II. Première formation marine ..... Calcaire grossier
I Calcaire siliceux (i).
III. Deuxième formation d’eau douce. ^ Gypse avec ossemens d’animaux.
( Marnes d’eau douce.
! Marnes marines du gypse.
Sables et grès marins supérieurs.
Marnes et calcaires marins super.
i Meulières sans coquilles.
\. Troisième formation d’eau douce. | Meulières avec coquilles.
( Marnes d’eau douce supérieures.
argile plastique reçoit son nom de la facilité avec laquelle elle peut être modelée selon les formes que l’on veut lui donner. Sa couleur varie du brun clair au rouge brun , au jaune et au bleu d’ardoise. Elle est mêlée avec du sable et n’en contient pas. Dans tous les cas, elle forme avec lui des lits alternatifs d’épaisseur variable. Dans les environs de Paris , elle repose directement sur la craie ; dans les environs de Compiègne , à Jonquières, à Clairoix , c’est le sable qui occupe cette position. Le lignite , en couches généralement minces , alterne avec de
(i) Il ne me paraît pas démontré que le calcaire siliceux appartienne à la formation d’au douce. Tl fait peut-être partie delà formation marine précédente.
d’histoire naturelle. >22^
Fargile bleuâtre ou noirâtre , colorée par des matières orgaiii- ([lies, qui renferment des rognons ou des fragmens de sperkise et des coquilles lacustres parmi lesquelles les lymnées abondent.
A Varanval, près Compiègne , on observe ce fait particulier, que toutes les lymnées c{ue l’on y rencontre, et qui sont fort abondantes , ont la bouche à gauche. Le même fait s’est présenté à mon observation dans un morceau de calcaire spongieux que j’ai recueilli de l’autre côté de l’Oise, dans la forêt de Compiègne , sur la route de Saint-Pierre. L’argile plastique est employée pour faire des briques , des tuiles , des carreaux et de la poterie , selon qu’elle est mélangée avec plus ou moins de sable. Les parties qui reposent immédiatement sur le lignite sont exploitées pour faire des engrais. Les exploitations de ce genre se nomment cendrières. On y prépare des cendres noires et des cendres rouges. Les cendres noires sont les terres noircies par les matières organiques et simplement désagrégées, les cendres rouges sont les mêmes terres exposées à l’air humide. Le bisulfure de fer qu’elles contiennent est décomposé et donne naissance à du sulfate de fer qui se décompose lui-même en produisant probablement du sous-sulfate de sesqui-oxide de fer. Dans cette opération, la matière organique est détruite, et la terre prend une teinte rouge qui lui est communiquée par la présence du sel de fer.
Ces terres ainsi aérées , mais non entièrement décomposées , servent pour préparer l’alun : il suffit de les lessiver pour en extraire du sulfate de fer et du sulfate d’alumine.
La partie moyenne de cette première formation d’eau douce renferme des fossiles des genres suivans , planorbis, phjsa, lymneus^ paludina^ melania^ melanopsis, nerita, cjroena. La partie supérieure contient des fossiles marins des genres cerithium^ ampidlaria^ ciineiformis. Cette formation renferme aussi des débris de végétaux , comme cela est indiqué par le lignite. Ils sont généralement indéterminables.
Le grès de cette première formation repose dans des sables contenant quelquefois des coquilles marines.
J’ai observé, au dessous des sables de la cendrière de Varanval , une couclie aréiiacée jaunâtre , mais présentant quelque cohérence , qui renferme un grand nombre de coquilles marines, telles que des huîtres , des cardites , etc. Cette couche mérite quelque intérêt, car elle indique une formation marine intermédiaire à la craie et à l’argile plastique , qui n’a point été observée par Brongniart et Cuvier.
Le calcaire grossier est un calcaire jaunâtre excessivement variable sous le point de vue de la cohérence et de son plus ou moins de compacité. Il diffère souvent d’une montagne à une autre, et se retrouve quelquefois avec des caractères exactement semblables à des distances considérables. Il est souvent formé de plusieurs couches qui alternent avec des marnes. En général, ce sont les couches de même ordre qui se ressemblent le plus entre elles. La partie inférieure repose sur un sable vert. Immédiatement au dessus de lui est un sable dans lequel on trouve des lits minces, ou des rognons , ou des sphéroïdes de calcaire siliceux recouvert de petits cristaux de quarz. Ce calcaire existe en abondance au sommet du mont du Hêtre, entre Jonquières et Venette , et à Clairoix , près Compiègne. Au dessus de ce sable on trouve des blocs de calcaire très dur entièrement formé de nummulites et des myriades de nummulites disséminées (Clairoix, Machemont, près Compiègne).
Le calcaire de la montagne de Clairoix est jaune grisâtre et jouit de la propriété remarquable de durcir dans l’eau et à l’humidité , aussi l’emploie-t-on dans les constructions souterraines. Il renferme, entre autres fossiles, des serpules, des dents d’au moins deux poissons du genre squalus, et des débris de crustacés indéterminables, qui ne sont point signalés dans ce terrain. Le calcaire de Machemont , qui est à huit kilomètres N. de Clairoix, est très tendre, on ne peut plus facile à tailler, et renferme , dans sa partie supérieure , une quantité notable de moules internes et externes du ceriihium giganteum, dont la longueur atteint souvent cinquante centimètres. Les différentes montagnes qui avoisinent la rive gauche de l’Oise près
d’histoire naturelle. 225
Gompiègne, méritent d’être considérées sous le point de vue de leur hauteur relative. En remontant cette rivière , on trouve d’abord le mont du Hêtre , qui se termine par le calcaire siliceux, sans que l’on puisse y rencontrer une nummulite; puis la montagne de Clairoix, dont la partie supérieure est un peu plus élevée , et l’on y trouve des nummulites ; enfin , en marchant de Machemont versThiescourt , on s’élève un peu plus encore, et l’on commence à rencontrer des blocs de grès qui font partie de la formation suivante. Cependant , en avançant davantage , les grès sont enfouis à une certaine profondeur.
Dans le calcaire grossier que l’on peut diviser en trois masses, on trouve des débris de végétaux qui se rapportent aux familles suivantes , naïades , équisétacées , conifères , palmiers, et même à des plantes dicotylédones. Les fossiles animaux peuvent être divisés en trois groupes , selon les masses calcaires dans lesquelles on les trouve: dans la partie inférieure on observe des madreporay[astrea^ beteporites^lunulites , fungia^ nummulites ^\e cerythium giganteum^ des lucina^ cardium , voluia^ crassalella^ iurritella^ ostrea; dans la partie moyenne on a rencontré des omlites^ alvéolites, orbitolites^ turritella, terebellum , calyptrœa, cardita^ pectunculus ^ cytherœa^ miliolites, cerythium^ dans la partie supérieure il existe des miliolites, ampullaria ^ cerythium^ lucina, cardium et corbula.
La puissance du calcaire grossier est évaluée à 34"‘-
Le gypse forme des masses cristallines assez puissantes qui alternent avec des marnes, tantôt calcaires, tantôt argileuses ; tantôt compactes, tantôt feuilletées. La butte Montmartre, près Paris, permet d’étudier facilement cette formation. Le gypse y est divisé en trois masses : une inférieure, qui est la moins puissante ; elle présente une disposition cristalline, laminaire, très prononcée. Au dessus d’elle viennent les marnes marines à retraits pyramidaux; puis la deuxième masse, qui a une puissance intermédiaire entre la masse inférieure et la masse supérieure ; elle est formée de plusieurs couches qui se distinguent chacune par une texture cristalline particulière. Plus haut sont
Corps A.xorvGAN. Ghol.
les marnes à détacher, qui sont d’abord d’une apparence schisteuse qui va en diminuant à mesure que l’on s’élève ; enfin vient la masse la plus considérable , que l’on nomme les hauts piliers. Ce nom lui vient de la hauteur considérable des piliers qui soutiennent les voûtes des carrières dont on a extrait le gypse. Ce gypse a une texture saccharoïde qui fait qu’on l’emploie de préférence à celui des autres masses pour faire le plâtre.
