‹ Traité élémentaire de matière médicaleChapitre 5 sur 40 · MS SUBSTANCES NATURELLES MÉDICINALES · texte numérisé non relu

MS SUBSTANCES NATURELLES MÉDICINALES

Les corps naturels qui ont été employés dans la médecine sont extrêmement nombreux. L'homme en proie h la douleur a cherché du soulagement dans tout ce qui l’entourait. Fatigué d’invoquer en vain le secours des choses dont il se servait habituellement , il s’adressa h toutes les autres. Quelques succès encouragèrent son audace, et les matières les plus étrangères les plus contraires même à notre organisation, furent bientôt transformées en moyens médicinaux. Dépourvu de guide dans la recherche des substances propres à former des médicaments , on adopta d abor Ls scrupule , sans examen , toutes les productions qui parurent offrir quelque utilité. Chacun voulut contri- Ler à enrichir la thérapeutique; on tint a honneur d’aiouter un remède nouveau à la masse de ceux que l’on connaissait déjà ; tous les jours le nombre de ces agents augmentait , et tout ce que contiennent les trois règnes- de la nature semblait devoir faire partie de la

matière médicale.

n esl cependant nne condition qne les substance» naturelles doi.ent remplir, pour ménter le titre do léLinales. c'est de faire sur les tissus vivants une imnression qui modifie leur état actuel. Ce caractère La le sisne auquel nous reconnaîtrons parmi tous

N A-TUHELUiS médicinales.

corps de \a nature ceux qui peuvent devenir des agents thérapeutiques. Les productions qui auront la faculté d’agir sur nos organes , de changer leur mode de vitalité et l’ordre de leurs mouvements, devront être admises dans la matière médicale. Celles qui, en contact avec nos parties vivantes , resteront dans l’inertie , devront en être exclues. NouS verrons plus loin pourquoi noüs attachons tant d’importance à cette faculté an-issante des productions naturelles; nous verrons que c’est elle qui devient leur vertu médicinale , lorsqu’elle se met en exercice sur un corps actuellement nialade.

Celte fdculté active des matières minérales , végétales et animales que la thérapeutique sait rendre bienfaisante , n’existe pas toujours également déVeloppée , également étendue, dans les corps qui la recèlent. L’énergie quelle montre, le décroissemeilt qu’elle éprouve , toutes les variations enfin qu’elle est susceptible de présenter, méritent un examen approfondi. Comme c’est d’elle que les agents pharmaceutiques tirent leur utilité, leur mérite; nous devons rechercher les causes qui peuvent modifier ou altérer sa puissance.

Les substances minérales ont une existence passive ; aucun mouvement intérieur n’agite leurs moléfculés ne fait varier leur substance ; tant qu’elles existent ; elles se composent des nrêmes éléments et jouissent des mêmes qualités. Le pharmacOlogiste IcS trouvé toujours identiques. Lés principes qui les cônstitueht sont rétèùus , dotnirtés par leé lois qui régissent touté' la naturè hïorte ; la force activé' dont elles soh't dép'ositaires ëst aUssi fixe que Icirr nfjàlériel. Lés végétaux

DES SUBSTANCES

et les animaux nous offrent un autre ordre de phénomènes. Les uns et les autres sont sortis d'êtres qui les ont précédés dans la vie; ils s’en sont détachés, en emportant un principe qui les anime à leur tour. Leur développement se fait par une nutrition intérieure ; des sucs alibiles, préparés par des organes, sont portés sur tous les points de leur corps , pénètrent dans tous les tissus , et chaque partie s’approprie les matériaux qui lui conviennent , les incorpore à sa substance. Mais de ce mode d’accroissement il résulte que le matériel des végétaux et des animaux est subordonné au mode que suit l’action assimilatrice , et à la nature des principes qu’elle emploie. Aussi , aux différentes phases de l’existence, la substance animale ou végétale offre des variations remarquables. Non seulement la nourriture n’est pas la même à tous les âges, mais de plus les organes ne donnent pas un caractère identique aux éléments nourriciers , et le corps de chaque être n’est pas toujours un composé chimique semblable à lui -même et que Ion puisse faire servir aux mêmes usages. Dans 1 enfance et dans l’âge adulte , la même plante et le même animal fournissent des produits souvent opposés à l’analyse chimique. Lé corps du veau semble être entièrement gélatineux; la chair du bœuf donne un principe doué d’une vertu très stimulante. Les jeunes pousses de toutes les plantes offrent une composition mucilagineuse : même celles des plantes vénéneuses ne contiennent alors que du mucilage; mais, par 1 effet des progrès de la végétation, il se forme bientôt de nouveaux matériaux dans leurs filières ; et chacune de ces

