I. — Prophylaxie
Un mémoire, publié en 1771 sur l’organisation des prostituées, et ou 1 on indiquait la nécessité de les enregistrer et de surveiller leur état sanitaire, fut considéré, dit Parent-Duchâtelet, comme le reve d un homme de bien par la commission chargée de l’examiner; mais déjà, avant cette époque, quelques tentatives avaient été faites pour prévenir les maladies vénériennes. Nous ne dirons rien des anciens; s’ils ont établi quelques règlements sur les maisons de débauche, ces prescriptions portaient principalement sur la police des lupanars et le luxe des courtisanes. L et î de la reine Jeanne, dont on trouve le texte provençal et la traduction dans Astruc, fut une des premières mesures véritablement prophylactiques de la syphilis.
Au xve siècle, l’étude plus complète des maladies vénériennes, 1 espece de panique qui s’empara des esprits à propos de la fameuse et si obscure épidémie de cette époque, rendirent les précautions plus nécessaires. Mais les moyens rigoureux qu’on employait, l’espèce de honte dont on stigmatisait les vérolés, furent qu’on obtint un résultat contraire â celui qu’on désirait. Pour ne pas s’exposer à divers châtiments, et en particulier au fouet, les malades cachèrent leurs maux sans les guérir, et la rigueur des règlements augmenta ainsi les causes de la contagion et la fréquence de la syphilis. Aujourd’hui, sans être parfaite, l’hygiène publique a fait de ce côté des progrès importants. Parmi les auteurs qui ont vivement contribué a ces précieuses réformes, on doit citer: Parent-Duchâtelet, Ricord, Vleminckx, Ratier, Vcnot, Acton, Sperino, Diday, Rodet, Davila, Lagneau fils, etc. L’hygiène publique de la syphilis a deux écueils importants a éviter . elle ne doit pas être indifférente à la santé publique, ni la compromettre ; mais elle a aussi à sauvegarder la liberté individuelle, et ne doit pas imposer des prescriptions dont l’exécution serait ridicule ou aurait le tort plus grand de donner une sécurité trompeuse. S’il est juste de réclamer des visites sérieuses et fréquentes dans les dispensaires, il ne faut pas en
1LUi MS -MALADIES virulentes.
conclure qu’il y aurait avantage à donner des notions médicales aux filles publiques, comme on désire le faire à Hambourg.
En France, la manière dont se font ces visites n’est pas la même dans es diverses villes. A Paris, les filles en maison sont vues toutes les semaines; les lilles dites en carte ne sont visitées que deux fois par moiset le spéculum n’est employé qu’une fois sur deux. A Bordeaux, les .visites ont lieu tous les quinze jours, et à Marseille toutes les semaines. Insuffisantes par leur rareté, ces visites sont encore illusoires par le trop grand nom brc de biles qu’on examine chaque fois, et le peu de temps qu’on consacre à cet examen. De plus, les filles étant examinées à leur arrivée. Peuvent faire disparaître par une miction récente ou des injections astringentes les traces de sécrétion contagieuse dont elles sont affectées. Il faui cait donc rapprocher les visites, les faire plus complètes, et surtout garder les femmes trois ou quatre heures avant tout examen.
Nous n entrerons pas dans le détail des réformes qu’on devrait introduire dans celte branche importante de l’hygiène publique; nous renvoyons le lecteur à l’ouvrage de Parent-Duchâtelet (1), à celui de Diday et à un mémoire de Lagneau fils (2).
Ces v isites médicales n’ont en vue que la transmission de la syphilis par les femmes ; elles sont forcément incomplètes, et à ce propos on a conseillé les visites d’hommes. Une matrone, instruite dans les maladies vénéîiennes, serait attachée a chaque établissement toléré, et donnerait, après examen, une carte au postulant ; la fille ne pourrait le recevoir que muni de ce sauf-conduit sanitaire, et par ces doubles visites hygiéniques l’auteur de cet ingénieux projet espère abolir la vérole sur la terre.
Diday a proposé la création d’inspecteurs généraux, avec pouvoirs illimités; mais cela ne nous paraît guère plus pratique que le moyen précédent. En résumé, nous croyons que les visites fréquentes et sérieuses des prostituées sont encore le seul moyen vraiment efficace à opposer à la propagation des maladies vénériennes et de la syphilis.
Les diverses questions que nous venons d’examiner constituent Vhyyiène publique de la vérole; il nous reste à dire deux mots des précautions individuelles, c’est-à-dire de l’hygiène privée.
Les soins de propreté, les lavages, forment la base de celte hygiène; et on lit dans Parent-Duchâtelet qu’à Bruxelles, ces précautions sont converties en mesures réglementaires dans les maisons de débauche, où il est prescrit d’avoir dans chacune des chambres : 1° un flacon contenant une solution de soude caustique ( une partie de lessive de soude à 35° sur 20 d’eau distillée); 2° un flacon d’huile fraîche, le tout lisiblement étiqueté.
Enfin on a même indiqué certaines substances qui auraient, dit-on, la
. (I) Delà prostitution dans la ville de Paris, 3e édition, 1837. (2) Annales d'hygiène publique, 1855, t. IV, p. 298.
