle '

uetçue. Or , fidèle au principe que 1 on a atlop , rapporter h raction dit médicament toutes les améli -

DES MÉDICA.MENTS. 10’

rations fini se inanit’estenl après son administration , on ne tient aucun compte des inllueuces qui parlent d’autres points , et qui sullisent cependant pour intervertir l’ordre des mouvements morbides, pour calmer les accidents les plus menaçants , même pour rétablir la santé. Combien de fois n’a-t-on pas vu un changement dans la température de l’air ou dans sa constitution hygrométrique , une nouvelle saison , le passage du malade dans un autre pays ou dans une habitation différemment exposée, la diète absolue, une nourriture inaccoutumée , des exercices journaliers , des émotions soudaines , des passions de 1 âme , etc. , devenir des moyens puissants de guérison? Chacune de ces circonstances, prise isolément, exerce, sur l’économie animale , un pouvoir qui égale au moins celui des agents pharmacologiques. Elles ont souvent, seules, procuré des succès thérapeutiques qui feraienCla réputation du médicament auquel on les attribuerait; mais, réunies et agissant d’une manière méthodique et simultanée , ces circonstances hygiéniques acquièrent un pouvoir plus remarquable encore : elles provoquent dans le corps malade des mutations, des révolutions , qui se sont fréquemment montrées salutaires ; elles ont déraciné des maladies qui avaient bravé la puissance de toutes les ressources pharmacologiques.

Cependant, dans les observations qui ont pour objet la recherche des propriétés des médicaments , on néglige le calcul de ces inÜnences hygiéniques , et 1 on attribue aux agents médicinaux des résultats curatifs auxquels ils n’ont quelquefois pas contribué.

i66 BE l’action TUilUPEUTIQUE

Sans doute, nous signalons ici la source de ces éloges immodérés qui ont été accordés à des substances inertes , que npus refusons aujourd’hui d’inscrire sur la liste des productions médicamenteuses, ou à des objets insignifiants, que l’on regarde comme incapables de rendre quelque service dans le traitement des maladies.

Est-il donc un moyen de mettre l’esprit à l’abri des séductions dont nous venons de parler? Existe-t-il une méthode propre à distinguer les guérisons qui sont la suite de l’action qu’un médicament exerce sur le corps malade, de celles qui s’effectuent pendant qu’on le met en usage, mais sans qu’il y ait aucune part? La pharmacologie peut-elle offrir un procédé à l’aide duquel on puisse prévenir ces erreurs, qui sont si préjudiciables à l’art de guérir ? On trouvera une garantie , sinon absolue , au moins la plus solide possible , dans l’observation , dans l’examen des effets immédiats que provoquent les médicaments , puisque c est de ces effets que procèdent les avantages thérapeutiques dont ils sont la cause. Pour ne point s’égarer dans les jugements que l’on porte sur le mérite d’un agent pharmacologique , il faut s’occuper d abord de son action première sur les tissus vivants , connaître tout ce pu’il peut faire éprouver aux divers appareils organiques; puis se représenter les lésions pathologiques dont on lui attribue la guérison , leur caractère , leur étendue, leur ténacité. Alors , mettant en regard l’opération du remède et la maladie , le médecin verra s’il y a entre ces deux choses une liaison , si la première a pu détruire la dernière , si elle a pu faire peu a peu

des MtmCAMENTS. J”/

OU brusquement MisparaUrc la cause organique qui

entretenait le trouble morbide.

Quand les éloges donnés à un remède ne peuvent se justifier par le caractère , ou seulement par l’énergie de son action, restez dans le doute, demandez de nouvelles observations, appelez-en à un nouveau jugement. Il laut toujours que les effets physiologiques qu’une substance naturelle provoque expliquent les cures que l’on assure avoir obtenues de son administration. 11 existe entre ces deux objets le rapport obligé d’une cause h son effet : or c est ce rapport qu’il faut justifier. Voilà le fond essentiel , la matière propre de la pharmacologie. S’il n’y a point de proportion entre l’action que le médicament exerce sur le corps malade, et la lésion pathologique qu il passe pour avoir combattue; si celte nction est trop faible, si elle dure trop peu de temps ; si les modifications qu’elle détermine dans les tissus vivants ne sont pas opposées à celles d’où dépend l’état de maladie; si elle ne peut pas opérer le retour des parties affectées à leur condition naturelle ; si enfin il vous paraît impossible que la physiologie donne la raison de l’utilirà de cet agent , regardez les guérisons attribuées à son usage comme appuyées sur une fausse expérience.