natukelles médicinales.

plantes acquiert les qualités cliiuiiques, et reçoit peu à peu les propriétés actives qui la caractérisent dans son âge adulte. Beaucoup de nos plantes médicinales se nnmgent dans leur enfance ; les jeunes pousses du rhaponlic, du houblon, du fenouil, de la chaussctrapo, de la bardane , de la patience sauvage, de la clématite des haies , de la morelle noire , etc. , etc. , sont employées comme nourriture dans quelques pays. Plusieurs de nos plantes alimentaires acquièrent en vieillissant des propriétés médicinales ; la chicorée sauvage , le pissenlit , la laitue , se remplissent au moment de la floraison de principes extractifs amers , et jouissent de la faculté d’agir sur nos organes : ces plantes , (l’abord nutritives, passent alors à la condition de corps médicamenteux.

Il est donc important , quand ou veut trouver dans la substance d’un végétal ou d’un animal un moyen thérapeutique , de déterminer l’âge que cet être doit avoir , puisqu’il chaque époque de sa vie correspond ordinairement une composition chimique particulière de son corps. C’est surtout pour la récolte des plantes médicinales que le pharmacologiste doit consulter les progrès de la végétation. La racine, la tige, les feuilles, la fleur , etc. , arrivent successivement au degré de ' développement où chacune de ces parties possède les matériaux qui la rendent susceptible de former un médicament efficace. Avant ce temps de perfection , ces matériaux n’étaient pas formés ; plus tard ils seront peut-être épuisés. Il est donc essentiel de prendre les substances médicinales au moment même où elles réunissent les conditions qui les rendent aptes à devenir

ÜJIS SUBSTANCES

des agents lluirapeuliques. Il est bon de n’admellre aussi pour l’usage médical que les productions qui sont Lieu vivantes et dans un état sain. Les racines , les feuilles, les fleurs, qui ont été piquées par des insectes ou qui présentent tout autre genre d’altération, doivent être rejetées: leur composition chimique est ordinairement modifiée , la proportion ou même la nature de leurs principes actifs , a subi une altération ; elles ont pu perdre la l'acuité qui les rendait propres au service de l’art de guérir.

Les différences que présentent la constitution intime des plantes, leurs qualités chimiques, leurs facultés, ne dépendent pas toujours d’elles , du principe qui les anime , ou du développement successif de leurs parties. Tout végétal vit sous l’empire de causes qui , quoique séparées ou distinctes de son corps , sont tellement nécessaires à son existence , qu’il périt si elles ne continuent pas d’agir sur lui. Ces causes sont , i“ une terre végétale; 2“ de l’eau ; 3° de la chale-ir; 4“ de la lumière ; 5“ de l’air atmosphérique. Une plante a des racines en bon état, une tige qui n’olfre aucune lésion ; ses rameaux sont couverts de feuilles ; elle réunit les conditions physiques qui lui sont essentielles; mais chacun de ces appareils organiques resterait dans l’inertie, aucun d’eux ne sc mettrait en jeu , si les circontances extérieures dont nous avons parlé , ne venaient leur imprimer le mouvement , exciter leur action , fournir à leurs besoins. Notez bien que le concours, la réunion de ces cinq circonstances est indispensable, que l'absence d’une seule d’entre elles sullit pour su.spendrc la vie végétative.