Au dessus des hauts piliers viennent les marnes bleues à lignites ; les marnes blanches , qui contiennent des coquilles d’eau douce et des restes de palmiers ; les marnes feuilletées , jaunes , où l’on trouve des coquilles marines ; les marnes vertes qui contiennent des nodules de sulfate de strontiane compacte ; puis le calcaire siliceux supérieur et un calcaire compacte à retraits pyramidaux. Enfin viennent des fossiles marins qui préludent à la formation supérieure .
Les coquilles marines que l’on rencontre dans les marnes feuilletées indiquent que la seconde formation d’eau douce a dû être interrompue pendant quelque temps par une irruption marine.
Les fossiles que l’on rencontre dans la deuxième formation d’eau douce sont très nombreux et sont dignes du plus haut intérêt, tant par leur importance que par les immortels travaux de Cuvier. C’est là que l’on retrouve les débris de plusieurs mammifères qui ont cessé d’exister à la surface du globe.
Dans le gypse on observe des palœotherium., des anoplothcrium., le chœroptamus paj'isiensis^ le canis parisiensis, un coati, le didelphù pai'isiensis^ le seinirus, des reptiles : crocodile., trionjx., emys.
Dans les marnes d’eau douce on a trouvé un palæotherium , des lophiodon et des coquilles des genres crclostoma , lymnœa, planorhis et hulynius.
Dans les marnes marines jaunes , il existe des os de poissons et des coquilles du genre cylherœa., spirorbis et cerythium. Il existe encore d’autres marnes calcaires qui sont séparées des précédentes par des marnes vertes ; on y observe des aiguillons
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et des palalà de raies ; enfin des coquilles des genres ampullaria , cerylhium , cyüierœa , cardiinn et miciila. Viennent ensuite des marnes calcaires c|ui renferment plusieurs genres d’iiuîtrcs : celles de la partie inférieure sont plus grandes que les autres.
La puissance de la formation gypseuse est de 52"™.
Les sables et grès marins supérieurs appartiennent à la deuxième formation marine. Ce sont des amas considérables de sables siliceux, quelquefois micacés, renfermant très peu de fossiles, dans lesquels on trouve du grès en bancs, et, le plus souvent en blocs disséminés , enfouis ou recouvrant la surface du sol.
Cette formation est on ne peut plus développée dans la forêt de Fontainebleau : on y remarque d’immenses collines de sable couvertes de blocs de grès d’un volume souvent très considérable .
La position de ces blocs de grès est des plus remarquables. îl paraît qu’ils se sont formés dans le sable, et qu’ils ont été mis à nu par les vents et les eaux qui ont emporté ce sable dans les plaines et les ravins. Ces rocbers ont ainsi dû perdre quelcjuefois leur point d’appui et rouler les uns sur les autres ; c’est , en effet, ce qui a dû arriver, selon ce que l’on observe , que des grès sont couchés les uns sur les autres, et c|ueic[uefois fracturés par le choc qu’ils ont dii éprouver dans leur chute.
Pour que cette théorie de la formation des grès fût vraie , il fallait qu’on n’en trouvât point dans la plaine, et encore moins dans des excavations ; c’est, en effet, ce qui a lieu. Cependant j’ai rencontré deux de ces rochers dans une plaine , sans qu’on pût supposer qu’ils y étaient descendus de la hauteur voisine ; mais, comme ils étaient sur un pian horizontal, il est possible qu’ils aient été formés dans un amas de sable qui s’est dissipé.
Ce n’est que dans la partie supérieure de cette formation que l’on trouve des fossiles, soit dans le grès, soit dans un calcaire siliceux ou même un calcaire , qui le remplacent quelquefois. Ils appartiennent aux genres o//ea, cerythiuin^ solarium ,
melania, peclunculus , crassatella, donax^ cfthercea, corbiila et ostrea.
I^a formation d’eau douce supérieure n’existe jamais sur une étendue bien considérable ; elle est caractérisée par des meulières avec ou sans fossiles, par un calcaire d’eau douce remarquable par son grain fin, par sa cassure droite et par les fossiles qu’il renferme, et enfin par des marnes blanches et calcaires.
Les fossiles de cette formation appartiennent aux genres cyclosloma^ polamides , planorbis, lymnœa, hulymus ,pupa, hélix. On y trouve aussi des traces de végétaux aquatiques, telles que des graines àechara (gyrogonites, L, K) un nymphœa^ un culm ites et un carpolites.
Les terrains supra-crétacés présentent des différences notables dans une foule de localités. Comme il est impossible de décrire toutes les modifications qu’ils éprouvent, on a simplement donné un aperçu de ceux des environs de Paris qui sont le mieux connus, et, par cela même , les plus faciles à étudier.
Groupe erratique.
Il est convenable, sans doute, de dire ici que M. Labêche n’a établi le groupe erratique que par des motifs de commodité et de convenance, et que l’on ne doit le regarder que comme provisoire. J’ajouterai même que cette division ne forme pas un groupe proprement dit , parce qu’elle ne contient pas une suite de terrains réunis ou subordonnés comme les précédens , mais seulement des produits souvent isolés et n’ayant de commun qu’une circonstance de leur formation ; cette division des terrains comprend des blocs et des amas qui ont été transportés loin de leur origine ; ce transport ayant pu avoir lieu à des époques très éloignées les unes des autres, et par des moyens variés. Les parties de ce groupe constituent les terrains meubles, les terrains de transport et les allumions de quelques auteurs. Elles forment le passage entre les produits des causes qui ont
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cessé d’agir d’une manière apparente, et ceux des causes qui agissent sous nos yeux.
Le groupe erratique, facile à observer, présente cependant d’immenses difficultés lorsque l’on veut remonter à la cause des faits que l’on soumet à l’examen : tantôt il comprend des blocs ou des fraginens anguleux ou roulés , de roches primitives qui reposent sur des terrains , non seulement très élevés dans l’échelle des formations, mais même dont le niveau est au dessus de celui des roches de même nature dont on pourrait supposer qu’ils proviennent; tantôt ils présentent une foule de débris de grands mammifères qui forment des amas ou qui sont rassemblés dans des cavernes.
Tout le nord de l’Europe et de l’Amérique présente une foule de blocs erratiques d’un volume souvent considérable qui semblent avoir été transportés vers l’équateur par des causes qui dépassent de beaucoup les forces actuelles par leur intensité. Cela conduit à penser qu’une masse d’eau immense a traversé ces régions dans la direction indiquée ; qu’elle a emporté des blocs qui n’ont du céder qu’à une vitesse des plus grandes , vu i’immensité de leur masse. Cette eau , dans sa course , a détruit tous les êtres vivans qu’elle a rencontrés , et parmi eux se trouvaient des éléphans dont la race est perdue , tels que les mammoths dont la taille était plus grande que celle des eléphans actuels, le mastodon, dont les dents tuberculeuses ont fait penser qu’il était carnivore , des rhinocéros d’especes perdues, des hippopotames , le tapirus giganteus y
le ceri’us giganteuSj d’autres espèces de cerfs, des bœufs , un aurochs, un trogont}ierium,à.es, megalonyxy mégathérium, hycitey ursus et equus.
Quand on suit le cours des fleuves et des rivières, il est rare que l’on ne découvre point dans les environs de leur lit, et souvent même à de grandes distances, mais toujours dans leur bassin, des traces de leur passage, qui portent à penser que ces courans d’eau ont été beaucoup plus considérables qu ils ne le «ont aujourd’hui. Dans le dépailement des Basses-Alpes, on
trouve, à plus d’une demi-lieue de la Durance , les mêmes galets de marbre roulé que l’on observe dans son lit. A plus d’une demilieue du confluent de l’Aisne et de l’Oise, et dans un espace situé à une lieue deCompiègne, sur la route de Soissons, au pied des lleaux-Monts , on a trouvé des bancs immenses de poudingues et de cailloux siliceux roulés qui ont été employés pour construire des routes. On ne rencontrait point de fossiles dans ce dépôt. Plus près de Compiègne , et dans la même direction, à la Croixdu-Saint-Signe, il existe des amas de graviers plus minces que les cailloux précédens et beaucoup moins roulés , dans lescpuels j’ai trouvé des dents de cbeval, des bois pétrifiés que l’on reconnaît facilement pour du hêtre et du charme , des cérithes , des masses de calcédoine et des morceaux de calamine. Ces faits indiquent bien évidemment que l’Oise, l’Aisne, la Durance et bien d’autres rivières que l’on pourrait citer, ont été beaucoup plus considérables qu’elles ne le sont aujourd’hui ; que le couvant de l’Aisne a dû exister pendant fort longtemps dans le lit très large qu’elle avait auparavant, puisque les cailloux que l’on y trouve sont parfaitement roulés; il est probable aussi cjue les graviers de la Croix-du-Saint-Signe qui se trouvent vers le confluent étaient amenés par l’Oise. En remontant la Durance on trouverait évidemment en place les roches dont les galets qu’elle charrie ont été détachés ; mais je ne puis savoir où il faudrait aller chercher l’origine des galets qui étaient anciennement charriés par l’Aisne.
