‹ Traité élémentaire de minéralogie et de géologieChapitre 15 sur 39 · GÉOGRAPHIE PHYSIQUE · texte numérisé non relu

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

Notions generales.

Le soleil qui nous éclaire n’est, sans doute, rien autre chose qu’une étoile fixe comparable à toutes celles que nous voyons ; mais il nous paraît plus grand que celles-ci , parce que nous sommes beaucoup plus près de lui. Auprès de cet astre il en est plusieurs autres qui se meuvent autour de lui et en reçoivent la lumière. Ces divers astres, qui se nomment des planètes^ forment ensemble un système planétaire. La Terre est parmi les planètes, et se trouve située entre Vénus et Mars : elle fait le tour du soleil en un an ; mais elle tourne aussi sur elle-même et

(1) En rédigeant îa première partie de cet ouvrage, j’avais attribue' au mot ge'ologie une valeur qui me paraît insuffisante. Aujourd’hui mes ide'es sont bien arrêtées, et je pense qu’il doit être pris dans une acception aussi etendue que celle que je lui donne ici.

d’histoire naturelle.

iait, dans le même temps, 365 révolutions 2,4-22,338 (i), et se trouve ainsi successivement 365 fois éclairée et 365 fois dans 1 omble 5 d où il résulte l’alternative du jour et de la nuit. La terre possède donc deux mouvemens bien distincts : un mouvement de translation , qui dure un an, ou plutôt, qui détermine la durée de l’année ; un mouvement de rotation qui s exécute en un jour de vingt-quatre heures. Le mouvement de tianslation se fait dans un plan que l’on nomme orbite terres ■tre; le mouvement de rotation a toujours lieu dans le même sens, et 1 on suppose une ligne autour de laquelle il se fait ; cette ligne est Vaxe de la terre. Dans le mouvement de translation de la terre , cet axe est toujours parallèle avec lui-même , si on le compare dans des instans différens , de telle manière qu il décrit un cylindre ou plutôt un cylindroïde elliptique qui est coupe obliquement par l’orbite terrestre , qui porte aussi le nom à' écliptique. L’axe de la terre ou celui du cylindroïde de révolution forme un angle de 36“ 32’ avec son orbite. Les points par lesquels passe l’axe de la terre se nomment les pôles. Si Fon suppose la terre coupée en deux parties égales par un plan perpendiculaire à son axe, on aura une idée de V équateur^ qui n’est rien autre chose que ce même plan. L’équateur forme un angle de 23“ 28’ avec l’écliptique. Les méridiens sont des plans qui passent par l’axe de la terre. Ces plans n’ayant aucune épaisseur, on peut réellement en supposer une infinité autour de la terre. Il y a un pôle nord et un pôle sud. L’équateur partage la terre en deux parties que l’on nomme hémisphères : ces hémisphères portent les noms des pôles correspondans. L’Europe se trouve entièrement dans l’hémisphère nord. C’est à l’inclinaison de l’axe de la terre sur son orbite que sont dues les saisons. A l’instant où le pôle nord est le plus possible incliné vers le soleil , c’est à dire , lorsque le pôle nord se trouvant tourné vers le soleil , un méridien est perpendiculaire à l’orbite terrestre , et passe par le centre de cet astre , nous entrons dans

i'i) Ce nombre correspond à 3G5 j. 5 b. 18’ Ig”.

l’été ; dans la position diamétralement opposée , nous sommes en hiver; dans les positions exactement intermédiaires, nous sommes aux équinoxes de printemps ou d’automne.

A l’aide de cercles parallèles à l’équateur et de méridiens qui les coupent à angles droits en des points déterminés , on fixe rigoureusement la position d’un lieu à la surface du globe. La distance , mesurée par un arc de cercle , qui sépare un de ces cercles parallèles à récjuateur de l’équateur lui-même, se nomme latitude. La distance mesurée de la même manière, qui sépare , en comptant vers l’orient, un méridien quelconque d’un méridien déterminé , se nomme longitude. La longitude et la latitude d’un lieu indiquent donc la position qu’il occupe sur le globe. On distingue les latitudes en septentrionales et en méridionales, selon qu’elles appartiennent à tel ou tel hémisphère. Paris est à 4^° 5o’ 10” de latitude septentrionale , et à 0° longitude , parce que le méridien qui passe par l’observatoire de cette ville est celui dont on part pour mesurer les longitudes.

La terre n’est pas toujours à la même distance du soleil; elle déciit autour de lui une ellipse dont il occupe un des foyers; sa distance moyenne à cetastre est d’environ 34,000,000 de lieues. Il est remarquable que nous sommes plus près du soleil en hiver qu’en été. Les deux distances sont entre elles : : 29 : 3 o.

La forme de la terre n’est point celle d’une sphère parfaite; elle est aplatie vers ses pôles, de telle sorte qu’une ligne ou un diamètre qui, partant d’un des points de Féquateur à la surface de la terre, passe par son centre pour aller rejoindre le point opposé, est plus longue que la partie de l’axe qui est comprise entre ses deux pôles. Le grand diamètre de la terre ou l’axe équatorial est de 12,754,863 mètres. Le diamètre polaire est de 12,712,251 mètres; l’aplatissement total est égal à la différence de ces deux grandeurs, ou à 4^,612 mètres, ce qui donne 2i,3o6 mètres pour l’aplatissement d’un des pôles. La circonférence de la terre à l’équateur est de 407070,587 mètres ; celle que l’on obtiendrait en parcourant un méridien serait de 405000,000 de mètres. C’est cette dimension qui a servi pour

D HISTOIRE NATURELLE

établir le mètre, qui est la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre (i).

La surface du globe est de 5,og8,85’^ myriam. carrés; son volume est 1,082,634,000 myriam. cubes; cependant il n’est que la 1,300,000*^“® partie du volume du soleil. On a cberché à déterminer la densité de la terre et l’on y est parvenu par plusieurs procédés différens ; mais les nombres que l’on a obtenus offrent peu d’accord (2). Si l’on admet que cette densité =■■ 5 , on trouve que la terre doit peser cinq fois plus qu’une même masse d’eau pure : un litre ou un décimètre cube d’eau pure pesant i kilogramme , il en résulte que la terre a un poids absolu représenté par autant de fois 100 milliards de myriagrammes que son volume comprend de myriainètres cubes , ou 108,263,400,000,000,000,000 myriagrammes.