KATUnULLES MÉDICINALES.

L’influenco qui , partant de chacune de ces causes , ao'ît avec tant de force sur les plantes, ne conserve pas toujours le mémo caractère; nous voyons sans cesse la chaleur remplacée par le froid , l’humidité par la sécheresse, etc. Celte influence ne présente pas non plus la même force; elle se montre tantôt plus faible, tantôt plus puissante. Cependant ce sont ces causes qui dirigent les fonctions de la vie végétative , qui règlent les actes d’où dépend le développement de toutes les parties de la plante. Ces causes décident de la composition chimique qu’offriront les racines , les tiges , les feuilles , les fleurs , etc. ; elles rendent plus rares ou plus abondants, dans ces productions, les principes médicinaux ; elles peuvent même opérer des modifications défavorables dans là nature intime de ces derniers, par là elles augmentent ou elles diminuent leur valeur comme agents thérapeutiques. C’est sous ce rapport qu’il importe à la matière médicale d’étudier CCS influences et de constater leurs effets sur la végétation.

11 serait inutile de prouver que les plantes ont be soin de la terre pour vivre. Unies avec elle par une partie essentielle de leur corps , elles en tirent des matériaux qui servent au développement , à l’accroissement de tous leurs organes. Les filaments qui forment le chevelu de leurs racines , portent à leurs extrémités un suçoir absorbant ; ce sont comme des milliers de bouches qui cherchent dans la terre la nourriture du végétal. Mais la terre dont nous parlons ici n’est pas celle qui forme la masse du globe; ce n’est même pas celle qui constitue ces élévations, ces monts, ces en-

DES SUBSTANCES

toiiccmcnts que ce dernier offre à son extérieur. Autour de noire planète , au-dessus de toutes les inégalités de sa surface , se trouve une croûte qui présente une nature toute particulière. Ce n’est plus une terre pure , ce n’est point un ntélange de terres simples; c’est un composé terreux, dans lequel existe une immense quantité de débris végétaux et animaux. Les restes de toutes les générations qui se sont succédé depuis l’origine du monde y ont été déposés ; ces restes tendent sans cesse à se décomposer; et leurs éléments , en se dissociant , sont empressés d’entrer dans de nouvelles combinaisons.

C’est dans cette terre composée que les plantes plongent leurs racines ; c’est au milieu de ces molécules végétales et animales, sans cesse agitées par un mouvement qui les détruit , que se répandent les innombrables suçoirs absorbants de leurs racines; ce sont les éléments qui s’échappent de ces molécules en décomposition que ces suçoirs recueillent et qu’ils font entrer dans le corps de la plante.

L’analyse chimique montre dans la terre végétale du sable , de l’argile, de la craie , un peu de magnésie et de fer. Pures, ces substances ne peuvent servir à la végétation. Les endroits qui, dans nos champs, ne se composent que de sable ou de craie , etc. , restent toujours nus et stériles. Mélangées en diverses proportions, ces terres ne se recouvriront pas davantage de plantes. Que leur manque-t-il. donc? des particules, des débris qui aient appartenu h des corps végétaux ou animaux. C’est de l’abondance de cette seconde partie dans la composition d’un terrain , que dépend sa fertilité. De

NATimELLUS MKHICINALES. ■ •

là rulilité (les engrais, la nécessité de rendre au sol des molécules susceptibles do se décomposer, lorsque celles qui s’y trouvaient ont éprouvé une diminution , lorsque la terre est épuisée