Quelquefois les galets erratiques sont peu ou point roulés , et l’on est conduit à penser qu’ils ont été détachés près de l’endroit où on les rencontre, ou bien s’ils ont été transportés assez loin, que c’a dû être dans un temps fort court. Auprès de Lévy- Lurcy, sur les limites des départemens de la Nièvre et de l’Ailier, il existe des cailloux siliceux répandus sur une étendue assez considérable, qui doivent se trouver très près des roches qui les ont produits. Il y a , clans cette localité , un concours heureux de circonstances qui montre tout à la fois et l’origine de ces cailloux et la formation des argiles. On trouve réunis, à
d’histoire naturelle. 2b I
peu de distance, des débris de felspatli, des fraginens siliceux, du sable siliceux mêlé de grains de felspatli laminaire et des argiles variables qui retiennent de la silice en grain. Il est probable que tous ces produits viennent de la décomposition de pegmatites dont la majeure partie du felspatli s’est transformée en argile, tandis que les débris siliceux sont restés épars sur le sol. Il n’y a point de débris organiques dans ces galets, et ce n’est qu’à une distance de cinq à six lieues sur la route de Moulins , que j’ai pu trouver, dans les approvisionnemens pour le pavage, un morceau de bois pétrifié qui paraît avoir une organisation analogue à celle des conifères.
Ces observations, jointes à celtes qui précèdent , démontrent que si , dans bien des cas , il est possible de remonter à l’origine des amas erratiques , il n’est pas toujours possible de remonter à l’époque de leur formation en envisageant leur nature; car, bien évidemment, les eaux n’ont pu entraîner que les corps qu’elles ont rencontrés sur leur passage. Ce n’est que par des nivelleniens très étendus et par des recherches pénibles que l’on pourrait arriver à se procurer des notions suffisantes sur la chronologie de ces formations.
Dans les environs de Salon (Bouches-du-Rliône) il existe une plaine immense qui est couverte d’une multitude de cailloux roulés , d’un volume considérable , à tel point que la culture des terres qu’ils recouvrent est prescjue impossible.
On ne peut douter que les terrains stratifiés fossilifères aient été formés sous les eaux ; que ces eaux se sont retirées et sont revenues un grand nombre de fois ; cju’il y a eu une irruption aqueuse des plus épouvantables , cjui a marché du pôle arcticjue vers l’équateur ; cpie les lits des fleuves ont été beaucoup plus larges et beaucoup plus profonds cju’ils ne le sont actuellement. Quel moyen la nature a-t-elle pu employer pour produire toutes ces révolutions?..... C’est ce c[ue l’on ignore. On se perd en conjectures, en hypothèses, en systèmes; mais il faut avouer que l’étude de la géologie n’est point encore assez avancée pour expliquer de pareils pliénomènes.
Dans une foule de localités on a rencontré des cavernes dans lesquelles on a trouvé des os d’animaux , quelquefois en très grande abondance^ Ces os sont généralement mêlés avec des cailloux roulés, et empâtés dans de la vase; au dessus de cette vase on trouve souvent une couche de stalagmites calcaires. Ces amas d’os portent le nom de brèche osseuse, et ce nom est évidemment bien donné , quand les os sont réduits en fragmens. Ces cavernes , qui ont , sans doute , été atteintes par les eaux qui y ont déposé leur limon, ont probablement été le repaire de bêtes carnassières qui s’y retiraient pour dévorer leur proie. Le docteur Buckland a trouvé dans la caverne de Rirkdale, dans rYorkshire, des restes d’hyènes , de tigres, d’ours, de loups, de renards, de belettes , d’éléplians, de rhinocéros, d’hippopotames , de chevaux , de bœufs , de daims , de lièvres, de lapins, de rats d’eau, de souris, de corbeaux, de pigeons, d’alouettes, et d’une petite espèce de canard.
Une partie des os que l’on trouve dans ces cavernes présentent des anfractuosités qui portent à croire qu’ils ont été rongés par les animaux qui s’y retiraient. On rencontre encore , dans les mêmes lieux , des amas d’excrémens que les géologues ont décorés du nom de coproUtes,
Il faut bien distinguer les brèches osseuses des cavernes , des brèches osseuses qui remplissent certaines failles ou anfractuosités de roches ; car celles-ci paraissent être réellement erratiques ; c’est à dire qu’elles paraissent avoir été transportées par les eaux et s’être déposées dans ces cavités , tandis que celles-là paraissent être dues à l’introduction de l’eau dans un repaira d’animaux carnassiers.
C’est encore au groupe erratique que M. Labêche rapporte ces masses de vase et de glace que l’on a observées dans les environs du cercle arctique , et qui renferment des animaux entiers parfaitement conservés. Le premier de ces animaux a été vu près du bord de la Léna. Un pêcheur avait observé, pendant plusieurs années , un bloc de glace qui finit par fondre, et abandonna sur le sol un éléphant immense dont tout le corps était
d’histoire NATURELLE. a35
couvert de poils de deux espèces , un laineux et l’autre en longs filamens , comme le crin. Cette circonstance, qui a été également observée à l’egard du i hinoceros trichorinus ^ porte les naturalistes à penser que ces animaux pouvaient vivre dans des régions dont la température était beaucoup moins élevée que celle des lieux que leurs congénères habitent actuellement.
L’existence de ces animaux ensevelis dans la glace paraît contraire à celle d’un courant violent et rapide qui aurait existé du nord au sud et qui aurait entraîné les blocs erratiques dont il a été question , ou bien ce courant a précédé l’ existence de ces ïnammifères, ou bien encore, après avoir marché avec violence dans le sens indiqué , il est revenu vers le pôle arctique , et alors il a entraîné ces animaux dans la vase , qui s’est congelée.
Les animaux entraînés vers le sud ont dû se putréfier, et leurs 03 seuls ont pu résister à la décomposition spontanée ; ceux qui ont été entraînés vers le nord ont dû être soumis à une basse température immédiatement après leur mort ; car, sans cela , ils auraient subi un commencement de putréfaction , circonstance qui n’a pas eu lieu , puisque le poil de ces animaux adhère fortement après leur peau. On peut donc dire que ces animaux ont péri dans un lieu dont la température était peu élevée , et qu’ils n’ont pas dû être entraînés bien loin avant de faire partie des glaces perpétuelles. Cette explication est d’accord avec l’opinion déjà citée des naturalistes qui pensent que ces animaux vivaient dans des régions dont la température était très basse; seulement, pour ne rien omettre, il faut dire que , les éléphans étant herbivores, on a peine à comprendre comment ils pouvaient , dans de telles régions , trouver une quantité suffisante de nourriture pour exister ; car là on ne rencontre guère que quelques lichens et d’autres plantes inférieures peu développées.
Quelques savans ont pensé que la position de l’axe de rotation do la terre avait pu être changée subiteiuent. Cette opinion
hardie rendrait compte de l’existence de ces mammifères dans un lieu où ils pouvaient trouver leur nourriture et dont la température aurait subitement changé sous l’influence de cette cause perturbatrice. La position de l’équateur terrestre ayant cessé d’être la même , les eaux qui s’y trouvaient amoncelées par la force centrifuge développée dans le mouvement de rotation du globe ont du refluer vers d’autres lieux, et, de là, ces immenses courans qui ont ravagé sa surface. Ce changement de position dans l’axe de la terre , qui aurait pu avoir lieu par la rencontre d’un^ astre qui se serait trouvé dans le chemin de notre planète , n’est point une chose impossible ; seulement elle est loin d’être démontrée, et, jusqu’à présent, on ne doit la regarder que comme une hypothèse qui a quelques probabilités pour elle.