Dt LA SYPHILIS.
faculté de neutraliser le virus syphilitique. De ce nombre est préconisée par Rodet :
la lotion
Perchlorure de fer, acide citrique, acide chlorhydrique. a"a 4 gram.
Eau distillée
Nous n’avons pas besoin d’insister davantage sur tous ces moyens prophylactiques, aucun n’est parfait: la seule vraie prophylaxie de la syphilis serait de ne pas s’y exposer, comme l’a dit spirituellement hicoid. Quant à la syphilisation préventive, qui devait éteindre la vérole dans le monde, nous en dirons- quelques mots plus loin, en parlant de la syphilisation
curative.
IL — Traitement curatif.
Quelques médecins ont proposé de ne pas traiter spécifiquement la syphilis, et de combattre seulement par des moyens généraux, purgatifs, bains, régime tonique, cette infection du sang par le virus syphilitique. L’histoire naturelle de l’évolution des phénomènes syphilitiques n’est pas encore assez bien faite pour qu’on soit autorisé a abandonner la syphilis a elle-même ou à lui opposer ce qu’on appelle aujourd’hui, de 1 autre côté du détroit, le simple traitement. Nous dirons plus loin quelques mots sur ne sujet intéressant, dont l’étude fournira peut-être un jour des résultats imprévus; mais pour le moment nous pensons que les plus grandes garanties de guérison sont encore dans un traitement spécifique bien dirigé.
Nous avons dit plus haut qu’il existait deux ordres principaux d accidents syphilitiques, les uns plus ou moins précoces, accidents secondaires, les autres en général tardifs, accidents tertiaires. Eh bien ! à chaque groupe de ces accidents correspond une médications pécifique : pour les premiers, xï’est le mercure, et pour les seconds l’iodure de potassium. Certes ni le mercure ni l’iodure de potassium ne peuvent guérir tous les accidents syphilitiques, mais ils en guérissent une majorité tellement grande, que leur spécificité, dans ce cas, ne peut point être mise en doute. Donc contre le chancre induré avec son adénopathie indolente, contre les syphilides, les plaques muqueuses, l’alopécie, l’onyxis, l’adénopathie constitutionnelle, l’iritis, on administrera le mercure, et contre le sarcocèle, les gommes, les lésions musculaires osseuses, articulaires, etc., on prescrira l’iodure de potassium. Il y a certains accidents dits de transition, comme les syphilides tuberculeuses, qui exigent un traitement mixte par le mercure et l’iodure de potassium.
Mais les insuccès et quelques accidents du mercure, si souvent exagérés d’ailleurs, ont conduit certains médecins <ï proposer des moyens destinés à le remplacer. La plupart de ces médications exceptionnelles sont sans valeur; mais nous les ferons brièvement connaître, parce que quelquesunes d’entre elles ont eu dans ces dernières années un retentissement
740 »ES maladies virulentes.
inmi<5ril<5. Nous diviserons donc ce paragraphe en trois parties • ,» /„/
merc;,r,el ' trailM P°’- tiodure de potassium, y traite mm,
succédanés du mercure. Nous ferons suivre cet exposé d’un résumé des i,
dtcaltons et des règles générales qui doivent guider le praticien dans le traitement de la syphilis.
•1 Traitement mercuriel des accidents secondaires.
menî 1C1 l étUde du traitemenl mercuriel> nous aborderons seule-
ent diverses questions qui se rattachent à l’histoire antisyphilitique du mercure, au choix de la préparation, au mode de l’administrerions p erons aussi brièvement des inconvénients de ce médicament, des accients qui produit, et de l’hydrargyrose , cette création pseudo-syphilitique que 1 on a invoquée pour repousser la médication mercurielle/ istorique. — Depuis 'NVidman, l’auteur du premier travail sur l’emploi du mercure contre la syphilis (1/, 97) jusqu’à nos jours, les préparâmes hydrargynques, ont tenu la principale place dans le traitement de la verole, maigre les attaques de l’école physiologique, renouvelées dans ces derniers temps par quelques médecins de l’école de Vienne et formulées par J. Hermann (1). On tend bien à restreindre à certaines formes l’emp oi de ces préparations, on a bien remarqué que quelques syphilis à évoution dite décroissante ne réclamaient aucun traitement mercuriel ; cependant, malgré ces quelques exceptions, on peut dire encore aujourd’hui que le mercure est le véritable spécifique de la vérole; ou, pour parler plus justement, que le mercure fait disparaître le plus grand nombre des manifestations syphilitiques.
On savait autrefois que le mercure avait été employé avec succès contre certaines formes d affections cutanées, et la relation qui existait entre ces formes morbides et les manifestations de la syphilis conduisit quelques auteurs a essayer dans la vérole le même médicament. Widman, Grunpeck, bebaslianus Aquitanus, Gaspard Torella, furent les premiers à faire usage du mercure ; ils l’administrèrent sous forme d’onguents qu’ils employaient a l’extérieur sans méthode et sans règle. La composition de ces onguents était si variable, que pour quelques-uns le mercure constituait le tiers de la masse, tandis que dans d’autres il en était à peine la quarantième ou cinquantième partie. Bérapger de Carpi régularisa ces frictions, et obtint par sa méthode une si grande réputation, qu’il a été considéré comme le firomotcur de la médication mercurielle.