Quoi qu’il en soit, la présence de la craie , de l’argile , du sable , dans un terrain , décide de ses qualités par rapport à la végétation. Lorsque l’une de ces substances domine dans la composition du sol , ce dernier acquiert une nature particulière , et paraît convenir davantage à certaines espèces de plantes. Nous en avons qui se plaisent dans une terre sablonneuse ; d autres semblent rechercher les lieux où l’argile est abondante, etc. Lorsque les plantes sont contraintes de se développer dans un milieu qui n est pas celui que nj-

clame leur organisation, leur port atteste un état de

> Nous distinguons deux’ sortes d’engrais : i° ceux qui éprouvent une fermentation putride, et qui nourrissent les plantes par la décomposition de leur substance , comme le fumier, les immondices, etc. ; 2° les matières salines, les cendres, etc., dont les molécules pénètrent sans altération dans le corps de la plante. L’influence que ces derniers engrais exercent sur la végétation tient à ce qu’ils stimulent les organes végétaux et augmentent leur vitalité. Ces matières jouent dans la végétation un rôle analogue à celui des épices, qui, ajoutées à notre nourriture, nous font manger davantage, facilitent la digestion et rendent la nutrition plus active, mais ne lui fournissent aucuns matériaux. Les pierres et les autres corps qui, répandus dans un champ, contribuent à sa fertilité, n’agissent que d’une manière mécanique , en empêchant la terre de devenir trop compacte, en facilitant l’extension des racines.

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souflVaiice ; leur inlérieur doit avoir subi une altération ; elles sont moins propres pour l’usage de la médecine. Un sol gras, surchargé d’engrais, de molécules végétales ou animales , agit aussi sur la constitution chimique des productions végétales. Une aflluence continue de principes nourriciers remplit leurs filières de sucs mucilagineux, nuit à la formation des matériaux résineux , extractifs, etc. Les lieux que nous avons ici en vue, peuvent être très convenables pour la culture des plantes alimentaires; mais On ne doit pas en général y chercher les productions dont on veut former des médicaments. Ces terrains affaiblissent surtout les propriétés des racines médicinales.

L’humidité est , comme la terre , un agent indispensable pour l’exercice de la vie végétative : qui ignore qu’une longue sécheresse appauvrit nos moissons, produit la stérilité? qui n’a pas remarqué le bien presque subit que fait aux plantes une pluie douce, lorsque la terre est depuis quelque temps aride ?

Sans l’eüu , le mouvement de décomposition que nous avons signalé dans la terre végétale ne peut s’effectuer : la sécheresse l’arrête , le supprime , comme le froid. De plus, l’eau est le véhicule des principes nourriciers; il faut qu’ils soient dissous ou en suspension dans ce liquide , pour qu’ils puissent s insinuer dans les radicules , pénétrer dans les filières des plantes , se répandre sur tous les points du corps végétal.

Mais toutes les plantes n’ont pas besoin d’une égale quantité d’eau : il en est qui habitent les lieux les plus élevés et les plus secs ; d’autres cherchent les sols bas et abreuvés d’humidité. 11 est iurportant de consulter

NA.TUnEI.LES médicinales.

les habitations de chaquo espèce de plantes, et de ne prendre celles dont on veut se servir en médecine que dans les endroits qui conviennent h leur organisation; ailleilrs elles pourraient ne pas contenir dans les proportions naturelles les matériaux d’où émanent leurs propriétés médicinales.

Quoique l’eau soit indispensable à. la végétation . il ne faut pas qu’elle devienne trop abondante , car alors elle maintient délayés les sucs des végétaux; elle nuit à la formation de l’huile volatile , de l' extractif, de la résine, etc. Les productions végétales ont moins d’odeur et de saveur dans les saisons humides ; celles qui sont médicinales montrent alors moins d’activité.

Une bonne terre et de l’eau ne suffisent pas pour faire prospérer les plantes , il faut encore de la chaleur. Le calorique semble décider, soutenir tous les mouvements qui s’exécutent en elles. L absence de ce principe détruit toute végétation ; sa présence au printemps lui rend toute l’activité dont elle est susceptible. Le calorique joue alors un double rôle qu’il est intéressant de rappeler. En stimulant les fibres du corps végétant, il les tire de l’état d’inertie où elles- étaient tombées; il rétablit l’action de chaque partie, et met en jeu toutes les fonctions de la vie végétative. Mais en même temps ce principe produit un autre effet : en échauffant la terre , il détermine dans les molécules végétales et animales, qui y sont contenues, le mouve ment de décomposition qui , pour la plante, représente une sorte de digestion. En hiver, ce mouvement est nul ; il commence au printemps, se continue pendant l’été , et se, ralentit en automne : il suit les

)4 SUBSTANCES

progrès de la v(?g6talion et s’inlcrroinpt avqc elle.