Si l’on compare le diamètre de la terre à ceux des différens astres de notre système planétaire , on trouve les rapports suivans : la terre étant i, le soleil est représenté par 109,93; Jupiter, par 11,56; Saturne, par 9,61; Uranus , par 4^26; Vénus, par 0,97 ; Mars, par 0,62; la lune, qui est le satellite de la terre , par 0,2-7 .

Après ces notions , qu’il était nécessaire d’exposer, afin de fixer la position relative de la terre dans l’espace et de déterminer sa forme générale; après avoir indiqué son volume, sa densité et son poids , il resterait à s’occuper de sa température ; mais cette masse immense étant composée de parties hétérogènes qui ne peuvent permettre d’arriver à des données générales, il est indispensable de procéder à l’examen spécial de ces parties. Le globe

(1) Ceci n’est point parfaitement exact, parce qu’il a ète' commis une erreur dans les calculs des astronomes qui ont mesuré un aie du méridien terrestre.

(2) Cavendish, en comparant l’action de la terre à celle que deux globes de plomb exercent sur une longue aiguille horizontale, a trouve 5, *18; Maskeline observa , en 1772, la déviation du pendule sur les monts Shéballiens, en Écosse, d’où il déduisit 4,5G pour la densité delà terre. Carlini, en 1824, considérant l’accroissement de la pesanteur dù a la masse du mont Genis, en a déduit 4,89.

que nous habitons est entouré d’une atmosphère gazeuse d’une nature toute particulière , dans laquelle se passent une foule de phénomènes de la plus haute importance ; mais sa masse principale est formée de parties solides qui présentent des cavités ou bassins de toutes les dimensions , dans lesquelles sont contenues les eaux liquides. Il peut donc paraître convenable d’étudier successivement l’atmosphère , les eaux et les parties solides du globe.

De l’atmosphère terrestre.

L’atmosphère dans laquelle nous vivons est un fluide éminemment élastique, c’est à dire qu’il peut considérablement diminuer de volume par la pression sans changer d’état , et , chose plus l'emarquable'encore, c’est que, contenu dans un vase dont la capacité peut être augmentée à volonté, il se dilate tellement qu’il le remplit toujours, quelque faible que soit sa quantité : phénomène qui se démontre facilement à l’aide de lahnachine pneumatique. Gomme tous les gaz permanens ou dans les limites de leur permanence, le volume d’une partie quelconque d’air atmosphérique est en raison inverse de la pression qu’ii supporte ; de telle sorte que, renfermé dans un tube et retenu par un piston , son volume diminuerait proportionnellement à la charge que l’on placerait sur le piston. Soumis à l’action d’une température variable, l’air se dilate ou se contracte, suivant qu’il est échauffé ou refroidi , de telle sorte que, si son volume était invariable, son élasticité, ou, si l’on veut, la pression qu’il exercerait contre les parois des vases qui le renfermeraient, croîtrait à mesure qu’on l’échaufferait. Pour chaque dègré du thermomètre centigrade , l’air, supposé à o”, augmente de la 267® partie de son volume. L’air est pesant, et son poids peut être déterminé exactement en le pesant dans un ballon dont la capacité est connue, où l’on a fait le vide préalablement. Parfaitement desséché , un litre d’air, à la pression barométrique 0^,76 et à 0° température, pèse i gramme 2,991.

L’air étant élastique et pesant , il en résulte qu’il se comprime par son propre poids, et que les couches inférieures de l’atmos-

d’histoire naturelle. 167

plière sont beaucoup plus denses que les couches supéiieures j aussi, en gravissant des montagnes élevées , on voit que la colonne barométric{ue de mercure c{ui fait équilibre à la pression atmosphérique décroît très rapidement , et en suivant toutefois une progression telle, que, pour des hauteurs doubles, l’abaisse* ment de la colonne barométrique est moins que double , de telle sorte que , à la surface de la mer , la température de l’air et celle du baromètre étant de 0°, la hauteur du baromètre est ;

7G3™'” au nWrau de la mer, ou o'“

Gui à . , . . 3, 000

4oG à ... * 6,000

On profite de cette circonstance pour mesurer la hauteur des montagnes. On a calculé des tables qui permettent de le faire avec une exactitude assez grande ; elles se trouvent publiées dans V Annuaire du bureau des longitudes.

L’air atmosphérique paraît ne changer de température que par le contact , le rayonnement solaire n’ayant point d influence sur lui; aussi, dans une plaine longtemps exposée au soleil, aperçoit-on des ondulations à une certaine hauteur, parce que l’air vient à s’échauffer à la surface du sol et tend à s élever par le de

dépendent delà latitude , des saisons , des courans ou des vents, et d’une foule d’autres circonstances ; mais quelle que soit cette température , elle décroît assez rapidement pour qu a une hauteur de quelques milliers de mètres elle soit seulemeni

changement de densité qu’il a éprouvé. Les régions inférieures l’air qui couvre le globe ont des températures variables qui

Difléreuces .

— QO

de o" ou inférieure à o, quelle que soit la température à la surface du globe. Quelle que soit la cause de ce fait , il est évident que l’air le plus dense ne doit point se rencontrer à la surface du globe, mais bien à une certaine distance de cette surface. En un mot , l’élasticité de l’air est la plus grande possible à la partie inférieure , et elle va en décroissant , selon une progression géométrique très rapide , tandis que son maximum de densité n’existe point au même niveau, mais bien dans une région plus élevée.

L’air étant pesant , cela fait qu’il exerce une pression considérable sur la surface du globe ; cette pression est telle que , si l’on fait le vide dans un tube dont la partie inférieure plonge dans le mercure , il pourra comprimer assez ce métal pour le forcer à s’élever dans le tube vide , et, à la surface de la mer, cette hauteur est environ de o“",76; ainsi donc l’atmosphère tenant en équilibre une colonne de mercure de il en ré-

sulte qu’elle exei ce sur la surface du globe une pression qui est égale à celle qu’opérerait une couche générale de mercure de o“,'y6. Or, connaissant la densité du mercure , on trouve facilement qu’une pareille masse exerce une pression de i kil. o,32 parc“ carré, ou une pression de 526,202,042,400,000,000 myr. sur toute la surface du globe , pression qui représente à peu près le poids total de l’atmosphère. Ce poids est à la masse totale du globe, l’atmosphère comprise^ : : t : 207 (i).

(i) Le poids de l’atmosphère ne correspond point exactement à la pression qu’elle exerce à la surface du globe, parce que la pression est simplement en raison de la section horizontale de la surface comprime'e et de la hauteur de la colonne du fluide représentant la pression , en le supposant d’une densité égale dans toutes ses parties; mais ces colonnes sont des cônes renversés qui vont en s’élargissant, à mesure qu’ils s’éloignent de la surface du globe, tandis que le calcul suppose que ce sont des colonnes cylindriques ; mais comme la densité de l’air décroît rapidement, comme la base du cône est moins dense que le sommet renversé, et qu’on a compté à la surface de la |,ner, il s’établit une compensation en raison du fluide déplacé par la partie solide du globe .

d’histoire naturelle.