Groupe moderne.
M. Labêche a réuni dans ce groupe tous les terrains qui sont le résultat de l’action des causes actuelles. Ces causes sont nombreuses et variées , aussi donnent-elles naissance à des produits qui n’ont pas d’autre rapport que celui de l’époque de leur formation. Ce groupe existe à tous les étages des productions géologiques ; partout on retrouve les effets destructeurs de forces multipliées qui ont agi pendant un temps souvent considérable.
11 n’y a point de repos à la surface du globe ; toutes les parties qui le constituent éprouvent des dilatations et des contractions par les variations de température ; elles vibrent , s’agitent et finissent par se détacher et donner une poussière au lieu d’une roche solide. Ces actions sont aidées par les forces électriques qui opèrent sans cesse des décompositions et de nouvelles combinaisons. Mais ces causes insensibles, et dont les effets ne sont appréciables qu’après un laps de temps souvent considérable, ne sont pas les seules ; il en est de puissantes , de violentes même ,
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qui peuvent en un instant changer la face d’un pays. Tels sont les tremblemens de terre dans lesquels le sol frémit , s’agite , quelquefois se brise et s’élève en faisant entendre d’épouvantables cî aquemens qui sont dus à la rupture des couches , à leur soulèvement ou au tassement des roches. Lorsque ces phénomènes se passent non loin de la mer, il n’est pas rare de la voir se soulever, s’agiter et venir, furieuse, répandre ses flots sur la côte. La ville de Port-Royal à la Jamaïque a été engloutie sous les flots dans une pareille circonstance, et aujourd’hui le sable et la vase des mers recouvrent jusqu’à ses clochers, contre lesquels la barque du pêcheur vient quelquefois se heurter. C’est principalement dans les pays volcanisés que ce phénomène s’observe, et il est souvent lié à une irruption volcanique. L’Europe n’en est pas exempte, et la ville de Lisbonne, détruite en 1755, a plusieurs fojs senti ses murailles prêtes à s’écrouler. Quelquefois la terre se soulève, se perce, et, par l’ouverture formée , donne lieu à un écoulement de matières en fusion qui s’amoncellent et forment un cratère. De ce cratère s’écoulent des laves qui détruisent la vie partout où elles passent ; c’est ainsi que des terrains ignés sont venus recouvrir des terrains •formés , en se déposant au scindes eaux. Si la mer ou quelque torrent communique avec le cratère, il se forme une éruption boueuse^ et des terrains c|ui paraissent sécli— mentaires ont pu être formés de cette manière. Mais, à la surface du globe , tout concourt à la destruction de ce qui existe ; les eaux , sous mille formes, viennent saper les édifices de la nature , et , après des efîbrts répétés en un grand nombre de siècles, elles parviennent à renverser des barrières qui auraient paru insurmontables. L’eau de la mer apporte continuellement sur la plage des sables qui s’élèvent sous forme de dunes ^ quelquefois ce sont des galets qu’elle charrie ; mais , tandis cju’elle rend au sol ce qu’elle lui a arraché, une foule de matières sont entraînées dans les eaux , elles s’y mêlent avec les débris d’êtres qui ont vécu, se déposent dans la vase et y forment des couches sans doute nnalogues à celles que nous observons aujourd’hui
jusque sur des montagnes qui s’élancent au dessus des nues. Les flots de la mer vont s’agiter contre les falaises , les sapent et les minent. Les eaux des sources, celles des pluies joignent leur action à celle de la mer, fendent , percent les escarpeniens et ^ les entraînent lentement dans la mer. L’eau des pluies dégrade, entraîne les parties solides du globe d’un lieu élevé vers un plus bas, et tendent ainsi continuellement à le niveler. En s’insinuant entre les couches , elle réagit sur elles , les humecte, détruit leur cohérence , les rend glissantes ; et si elles sont inclinées , elle permet la chute des matières qui reposent sur elles ; c’est ainsi que se fit le terrible éboulement qui eut lieu en 1806 dans la vallée de Goldau. Si l’eau, après s’être insinuée dans des matières poreuses , vient à se congeler, elle se dilate en passant de son maximum de densité à l’état solide ; elle écarte ainsi les parties des corps , les désagrégé , et , lorsque vient le dégel , elles tombent en fragmens et même en poussière. Si les éboulemens ont lieu vers un courant d’eau , ils peuvent en obstruer le cours et le forcer à prendre de l’étendue en largeur pour en faire un lac , ou, quelquefois même, ils en détournent le cours. Si l’éboulement lent ou rapide détruit , au contraire , la barrière qui enchaînait les eaux d’un lac , ces eaux s’épanchent et donnent lieu à une rivière là où souvent il n’existait qu’un ruisseau ou même une vallée. Dans les lacs, dans les étangs , il se forme constamment un dépôt de détritus de matières animales et végétales qui donnent naissance à une vase noire et bourbeuse ou à de la tourbe. Les eaux courantes , au contraire , arrachent continuellement quelques parcelles de matières aux côtes qu’elles baignent ; et , après les avoir transportées et roulées pendant un certain temps , elles vont les charrier dans un autre endroit et former un dépôt. Yers l’embouchure des fleuves on voit la vase s’amasser, obstruer le cours de l’eau, la forcer à s’épandre sur les côtes, et donner ainsi naissance à des deltas , tels que ceux du Rhône et du Nil. Les sources peuvent donner lieu à des dépôts calcaires ou siliceux. La neige qui fond donne naissance à des torrens ou
d'histoire naturelle, iSy
lait enfler les fleuves et les rivières. Quand elle se détache sous forme di walanches , elle entraîne presque toujours des parties terrestres avec elle. L'air, dont la masse est si faible en apparence , n’a pas moins une influence immense pour dégrader les continens, lorsqu’il se meut avec une grande vitesse. Les ouragans déracinent les arbres , renversent les animaux et les entraînent quelquefois dans les fleuves , qui les charrient jusqu’à la mer. On a vu des ouragans abattre les constructions les plus solides en apparence, soulever les eaux de la mer jusqu’au dessus d’habitations qui paraissent hors d’atteinte. Dans l’île Bourbon on a vu un navire lancé par les flots jusque sur une terrasse, après avoir passé par dessus un corps de garde. Le lendemain de cette affreuse catastrophe , le rivage était couvert de monceaux de galets parmi lesquels on trouvait des mollusques qui n’habitaient point les côtes de cette île. La foudre n’est pas étrangère aux ravages qui ont lieu à la surface du globe : on l’a vue frapper des roches et les briser en éclats.
C’est ainsi qu’une foule de causes réunies tendent à modifier le sol. Les tremblemens de terre et les volcans sont les seuls qui peuvent donner lieu à des soulèvemens; tous les autres, au contraire , détruisent les parties solides , les entraînent des lieux les plus élevés vers les plus bas, et tendent à opérer un nivellement en produisant des terrains fort hétérogènes , c’est à dire de ces terrains formés par un mélange de parties non combinées , mais simplement mélangées.
GÉOGÉIME.
La géologie , comme toutes les sciences naturelles, comprend une partie positive et une partie spéculative. La géographie physique et la géognosie appartiennent à la première partie ; elles
sont constituées par l’étude des faits tels que la nature les donne à notre observation , et elles ne peuvent devoir leur imperfection qu’à l’insuffisance de cette même étude. La géogénie, loin de se borner à la connaissance de ces faits, clierclie à remonter à leur origine, à en trouver la fdiation , et , s’il se peut même , à en calculer l’avenir. On sait que cette dernière partie appartient autant au génie de l’homme qu’aux élémens qu’il embrasse , et qu’auprès de vérités absolues peuvent venir se placer de vaines spéculations. Aussi , comme dans bien d’autres sciences, un sentiment de curiosité plutôt que l’élan d’une saine philosophie a-t-il fait devancer le temps , et une foule de systèmes plus ou moins spécieux , plus ou moins incomplets , sontils parus avant l’étude positive qui aurait dû les précéder.
Le but de la géogénie est donc de remonter à l’origine du globe , de le suivre dans toutes ses périodes jusqu’à l’époque actuelle, et même de chercher ce qu’il pourra devenir dans la suite des temps.