Le médecin doit toujours avoir sous les yeux les effets immédiats d’un médicament, lorsqu’il veut décider quel intérêt ce dernier peut inspirer. Ainsi , propose-t-on d’introduire une substancQ|nouvelle dans la thérapeutique ; ou bien essaie-t-on de ramener sur 1& scène un remède ancien , de lui faire jouer un rôle plus important que celui qu’il y a joué? le médecin qui vou-

l68 UK l’action TUinAPEUTlQUE

(Ira eslimor sa valeur thérapeutique, examinera d’abord sa composition chimique et ses qualités sensibles , qui déjà lui permettront de prévoir s’il peut tenir les promesses de ceux qui le vantent; ensuite il le mettra en action sur l’économie animale , il suivra le développement de sa puissance sur tous les appareils organiques , il recueillera avec soin les modifications qu’il provoque dans les tissus vivants. C’est seulement quand il aura constaté le pouvoir de ce nouveau secours qu’il connaîtra quelles sont les alTeclions dans lesquelles on doit l’employer, à quelle espèce de lésions pathologiques on pourra avec confiance opposer sa force active. Pourvu de ces données, le médecin prononcera sur le mérite de cet agent ; il se sera garanti de toutes les illusions qui assiègent celui qui s’occupe de vérifier les facultés des composés médicinaux.

Une autre marche ramènerait toujours au même point la science des médicaments. Rassemblez tous les jours des observations sur les avantages curatifs que procurent les agents pharmacologiques; tentez sans fin de nouveaux essais : vos travaux ne vous donneront que des conclusions fausses, des attributions erronées, si vous ne constatez d’abord l’action physiologique de chacun de ces agents, pour y trouver la raison des effets thérapeutiques qui suivent leur administration '. La noix vomique, proposée comme

’ Cette marche est celle que nous avons vu suivre récemment à deux hommes célèbres. M. Hallé, dans son rapport sur les effets d’un remède proposé pour le

DES MÉDICAMENTS

remède , a élé jugée en très peu de temps : on a connu bientôt et l’étendue de scs facultés et les limites de son pouvoir curatif. Le sulfate de quinine a pris , aussitôt après sa découverte , la place qu’il doit occuper parmi les moyens médicinau.v, pareequ on s est d’abord arrêté à ses effets physiologiques. 11 ii’y a véritablement que ces effets qui donnent une doctrine à la pharmacologie.

Il est des effets curatifs qui ne paraissent qu’après un usage prolongé des agents pharmacologiques.

Quand on donne un médicament tonique dans une faiblesse d’estomac , le bien que procure son impression sur l’organe gastrique s’aperçoit aussitôt après son administration ; l’e.^ercice de la digestion devient plus libre et plus facile. De même , après 1 emploi d un purgatif et d’un émétique, on peut juger si 1 opération de ces évacuants a été favorable au malade. Mais cette évidence des effets thérapeutiques n’est pas aussi prompte ni aussi frappante toutes les fois que l’on a recours aux moyens de la matière médicale. Il est des avantages curatifs que l’on ne peut découvrir que par un usage continué et prolongé des mêmes agents médicinaux.

Ce n’est souvent qu’après plusieurs semaines qu’il

traitement de la goutte, et M. Chaussier, dans celui qu’il' a fait sur le même sujet, ont tracé des modèles à imiter toutes les fois que l’on aura un nouvel instrument de thérapeutique à juger.