On s’est demandé si l’atmosphère avait une limite et à quelle distance de la surface du globe cette limite pouvait exister, et l’on a , à diverses époques , répondu à cette question de plusieurs manières différentes. On a d’abord pensé que, si l’atmosphère de la terre n’était point limitée, elle devrait se condenser autour des autres astres par l’effet de la gravitation, et que, cela étant, les phénomènes de réfraction qui auraient lieu sur les bords de ces astres, lorsqu’ils passent entre la terre et une étoile fixe, devraient la faire reconnaître; mais, quelques recherches que l’on ait faites, on n’a pu découvrir d’atmosphère autour de la lune, ce qui porterait à penser que l’atmosphère terrestre est limitée.

On a pris aussi en considération la force centrifuge qui se développe par le mouvement de rotation de la terre, force qui doit, à une certaine distance du globe , faire équilibre à l’action de la pesanteur, et déterminer ainsi la limite à l’atmosphère. Dans ce cas, l’atmosphère n’aurait point la même forme que les parties solides du globe , parce que la force centrifuge est très grande vers l’équateur, et presque nulle vers les pôles ; mais l’élasticité du gaz atmosphérique suffit bien certainement pour faire admettre que l’atinosphère est limitée à la distance du globe où cette élasticité fait équilibre à la pesanteur ; car on ne peut considérer comme faisant partie de l’atmosphère de la terre l’air qui n’est point retenu autour d’elle par la pesanteur , le reste devant être répandu également dans l’espace. La limite de l’atmosphère dépend tout à la fois de la force centrifuge développée parle mouvement de rotation de la terre, de la pesanteur inhérente à cette planète, et de l’élaslicité du gaz. La limite calculée d’après ces données est entre treize et quinze

lieues, à partir de la surface de la mer.

Dans l’hypothèse précédente , l’espace n’est point vide : il contient de l’air très raréfié , et , selon mon opinion , c’est ce fluide qui fait que la lumière met un certain temps pour nous parvenir des astres; car, si le vide existait dans l’espace , elle devrait nous arriver instantanément Le prétendu fluide éthére

l’JO

des physiciens de notre époque n’existe point , et la lumière est une action réciproque des corps qui n’a pas besoin de lui pour être transmise.

L’atmosphère est facilement traversée par la lumière, et nous trouvons qu’elle est bleue lorsqu’elle est pure et sans nuages. La lumière, ne se mouvant en ligne droite c|ue dans les fluides homogènes, décrit une courbe dans l’atmosphère toutes les fois qu’elle la traverse obliquement ; cela est dû à ce que l’atmosphère est formée de couches dont la densité varie de proche en proche. L’œil apercevant toujours les objets dans la direction du rayon visuel, c’est à dire du rayon qui lui parvient immédiatement, il en résulte que l’on voit les objets où ils ne sont point, que les astres nous apparaissent avant leur lever, et qu’ils sont encore visibles après leur coucher, réels.

Les connaissances physiques que nous avons sur Fatmosphère sont toutes modernes ; les anciens Grecs , dont nous tenons l’origine de la plupart des sciences que nous connaissons aujourd’hui , n’avaient fait que des suppositions à cet égard. C’est Galilée qui a démontré que l’air était pesant , en le comprimant assez dans des vessies pour rendre apparent l’accroissement de son poids. Torricelli inventa le baromètre, et Pascal l’appliqua à la mesure des montagnes. Les découvertes relatives à la constitution chimique de l’atmosphère sont plus récentes encore : ce n’est que depuis que Priestley nous eut appris que les gaz étaient des corps que l’on pouvait renfermer dans des vases , les transvaser et faire sur eux une foule d’expériences , que l’air put être analysé. Lavoisier démontra qu’il était principalement formé d’oxygène et d’azote : on sait, aujourd’hui, mesurer d’une manière exacte le rapport de ces deux gaz, et l’on trouve que loo parties d’air en volume en contiennent'] 9 d’azote et 21 d’oxygène. Ce rapport n’a pas varié depuis que l’on sait analyser l’air, et on le trouve toujours le même, quelle que soit la région de l’atmosphère dans laquelle on l’ait puise ; mais l air contient aussi quelques millièmes d’acide carbonique et de la vapeur d’eau dans les circonstances les plus ordinaires* M. Thé-

D HISTOIRE NATURELLE. lyi

iiard a fait connaître un procédé qui permet de mesurer la quantité d’acide carbonique contenue dans l’air. Ce procédé a été perfectionné par de Saussure. En masse, il consiste à combiner l’acide carbonique d’un volume d’air déterminé avec de la baryte. Du poids de carbonate de baryte on déduit celui de l’acide carbonique ou son volume, en le calculant d’après sa densité. De Saussure a trouvé que la quantité d’acide carbonique de l’air variait de 3,i5 à 5,^4 dix millièmes. Elle est moindre dans les plaines que dans les .grandes villes plus abondante la nuit dans les forêts que dans le jour , et diminue constamment dans toutes les localités après les grandes pluies. On se rend assez facilement compte de ces faits en considérant que les hommes et les animaux domestiques , assemblés dans une grande cité , produisent beaucoup d’acide carbonique dans l’acte de la respiration , et qu’il en est aussi de même de la combustion qui s’opère dans les foyers. Les parties vertes des plantes herbacées ou ligneuses qui se trouvent assemblées en grande quantité dans les forêts , jouissant de la propriété d’émettre de l’acide carbonique pendant la nuit, permettent d’expliquer le deuxième fait, et la solubilité de l’acide carbonique dans l’eau, c{ui l’extrait de l’atmosphère, ne laisse point de doute sur la manière dont les pluies agissent.

Dans les environs des volcans en activité, l’air contient de l’acide sulfureux et de l’acide cblorliydrique ; dans les mines de bouille il se trouve souvent mêlé avec de l’hydrogène protocarboné , que les mineurs nomment grisou. Ce gaz est inflammable et le rend explosible; aussi, pour éviter de graves accidens , est-on obligé de faire usage de la lampe de Daoj.) lampe dont la flamme est entourée d’une toile métallique qui ne permet point la communication de l’inflammation dans les circonstances les plus ordinaires. Les eaux stagnantes , dont la vase contient des matières organiques , laissent aussi dégager un mélange gazeux , inflammable, dans lequel l’hydrogène proto-carboné domine. Quelquefois ce même gaz s’échappe du sol pardeîi

fissures, et, s’il s’est allumé, il donne lieu à une flamme qui est employée, dans certaines contrées, pour cuire des alimens. En Perse on connaît Vatech gah ou feu éternel , qui n’est, sans doute, rien autre chose qu’une source de ce gaz en combustion.