L’étude de la géogénie se rapporte à une étude plus générale, plus vaste , c’est à dire à celle de l’origine de l’univers , à la cosmogénie. Quoique l’immensité d’un pareil sujet^araisse au dessus de la portée de l’esprit de l’homme, l’histoire nous apprend qu’il s’en est occupé à toutes les époques, et qu’il en est résulté une foule de systèmes. Le premier livre de la Bible , la Genèse., expose un système cosmologique écrit dans un sens figuré que nous commençons à comprendre maintenant, et que l’on a voulu nous imposer comme acte de foi , en le prenant tel qu’il est écrit. Chez les Grecs , dans le cinquième siècle qui a précédé l’ère vulgaire, Leucippe, en exposant la théorie des atomes, a indiqué comment, en se mouvant, ils avaient pu s’unir et donner naissance à tous les mondes. Dans le commencement du quatrième siècle cjui le suivit , Démocrite développa ce système d’une manière admirable ; Epicure , un peu après, en fit une application encore plus étendue ; car, non seulement il s’occupa de l’origine du monde , mais aussi de celle des animaux, et de l’homme en particulier. C’est ce système qui, trois
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siècles plus tard, lut clianté par Lucrèce dans un poème que la postérité nous^ a légué. C’est là qu’il nous fait comprendre comment^ la matière, d’abord à l’état de chaos, a pu donner naissance ^aux mondes par la rencontre fortuite des atomes ; comment les plantes, les animaux, les hommes apparurent successivement sur la terre ; comment certaines races d’animaux ont cessé d’exister, parce qu’elles ne se sont pas trouvées dans des conditions convenables d’existence; comment l’homme a passé de l’état sauvage à l’état civilisé ; comment les religions se sont établies ; comment les arts ont été créés.
Malheureusement pour Lucrèce, ou plutôt malheureusement pour la race humaine, il vivait à une époque de'décadence pour les sciences, la férocité des Romains dominait le monde, et il ne fut point compris; on le traita de fou , et l’on pense que, dégoûté de la vie, il se suicida. Pourrait-on croire que vingt siècles se sont écoulés sur la tombe de ce poète malheureux , et qu’au] ourd’ hui seulement une voix vient le réhabiliter? Lucrèce avait 'Une connaissance profonde des sciences d’observation ; il n’a jamais été insensé , et il se sera suicidé de désespoir en voyant qu’il vivait au milieu d’un monde qui ne pouvait le comprendre.
S’il m’est permis d’émettre ici anon opinion personnelle , je dirai que j’ai toujours pensé que les Égyptiens et les Grecs ont connu la géologie ; car il est impossible que des peuples qui ont existé pendant une longue suite de siècles, cjui arrachaient du sol d’immenses masses minérales pour leurs constructions , qui exploitèrent des minerais pour en tirer les métaux, n’aient pas observé une partie des faits que nous connaissons aujourd hui. L’ouvrage de Théophraste sur les pierres, quelques passages de Dioscoride et de Yitruve sont là pour l’attester, et l’on pourrait citer ce passage d’Ovide qui, comme poète, n’avait point du se trouver obligé de se livrer à désuétudes sérieuses.
Vieil fadas ex æquore terras ,
Et procul a Pelago conchæ jacuere niarinæ.
■a/^O TRA.ITÉ ELEMENTAIRE
Evidemment les Romains avaient remarqué les fossiles qui se trouvent dans les montagnes, et ils en avaient conclu que la mer les y avait déposés.
Pendant un grand nombre de siècles , le flambeau de la science s’éteignit. On étudia, on commenta les auteurs anciens que l’on ne pouvait comprendre faute de connaissances égales aux leurs, et ce n’est qu’à une époque rapprochée de nous que, bannissant les études classiques , on étudia de nouveau le grand livre de la nature.
Descartes , dans le seizième siècle, imagina un système général, qui n’est pas sans analogie avec celui de Leucippe. H explique comm: nt les mondes se sont formés par des tourbillons de matière en mouvement. Fontenelle imagina que les planètes pouvaient être habitées; Huyghens suivit la même pensée. Qu’auraient-ils dit , s’ils avaient connu les orbites et les temps des révolutions des étoiles doubles qui viennent d’être étudiées si savamment par M. Savary? ils auraient sans doute vu là une preuve de l’existence de nouveaux systèmes planétaires, de nouveaux mondes habités , qui se perdent dans l’immensité du temps et de l’espace.
Agricola, qui naquit à la fin du quinzième siècle, étudia la métallurgie et les fossiles. On a de lui un ouvrage qui a pour titre De ortu et causis subterraneorum. Un peu plus tard, Bernard Palissy reconnut les fossiles sur le continent , et donna une théorie des fontaines. Depuis ces hommes qui ont créé la géologie à la renaissance des arts et des sciences , une foule d’auteurs ont publié des systèmes très différens les uns des autres. En général, ces systèmes sont remarquables par l’unité du principe qui aurait présidé à la formation du globe : les uns veulent que tout ait été produit par l’eau , les autres veulent que tout l’ait été par le feu. Aujourd’hui on est moins exclusif et l’on admet ces deux sortes de causes , comme ayant pu réagir, soit successivement, soit simultanément. Sans vouloir rappeler ici toutes les théories qui ont été émises sur l’origine du globe et sur les diverses modifications qu’il a éprouvées, on peut citer
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l’opinion de Buft'on, qui admettait que notre système planétaire pouvait avoir fait partie intégrante de la masse du soleil , dont il aurait été arraché violemment par l’effet d’une comète qui serait venue rencontrer cet astre. Selon ce célèbre naturaliste , la terre aurait été en fusion ignée , se serait refroidie lentement et serait arrivée à l’état actuel en subissant des cliangemens successifs opérés par les eaux. Deluc a pensé que le globe avait d’abord été entièrement formé d’une masse de pulvicules, et que, plus tard, par l’action des affinités chimiques, la liquidité aurait existé sur le globe. Alors toutes les opérations dont nous voyons les effets aujourd’hui auraient commencé et auraient continué jusqu’à présent sans interruption. C’est au sein de ce liquide que se seraient opérés une foule de phénomènes tels que des réactions chimiques et mécaniques qui auraient donné naissance à de nouveaux produits et à des dépôts opérés par précipitation. Selon Deluc, le granité et le porphyre ont une origine aqueuse; c’est-à-dire qu’ils ont été produits dans l’eau. Les précipitations donnèrent naissance à des couches qui formèrent une espèce de croûte autour du globe. Cette couche s’étant rompue , l’eau s’introduisit dans les fissures, détruisit les .supports de la couche et détermina \\\\ affaissement. Les cavernes ou cavités souterraines se seraient ainsi comblées , et la croûte serait devenue de plus en plus stable ; enfin l’eau se serait retirée de dessus la surface des continens actuels par un grand affaissement qui aurait eu heu dans tout l’espace occupé par les mers actuelles. Dans ces circonstances, la croûte du globe se serait peuplée de végétaux et d’animaux , etc. Deluc combat le système du soulèvement des masses continentales ; car, dans ce système, la terre aurait passé d’un état stable à un état moins stable ; ce qui n’est pas.
De Maillet a publié un ouvrage sur l’origine du globe, dans lequel il admet aussi une origine aqueuse pour toutes choses. Selon cet observateur, la mer aurait abandonné les continens peu à peu et elle les abandonnerait encore tous les jours. ( F. Telliamed.)
Il pense que les continens ne sont point très anciens, opinion que nous verrons partagée par Cuvier, et que la mer ne les a plus recouverts depuis qu’elle les a abandonnés , c’est à dire qu’elle ne les a point recouverts plusieurs fois.