Les fumigations mercurielles furent aussi préconisées à cette époque; mais administrées comme les onctions, c’est-à-dire sans règle, elles amenèrent des accidents, et c’est pour les éviter que Jean de Vigo songea à interdire au mercure les voies respiratoires : dès lors les fumigations n atteignirent plus la tète. Dans les premières années du xvic siècle, le
(1) Die I\achthcile der Mercurialkur [Les désavantages du traitement par le mercure!. Wien, 1859.
DE LA SYPHILIS
Vx7
savant botaniste, P. A. Matlioli, proposa de donner le mercure à J’1"'1'' rieur et Paracelse, par l’autorité de son nom, propagea celle met o .
Matlioli se semiî de l’oxyde rouge de mercure qu’il lavait dans l’eau distillée de plantain et d’oseille; il faisait ensuite sécher au feu ce muli cament pour détruire ses propriétés nuisibles, et le prescrivait en bols a la dose de 5 grains par jour. C’est aussi à cette époque que Frédéric Barberousse donnait, dit-on, à François I" sa fameuse recette. Ces pilules faites, d’après une formule semblable à celle que conseilla Bellostc au siècle dernier, étaient constituées par du mercure coulant, des substances purgatives et d’autres ingrédients dans des proportions déterminées. Toutes ces substances étaient môlées ; on les divisait en pilules de la grosseur des pois, et l’on prenait chacune de ces pilules une heure avant le souper. 1 lus tard Van Swieten donna le mercure sous la forme de sublimé, moyen déjà connu en Russie. Depuis lors c’est l’administration interne du mét 1cament qui a été surtout préconisée. De nos jours, Dupuytren vanta le bichlorure; Biett, Cazenave, Ricord, le protoiodure de mercure ; ccpem anl le traitement par les frictions vient d’être remis en honneur a 1 étrangei,
comme nous le montrerons tout à 1 heure.
Mode d’administration. — Nous allons successivement examiner les moyens externes et les moyens internes d’administration du mercure.
a. Administration du mercure à l’extérieur. — On peut administrer le mercure contre la syphilis de trois façons différentes : 1° en lotions et en bains ; 2° en fumigations; 3° en frictions avec des onguents. Nous ne parlerons pas ici des pommades employées comme adjuvants du traitement général contre certains accidents syphilitiques.
1° Les lotions ont été à peine employées comme moyen général de traitement antisyphilitique. Cependant Félix Plater, Étienne Blancard (de Middelbourg) les ont préconisées ; mais leurs tentatives sont restées infructueuses, et de nos jours l’exemple dcMeyrieu, qui conseillait de frictionner la plante des pieds, les jambes et les cuisses, avec une forte solution de sublimé, n’a pas eu plus de succès. Les bains ne sont guère employés chez les adultes que comme adjuvants d’un traitement général interne; il n’en est pas de même des fumigations qui, comme les trictions, ont été mises en usage sans le secours d’aucun autre moyen et constituent une médication complète encore en honneur en Angleterre.
2° Les fumigations sont une des méthodes le plus anciennement employées. Elles ont eu tour à tour des succès et des revers : au début, les appareils dont on se servait ne protégeaient pas la tête, aussi les fumigations entraînaient-elles souvent des accidents. Glauber et P. Lalouelte (1) ont perfectionné la boîte fumigatoire, ce qui permit au malade de recevoir les fumigations mercurielles sans les respirer. Ces fumigations doivent être prises de deux jours l’un; elles s’administrent le matin à jeun. Les anciens employaient, pour les pratiquer, le cinabre qu’ils
(I) Nouvelle méthode de traiter les maladies vénériennes par la fumigation. Paris, 1776.
des maladies virulentes.
J‘utSnlnfiblîIei’ ‘T0 !,CS Si;bsUincCS ai'°raaliques; le sulfure de mercure plus tard remplace par du calomel tantôt pur, tantôt uni à du mercure
oxyde ou à de 1 alumine. Outre ces fumigations générales, on » conseillé « i dinger les vapeurs mercurielles sur le point affecté. On imite dans ce cas un procédé des Chinois, qui exposent aux vapeurs d’une bougie de cinabre et de cire les ulcères syphilitiques.
3,La nui'lhofIe des frictions mercurielles est beaucoup plus connue et par le nombre des procédés qu’elle a fait naître, et parKmpo^dS
unique deh\vTrC01!ieiI1-ée' LonStemPs Préconisée comme traitement certains . 5P " 6 c n est pIus réservée aujourd’hui parmi nous qu’à
en évitant! eXCepUOnnels’ duns lesctuels on doit a8ir vile, énergiquement, c itanL les voies gastriques malades; mais quelques médecins allemands lui donnent encore la préférence.
enm?/?^1 18 diffèrent suivant la formule et la quantité de l’onguent 13 ( ( les varient aussi suivant le siège des onctions et le temps pendant lequel on les pratique. F
Selon que ces circonstances furent plus ou moins modifiées, les méi mdes pnrenl des désignations différentes; elles sont connues sous le nom des medeems qui les ont conseillées.