Aux matériaux que l’atmosphère contient et qui viennent d’êti’e énumérés , il faut en ajouter que l’on n’a point encore pu isoler, et dont l’existence ne saurait être mise en doute , tels que ceux qui déterminent des maladies endémiques dans certaines localités, et ceux-mêmes qui peuvent être la cause de certaines maladies épidémiques.

L’eau existe dans l’atmosphère sous deux élats bien différens ; tantôt elle est en vapeur absolument invisible et sous forme d’un véritable fluide élastique ; tantôt elle est visible et sous forme de petites vésicules sphériques ; telle est celle qui constitue les nuages et les brouillards ordinaires. De Saussure est parvenu à mesurer ces vésicules aqueuses ; il a trouvé que leur diamètre variait de à jyW de pouce. On ne connaît point encore d’une manière bien précise la cause de la formation de la vapeur vésiculeuse ; cependant elle paraît due à la condensation de la vapeur élastique ou du gaz aqueux. On conçoit effectivement que de la vapeur d’eau très divisée , venant à se condenser par un abaissement de température, se rassemble en très petites parties qui restent isolées et prennent la forme sphérique ; mais, dans ce cas, on est conduit à admettre que cette vapeur n’est point vésiculeuse , c’est à dire formée d’une enveloppe qui entoure un espace vide , mais bien formée de gouttelettes pleines. La vapeur élastique, s’échappant du sol , s’élèverait vers des régions où elle se condenserait pour produire des nuages. Souvent cette dernière se forme à la surface du sol même , lorsqu’il est plus froid que l’atmosphère : il condense la vapeur qu’elle contient par le contact ; c’est ainsi que se produisent certains brouillards et la rosée , si les particules d’eau peuvent se rapprocher assez pour former des gouttes à la surface des plantes.

On ne connaît pas la cause qui maintient les nuages dans les hautes régions de l’atmosphère : les uns pensent que leur

d’histoire naturelle.

intérieur a une température plus élevée que l’air qui les entoure ; d’autres ont avancé c{ue l’intérieur de chaque vésicule aqueuse avait une température plus élevée que les parties ambiantes. La première opinion aurait pu être vérifiée, puisque sur les montagnes suffisamment élevées on peut se trouver facilement au milieu des nuages. La deuxième opinion pourrait être probable , si l’on avait bien démontré c|ue la vapeur visible est réellement vésiculeuse ; on peut encore ajouter que la vapeur vésiculeuse des nuages peut s’échauffer par le rayonnement terrestre, tandis que l’air ne s’échauffe que par le contact, et qu’il en résulte réellement la dilatation des vésicules et la diminution de leur densité dans une circonstance où celle de l’air ne peut varier. Si les vésicules sont remplies de vapeur élastique d’eau et non d’air, cela peut aussi les placer dans les conditions d’un petit aérostat , et faire qu’elles se maintiennent facilement dans des régions élevées.

De toutes les parties du globe , c’est l’atmosphère c[ui offre à l’observateur les phénomènes les plus nombreux et les plus variés : c’est là que l’eau , divisée en gouttelettes imperceptibles , forme les brouillards et les nuages ; c’est elle qui diminue la transparence de l’atmosphère; c’est elle qui, en se rassemblant, donne naissance à la pluie et à la grêle , cjuand elle est solidifiée par un refroidissement suffisant ; c’est au sein des nuages que se développe l’imposant phénomène électrique qui produit la foudre; c’est encore à un phénomène électrique qu’est due cetle lumière instantanée et si vive que l’on nomme éclair ; c’est dans l’atmosphère qu’apparaît cette lumière polaire que l’on nomme aurore h or é ale , c’est dans les régions elevées cpie l’on aperçoit l’iris lorsque les rayons solaires réfractés et réfléchis par la pluie sont renvoyés à nos yeux. Vient- elle à s’agiter, elle produit les vents ^ les ouragans^ les t empotes.

Quoique les vents paraissent très variables, ils présentent pourtant quelque régularité dans certaines circonstances ; c’est ainsi que l’on a distingué les vents alizés, qui existent entre les tropiques , et dont l’existence paiaît due au mouvement de

rotation de la terre ; les moussons^ que l’on observe principalement dans la mer des Indes , qui soufflent pendant six mois dans une direction déterminée , et pendant six autres mois dans une direction contraire ; les brises^ que l’on observe le matin et le soir sur le bord de la mer.

Des eaux qui couvrent le globe.

L’eau existe constamment sous plusieurs états à la surface du globe : tantôt elle y est à l’état de fluide élastique et de vapeur vésiculeuse, comme il a déjà été dit; tantôt elle y est à l’état liquide et donne naissance aux sources, aux ruisseaux , aux fleuves , aux torrens, aux lacs, aux mers , etc. ; tantôt elle y est à l’état solide et y forme de véritables roches , comme dans les régions polaires , ou bien elle est accumulée sous forme de neiges , soit dans les temps froids , soit sur les hautes montagnes , dans toutes les saisons.

Les sources sont produites par des eaux souterraines qui arrivent à la surface du sol sous des aspects très variés : tantôt elles sont jaillissantes; tantôt, sortant du lond d’un bassin, elles ne font que déterminer un léger bouillonnement au milieu des eaux qu’elles produisent , comme les sources du Loiret , qui naît près d’Orléans, et va bientôt se jeter dans la Loire; tantôt elles sourdent au travers des couches terrestres et viennent paisiblement s’assembler dans un bassin, comme les sources de l’Escaut, qui sont situées près du Catelet, dans le département de l’Aisne. Ces deux espèces de sources se rencontrent à une très petite distance l’une de l’autre , sur les bords de la Charente , à un quart de lieue de Saintes , sur la rive droite en allant vers la mer. Tantôt enfin les eaux des sources coulent sous formes de fontaines qui peuvent donner naissance à des ruisseaux ou à des cascades. Quelquefois l’écoulement des eaux des sources n’est pas continu et donne lieu à des fontaines intermittentes , comme cela se voit à l’une des portes de Clermont-Ferrand. La température de l’eau des sources est loin d’être toujours la même que

d’histoire naturelle. 1^5

celle des dernières couches terrestres qu’elle traverse ; il arrive souvent que cette température est beaucoup plus élevée, et cela donne naissance aux eaux thermales. Les eaux de ce genre les plus remarquables de France sont , sans contredit , celles de Chaudes- Aigues , dans le département du Cantal ; il s’y trouve une source qui donne en abondance de l’eau dont la température est de 8o° 25 cent. ; mais rien ne saurait être comparé aux geysers de l’Islande : on nomme ainsi des sources jaillissantes et intermittentes , dont l’eau s’élève, par instans , en colonnes d’une hauteur considérable. L’apparition de ces eaux, dont la température est très élevée , est annoncée piar une suite de détonations qui font frémir le sol et qui semblent avertir le voyageur étonné de se recueillir pour admirer le magnifique spectacle qui va se dévoiler à ses yeux.