Cuvier, à qui la géologie doit tant, a écrit sur les révolutions de la surface du globe. Son ouvrage repose autant sur un grand nombre de faits bien observés et inconnus à ses devanciers , que sur des connaissances historiques qui inspirent le plus grand intérêt. Yoici ses conclusions : « Je pense donc, avec MM. Deluc et Dolomieu, que, s’il y a quelcjue chose de constaté en géologie, c’est que la surface de notre globe a été victime d’une grande et subite révolution dont la date ne peut remonter au delà de cinq ou six mille ans ; que cette révolution a enfoncé et fait disparaître les pays qu’habitaient auparavant les hommes et les espèces des animaux aujourd’hui les plus connus ; qu’elle, a au contraire, mis à sec le fond de la dernière mer, et en a formé 1 es pays aujourd’hui habités ; que c’est depuis cette révolution c|ue le petit nombre des individus épargnés par elle se sont répandus et propagés sur les terrains nouvellement mis à sec, et , par conséquent , c{ue c’est depuis cette époque seulement que nos sociétés ont repris une marche progressive , c|u’elles ont formé des établissemens , élevé des monumens, recueilli des faits naturels et combiné des systèmes scientifiques.
« Mais ces pays aujourd’hui habités, et que la dernière révolution a mis à sec, avaient déjà été habités auparavant, sinon par des hommes, du moins par des animaux terrestres ; par consécjuent , une révolution précédente, au moins, les avait mis sous les eaux ; et, si l’on en peut juger par les différons ordres d’animaux dont on y trouve les dépouilles , ils avaient peutêtre subi jusqu’à deux ou trois irruptions de la mer, »
Tous les systèmes géogéniques se réduisent à deux principaux ;
ceux qui prétendent que toutes les parties accessibles du globe ont été formées sous l’influence de l’eau ; 2° ceux qui admettent successivement le concours d’une température élevée et celui du liquide. Ce dernier ordre de systèmes, qui est géné-
D HISTOIRE NATURELLE
râlement adopte aujourd’hui, peut se subdiviser aussi en deux ; 10 ceux qui admettent des causes violentes , rapides, qui ont cessé d’agir ; ceux qui admettent que tout a été produit par les phénomènes qui se passent incessamment sous nos yeux. La combinaison de ces deux systèmes doit paraître indispensable, si l’on songe que les actions qui se manifestent à l’époque actuelle , tendant à détruire les continens et à en opérer le nivellement, n’ont certainement point pu donner naissance à tous les accidens qui les recouvrent.
Si l’on examine les faits avec tout le soin qu’ils méritent, on est tenté de croire que la combinaison de l’action des deux agens connus, le feu et l’eau, est insuffisante pour tout expliquer : Deluc veut que le granité ait été formé dans l’eau , presque tous les géologues de l’époque actuelle veulent qu’il ait été formé par le feu, et, consciencieusement, on est forcé d’avouer que ni l’un ni l’autre de ces agens ne peut donner naissance au granité; en effet, on sait que la silice, qui fait partie intégrante du granité, est insoluble dans l’eau , et si l’on compare les cristaux qui se trouvent dans le granité, aux roches spumeuses et scoriacées qui sont produites par les volcans actuels, on n’est plus tenté de lui accorder une origine ignée. Pourquoi vouloir rattacher la formation du granité à des faits connus, lorsque ces faits n’offrent point des rapports évidens avec elle? Ne vaut-il pas mieux avouer que l’on ignore entièrement son mode de formation et attendre que l’observation et le temps viennent nous éclairer? N’a-t-on pas rencontré dans le marbre de Carrare des cavités où était un licfuide qui devenait rapidement solide au contact de l’air, et n’était rien autre chose que du quarz? Ce fait, resté sans explication, n’aurait-il pas quelque liaison avec la formation des roches auxquelles on attribue une origine ignée ?
Si l’on examinait une à une toutes les théories géogéniques , on pourrait récuser la majeure partie des propositions sur lesquelles elles sont fondées , parce que la science n’est réellement point encore assez avancée pour que l’on puisse les établu' soli-
tiement. La lliéorie qui pourrait paraître vraie , à l’époque actuelle de la science , pourrait bien aussi devenir insuffisante et paraître même erronée à une époque plus avancée. Pourtant , malgré l’immense difficulté du sujet, je vais essayer de décrire comment il est possible de se figurer la formation du globe que nous habitons ; mais pour cela je m’étayerai de la théorie corpusculaire, théorie qui éclaire toutes les sciences et qui permet d’appliquer le calcul aux phénomènes qui sont liés à la constitution la plus intime des corps; attendu que le globe n’est évidemment qu’un assemblage de ces très petites parties.
Admettons donc que la matière est formée de très petites parties indivisibles que l’on nomme atomes^ que ces atomes existent de toute éternité, qu’ils sont indestructibles, qu’ils sont doués de la mobilité, et qu’ils réagissent à distance les uns sur les autres, selon certaines lois.
Les atomes doués des forces qui les animent parcourent l’espace dans lequel ils se meuvent avec une rapidité variable, ou se tiennent en équilibre à des distances déterminées ; ceux qui se meuvent , passant près d’autres atomes , sont attirés par eux et décrivent des orbes au lieu de parcourir des lignes droites ; les orbes décrites par des atomes différents s’entrecoupent quelquefois , et après un certain nombre de révolutions , les atomes qui les décrivent, venant à se rencontrer , s’unissent pour former une première molécule qui prend une nouvelle route , et , dans son mouvement , elle sert de centre d’attraction pour d’autres atomes qui se meuvent autour d’elle; ou bien elle en dérange les orbes, trouble leur mouvement et les force à s’unir, soit entre eux pour former de nouvelles molécules , soit avec elle pour augmenter sa masse. Ces petits systèmes qui parcourent l’espace vont ainsi en grossissant et en changeant. Il en est qui atteignent un volume immense, tandis que d’autres sont assez petits pour échapper à nos sens. C’est ainsi que notre système planétaire , celui des étoiles multiples , les satellites des planètes et la terre que nous habitons ont pu être formés , tandis que d’autres sys-
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ternes s’organisent dans l’espace que nous désignons sous le nom de voie lacLée, et qui ne représente sans doute, h nos yeux, que de la matière chaotique qui s’arrange et se dispose pour donner naissance à des mondes nouveaux. Dans l’espace immense qu’elles traversent, des masses de tous les volumes peuvent se s’encontrer, et nous voyons souvent ainsi des aérolithes venir augmenter la masse de notre globe ; mais les grosses masses matérielles peuvent se rencontrer aussi bien que les petites , et il en peut résulter d’horribles catastrophes , d’affreux froisseinens, ainsi que cela a pu arriver pour une planète considérable qui, selon la loi de Bode, devait exister entre Mars et Jupiter. Cette planète aurait été rompue en quatre fragmens, qui sont aujourd’liui Junon, Gérés , Pallas et Yesta , ou les cpiatre petites planètes de notre système. Enfin , d’autres masses matéiielles peuvent être entraînées dans des régions étrangères.
De la réunion fortuite des élémens il a dû résulter des actions chimiques qui, en donnant naissance à une foule de produits , ont développé une température très élevée qui a entretenu la masse en fusion. Cette masse, qui a été formée de plus petites masses qid, ont pu se rencontrer obliquement, éprouve, par cela même, un mouvement de rotation sur son axe, en même temps qu’elle est entraînée autour d’un astre plus considérable par un mouvement de translation, en suivant les lois de Képler et de Newton. Le mouvement de rotation imprima aux parties qui constituaient le globe liquide une vitesse qui tendit à les éloigner de l’axe autour duquel elles se mouvaient en suivant une loi qui est bien connue, et le globe liquéfié par la chaleur se renfla vers l’équateur et s’aplatit vers ses pôles.
Les parties constituantes du globe se réunirent selon l’ordre de leur densité, les plus denses vers le centre et les moins denses vers la périphérie : les fluides élastiques furent ainsi séparés de la masse liquide, et l’atmosphère fut formée (i).
(j) C’est à cette espèce de départ qu’il laut rapporter la cause qui fai^ que la densité moyenne du globe est plus considéraldc (jue la densité moyenne des parties que nous connaissons a sa surface (v. p- iG5).