Peyrilhe fit pratiquer les frictions sur la surface du gland et à l’intérieur du prépuce ; ,1 fonda cette pratique sur l’idée purement théorique que mei cuie, pour guérir la syphilis, devait suivre la voie par laquelle la matière contagieuse avait pénétré pour infecter l’organisme. Il ne faisait su nr aucune préparation à scs malades. II n’en était pas de même de 1 107 e ’ CIIU ne négligeait pas les purgatifs, les bains et même la saignée, pour rendre apte le malade à l’absorption mercurielle. Il faisait frictionner le dessous des pieds ou la paume des mains, la face interne des jambes, ou ce le des bras et des poignets avec la pommade suivante :
Onguent napolitain 90 „ram>
Sulfure de chaux ammoniacale 30
Lirillo se servait pour ces frictions d’une pommade au sublimé et au c 1 orhydrate d’ammoniaque. II préparait ses malades comme Pihorcl, et conseillait les frictions à la plante des pieds. Cirillo choisissait surtout le printemps et l’automne pour ordonner ces frictions.
Da ns les dix erses méthodes que nous venons d’examiner brièvement, on ne s occupait pas de doser le médicament absorbé ; en étalant sur dilh u nis points du corps de l’onguent mercuriel, on ne savait guère ce qui ( tait peidu et ce qui était pris par l’économie. C’est ce dosage que Scaltçjna eut la prétention d’obtenir par son procédé. 11 faisait à cet effet, placer le soir, dans le creux de chaque aisselle, de 2 à U grammes d’onguent napolitain, et il maintenait la peau en rapport avec le médicament ; le lendemain, prétendait-il, l’absorption était complète.
• n chirurgien anglais, Clare, établit sa méthode sur des considérations
DE LA SYPHILIS
d’un autre ordre. Il frictionnait trois ou quatre fois par jour la face interne des joues, aux environs du conduit de Stéhon, avec 0,02 ou 0,05 grammes de calomel. Plus tard, craignant la déglutition de ce médicament, il pratiqua les frictions sur les gencives et à la face muqueuse des lèvres. 11 défendait au malade de cracher, d’avaler et de boire pendant une demi-
heure après chaque friction, et il l’engageait à faire usage, trois ou quatre fois par jour, comme dentifrice, d’un mélange de mercure doux et de bol d’Arménie. Cet auteur croyait que 8 grains de calomel pris par ce procédé correspondaient à 48 grains d’onguent mercuriel en onctions
cutanées.
La méthode de Clare n’a pu obtenir en France une grande faveur; cependant Urachet (de Lyon) l’a conseillée en lui faisant subir toutefois quelques modifications. Ce n’est plus le doigt qui va faire les onctions : Brachet conseille de placer le médicament sur la langue, qui va opérer elle-même la friction contre le palais. Les frictions glosso-palatines se font malin et soir.
Ces différentes méthodes n’ont guère qu’un intérêt historique, et aujourd’hui on emploie peu en France les onctions mercurielles; on réserve ce mode d’administration pour certains cas spéciaux : chez les enfants, par exemple, il n’en est pas de même, avons-nous dit, à l’étranger, et particulièrement en Allemagne.
Bàrensprung (de Berlin) (1) dit que les onctions produisent une action plus sûre et plus prompte que toutes les autres médications mercurielles. Il avoue cependant qu’elles ont l’inconvénient de produire une salivation trop intense. Selon lui, l’efficacité de l’onguent gris tient à la quantité d’oxydule qu’il renferme : celui-ci est en partie libre, en partie combiné avec un acide sébacique ; l’oxydule sébacique entre avec la graisse en excès par la peau et les muqueuses dans le sang, et produit ainsi promptement une action mercurielle générale. Quelle que soit la valeur de la théorie, la méthode des frictions a repris quelque faveur aujourd’hui en Allemagne, surtout par l’influence de Sigmund (de Vienne), dont nous allons maintenant faire connaître la pratique générale pour les onctions mercurielles.
C’est en 1859 que ce médecin (2) a publié le résultat général de ses recherches sur ce mode de traitement dont il se sert exclusivement depuis dix-huit ans, pour cinq cents malades environ par année. Ce traitement comprend trois temps : 1° la préparation des malades , 2" les frictions , 3° le traitement apres les frictions.
1° La préparation des malades dure de six à dix jours. On cherche à régulariser le régime, à écarter ou à modifier diverses affections, comme les lièvres, les diarrhées, et surtout les affections des gencives. On rend
(1) Annalcn des Charité kranjeenhauses, -1838, vol. VII, p. 2.
(2) Die Enrcibnngscur mil grauer Salbc bei Syphilisfnrmen [Des onctions avec l’onguent gris comme cure des formes syphilitiques], 2e édition. Vienne, 1859, in-8.