Tl est remarquable que les eaux thermales se trouvent presque toujours dans des lieux volcaniques ; leur présence n’annoncet-elle pas qu’il existe encore , là où elles se trouvent , un reste de ces foyers qui ont produit tant de volcans qui se sont éteints avant que l’histoire ait pu nous en transmettre la notion? Les géologues ne doutent plus aujourd’hui que les eaux thermales ne soient des eaux qui sont parvenues dans des lieux où la température est très haute , soit dans le voisinage de volcans anciens ou modernes , soit en allant plus profondément vers la partie centrale du globe, que l’on pense être incandescente. Be là elles s’élèvent, sans doute parla pression que leur propre vapeur exerce sur elles, dans les cavités où elles se trouvent contenues. La température des volcans éteints et celle du globe même ayant été nécessairement en diminuant, il est évident cjue la température des eaux thermales devra baisser peu à peu, si la théorie qui vient d’être exposée est vraie, et jusqu’à présent rien ne la met en doute. Aussi est-il important de noter la température de chacune des sources de cette nature avec la plus grande attention, pour acquérir quelques notions sur le temps que la terre a pu employer à se refroidir , et sur celui qu’elle emploiera dans l’avenir pour passer d’une température à une autre.

ÏRÀITÉ ÉLÉMENTAIRE

Les eaux des sources varient encore beaucoup, selon la nature des terrains qu’elles traversent; elles leur empruntent des matériaux divers qu’elles dissolvent , et deviennent ainsi des eaux minérales. Quelquefois elles contiennent une grande quantité de gaz carbonique en dissolution, gaz qu’elles abandonnent avec bouillonnement lorsqu’elles arrivent à la surface du sol , si elles en contiennent plus que leur volume. Les eaux de Seltz et de Yicby contiennent du gaz carbonique en quantité considérable. Les eaux de cette nature paraissent toujours appartenir à des terrains volcaniques , et il en sera de nouveau question en parlant des volcans. Les eaux minérales sont réputées salines lorsqu’elles tiennent en quantité notable des sels en dissolution. Les sels les plus remarquables de ce genre sont le sel commun et le sulfate de magnésie. Les eaux de Sedlitz , en Bohême , et celles d’Epsom , en Angleterre , contiennent beaucoup de ce dernier sel. Quelquefois les eaux sont sulfureuses, c’est à dire qu’elles contiennent des produits sulfurés qui sont variables î tantôt c’est le sulfure de sodium , comme dans les eaux de Barèges ; tantôt c’est le sulfure de calcium , comme dans lés eaux d’Enghien , près Paris ; tantôt c’est un produit mal déterminé, mais qui paraît différent des précédées, comme à Saint-Amandles-Eaux, dans le département du Nord. Les eaux sulfureuses, telles que celles de Néris et de Baréges, contiennent encore une matière particulière , mucilagineuse , visqueuse , insoluble dans l’eau , formée de globules très petits , rapprochés les uns des autres , substance incolore d’abord et devenant verte sous l’influence de la lumière et sans doute de l’oxygène. Cette matière , nojnmée harégine on glairine paraît communiquer aux eaux minérales des propriétés médicales particulières qui les font rechercher. Dans tous les cas , il est possible que le sulfure de sodium des eaux de cette nature soit dû à la réaction de cette substance, qui contient les élémens de matières organiques, sur le sulfate de soude qui se rencontre habituellement dans ces eaux.

Il est bien démontré aujourd’hui que la présence du sulfure de calcium dans les eaux d’Enghien est due à la décomposition

D ’ lil s ro I R E N ,\T U R E t. L E .

du sulfate de chaux par des matières organiques ; quant aux eaux de la même nature que celles de Saint-Amand, la présence du soufre qu’elles contiennent paraît due à une décomposition des pyrites qui existent en quantité notable dans les terrains qu’elles traversent.

Il est des sources dont les eaux contiennent une quantité assez considérable de bicarbonate de chaux en dissolution. Arrivées au contact de l’air, ces eaux abandonnent une partie de l’acide carbonique qu’elles contiennent , et laissent déposer une quantité proportionnelle de calcaire compacte qui donne lieu à une masse cohérente qui s’accroît continuellement et que l’on nomme trauerlin. A Tivoli, près de Rome, on observe des eaux de cette nature qui donnent naissance à une roche de travertin dont l’étendue toujours croissante est lort remarquable. A Clermont-Ferrand on observe la fontaine Saint-Aîyre , dont

les eaux ont formé une espèce d’aqueduc dans lequel elles coulent. Ces eaux sont employées pour donner naissance a des incrustations que l’on produit à volonté, en les faisant tomber goutte cà goutte sur divers objets qui se recouvrent rapidement d’une couche de calcaire. Les cascades de / eriii , dans les Apennins , épanchent leurs eaux dans la Ncra, qui coule au fond d’un précipice : le dépôt qu’y forment leurs eaux menace d interrompre le cours de cette rivière.

On connaît aussi des sources qui donnent naissance à des dépôts siliceux : les plus remarquables sont celles de Samt-Alichei, une des Açores, et de TVashita, dans les monts rocheux, aux

Etats-Unis.

Les ruisseaux , les rivières , les fleuves doivent leur origine a des sources ou à des glaciers qui les alimente^ constamment. Leurs eaux viennent toujours d’un lieu })ius élevé, d où elles se répandent en creusant leur propre lit ; cliemm faisant, elles s’accroissent par la jonction d’autres ruisseaux ou d’autres rivières , par l’eau des pluies qui descend des montagnes dans les vallées, par l’eau provenant de la fonte des neiges. ^ est cette dernière eau surtout qui produit raccroissemenl si lapice

Cor.î’S A:>onGAN. Geol.