J,J,0 UE l’action TIIÉEAI'EUTIQUE

est possible d’eslimer les amendemeals causés par les v jus d’herbes , par les eaux minérales , par des pilules ;

extractives , etc. , etc. , que 1 on prend journellement. %

L’étude des effets curatifs qui suivent ainsi tardivement l’usage des agents pharmacologiques présente des : considérations particulières. D’abord il est rare que , ces effets qui se sont établis si lentement soient le produit simple de l’action du médicament que l’on a employé. D’autres causes ont -toujours contribué à les réaliser; et le changement salutaire que l’on obtient est un résultat complexe auquel ont concouru une réunion d’influences distinctes qu’il faut signaler et démêler. Le médicament a pu avoir une grande part dans l’amélioration qui s’est opérée pendant qu’on en faisait usage; mais il n’a point tout fait seul, il a été aidé efficacement par des circonstances actives , qui modifiaient dans le même temps le corps malade , et dont la puissance ne doit point être méconnue. Nous citerons , comme les principales , le genre de nourriture qu’a pris le malade , les divers exercices auxquels il s’est livré, un changement de pays , de saison , etc.

De plus, il s’établit souvent entre l’action des moyens hygiéniques et l’action des moyens pharmacologiques une corrélation , qui amène des résultats importants , des avantages remarquables. Ceux-ci naissent de la réunion , de l’accord de ces moyens, et cessent de se produire quand ces derniers vont séparés , quand ils agissent isolément. Ainsi , à un individu dont les digestions étaient lentes et imparfaites , vous administrez un médicament tonique, vous lui conseillez en meme temps des aliments substantiels et en quantité su i-

sanie : vous obtenez alors des effets particuliers , des phénomènes nouveaux , que ce médicament ne produit pas quand bn le donne seul. La matière alimentaire qui n'aurait pas été convenablement élaborée par les organes gastriques . fournit à cause de l’innuence corroborative du médicament , une grande abondance de principes réparateurs; cet agent devient par Ih cause éloignée des changements organiques qui dériveront de la répartition de ces principes dans toutes les parties du corps , et de leur assimilation au sang et

aux tissus vivants. '

Souvent, à deux causes qui ont une action conjointe, et qui donnent des effets communs, il vient encore s'en joindre d’autres, dont il faut apprécier les influences particulières , dont on doit tenir compte dans le résultat obtenu. Supposons , par exemple , que l’individu dont nous parlions tout à l’heure , et h qui on donne à la fois un tonique et une nourriture choisie , quitte brusquement la vie inactive qu’il menait pour se livrer à des exercices spontanés , ou qu il monte tous les jours à cheval ou en voiture; combien l’effet stimulant du mouvement musculaire, ou le pouvoir tonique de la gestation, n’aura-t-il pas de part au rétablissement de la nutrition dans les fluides et dans les solides, au retour des forces et de la santé 1 Si le malade avait abandonné la ville, pour allej" habiter une campagne située sur une colline sèche , celle circonstance deviendrait un événement important dans le calcul des causes médicinales qui ont changé l’état morbide do son corps , et amené la guérison de sa maladie.

172 Dli l’actiok TH1ÎUA1>EUTIQUE

Cette nouvelle efficacité qu’acquiert un moyen pharmacologique quand son opération est fécondée par celle d’un moyen hygiénique , a du frapper les médecins et leur donner le désir de la faire tourner au profit de la thérapeutique. C’est aussi l’ohjet que l’on se propose lorsque l’on dirige contre une seule maladie un ensemble de secours tirés de l’hygiène et de la matière médicale, et que l’on combine leurs effets particuliers de manière à les l’aire tendre vers un but commun. Ces collections d’agents divers , disposés dans un ordre savant et raisonné , forment une méthode curative. Là le médicament n’a plus une action simple ; le développement de sa force médicinale occasione , outre le résultat thérapeutique qui lui est ordinaire , d’autres produits qui dépendent de ce que des influences qui lui sont étrangères se mettent en jeu en même temps que la sienne , et s’unissent avec elle. Là un agent médicinal multiplie sa puissance , et fait naître des changements organiques inaccoutumés.