DES MALADIES VIRULENTES
aussi la peau plus souple par l'administration de bains dont la température varie de 2à° à 27° R. 1
2° On fait ordinairement les frictions sur les deux jambes, les deux cuisses, les faces antérieures de la poitrine et du ventre, sur le dos et sur les bras: chaque friction dure au moins vingt minutes. Elles doivent être pratiquées le soir avant le coucher, et l’on enveloppe ensuite les parties frictionnées dans des draps de toile ou de coton. Le changement de linge après chaque friction est nécessaire.
La dose d’onguent mercuriel employé dépasse 1 gramme par jour. Le nombre des frictions varie de vingt à trente. Les malades doivent garder le lit pendant dix-huit heures et peut manger; mais dans l’alimentation il laut toujours tenir compte des complications anémiques qui contreindiquent la diète. En même temps on devra prescrire des gargarismes nu sublimé, à l’alun, à la teinture d’iode, suivant qu’il y a ou non ulcération de la muqueuse buccale ou pharyngée. On suspend les frictions pendant la pei iode mensti uclle , il n en est pas de meme pendant la grossesse, et Sigmund pense qu appliquées de bonne heure, elles peuvent prévenir l’infection du fœlus. Chez les femmes en couches on laisse passer de deux à trois semaines avant de commencer les frictions, jusqu’à la disparition de l’anémie qui suit en général l’accouchement. Les frictions faites chez des nourrices ne paraissent pas avoir d’influence sur la syphilis des enfants qu elles allaitent; aussi sont-elles en même temps employées chez ces enfants. La cicatrisation des blessés et des opérés n’est pas retardée par ce mode de traitement.
En même temps qu’on prescrit les frictions, on peut donner des médicaments internes : la décoction de Zittmann, de Pollini, les diurétiques, les narcotiques, les iodés, les ferrugineux, les amers, l’huile de foie de morue.
La saison la plus favorable pour l’emploi de cette médication est le printemps et la première moitié de l’été.
3° Après la dernière friction, les malades prennent un bain de savon (25" à 27° R.) d’une demi-heure. On les fait encore rester plusieurs jours au lit pendant quatorze heures, en cherchant à provoquer la transpiration. Leur alimentation est en même temps augmentée peu à peu.
Ce traitement donne lieu à quelques accidents. On observe quelquefois des inflammations cutanés et des eczémas; mais ils sont rarement assez intenses pour faire suspendre le traitement.
La salivation est un autre accident plus sérieux, mais ce n’est pas le résultat que Sigmund désire obtenir. D’ailleurs, il n’a vu que rarement des salivations, et presque jamais elles n’étaient assez intenses pour faire cesser les frictions: mais il a dû suspendre la médication dans certains cas de sueurs abondantes, de diarrhées rebelles, de fortes congestions vers la tête, le cœur, et les poumons, d’épistaxis, d’hémorrhagies par l’anus et l’utérus, et d’attaques épileptiques. Dans quelques cas aussi certaines douleurs paraissaient augmenter sous l’influence des frictions,
DE LA SYPHILIS
et l’aggravation de l’insomnie l’a forcé de renoncer deux fois à l’emploi «le ce moyen.
b. Administration du mercure à l1 2 3 intérieur. — Celle méthode est moins ancienne que celle que nous venons d’examiner; elle s’est substituée peu à peu à la méthode dite des frictions , et en France du moins, on n’administre le mercure à l’extérieur que lorsque l’estomac ne peut pas tolérer les préparations internes. Ces préparations données à l’intérieur sonL nombreuses, et chacune, vantée à son tour par quelque médecin en renom,
1 a eu son moment de vogue et de succès. Nous nous garderons bien de parler de toutes ces formules dont la plupart sont oubliées aujourd’hui; nous n’insisterons que sur les préparations les plus importantes et les plus usitées.
O11 emploie peu de nos jours les préparations où le mercure entre à l’état métallique. Les pilules de Belloste (1) sont en etl'et rarement con- : seillées contre la syphilis, et ce n’est qu’exceptionnellement qu’on voit prescrire les pilules bleues (2) ou les piluleâ de Sédillot (3). Cependant Rayer assure avoir obtenu d’excellents effets de ces dernières pilules, et les recommande encore.
On préfère généralement des composés mercuriels dans lesquels le mercure, rendu plus aelif par sa combinaison avec d’autres corps, n’a pas besoin d’être administré à une dose aussi forte pour produire les mêmes effets.
Les composés de chlore et de mercure, d’iode et de mercure, sont les plus vantés et forment chez nous la base du traitement classique de la syphilis. Parmi les composés de chlore et de mercure, le plus fréquemment et le plus justement mis en usage, c’est le sublimé. On l’emploie à l’état de solution et sous forme pilulairc. La solution de Yan Swietcn est constituée par du deutochlorure. Voici sa formule :
Deutochlorure de mercure sublimé. . 80 centigr.
Eau-de-vie de grains 1 kilogr.
Yan Swieten en conseillait 2 cuillerées par jour.