TB. A ITÉ ÉLlbl ENTAIRE

des rivières el les fait, cjuitler leur lit lorsque vient là fin de l’biver dans nos climats. Le Saint-Gotliard, qui est' un lieu des plus élevés de la Suisse, donne naissance, à lui seul, au Rliin , au Rlione et au Tecino , qui va se jeter dans le Pô. L’eau des pluies venant à s’assembler dans des montagnes on dans des vallées où il n’existe ni fleuves ni rivières , donne naissance aux /orrens, dont l’existence est éphémère. Dans les pays de montagnes , le voyageur est souvent étonné de trouver un fleuve à traverser dans un endroit où , quelques heures auparavant , il passait à pied sec. Les eaux des torrens viennent souvent de lieux très élevés, et annoncent leur arrivée par un bruit semblable à celui de milliers de cailloux qui s’entre-choqueraient.

Il arrive que les cours d’eau rencontrent des cavités qu’ils ne peuvent traverser qu’après les avoir remplies et donné naissance à des lacs; c’est ainsi que le Rhin traverse le lac de Constance , que le Rhône traverse le lac Léman , et que la rivière de Tecino traverse le lac Majeur.

IjOs lacs ne sont pas toujours traversés par des fleuves ; il arrive qu’ils ne s’alimentent que par les eaux des glaciers ou des pluies, ou par des ruisseaux qui viennent y aboutir ; quelquefois ils donnent naissance eux-mêmes à des rivières ou à des fleuves.

Lorsque les lacs prennent une grande étendue, ils forment les mers circonscrites auxquelles les géologues donnent le nom de caspi'ennes, par analogie avec la mer qui porte ce nom.

Les trois quarts de la surface du globe sont recouverts par la mer, et la surface des terres qui fait saillie au travers de ses eaux est un peu moindre que celle de l’océan Pacifique. Il suffit de jeter les yeux sur une mappemonde pour se faire une idée de la distribution des mers parmi les continens : tantôt elles les enveloppent , comme la mer Pacifique , la mer du Sud, l’océan Méridional et la mer du Nord qui entourent les deux Amériques ; tantôt, au contraire, elles sont enveloppées par eux et forment ainsi des mcditerranées. Toutes les méditerranées communiquent entre elles ou avec le grand Océan ; car, sans cela, elles se™ raient des lacs.

D HiSTOlRE NATURELLE.

La proionduur iiioyeiiiie de l’Océan n’est pas bien connue ; on estime €|u’elle peut être entre 3, 200 et 4, 800™,

Les eaux de la mer sont cliargées de différens sels ; celui qui y domine est le sel dont nous faisons usage pour assaisonner nos aliments. Suivant l’analyse du docteur Murray, i,ono parties d’eau de mer contiendraient

-26? ,600 de chlorure de sodium ,

4 ,660 de sulfate de soude ,

I ,990 de chlorure de calcium ,

9 ,910 de clilorure de magnésium;

en tout 48,160 parties solides sur i,ooo. 11 faut ajouter à ces corps du brome et de l’iode probablement combinés au magnésium.

La densité de l’eau de la mer, à température égale, dépend de la quantité de sel qu’elle tient en dissolution. Vers l’équateur elle est de 1,02'ÿ'y'j. L’eau de l’Océan est généralement plus dense que celle des mers intérieures, à cause de l’immense quantité d’eau douce qu’elles reçoivent par les fleuves qui y aboutissent. Cependant la Méditerranée fait une exception que l’on attribue à ce que la quantité d’eau douce qu’elle reçoit des fleuves qui viennent y aboutir est moindre que celle qui s’échappe par l’évaporation.

Vers les pôles , l’eau de l’Océan est en partie congelée par le froid ; comme elle abandonne le sel qu’elle contient en se solidifiant, il arrive cjue l’eau liquide qui avoisine les glaces est plus chargée de sels que l’eau située sous l’équateur. Sa densité étant plus considérable que celle de l’eau de mer ordinaire, elle tend à descendre vers la partie inférieure d’où elle s’écoule vers l’équateur, et se trouve remplacée par d’autres eaux. Ce mouvement donne naissance à des courans marins.

La densité de l’eau de la mer doit être plus considérable dans le fond qu’à la surface; car on a démontré que l’eau était compressdde de o,oooo45, par une pression égale à celle de l’atmosphère terrestre. Si l’on admet que la pression d’une colonne

TRÆITE ELEMENTAIRE

d’eau salée de lo*" équivaut à peu près à celle d’une colonne d’air de toute la hauteur de ratrnosphère , on trouve qu’à 4,800"* de profondeur l’eau est soumise à une pression de 480 atmosphères : pression à laquelle ne résisterait aucune de nos machines. Si le volume de l’eau continuait à diminuer dans le rapport indiqué pour chaque atmosphère , il se réduirait d’un peu plus de deux centièmes.

Sous la pression à laquelle sont soumises les eaux dans la profondeur de la mer, on conçoit que les phénomènes chimiques doivent être grandement modifiés, et qu’il s’y forme des corps qui ne sauraient prendre naissance dans les lieux accessibles à notre observation directe. Or, comme on le verra par la suite, la mer ayant recouvert la surface des continens que l’homme habite aujourd’hui, il ne faut point être étonné d’y rencontrer des substances minérales qui ne se reproduisent plus et qu’on ne sait point imiter dans les laboratoires de chimie.

Les eaux qui couvrent le globe s’évaporent continuellement et donnent naissance à la vapeur élastique que contient l’atmosphère et à la vapeur vésicuîeuse qui forme les nuages. Celle-ci se condense sous forme de pluie , de grêle ou de neige, et retombe h la surface du sol, sur lequel elle s’écoule pour retourner à son origine. Une partie de l’eau est cependant absorbée par les couches poreuses de la terre , et venant à rencontrer des couches imperméables , comme les argiles , elle se fraie un chemin jusqu’à ce qu’elle arrive au jour pour donner naissance aux sources. Les différentes couches qui recouvrent une partie du globe étant fort souvent inclinées , il s’ensuit que l’eau qui se trouve entre deux couches imperméables , ou sous une seule de ces couches, chemine à une grande profondeur et peut aller rejoindre les feux souterrains pour donner naissance aux sources thermales ou revenir à la surface du sol en jaillissant comme la source du Loiret , si l’ouverture de cette source est plus basse que le lieu dont l’eau provient. Lorsque , à l’aide d’une sonde, on perce une couche imperméable au dessous de lacpielle se trouve une nappe d’eau provenant d’une hauteur.

d'histoire naturelle.

cette eau s’élève dans le trou de sonde , pour prendre son niveau et donner naissance à un puits artésien. L’eau des couches perméables peut provenir des rivières ou des étangs ; car des puits artésiens ont rejeté des poissons parmi leurs eaux jaillissantes. Il arrive souvent que les eaux souterraines se creusent un lit, ou bien fdtrent à travers les fissures ou les anfractuosités des roches, et donnent ainsi naissance à des lleuves souterrains que l’on nomme torrens. A Paris , près la barrière de Fontaine] )leaii , des ouvriers ont découvert un de ces torrens en sondant la terre au fond d’un puits. Leur sonde, arrivée dans la cavité où se trouvaient renfermées les eaux , tomba d’une certaine hauteur, et fut violemment agitée par le courant. Bientôt l’eau, s’élevant parle trou qu’ils venaient de faire, les força d’abandonner leurs outils et de remonter au plus vite.