A cette époque, ratmosphère était composée d^une immense quantité de vapeur d’eau, de beaucoup d’acide carbonique , d’azote etd’oxigène. La proportion de ce dernier corps alla constamment en diminuant; car il se combina à une foule de corps qu’il brûla et qui le solidifièrent. Tous les corps oxidables à une tempéra ture élevée s’en emparent, les autres demeurent intacts , tels que l’or, l’argent , le platine ; mais ce cj[ue l’oxigène n’a pu faire, le soufre le peut faire. Il arrive aussi que des composés de natures diverses viennent à se rencontrer, échangent leurs élémens et donnent naissance à de nouveaux corps. Ces réactions s’exercent tandis que le globe fait un nombre immense de révolutions autour de l’astre qui est au foyer de son orbite. Ces révolutions exprimaient des années; le temps avait commencé, mais il n’existait aucun être pour les compter. Peu à peu le globe se refroidit et tendit à se mettre en équilibre de température avec les corps environnans; il se forma une croûte à sa surface; d’abord partielle, elle aurait formé des taches pour les habitans d’un autre monde; mais enfin il cessa d’être lumineux et ne fut plus éclairé que par un autre astre, à qui le même sort est sans doute réservé; c’est le soleil. Bien souvent la croûte qui s’est formée à la surface du globe s’est rompue et a permis à des matières en fusion de s’écouler par les fissures produites. Des morceaux de cette croûte qui avaient été relevés bien au dessus de la surface du globe pendant les modifications cj[u’iî subissait se sont refroidis , ont condensé de la vapeur d’eau. L’eau, alors, a commencé à prendre l’état licpiide et a coulé selon les lois de rhydrostaticjue , en abandonnant les lieux les plus élevés pour descendre vers les plus bas. Là , lorsque la température le permettait, elle se rassemblait en amas formant de petits lacs dans les excavations c{u’elle pouvait rencontrer; mais souvent elle était vaporisée violemment, parce qu’elle arrivait dans des lieux encore embrasés. L’expansion subite de sa vapeur lançait c[uelquefois, à des distances immenses , des blocs qui allaient tomber sur des terrains étrangers à leur nature , et donnaient naissance à certains blocs erratiques.
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Le refroidissement successif du globe, en allant de Textérieiir à l’intérieur , produisit un retrait dans les parties internes , retrait qui ne put avoir lieu dans la couclie externe , parce qu’elle avait été solidifiée bien avant elles ; il en résulta de vastes cavernes sous la couche externe, et cette dernière masse , n’étant plus soutenue , s’affaissa dans une grande étendue, en produisant un fracas épouvantable. Bientôt les eaux vinrent se répandre dans la cavité formée par l’affaissement d’une partie de la croûte terrestre, et produisirent les premières mers , au milieu desquelles apparaissaient quelques roches aiguës provenant des bords des fentes de la croûte du globe qui , s’appuyant les uns sur les autres, ne furent point affaissés. Ce sont les montagnes cj[ue nous regardons aujourd’hui comme primitives. Mais les premières mers étaient généralement peu profondes, et leur niveau variait souvent par les nombreuses catastrophes qui se reproduisaient, soit dans leur sein, soit sur leur littoral ; tantôt elles s’agrandissaient par de nouveaux affaissemens , de nouvelles catastrophes ; tantôt elles étaient rétrécies par des soulèvemens provenant delà tuméfaction des matières à demi-fondues qui se trouvaient sous la croûte fracturée du globe. Dans le même temps qu’est arrivée cette catastrophe, la durée des jours a été diminuée. Dans ces alternatives, le globe se refroidissant toujours, la vie apparut à sa surface. Ce furent d’abord des êtres excessivement simples, chez lesquels on ne distinguait aucun sexe , presque loules leurs parties étaient identicpies , tels que des algues, des infusoires, des zoophytes. Les réactions chimicpies donnèrent naissance , au sein de l’eau , à une substance liquide c[u’el!e ne pouvait dissoudre. Cette substance y apparut sous forme de globules excessivement petits, qui n’étaient rien autre chose que des particules d’un licpiide. Ces particules présentaient quelcpie analogie avec la glairine^ cpie l’on rencontre encore dans les eaux de certaines fontaines, comme à Baréges et a Néris, Les globules de cette- sul)stance , modifiés d’abord à leur
surface par roxigène qui se trouvait dans Teau , s’animèrent, se réunirent et donnèrent naissance aux premiers êtres vivans , dont l’ensemble présentait une grande simplicité. Les êtres qui se 'formaient à l’abri de la lumière furent des moisissures , qui furent les premiers types des plantes agames» Bientôt les circonstances vinrent à changer, et sous leui’ influence continuée pendant un temps qui a dû être bien long , les êtres se modifièrent, et il se forma de nouvelles espèces. Ces êtres pouvaient se reproduire eux-mêmes, c’est à dire qu’ils donnaient naissance à des bourgeons ou à des germes qui se développaient en eux jusqu’à ce qu’ils pussent avoir une existence indépendante. D’abord apparurent des mollusques qui vivent dans l’eau, et des plantes dont les espèces n’existent plus aujourd’hui. Ces végétaux appartenant presque entièrement à des plantes vasculaires cryptogames, telles cjue des fougères et des lycopodiacées, absorbèrent une grande partie de l’acide carbonique de l’atmosphère , qu’ils décomposèrent en s’assimilant le carbone qu’il contenait. Les plantes, qui poussaient dans des lieux qui étaient souvent inondés, étaient quelquefois détruites et donnaient naissance à des détritus qui produisaient des espèces de tourbièrês. Quelquefois, après une végétation active , il survenait un changement considérable dans le niveau des eaux , un éboulemcnt ou une catastrophe, qui amenaient dans la localité des matières sédimenteuses qui recouvraient la couche de tourbe. Plus tard, les circonstances changeant, la vie apparaissait dans le même lieu, et de nouvelles tourbières prenaient naissance. Les tourbes produites à ces époques reculées, modifiées par l’énorme pression des couches qu’elles ont eues à supporter, et par les actions chimic^ues qu’elles ont dû éprouver, ont donné naissance à la houille , qui doit ainsi son origine à des corps organisés qui sont des végétaux , des mollusques et même des poissons. C’est à ces animaux que sont dus une partie des produits sulfurés et les matières ammoniacales que l’on obtient dans la distillation de la houille.
Pendant cette période , des individus qui se reproduisaient
d’histoire natürelle.
eux-mèmes se divisèrent en deux autres individus : un qui donnait naissance au germe , et l’autre qui ralimentait ; alors les sexes furent distincts (i).
Lors de la formation des plantes qui sont enfouies aujourd’hui dans les houillères, l’atmosphère a été grandement modifiée par la masse de carbone qu’elles lui ont enlevée, et cette circonstance, jointe au refroidissement continuel delà terre et aux nouveaux produits qui se formaient , a pu grandement modifier les êtres vivans qui habitaient sa surface. Cependant cette modification, prise en dehors de ce qui concerne l’atmosphère , n’a pas pu exister sur tout le globe à la fois ; quelques lieux continuèrent à se trouver dans des conditions toujours les mêmes, et ils nous servent d’exemple aujourd’hui pour nous éclairer sur ce qui s’est passé dans les temps reculés dont nous cherchons à retracer l’histoire. Nous verrons qu’à d’autres époques des conditions de même ordre se sont également continuées jusqu’à nos jours et que nous retrouvons presque toujours dans quelque point du globe la représentation plus ou tnoins approchée des événemens antérieurs.
La croûte du globe, quoique recouverte par les eaux, fut en- ! core rompue , brisée, inclinée , soulevée et affaissée un grand ! nombre de fois, de telle manière que des couches qui avaient j été déposées horizontalement , selon les lois de la pesanteur, { prirent des positions fortement inclinées ou verticales, et, quelj quefois même, elles furent totalement renversées, de telle maj nière que la partie inférieure des couches devint la partie supé- I rieure , comme cela s’observe dans des houillères en exploi- 1 tation.