Cette solution est encore employée très fréquemment et avec un grand succès; mais la formule en a été diversement modifiée. Celle donnée par Mialhe, toutes réserves faites sur les théories physiologiques qui lui ser-
(1) Belloste: Mercure métallique, aloès âa 0,05
Rhubarbe, scammonée aa 0,02
Poivre noir 0,01
(2) Pilules bleues : Mercure métallique 0,05
Conserve de roses, poudre’de réglisse. a"a 0,10
(3) Sédillot: Onguent napolitain 0,10
Savon, poudre de guimauve ali 0,10
DES MALADIES VIRULENTES
vent de base, paraît fournir une solution qui est mieux tolérée par les malades que la solution ancienne. Voici cette formule :
Sublime • . . •*...«« l gram.
Chlorhydrate d’ammoniaque 5 gram.
Blanc d’œuf. n° 2.
Eau q. s.
Pour 1000 grammes de liquide. De 1 à 3 cuillerées; chaque cuillerée contient 0,015 de sublimé.
Biirensprung (de Berlin), tout en préférant les onctions mercurielles, emploie quelquefois ce médicament à l’intérieur. Il n’est pas sans intérêt de rapprocher ici la formule de la liqueur de Van Swieten, donnée par Mialhe, de la remarque faite par Bârensprung et Michaelis sur l’in— fluence favorable que l’albumine exerce dans ce cas pour empêcher l’action, quelquefois si pénible, du sublimé sur l’estomac. Ces médecins allemands ont recherché surtout les préparations qui causent le moins de troubles à cet organe; et pour cela ils unissent le sublimé à l’albumine : l’albuminate de mercure possède pour eux tous les avantages de l’iodure et du protochlorure sans avoir leurs inconvénients.
Voici d’ailleurs la formule recommandée par le clinicien de Berlin :
Sublimé 2 grains.
Œuf. n" 1
Eau distillée 6 onces.
Hydrochlorate d’ammoniaque 1 gros.
Une cuillerée toutes les deux heures.
Le malade prend ainsi par jour la valeur d’un grain de sublimé.
Michaelis pense aussi que le sublimé est le Spécifique par excellence; mais l’estomac doit toujours, selon lui, renfermer une certaine quantité d’albumine au moment de l’administration de ce médicament.
Ce n’est pas seulement en solution que le sublimé est administré à l’intérieur; on l’a donné en pilules, et celles dites de Dupuytrcn ont pour principe actif le sublimé.
Voici leur formule :
Sublimé corrosif 0,012
Extrait d’opium 0,025
Extrait de gaïae 0,050
Les iodures de mercure ont été introduits par Bietl dans la thérapeutique de la syphilis : il employa d’abord le bi-iodurc, qu’il administrait en pilules à la dose de 2 à 3 centigrammes par jour. 11 y renonça plus tard, et lui préféra le proloiodure, qui aujourd’hui encore possède en sa faveur les autorités, si divergentes sur d’autres points, de Gazenavc et de Uicord.
DE LA SYPHILIS. 753
Cazenave donne, dans les vingt-qiiatre heures, de deux à quatre pilules ainsi formulées :
Protoiodure de mercure 0,50
Thridace 1,50
Pour vingt pilules.
lticord associe le protoiodure à l’opium. Voici la formule qu’il préfère
aujourd’hui :
Protoiodure d’hvdrargyre ) ~ „
J J âa 3 grar
Thridace )
Extrait thébaïque - 1 —
Conserve de roses G —
Pour soixante pilules. De une à deux, trois, etc., par jour.
Le bi-iodure, que Biett avait d’abord vanté, est aujourd’hui employé par Bazin etGibert qui le prescrivent tous deux sous forme de sirop, avec cette différence toutefois que Bazin le donne isolé, tandis que Gibert l’associe à l’iodure de potassium et en fait une base de traitement mixte : la cuillerée de ce sirop représente 0,01 de bi-iodure de mercure et 0,05 d’iodure de potassium.
Action physiologique et pathologique du mercure. — Quel que soit son mode d’administration, le mercure a sur l’économie une double action, physiologique et pathologique, qui doit être signalée avec d’autant plus de soin qu’on a voulu attribuer aux seuls effets de la médication hydrargyrique certains symptômes de la syphilis.
Le mercure agit d’abord localement; il est ensuite absorbé et produit alors sur l’économie une action générale ; plus tard il se trouve éliminé par les sécrétions.
Localement, il agit comme un irritant; celle irritation explique les douleurs gastralgiques que produit le sublimé, et les entérites causées par le protoiodure. Le mercure absorbé altère profondément la nutrition, tait baisser le chiffre des globules du sang, diminue la quantité d’albumine et le degré de coagulabilité de la fibrine. Cette action altérante commande au médecin d’insister sur la nécessité d’une alimentation réparatrice, et au malade d éviter les causes de diminution des forces.
Le mercure s’élimine par les urines, la sueur, la salive, la sécrétion intestinale. Ces sécrétions sont supplémentaires les unes des autres, et si la sécrétion urinaire vient à diminuer, on s’explique que, la sécrétion salivaire augmentant, il se produise rapidement la salivation mercurielle, un des plus fréquents accidents auxquels donne lieu l’administration du mercure.