Des parties solides du giobe terrestre.

La croûte solide du globe que nous habitons est, de toutes parts , enfermée dans les eaux de la mer, et se trouve inégalement distribuée dans les deux hémispbères. L’hémisphère septentrional contient toute l’Europe , toute l’Asie , rAmeric|ue septentrionale et une partie de F Afrique. Les parties les plus élevées du globe sont inhabitables ; celles que nous habitons ne sont c|u’à quelques mètres au dessus du niveau de la mer ; par exemple , la Seine, au pont de la ’lournelle , à Paris , n est qu’à 3o mètres au dessus de l’Océan. Celte hauteur est tellement minime, si on la compare au rayon de la terre dont elle n’est pas la deux-cent-millième partie , que l’on peut craindre avec raison que le moindre dérangement dans l ordre actuel ne nous engloutisse sous les eaux de l’Océan; et, pour ajouter à ces craintes , la géologie nous enseigne que cette catastrophe a déjà eu lieu plusieurs lois.

Il est, sans doute, inutile d’indi€|uer ici ce qu on entend pai continent, par île, par péninsule ou presqti île, pai cap, etc. , cela se trouvant dans toutes les géographies , meme les plus

élémentaires; mais je crois devoir attirer rattention suriacon- Oguration du sol.

La surface de la terre est toute couverte d’inégalités , dont plusieurs nous paraissent fort considérables ; mais, en réalité , elles sont fort peu de chose , si on les compare au volume total de cette planète.

Les unes paraissent déchirées à leur sommet, qui s’élève dans les nues , comme bien des montagnes de la Suisse ; les autres sont moins élevées, beaucoup plus régulières, et forment des collines d’une étendue immense, comme plusieurs de celles qui avoisinent Paris ; quelquefois les collines sont plus rares , plus rapides et moins étendues que ces dernières, qu’elles recouvrent, comme cela se voit encore dans les environs de Paris ; dans d’autres circonstances , les montagnes ressemblent à des mamelons empilés les uns sur les autres, comme celles de l’Auvergne. Quelques-uns de ces mamelons sont creusés à leur sommet en forme de coupe et offrent le cratère d’un volcan.

Les premières montagnes cjui viennent d’être signalées se rencontrent sur une étendue immense. Quand on les examine sur une carte géographique bien faite, elles semblent présenter un corps principal d’où partent une foule de ramifications : tels sont les Andes, dans l’Amérique méridionale; l’Atlas , en Afrique; les Apennins, les Alpes, en Europe. Ces sortes tie montagnes sont celles qui sont le plus élevées au dessus du niveau de l’Océan. Elles paraissent avoir été produites par le brisement et le soulèvement de la croûte solide du globe ; elles ont pu l’être aussi par le retrait qu’a dû prendre cette croûte en se refroidissant. Leur sommet déchiré présente des vallées qui existent entre des couches interrompues dont les |)arties identicjues se retrouvent de chaque côté de la vallée surla pente de la montagne. En s’étendant ainsi , elles laissent, de chacjue côté d’elles , de vastes bassins qui renferment les montagnes des autres ordres. Les montagnes du second ordre s’inclinent souvent pour former de vastes plaines , et se relèvent plus loin ou sont remplacées par d’autres terrains ; ces montagnes

1) lilSTOlRü NATURELLE.

sont appelées secondaires . Elles sont formées de eonehes <pii paraissent devoir leur origine à un sédiment qui s’est tléposé dans le sein d’un licjuide. Quand ces couclies cessent d’être horizontales , c’est cjue les parties cjui les supportaient ont sul)i des changemens dans leur niveau, soit par soulèvement, soit plutôt encore par affaissement. Enfin les montagnes du troisième ordre sont appelées tertiaires par les géologues. Les dernières montagnes sont d’origine volcanique: les unes ont été percées à leui sommet , et il en est sorti des coulées de laves, refroidies aujourd’hui, qui indiquent, à n’en pas douter, la manière dont elles ont été produites ; d’autres n’ont été que soulevées et sont lormées d’une matière d’une autre nature chiniic{ue que celles qui ont été percées. Les montagnes à cratères de l’Auvergne sont couvertes de basaltes noirâtres ; les autres sont formées de domite , matière facile à distinguer de la précédente par sa couleur, c[uiest blanche. Les montagnes de l’Auvergne doivent présenter des cavités considérables à leur intérieur, à moins c[u’elles ne soient entièrement formées de matières poreuses et tuméfiées , comme les basaltes et les laves ; car elles n’ont pu se soulever ainsi sans laisser des espaces vides.

Toutes ces sortes de montagnes sont faciles à distinguer par la nature des matières minérales qui les constituent et par la manière dont elles sont disposées les unes à l’égard des autres.

Il est encore des montagnes circonscrites fort irrégulières , aiguës, déchirées, en mamelons conic|ues , en couches rarement horizontales, difficiles à caractériser. Ces montagnes présentent les éléments des montagnes primitives et ceux des montagnes secondaires; ce sont les montagnes de transition.

Celui c{ui est habitué à examiner les différentes configurations du sol en géologue distingue facilement la nature des

montagnes, rien c[u’à leur forme.

Entre les montagnes on observe souvent des gorges cjui paraissent n’être rien autre chose c[ue des anlractuosites cpii existent entre des fragments de la croûte du glohe. Si ces gorges s’étendent, elles donnent naissance aux vallees de mon-

TR AITÉ ELEMENTAIRE

la^^nes dont il a déjà été question; sur îe versant des montagnes et dans les bassins , on observe des vallées d’un autre ordre qui sont beaucoup })lus étendues et plus régulières que les premières : ce sont les vallées à fond plot. Ces vallées sont presque toujours parcourues par des eaux courantes qui les ont dénudées, y ont formé des dépôts provenant de leurs débris , et y ont tracé un lit. Cependant , quand il n’y a ni sources ni glaciers qui communiquent avec ces plaines , on n’y observe que des torrens , comme dans bien des vallées du Pérou qui sont à l’ouest des Andes.