La piiissancê des méthodes curatives sur le corps malade est étendue : elle peut modifier la composition actuelle du sang et la constitution des tissus vivants. Une méthode curative donne un nouveau mode d’exercice à toutes les fonctions assimilatrices; ce nouveau mode devient permanent, au moins pendant quelque temps : alors toutes les parties du corps réparent leur matériel et sè nourrissent d’après une mesure réglée par celte méthode elle-même : l’état intime des humeurs et des solides éprouve un changement ; le système animal tout entier subit progressivement une profonde transmutation. Aussi les médecins n’ont-ils recours à

UES MÉDICAMENTS

CCS grands moyens de la thérapeutique que pour combattre des causes très graves de maladie , ou pour déraciner les affections les plus invétérées.

Il est impossible de suivre la marche de la révolution qu’une méthode curative suscite dans 1 économie animale, et de noter les progrès des modifications qu’elle détermine dans toutes les parties du corps. Cependant on voit fréquemment paraître dans les individus soumis à la puissance de ces réunions de moyens pharmacologiques et hygiéniques des phénomènes qui décèlent les mutations intestines et secrètes que nous voulons ici signaler. Bordeu, Malad, chroniq., répète souvent que l’usage des eaux minérales produit une petite fièvre. Il cite l’histoire d’un jeune débauché, qui était tombé dans un grand état de marasme, qui n’avait plus ni force ni appétit, et qui ne pouvait s’aider d’aucun de ses membres. La boisson des eaux chaudes de Baréges et les bains tempérés rappelèrent l’appétit et les forces; mais alors la fièvre commença à paraître , et il se forma shr la peau une éruption semblable à celle de Vherpes miliaire : enfin , au bout de soixante jours , après dos sueurs et un écoulement d’urines troubles , la santé s’était rétablie. Clerc, dans son Histoire de l’homme malade, rapporte l’observation d’une princesse à qui il fit prendre du lait pendant trois mois et demi ; au moment où sa situation s’améliora, elle éprouva une démangeaison universelle. Les observations cliniques de tous les jours présentent des faits analogues. On voit les malades pour qui on a institue une méthode curative éprouver des accès de fièvre , des hémorrhagies , des abcès , des

1^/^ DE l’action thérapeutique

éruptions de diverses natures , etc. : l’époque où se manifestent ces efforts critiqnes est ordinairement celle où la maladie s’affaiblit, où l’on voit s’effacer jusqu’aux traces de son existence dans le corps vivant.

Si nous devions ici traiter de la composition des méthodes curatives, nous dirions que l’on y distingue des moyens positifs et des moyens négatifs, qui tous contribuent aux succès qu’elles procurent. Les premiers sont les médicaments que l’on emploie, les circonstances hygiéniques que l’on fait agir sur l’individu que l’on traite, etc.; les seconds sont la diète, l’abstinence de café, du vin et des autres choses auxquelles le malade était habitué. L’interruption seule des Influences qu’il ressentait journellement agit sur lui comme une cause qui aurait une existence effective; et le pouvoir qui résulte de ces secours négatifs doit être pris en considération, lorsqu’on vent juger d’où émane la puissance thérapeutique d’un traite- Èient méthodique. On pourrait aussi établir une sorte de préséance ou de rang entre les moyens qui forment une méthode curative, et distinguer, les secours principaux ou primaires; 2® les secours auxiliaires ; 3“ les secours explétifs.

Le thérapeutiste doit étudier la nature et commîlre l’étendue de la lésion qui fait la maladie.