Les accidents produits par l’hydrargyre se manifestent à la peau, sur le système nerveux ou dans la bouche. On a aussi parlé d’une cachexie mercurielle , qui n’est que l’excès de celte action physiologique du mercure sur l’organisme déjà profondément altéré, et qui réclame les mêmes soins hygiéniques et une médication analogue (toniques internes et ex-
DES .MALADIES VIRULENTES
ternes). Les éruptions cutanées mercurielles sont peu connues, elles ont en général unelorme eczémateuse; quant aux accidents nerveux, ils sont très rares chez les sujets qui prennent du mercure sous forme médicamenteuse* °n ne les observe guère que chez les ouvriers qui travaillent ce métal.
La stomatite mercurielle, beaucoup moins fréquente aujourd’hui qu’au- Ireiois a la suite des frictions larges et répétées, mérite de fixer sérieusement l’attention du chirurgien. Elle s’annonce par la fétidité de l’haleine; le malade perçoit en môme temps une saveur métallique ; ses gencives deviennent rouges, se tuméfient, et l’on observe un liséré blanchâtre à l’intersection de la dent et de la gencive. La maladie débute ordinairement par la gencive interdentaire, incisive inférieure; cependant, quand il y a des dents cariées, c’est assez souvent autour d’elles que naît la gingivite; l’inflammation s’étend ensuite à la bouche, à la langue.
La salivation est consécutive à la stomatite et dépend d’elle. Cette inflammation va quelquefois jusqu’à produire de véritables phlegmons à la langue; dans d’autres cas, on voit des eschares gangréneuses, mais le p'.us souvent on n’observe que des ulcérations d'un rouge livide, à bords sinueux et irréguliers, placées en avant des piliers antérieurs au milieu d’une muqueuse enflammée, tous caractères qui les différencient des ulcères syphilitiques. A un degré plus avancé, la stomatite fait éprouver une sensation d’allongement des dents; la mastication est douloureuse; les dents s’ébranlent, peuvent même tomber, et leur chute est suivie de carie de la mâchoire. La stomatite mercurielle s’accompagne quelquefois d’accidents généraux auxquels on a donné à tort le nom de fièvre mercurielle.
Il est très rare aujourd’hui de voir arriver les accidents à ce degré; mais une stomatite mercurielle légère se montre encore assez fréquemment. Il y a quelques années on suspendait alors le traitement, et l’on se servait d’astringents locaux ou de caustiques énergiques : l’acide chlorhydrique fumant, par exemple. Maintenant il suffit, pour combattre celte salivation, d’administrer le chlorate de potasse, et ce médicament, qui s’élimine par les glandes salivaires, peut être donné en gargarismes concentrés ou à la dose de 3 à h grammes dans une potion, que l’on prend par cuillerées toutes les heures.
Mais quand on prescrit le chlorate de potasse, il n’est pas nécessaire de suspendre le traitement. On sait, en effet, que l’on peut donner à un malade du calomel à dose fractionnée en même temps qu’on lui fait prendre du chlorate de potasse, sans avoir à redouter de salivation. Lasègue a lait sur ce point, à l’hôpital de Lourcine, les expériences les plus concluantes.
Cette salivation mercurielle que nous venons de décrire comme un accident de la médication a été longtemps recherchée comme une circonstance heureuse; c’était la méthode de Boerhaace (l). Pour obtenir la salivation, on faisait avaler au malade une grande quantité de boissons lièdes,
(1) Aphorismes, édit, de 1720, p. 279.
UE LA SYPHILIS
-de tisanes sudorifiques, de manière, disait-on, a faire ouvrir les pores absorbants; on donnait ensuite le calomel il doses fractionnées ^méthode de Law). Le même résultat était obtenu aussi par les frictions. En général, on regardait comme suffisante une salivation de 3 à 4 livres par jour, et on l’entretenait ;i ce degré' pendant six semaines, puis à un degré un peu moindre pendant six autres semaines. La méthode de salivation ou de BoerhaaYe fut remplacée par la méthode dite d'extinction ou de Montpellier, sur laquelle Haguenot, professeur à celte école, écrivit un travail (1).
Dans celte méthode, on se propose d’éviter la salivation et de la combattre quand elle se montre. Il faut alors employer des préparations que l’on pourra prendre pendant longtemps sans craindre le flux salivaire : les pilules avec le mercure métallique, les préparations de sublimé ou de proto-iodure. Au lieu de fractionner les doses, on donnera la préparation en une ou deux fois avant le repas. Ce traitement doit être longtemps •continué; suivant Dupuytren, il doit durer un temps double de celui qui a été nécessaire pour obtenir la disparition des accidents que l’on
• combattait.
Les inconvénients dont est parfois suivie l’administration du mercure ont fait rejeter par certains médecins l’emploi de ce moyen; d’autres ont été plus loin, et ont attribué à ce médicament les symptômes mêmes de la syphilis. 11 suffît, pour réfuter cette étrange opinion, de faire remarquer qu’il n’est pas rare de voir des malades non encore traités par le mercure, présenter le cortège si bien connu des symptômes syphilitiques ; je ne voudrais pas insister longuement sur une opinion tenue pour fausse aujourd’hui par la plupart des médecins, mais je veux mettre sous les yeux des lecteurs quelques propositions extraites d’un travail publié récemment à Vienne par un antimercurialiste. Cette citation, qui semblera •étrange à ceux qui sont familiarisés avec l’évolution de la syphilis, me ■dispensera de plus amples commentaires.