I La croûte du globe devenant toujours de plus en plus épaisse, tant par le refroidissement que par le dépôt sédimentaire que
j (i) C’est à dire que des individus hermaphrodites produisirent de noui veaux individus chez lesquels la prédominance d’un sexe diminua peu à I peu, et que le concours de deux individus de sexes dilTêrens devint une j condition nécessaire de leur propagation.
les eaux formaient à sa surface, les bouleversemens se répété-^» rent moins souvent et n’avaient plus lieu que sur une étendue moins considérable. Pendant cette période, les eaux offraient des rivages bien dessinés, et les êtres vivans qui , jusque-là , avaient une existence aquatique et ne respiraient que l’oxigène tenu en dissolution dans l’eau, commencèrent à s’avancer sur les rives des fleuves , et des reptiles apparurent. D’abord ce furent, pour ainsi dire, des poissons dont les nageoires se changèrent en pattes ; puis vinrent de grands monitors ou crocodiles, dont les restes ont été retrouvés dans la Thuringe; puis vinrent les tortues. A l’époque de la formation du muschelkalk, les êtres vivans se multiplièrent d’une manière prodigieuse : il se produisit une foule de mollusques et de nouveaux reptiles. C’est là qu’apparurent les icbtbyosaures qui , présentant des caractères intermédiaires aux poissons, aux reptiles et aux mammifères, vivaient complètement dans l’eau et semblaient destinés à devenir des cétacés. On voyait encore le plésiosaure aquatique, qui habitait les rivages et pêchait dans l’eau à l’aide d’un long cou qui, de loin, lui aurait donné l’apparence d’un cygne; mais ce cou , recouvert d’une peau de reptile et terminé par une petite tête, lui donnait l’apparence d’un hideux serpent fixé sur le corps d’un autre animal.
Ces êtres, qui paraîtraient fantastiques à l’époque actuelle , existaient en même temps que d’autres reptiles ressemblant à des crocodiles, dont l’un était surtout remarquable par l’immensité de sa taille : c’était le mégalosaure, qui pouvait atteindre jusqu’à vingt-quatre mètres de long. Un tel animal ne devait pas arriver jusqu’à nous : se nourrissant, sans doute, de la chair d’autres animaux, son espèce a dû dégénérer ou périr faute d’alimens. C’est ainsi que tout ce qui existe sur le globe se trouve dans une harmonie parfaite avec les circonstances environnantes ; car ce qui ne se trouvait point dans des conditions convenables d’existence a dû périr.
Dans les mêmes lieux où le mégalosaure a pris naissance , il a existe d’autres reptiles non moins remarquables ; car , si la
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taille leuv manquait, ils se dislinguaient par la faculté de s’élever dans les airs. Une large membrane étendue entre leurs membres antérieurs leur donnait quelque analogie avec les chauves-souris; mais ils avaient un aspect bien plus hideux. Les schistes calcaires du groupe oolitique ont encore servi de sépulture à des tortues d’eau douce, à des insectes, à des didel- ' plies et meme à des oiseaux. Depuis longtemps il existait des mollusques spirifères , cloisonnées transversalement , dont la race est perdue; c’étaient les ammonites, dont on rencontre les restes en si grande abondance dans une foule de localités ; il en est de même des bélemnites , dont on ne retrouve plus qu’une seule pièce conoïdale , insuffisante pour faire reconnaître la nature des animaux dont elle a fait partie. Les plantes vasculaires exogènes avaient aussi pris naissance.
Bien des espèces animales et végétales de toutes les époques précédentes ne se retrouvent plus sur le globe ; les unes ont été détruites par des catastrophes qu’elles n’ont pu éviter ; d’autres ont été modifiées par le temps et les circonstances , de telle manière qu’il est impossible de les reconnaître aujourd’hui. Les ascendans d’un mammifère ont pu être des reptiles ; les ascen - ! dans de ceux-ci ont été des poissons. La nature , aujourd’hui, j nous donne encore des exemples de ces modifications : ainsi I les eaux intermittentes qui donnent naissance au lac de Zir- I knitz, en Carniole, amènent avec elles des canards aveugles et j sans plumes, qui sortent d’immenses cavernes inaccessibles à la j lumière; mais , après avoir vu le jour, leurs yeux se dévelopj peut et leurs plumes apparaissent. C’est encore ainsi que la grej nouille nous offre la tradition de son origine, et que nous la voyons d’abord sous la forme d’un poisson c{ue nous nommons têtard ; puis, bientôt après, c’est un animal amphibie. Dans les j premiers temps , sa vie est tout aquatique : elle a une queue I comme un poisson , elle respire par des branchies; son intestin I très long , enroulé en spirale, annonce c{u’elle est herbivore; i mais bientôt ses branchies disparaissent, son intestin se déroule,
^ d lui pousse des pattes, sa queue tombe et c’est une grenouille
respirant par des poumons vésiculeux, et sautant à l’aide d® longues pattes sur l’herbe humide des prairies.
Les eaux, agitées pendant une longue période de temps ^ broyèrent les coquilles des mollusques, rendirent toute espèce de roche calcaire pulvérulente, et donnèrent naissance à la craie; après elle vint une période plus tranquille , pendant laquelle les circonstances qui s’étaient déjà présentées lors de la formation du terrain houiller se reproduisirent en partie, et les bancs d’argile et de lignite supérieurs à la craie furent formés. Plus tard la mer revint de nouveau dans ces mêmes régions , et pendant que se déposait le calcaire grossier il existait des mammifères bien caractérisés ; mais ces mammifères vivaient dans l’eau , comme les cétacés de l’époque actuelle : c’étaient des dauphins, des lamantins, des morses. Après le dépôt de calcaire grossier la mer se retira, ou bien pendant ce dépôt , mais en^ d’autres lieux , où la surface du sol n’était point recouverte entièrement par la mer et où il existait de l’eau douce , les animaux subirent une grande modification qui donna naissance aux pachydermes qui pouvaient encore demeurer dans l’eau , comme les quadrupèdes ovipares , mais pendant un temps bien moins long. Généralement ils habitaient des marais sur les bords des fleuves ou des lacs. C’est dans ces lieux qu’existaient les palæothériums , les lophiodons, les anaplothériums, les anthracothériums, les chéropotames , les adapis, qui ont été restaurés par Cuvier. Les paælothériums et les lophiodons étaient intermédiaires aux tapirs et aux rhinocéros. Iis avaient une trompe comme les premiers de ces animaux et des dents comme les rhinocéros. Les palæothériums avaient, en outre, trois doigts à chaque pied, comme ces derniers animaux. Les anoplothériums étaient surtout remarquables par leurs dents , qui étaient toutes rangées en séries continues, sans présenter le moindre intervalle, comme celles de l’homme. Les anthracothériums , qui atteignaient quelquefois la taille du rhinocéros , avaient une organisation intermédiaire entre celles des palæothériums, des anoplothériums et des cochons. Le ché-
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l'opotame et l’adapis n’atteignaient point, à beaucoup près, des tailles aussi élevées : le premier était gros comme un cochon de Siam , et le second gros comme un lapin. 11 existait , à cette époque, des vespertilions , des renards dont l’espèce est perdue , des saiigues, des oiseaux, etc. Une nouvelle catastrophe vint renverser cet état de choses, la mer envahit les lieux habités par ces animaux , qui furent ainsi complètement détruits ; elle donna lieu à des dépôts de natures diverses, mais généralement peu cohérens. Alors apparurent de nouvelles races, des éléphans gigantesques, le mammoth , le mastodonte, des rhinocéros , des hippopotames , l’elasmothérium ; mais rien n’était aussi bizarre que le deinothérium, dont la tête énorme portait à la mâchoire inférieure deux longues incisives recourbées en crochet vers la terre. La position du trou occipital du crâne de cet animal dont on ignore les moeurs indique qu’il avait une trompe pour cueillir ses alimens ; car, sans cela, ses défenses ; l’auraient empêché de paître, comme l’éléphant. A cette époque, i il existait des chevaux, des ruminans, des cerfs gigantesques , r des daims , des rennes , des ours , des lions , des hyènes et des ! singes. Le mégathérium était remarquable par une structure
> que l’on peut rapporter à celle des tatous et à celle des pares- ] seux ; il possédait des ongles d’une force prodigieuse. Ces races,
> dont les espèces et les genres ne sont pas toujours arrivés jus- I f|u’à nous, vivaient à la surface du globe , au milieu de plantes ( monocotylédones et dicotylédones , lorsque la partie de la i croûte du globe qui avait en grande partie échappé aux inon- 1 dations marines, jointe à une grande partie de celle qui avait } été affaissée longtemps auparavant, s’engloutit tout à coup dans ( l’abîme creusé par le retrait de la terre. Les eaux de la mer s’y i précipitèrent avec violence , entraînèrent tout ce qu’elles reni contrèrent sur leur passage et mirent à nu les contrées que
rhomme habite actuellement, et la nature a voulu , pour son instruction , que son origine lui fût révélée aussi bien par l’apj parition successive des êtres à la surface du globe que par l’é^