Toute maladie suppose une ou plusieurs lésions de tissus , d’organes ou d’appareils organiques. Ces lésions consistent en un changement d’état, en tme modification matérielle ou vitale de ces parties. Elles se manifestent par deux sortes de signes. Ou ceux-

DES MÉDICAMENTS. >7

ci sont directs, ils se voient sur l’endroit même qui est malade, comme la pâleur ou la rougeur, le gonflement ou la diminution de volume, la résistance ou le ramollissement, la température élevée ou abaissée, le mode de sensibilité, etc.; ou bien ces signes sont éloignés , se trouvent dans 1 action des organes , dans les variations que subit 1 exercice de leurs fonctions , comme la lenteur ou la rapidité de leurs mouvements , la force ou la débilité de ces derniers, les sécrétion» plus ou moins abondantes qu’ils fournissent , les altérations diverses qu’offrent les matières excrétées , etc. Les premiers signes sont sûrs; par eux le praticien prend une notion exacte des lésions qui existent. Mais ces signes manquent , ils restent occultes dans les affections qui occupent les organes situés dans les diverses cavités du corps : on ne peut déterminer la nature des lésions qu’éprouvent ces derniers qu’à l’aide des signes éloignés ou du second Ordre. Aussi n’est-on pas toujours d’accord sur les maladies qui attaquent les organes intérieurs, tandis qu’il y a rarement dissidence d’opinions lorsqu’on peut s’éclairer des signes directs.

Ou ne doit s’arrêter aux symptômes , aux signes , aux phénomènes morbides, que pour arriver à connaître toutes les lésions qui existent dans le corps où ils se manifestent. Le médecin qui les recueille pour en composer une maladie et pour trouver la place qu’elle doit occuper dans un cadre nosographique , perd de vue ce qui cause, ce qui entretient la maladie. vCelui qui voit dans les symptômes des guides propres à le conduire vers les parties lésées , à lui découvrir le caractère et l’étendue du mal, reconnaît promptement

ce

jy6 DE l’action TIlÉn apedtique

qu’il doit craindre et ce qu’il doit tenter. Le premier demande enhés'üant quelle est la maladie; le deuxième cherche où elle est, et y prend , si j’ose ainsi parler, les ordres de la nature.

Nous ne saurions trop recommander aux jeunes médecins , lorsqu’ils approchent un malade , de parcourir successivement les divers appareils organiques de son corps. Nous est-il permis de citer ici en exemple la conduite que nous tenons dans nos exercices cliniques? Nous commençons par la tête, qui renferme le cerveau, le cervelet, les méninges; nous suivons le prolongement rachidien ; nous recherchons avec attention toutes les altérations que l’appareil cérébral peut éprouver; nous les découvrons dans la douleur, la chaleur, la tension , la pesanteur, les perceptions insolites, etc., que ressent le malade dans les divers points que cet appareil occupe: tout ce que présentent de nouveau, d’inaccoutumé, ses facultés morales, nous sert aussi de guide : nous puisons dans 1 exercice des organes des sens et des actes qu exécutent les muscles , des renseignements précieux pour arriver au même but. De la tête nous passons à la poitrine : nous examinons avec soin la situation actuelle des organes pulmonaires , puis de l’appareil circulatoire ; nous consultons à la fois, pour connaître la disposition de ce dernier, le cœur, les artères et la température animale. Arrivé à la cavité abdominale, nous constatons par l’e.xamen des lèvres , de la langue , par l’application de la main , par la pression , par le nombre et les qualités des déjections, etc. , la condition présente des viscères qui y sont contenus. Nous n’oublions pas 1 op-

pareil urinaire; enfin, nous interrogeons la peau , l’expression de la figure, etc. Au moyen do celle enquête séméiotique, il n’échappe rien. On arrive facilement à la lésion principale. S’il en existe de secondaires , elles sont notées ; si , par le progrès de la maladie ou pendant sa durée, celles-ci prennent du développement, on les a vues naître, on les a suivies, on n’est pas surpris, ni trompé.

Ce qui semble par-dessus tout recommander celle méthode, c’est qu’elle conduit à bien juger le -caractère, la nature des lésions pathologiques, et, par suite, qu’elle montre les moyens médicinaux que ces lésions réclament, le degré de force qu’il faut donner à l’opération des remèdes, comment il faut les employer. Si celle méthode fait clairement apercevoir les indications que le praticien doit remplir, elle lui montre en même temps les contre-indications qu’il doit respecter. Une lésion occupe un appareil organique; cette lésion réclame un médicament doué d’une vertu déterminée: mais un autre appareil également malade sera offensé par le même agent, son état actuel en proscrit l’emploi, etc. Ces vœux opposés ne peuvent échapper, en suivant la marche que nous venons de tracer.