La présence de la lumière produit une autre influence réclamée par les plantes avec autant d’instance que celles dont nous venons de nous occuper. Placées dans l’obscurité, elles deviennent plus molles, elles perdent leur couleur, elles souffrent. C’est sous l’action directe des rayons solaires , et par l’intervention du fluide lumineux, qu’elles prennent de la consistance et qu’elles se colorent. Ce principe concourt à la formation des huiles volatiles, des résines, etc. Les plantes qui ont été journellement arrosées par une lumière directe ou diffuse sont en général colorées; elles ont de la saveur et de l’odeur, elles montrent une grande activité médicinale : les mêmes plantes prises dans un lieu couvert ou obscur, feront un contraste étonnant avec les premières par toutes leurs qualités.

L’air atmosphérique est la cinquième condition qui doit avec les autres agir sur les corps végétaux pour que la vie s’y conserve. Privées d’air, les plantes périssent ; il faut qu’elles soient plantées dans ce fluide par leurs feuilles , comme elles le sont dans la terre par leurs racines; l’air pénètre même dans leur intérieur, et roule avec leur sève par globules.

On place l’électricité au nombre des causes extérieures qui exercent une grande influence sur la végétation. Il est vrai qu’en excitant les organes des plantes, le fluide électrique accélère l’exercice de leurs fonrtions , et que parlé il contribue à leur faire acquérir plus de développement ; mais est-il prouvé que ce fluide soit pour les végétaux un agent indispensable comme les cinq circonstances actives que nous venons d’énn-

NATUUELLES MÉUICINALES. 1

mérer? Quant îi celles-ci, l’absence ou la suspension (l’une seule suffît pour arrêter l’action des organes de la plante, et terminer son existence. La terre, la chaleur, la lumière, l’air, deviennent inutiles aux êtres vêo-étants si on leur enlève l’eau. Rendcz-leur ce liquide, et soustrayez la chaleur, vous obtiendrez toujours le même résultat. Tous vivent sous l’influence conjointe et harmonique de ces causes extérieures ; l’action plus prononcée de l’une d’elles , la faiblesse relative d’une autre, apportent des modifications remarquables dans la composition intime des plantes , altèrent leur énergie médicinale , les rendent moins propres à remplir l’objet auquel on les destinait.

Il est digne de remarque que les grands phénomènes qui caractérisent chacune des saisons dépendent des variations que subissent deux de ces causes. Dans tous les temps, la terre végétale conserve la même nature, l’air atmosphérique est composé des mêmes éléments : le ciel verse de l’eau sur la terre en hiver comme en été. Pourquoi donc la végétation n’est-elle pas toujours également active, également brillante? L’abondance ou la pénurie du calorique et de la lumière produisent toutes les merveilles dont nous sommes les témoins dans chacune des quatre parties de l’année.

C’est du soleil que découlent ces deux puissants agents de la nature vivante; les rayons qui en émanent sont un composé de fluide calorifique et de fluide lumineux. Éloigné de nous en hiver, cet astre ne nous envoie que très peu de chaleur; il ne nous éclaire chaque jour que pendant quelques lieiires seulement. Les

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DUS SÜBSTAKCES

deux principes dont nous parlons sont alors en très petite quantité autour de nous; aussi nos champs sont couverts de glaces; les plantes annuelles ont disparu, les plantes vivaces sont réduites à des racines qui attendent dans la terre le retour d’un temps plus prospère ; les arbres sont dépouillés de leur verdure.