Il est des montaenes très irréoulières, fortement accidentées, entourées de ravins et de précipices, qui ne présentent point de vallées à leur sommet. Ces montagnes qui , par rapport au niveau des eaux dans toutes les époques qui ont pu les entourer, se trouvent les plus élevées , à moins qu’elles ne soient sorties violemment au travers des couches sédimentaires , sont des montagnes primitives qui ne renferment aucun corps organique et sont entièrement formées de matières cristallines ou ayant des connexions directes avec des matières cristallines.

Les volcans en activité ont dû vivement attirer l’attention de tous les observateurs ; aussi ont-ils fait naître une foule de conjectures sur leur origine , leur profondeur, la cause qui les entretient, etc. On admet généralement aujourd’hui que la masse centrale du globe est en ignition, et que les volcans ne sont rien autre chose que des fissures établies au travers de la couche solide du globe, et qui en font communiquer les parties internes avec l’extérieur. Cette théorie est appuyée sur une foule de faits qui paraissent irrécusables, i“ sur ce qu’à une certaine profondeur on rencontre une couche d’une température invariable et cpii, par conséquent, est inaccessible à l’action solaire; 2° sur ce qu’à partir de cette couche, en allant vers le centre de la terre , la température va en augmentant ; 3° sur la température de l’eau des puits artésiens , qui est d’autant plus élevée qu’ils sont plus profonds ; 4*’ sur celle des eaux thermales; 5'^ enfin sur l’existence même des volcans. On avait

d’mïstoire naturelle. i85

observé que la température du globe devenait invariable à une; certaine profondeur; c’est ainsi que les caves de l’Observatoire de Paris sont presque inaccessibles aux variations de température de riiiver et de l’été , quoique ces saisons amènent souvent une différence de plus de 4o° centigrades. On a ae plus remarqué qu’à partir de cette profondeur où la température est invariable , et à mesure que l’on descend dans la profondeur des mines , la température allait en croissant , et 1 on doit à M. Cordier d’avoir recueilli une foule d’observations qui tendent à démontrer ce fait de la manière la plus générale. L accroissement de la température n’est pas le même à toutes les latitudes ; mais on peut admettre comme une donnée moyenne qu’il est d’environ un degré centigrade par chaque centaine de pieds ou par 3o mètres.

La température des roches qui sont traversées par le puits artésien de la plaine de Grenelle, près Paris, qui a été observée avec tant de soin par M. Arago, conduit à peu prèsaumême résultat.

Dans ces derniers temps, M. Poisson a émis des doutes sur l’accroissement de la température jusqu’au centre du globe , parce que cet accroissement irait jusqu’à plusieurs millions de degrés. Le doute de M. Poisson me paraît bien fondé; et il pourra acquéi irune probabilité d’autant plus grande, si l’on pense que la masse centrale du globe est en fusion et qu’elle éprouve un mouvement qui établit l’équilibre de la température dans toute la partie fluide ; car on ne se trouve plus ainsi dans la nécessité d’avoir recours à une température aussi élevée. Dans ce cas , la température des laves que vomissent les volcans en activité serait à peu près celle de Fratérieur du globe terrestre.

Les produits des déjections volcaniques ne sont pas toujours identiques : non-seulement ils renferment une foule de substances minérales ; mais , à diflérentes époques , ces substances n’ont pas toujours été les mêmes. Il est remarquable que l’on trouve du soufre en quantité considérable dans le voisinage des volcans de la Sicile et de la Guadeloupe , et que l’on n’en rencontre que des traces dans les produits des volcans éteints

tels que ceux cjui couvrent rAuvergne. La nalure de ia masse centrale du globe a-t-elle changé avec le temps , ou bien n’estelle pas la meme dans toutes ses parties, malgré sa fluidité?

Le gaz carbonique se rencontre presque toujours en quantité considérable dans les volcans ou dans leurs environs ; tantôt il est libre et sort de leur cratère , ou se trouve dans des grottes , comme celle du Chieji , près Naples ; tantôt il est dissous dans des eaux qu’il rend gazeuses.

Il serait très intéressant de faire des recherches sur l’origine de ce gaz ; provient-il de la calcination du carbonate calcaire ? cela est douteux ; car les volcans en rejettent très rarement , et, à une grande profondeur, le calcaire serait soumis à une pression sous laquelle il ne pourrait pas se décomposer. Il ne peut provenir de la combustion de matières carbonées , car l’oxigène manquerait, à moins qu’il ne provînt de la réduction de certains oxides. Cependant les basaltes contiennent du charbon très divisé, et l’obsidienne, ou verre volcanique,' est sans doute aussi colorée en noir par du cliarbon. Ces faits conduisent à penser que l’intérieur du globe contient du carbone en assez grande quantité. Cette observation est de la plus haute importance et mériterait une étude toute spéciale. Ce carbone provient-il de matières organiques qui auraient été recouvertes par des terrains ignés ; car, jusqu’à présent , les principales niasses charbonneuses du globe paraissent d’origine organique , et ont dû. puiser leur carbone dans le gaz carbonique de l’atmosphère ; ou bien a-t-il une origine tout à fait inorganique , et la nature a-t-elle produit directement d’autre carbone que le diamant et le graphite ?

Si la température de la partie solide du globe s’accroît à mesure que l’on descend dans les mines, on observe, au contraire, que la température diminue à mesure que l’on s’élève en quittant ia surface du sol ; de telle manière que , sur les hautes montagnes qui avoisinent l’équateur, on trouve des neiges perpétuelles. La hauteur des neiges perpétuelles ne saurait être fixée d’une manière générale; elle varie avec la latitude, l’exposition

D HISTOIRE NATURELLE

t es inoutagnes , la direction des vents, et, probablement, même avec la nature des roches. Si Ton voulait représenter cette hauteur par une ligne courbe qui serait inscrite dans le plan d’un méridien terrestre, on trouverait que, vers les pôles, elle serait a une certaine profondeur dans la terre , qu’elle en sortirait et s eleverait cà mesure qu’elle se rapprocherait de l’équateur,. pour s’incliner ensuite vers le pôle opposé. — On verra, dans le tableau suivant , que l’on doit à M. de Humboldt, la limite des neiges perpétuelles dans plusieurs contrées du globe.

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