En étudiant les maladies par les appareils organiques, il en résulte cet avantage, que l’on ne verra plus les médecins faire , en observant le même malade , des maladies différentes, parce qu’ils ne les approcheront pas avec des idées préconçues, qu’ils ne négligeront pas des symptômes qui leur paraîtront peu importants, pour en grossir d autres qui offrent plus de rapports avec leur doctrine. En passant en revue tous les appa-

1^8 de l’action TIlfenAPEUTIQUE

reils organiques , aucune lésion ne peut échapper , on ne peut point défigurer les faits , on ne peut plus opérer des associations arbitraires de symptômes.

Il semble tout d’abord que les recherches cadavériques , en mettant à découvert les lésions qui entretiennent les maladies, doivent apprendre quelles sortes de secours le thérapeutiste peut leur opposer; mais cet espoir est loin de se réaliser. Dans nos amphithéâtres , les parties que la maladie attaquait ne sont plus ce qu’elles étaient pendant la vie. Des circonstances qui formaient des indications thérapeutiques précises , qui appelaient des secours médicinaux bien déterminés , ont disparu ; des causes qui suscitaient des symptômes fâcheux , des phénomènes menaçants , ne s’aperçoivent plus; la mort les a effacés. Un froid uniforme remplace dans le cadavre les exaltations de température qui étaient si sensibles , et qui fomentaient tant d’accidents divers. La pâleur, la lividité s’est substituée aux rougeurs , aux auréoles qui recouvraient les tissus malades. Où il y avait une tension très prononcée, on remarque de la üétrissure, de la laxité; on ne trouve plus la raison de cette ardeur intérieure qui tourmentait si cruellement le malade, de 1 éréthisme,''de l’aridité des surfaces, de l’excès de sensibilité qu’il éprouvait pendant la vie , de l’agitation à laquelle il était en proie. Ce ne sont donc point des lésions telles qu’on les découvre dans les cadavres que le médecin est appelé à combattre; mais ce sont les lésions telles quelles existaient avant la mort, telles que des symptômes plus ou moins nombreux les révélaient, qu’il doit traiter : c’est celles-c.

DJÎS JIKDICAUENTS.

qu’il attaque avec des remèdes , dos moyens actils ; c’est sur les lésions vivantes que l’impression de ces derniers peut opérer un changement salutaire.

N’oublions pas de plus que les ouvertures des cadavres nous mettent sous les yeux le produit de la maladie plutôt que la maladie elle-même. Ce que l’on contemple alors est la cause, j’allais dire le travail de la mort. Les effrayants désordres qui frappent notre imagination justifient le diagnostique du praticien; ils découvrent ce que l’affeclion pathologique a été; ils permettent de deviner la marche qu’elle a suivie, de se représenter les changements progressifs que les parties malades ont éprouvés pour arriver à l’état où on les trouve. Mais le thérapeutiste a besoin de se rappeler que les altérations qu’il vient d’examiner ne se sont effectuées qu à la longue , qu’elles ont eu un commencement et un accroissement , que dans le temps qu’elles ont mis à se former, on peut établir plusieurs périodes. Ces réflexions sont d’une grande importance ; car. en fréquentant nos amphithéâtres, en observant les modifications qu’éprouvent les tissus, les lésions que subissent les viscères , les désorganisations dont sont susceptibles toutes nos parties,. on reste surpris de leur nombre, de leur étendue, de leur gravité; puis , en mesurant à ces altérations pathologiques la puissance de nos moyens médicinaux , on est découragé, on reconnaît tonte leur Insuffisance. Peut-on voir les tissus organiques endurcis, changés de nature, ou bien ramollis et pulpeux ; des viscères convertis en masses tuberculeuses , atrophiés , ou au contraire prodigieuse- »»enl augmenté* de volume, transformés en une sub-