Rapproché de nous au printemps, le soleil nous envoie des rayons plus riclres de calorique et de lumière. La terre se réchaulle ; de tous les points de sa surface sortent des. productions végétales ; les plantes vivaces produisent leurs tiges ; les boutons des arbres se gonflent, un élégant feuillage s’en échappe; alors nos serres s’ouvrent, et les conditions pour la végétation se trouvent si favorables près de nous , que les plantes mêmes des régions méridionales s’en accommodent.

Les rayons calorifiques et lumineux du soleil acquièrent en été la plus grande vivacité possible. Réchauffé pendant le printemps, le sol n’absorbe plus de chaleur; toute la somme de calorique qu il reçoit reste à sa surface, et stimule les êtres vivants qui la recouvrent. Les flots de lumière qui y arrivent en même temps , se mêlent à ce premier principe , et ces deux fluides, si puissants sur la nature vivante, semblent inonder nos contrées. C est alors que les plantes engendrent les sucs odorants, les huiles volatiles, les matières extractives, balsamiques, résineuses, colorantes, qui les rendent utiles dans la thérapeutique; c’est alors qu’elles-présententfe plus de sapidité, qu’elles exhalent l’odeur la plus forte. C’est dans cette saison que la nature travaille h nous composer des corp.s médicamenteux.

NATURULLES MiDK’.INALES.

En auloinne, l’astre qui illiimino et échauffe notre globe continue la marche rétrograde qu’il avait déjà priseenété: de jour en jour ses rayons s’appauvrissent; le temps pendant lequel nous les recevons devient déplus en [)lus court ; l air et la surface de la terre éprouvent un refroidissement progressif. Tout change autour de nous; le travail de’ la végétation s’arrête; les plantes vivaces perdent leurs tiges, les arbres leurs feuilles : l’hiver établit son empire sur toute la nature. Quelle main a pu changer ainsi nos destins? Le soleil s’est éloigné; le calorique et la lumière ont diminué autour de nous.

Cet astre exerce une influence vivifiante bien remarquable sur les végétaux et les animaux; on le voit, en s’avançant sur chaque hémisphère , ranimer ces êtres , exciter l’action de leurs organes , leur donner bientôt une plénitude de vie qui allume en eux le désir de la répandre, de se reproduire. Mais le soleil devrait toujours continuer à agir , s’il voulait maintenir les merveilles dont il est la cause : car son ouvrage ne subsiste qu’autant qu’il reste pour le protéger ; s’il s’éloigne , tout disparaît; et aussitôt se produit une autre puissance d’un caractère opposé ; c’est celle du froid. On pourrait supposer que d’abord le froid dominait seul sur le globe terrestre , et que la création du soleil changea tout à coup l’ordre de choses qui existait ; on pourrait dire que les principes qui en émanèrent vinrent susciter une nature végétale et une nature animale: nous voyons en effet qu’elles se montrent plus puissantes sur 1 un et sur l’autre hémisphère , selon que cet astres avance de l’un ou de l’autre côté du «rlobe.

DES SUBSTANCES

En continuant celte même supposition, on pourrait admettre que la chaleur a établi son trône sur la ligne équatoriale , et que le froid a le sien sur chacun des pôles. Ainsi le froid tient sous son- sceptre les zones boréales ; là , aucune puissance ne balance la sienne , et la mort, son cruel ministre, éloigne de ces parages tous les êtres vivants. Au contrrfîrc , dans les régions équi noxiales , la chaleur fait briller le feu de la vie d un éclat toujours pur. Là , point d’hiver ; toujours une végétation pleine de magnificence orne la surface de la terre; avec les fruits renaissent les fleurs, etc.

Si du midi et du nord nous ramenons notre attention dans nos régions tempérées , nous verrons que le froid et le chaud semblent s’en disputer l’empire. En hiver, le tyran des pôles règne sur nous et enveloppe dans une proscription génér'ale tous les êtres végétaux et une grande partie des animaux : il dépeuple nos bosquets, nos prairies; il étend au loin ses conquêtes, et les contrées mêmes du midi de l’Europe souflrenl parfois de ses attaques. Le printemps revient nous consoler : la chaleur repousse le froid, et vient établir sa douce domination sur nous; avec elle arrivent 1 abondance et les plaisirs; elle fertilise nos champs; c’est elle qui fond les glaces dont ils sont recouverts et qui fait sortir de terre les moissons; scs étendards de fleurs flottent jusque vers les pôles. Mais le partage de l’empire sur les zones tempérées ne se fait pas sans eflbrls ; le froid et le chaud semblent se livrer des combats dont les succès sont douteux et variés. Ne voyonsnous pas au printemps , à des époques où les droits de la chaleur, dans nos latitudes , paraissent bien établis.

N\Tl)niiLT,US MEDICINALES. I9

Je l’roid revenir tout h coup et attrister momentanément toute la nature. Déjà la végétation avait pris une grande activité , nos vergers nous offraient l’espoir d’une abondante récolte ; un froid tardif vient tout détruire. De même, en automne, lorsque la chaleur paraît avoir cédé à la puissance du froid et que nos champs ont pris les tristes couleurs de sa domination , nous éprouvons souvent une suite de belles journées qui nous rappellent les charmes du printemps ; les bosquets reverdissent, ils se couvrent de fleurs printanières : mais, trompeuse espérance ! le froid ressaisit son sceptre , et tout plie sous sa loi

C’est encore du calorique et de la lumière que procède la puissance des climats , que dépendent les dissemblances que nous remarquons dans les productions de chaque latitude. Placé entre les tropiques, le soleil verse sur ces contrées des torrents de fluide lumineux et de fluide calorifique. Ses rayons s’affaiblissent à mesure que l’on s’éloigne de ces points, et les principes qu’ils apportent deviennent plus rares : en même temps on commence à sentir l’empire du froid, qui toujours, dans la nature , se produit à mesure que celui de la chaleur baisse; qui toujours se montre d’autant plus fort que celui-ci devient plus faible. La manière dont ces conditions diverses se présentent pour chaque latitude nous explique pourquoi chacune d’elles est rer couverte déplantés différentes. Celles des régions équinoxiales vivent au milieu d’un océan de lumière; leurs organes sont pénétrés d’une grande abondance de calorique. Non seulement elles ne trouveraient pas ce.s influences stimulantes dans nos contrées , mais elles

DES SVBSTA.NCES

éprouveraient les atteintes d’une autre cause à laquelle leur délicatesse , leur organisation ne résiste pas ; c’est l’action du froid, qui, même dans la saison la plus favorable à la végétation, vient souvent suspendre brusquement le cours de la sève et arrêter les mouvements des organes du corps végétant.

A l’élude qui nous occupe ici , se lie la question de la préférence que l’on doit donner aux productions exotiques sur les indigènes. N’accordons pas trop à ce penchant qui nous porte à exalter les qualités des choses qui nous viennent de loin , è placer les médicaments composés avec des substances exotiques toujours au-dessus de ceux qui sont formés avec fies plantes qui croissent spontanément dans nos bois , dans nos prairies. D’un autre côté. Doublions pas le désavantage de notre position topographique, et reconnaissons que les productions végétales ne peuvent acquérir dans nos contrées les qualités que leur donne le ciel des régions méridionales. Une grande intensité de calorique et de lumière est une condition nécessaire pour que les plantes produisent de l’huile volatile, du camphre , de la résine , du baume , etc. ; aussi la proportion de ces matériaux est -elle toujours bien plus forte dans les plantes du midi que dans les mêmes espèces prises dans le nord : non seulement ces principes si précieux s’y trouvent en plus grande quantité,, mais ils paraissent en meme temps plus élaborés; on reconnaît qu’ils sont plus fins , plus délicats, plus exaltés. Trouverons -nous jamais dans nos plantes indigènes un parfum que nous osions nlacer è côté de celui de la vanille , de la cannelle, de

KATUHliLLHS JlÉUICIN ALKS. 21

la luuscudc, elc. : comparées à ces richesses (les régions équinoxiales, nos plantes ont une saveur et une odeur plus grossières; elles ne peuvent parvenir à la perfection de composition chimique qui distingue les végétaux des pays dont nous venons de parler.