de l’action TIltnAPEETlQÜE

Stance toute différente , etc. ; des cavités remplies d’iin liquide séro-puriforme , leurs parois couvertes d’exsudations gélatineuses, de végétations, d’ulcérations , etc. , etc. , sans se demander ce que peuvent faire , contre de pareils désordres , nos médicaments et tqus les moyens dont la thérapeutique peut disposer ^ Les recherches d’anatomie pathologique tendraient donc il diminuer la confiance que les remèdes doivent inspirer au praticien , ii faire même naître contre eux une fâcheuse prévention. Mais nous avons déjà dit que ce n’étaient pas les lésions telles quelles existent dans les cadavres que l’on prétend combattre avec les secours thérapeutiques. Ces lésions ont alors atteint leur terme; elles ont dépassé le point où l’on pouvait en suspendre le cours , où l’on pouvait surtout réparer les altérations matérielles quelles produisent. Ces lésions ont eu un commencement, un développement; alors qu’elles étaient récentes , légères , qu’elles n avaient pas pénétré profondément , quelles n’avaientpas modifié, dénaturé les tissus, ou opéré d’autres désordres graves , etc. , elles n étaient pas au-dessus des ressources de la thérapeutique : il y avait de la proportion entre ces lésions et la puissance ou l’effet des agents médicinaux. Il n’est plus difficile de concevoir alors que ces agents procurent la guérison d’affections qui sont de la même classe que celles dont nous venons d’exposer les produits anatomiques , qui tendent ù amener le même désastre , puisqu’on les a attaquées dans leur début, et avant quelles aient causé tout le mal que dévoilent les ouvertures de cadavres. L uli ite des instruments thérapeutiques dépend ordinairement

DES MÉDICAMENTS. l8l

(le l’époque où on les met en action. Tel moyen qui aujourd’hui détruirait sûrement un travail morhide , restera inhabile ou insuffisant quelques jours plus tard.

Remarquons que ce sont surtout les botanistes, les chimistes, qui ont doté les productions naturelles et les composés pharmaceutiques des vertus merveilleuses qu’on leur attribue dans les ouvrages de matière médicale. Ce sont les savants étrangers 5 la pratique de la médecine, étrangers surtout aux travaux anatomiques, qui parlent aveb une confiance illimitée de la toute-puissance des médicaments et des cures qu’ils opèrent. Ouvrant fréquemment des cadavres, ayant journellement sous les yeux les lésions qui entretiennent les maladies, les anatomistes prennent souvent une opinion inverse : ils ne peuvent concevoir que ces lésions cèdent jamais à l’action de nos moyens médicinaux; ils finissent par dédaigner ces derniers , ils deviennent injustes envers eux.

Nous concluons que c’est une lésion vivante que le ' thérapeutiste traite; qu’il doit, pour reconnaître l’espèce de secours qu’elle réclame, se la représenter telle qu’elle est pendant la vie, avec sa couleur, sa température , les modifications de sa sensibilité , et qu’il est nécessaire qu’il l’attaque en temps opportun , avant qu’elle ait détruit la texture naturelle des parties où elle a son siège, s’il veut que l’opération des agents thérapeutiques se montre efficace.

Nous ajoutons que ces principes donnent à la pratique de la médecine une base solide qu’elle n’avait pas. L art de guérir est-il encore tout conjectural ,

1 8a DK l’action thèbai’ectiql'e des médicaments.

r quand il détermine les lésions qui constituent les maladies, quand il assigne leur siège, qu’il mesure, leur étendue , qu’il annonce les modifications matérielles qu’elles font éprouver aux organes? 2“ quand il annonce d’avance les efiets physiologiques que les remèdes produisent, quand il prévoit l’opération première des instruments auxquels il a recours? Sans doute le produit thérapeutique de cette opération reste toujours éventuel , incertain ; trop souvent il ne répond pas à l’attente du praticien : mais la médecine peut-elle espérer de guérir toutes les lésions dont nos organes sont susceptibles? les limites de son pouvoir n’ont-elles pas été posées par le Créateur lui-même?

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