Quelque louables que soient les tentatives que l’on ne cesse de faire pour remplacer les plantes exotiques par des productions indigènes, nous resterons toujours tributaires des zones où le soleil se montre dans toute sa puissance, et où le froid ne pénètre jamais. D’abord un grand nombre de végétaux ne peuvent vivre que là : c’est seulement là aussi que peuvent s’engendrer la plupart des matières résineuses , balsamiques, etc., dont on se sert en médecine. Ne voyons -nous pas que les plantes du midi (pii résistent à l’intempérie de nos climats dégénèrent toujours plus ou moins près de nous; elles n’ont plus là même taille , le même port ; les principes dont elles se composent ne sont plus dans la même proportion : la médecine n’en peut tirer un parti aussi avantageux que des individus qui viennent des latitudes où ces espèces croissent spontanément. Ceci est surtout sensible poulies substances dont les propriétés médicinales émanent de principes aromatiques ; car celles qui sont seulement huileuses, extractives, etc., peuvent acquérir dans nos régions les qualités qu’on rechèt'che en elles. Ainsi on doit encourager la culture du ricin et de la rhubarbe, et essayer de substituer ces produits de notre sol à ceux que l’on récolte sur une terre étrangère.

Même dans nos serres , les plantes exotiques u’of-

DliS SUUSTANCJiS

‘JiU

Jrenl jamais la vigueur qu’elles oui dans leur pays ; elles resleiil petites , délicates , languissantes. Cependant elles ont une bonne terre; des arrosements, ménagés avec soin , leur fournissent l’humidité dont elles ont besoin; des tuyaux artistement construits entretiennent toujours autour d’elles la chaleur qui leur convient; et la température au milieu de laquelle elles vivent est celle de leur latitude , l’air qui les entoure a la composition chimique de celui que l’on respire dans lés lieux où elles sont nées. Que leur manque-t-il? Dans nos serres, nous ne pouvons procurer aux plantes cette abondance de lumière qu’elles trouvent dans les contrées équinoxiales : ce fluide ne pénètre que rare et diffus dans les habitations que le nord offre aux plantes du midi.

Nous ferons remarquer que l’homme se propose un but différent dans la culture des plantes alimentaires et dans celle des plantes médicinales. Ce sont toujours des sucs mucilagineux , oléagineux , sucrés , de l’albumine , ou de la fécule, qu’il veut obtenir dans les productions qu’il destine à sa nourriture; et ces matériaux se forment sans l’intervention du fluide lumineux. Au contraire , la vertu médicinale des végétaux tient souvent h la présence des principes extractifs, résineux , balsamiques , de l’huile volatile; et ces derniers ne s’engendrent que sous l’action de la lumière, que quand.ee fluide pénètre en abondance, avec le calorique, le tissu des végétaux. Aussi la puissance du cultivateur ne peut être pour les plantes médicinales ce qu’elle est pour les plantes alimentaires : son industrie ne produira jamais sur les premières les mec-

NATUlUiliLES MtOlCINALES.

veilles quelle a su créer dans les deruières. Le culuvaleur est parvenu à faire gonfler le parenchyme des racines nulrilives , à développer le péricarpe des fruils , à y accumuler des sucs savoureux el qui peuvent se convertir en chyle, etc. , etc. : le pharmacologiste ne peut obtenir une amélioration comparable à cela dmis les racines , les écorces , les 'feuilles , etc. . qu’il destine à former des médicaments ; il ne peut ainsi augmenter la proportion des matériaux d’où procèdent les pro priétés médicinales, donner h ces dernières plus de développement, plus d’étendue. ^ <

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