Voici comment s’exprime le docteur J. Hermann (devienne) dans son rapport annuel sur les maladies traitées dans l’hôpital de la Wiedcn, du 1er août 1858 au 31 juillet 1859 (2) :
1° La syphilis est une maladie locale; le chancre peut être suivi de bubons, de condylomes, d’exanthèmes, et même, mais rarement, d’ulcères du pharynx. Ces différentes formes morbides ont un rapport immédiat et évident avec l’affection primaire.
2° Le condylome large (papule muqueuse, plaq ue muqueuse) n’est pas la
• conséquence exclusive du chancre syphilitique; il est souvent le produit •de la blennorrhagie seule.
3'» Hors des limites de la nature locale de la syphilis se trouve l’hydrargyrose : l’ulcère du pharynx, l’ulcère chronique et serpigineux de la peau, la douleur ostéocope, l’ostéite, la périostite, la carie, la nécrose, se
(1) Mémoire contenant une nouvelle méthode de traiter la vérole . Montpellier, 1737.
(2) Schmidt’ s Jahrbücher, 18GI, n° 3, p. 300.
DES MALADIES VIRULENTES
montrant plus ou moins longtemps après le chancre syphilitique chez des individus mercurialisés, sont des formes de l’hydrargyrosc chronique.
bu La syphilis pure est facile à guérir dans toutes ses formes, et n’a pas de récidives (excepté les blennorrhagies), pourvu qu’il n’y ail pas une dyscrasie mercurielle. Par contre, quelques formes de l’hydrargyrose considérées jusqu aujourd’hui comme des accidents secondaires et tertiaires de la syphilis, ne guérissent quelquefois jamais ; quand ces formes s améliorent, 1 amélioration s’obtient difficilement, et encore on observesouvent des récidives.
:>" La syphilis, traitée sans mercure, met beaucoup moins de temps à guérir que si l’on emploie cet agent thérapeutique.
6 Le mercure n est pas un spécifique; l’iodure de potassium, au contraire, a cette propriété, et guérit l’hydrargyrose, c’est-à-dire l’ensemble des accidents appelés jusqu’ici secondaires et tertiaires.
7" L’action de l’iodure de potassium consiste dans la propriété qu’il possède d’éliminer le mercure.
Pai tant de cette opinion que l’iodure de potassium est un antidote dit mercure, J. Hermann a fait examiner l’urine de six malades qui, soumis auparavant à la médication mercurielle, prenaient de l’iodure de potassium au moment de l’examen. On trouva des traces manifestes de mercure, ebez le premier malade, des traces incertaines chez le deuxième et le quatrième, et rien chez les trois autres.
Waller (1) (de Prague) a voulu vérifier l’opinion des antimereurialisles. sur l’influence présumée de l’iodure de potassium, et, k cet effet, il a analysé l’urine de huit malades traités par le mercure seul; or celle urine contenait ce médicament sans que l’iodure de potassium eût élé administré. Cette excrétion du mercure commence quelque temps après le début du traitement, et continue pendant une période indéterminée. Jamais ce syphilographe distingué, dans les cas où il donna le mercure, n’a observé aucun des symptômes de Yhydrargyrose.
2° Traitement par l’iodure de potassium des accidents tertiaires.
Si le mercure fait disparaître d’une façon très manifeste certains symptômes de la syphilis, l’efficacité de cet agent thérapeutique n’est pas aussi complète pour tous les accidents de cette maladie. La syphilis dite tertiaire résiste aux diverses préparations mercurielles, et c’est contre elle que réussit surtout l’iodure de potassium. Ce médicament a été employé pour la première fois en Italie, par Brera, en 1822 ; mais sou emploi était passé inaperçu lorsqu’on 1836 Wallace (de Dublin), danune leçon célèbre, fit connaître la valeur de cet agent (2). Bicord a
(1) lieitrüge zur Lüsung einiger Streilfragen in cler Syphilidoloyic [Contributions à la solution de quelques questions controversées en syphilidologie] ( Viager Viertcljahrsschrifl,
vol III).
(2) Journal des connaiss. médico-chirurg., t. IV, p. 157 (traduction).
DE LA SYPHILIS
surtout contribué, par scs expériences, à vulgariser I’iodure de potassium, et à fixer ses indications contre les accidents tertiaires. Depuis lors de nombreux travaux ont été publiés sur ce sujet, parmi lesquels on remarquera surtout un mémoire de Bassereau, présenté à la Société de médecine de la Seine en 1845, et des expériences faites par Puche, pour démontrer l’innocuité de l’iodure de potassium à des doses considérables. L’iodure de potassium, bien connu en France, n’a pas tardé à devenir la base d’une médication classique en Angleterre, en Allemagne et ailleurs.
L’iodure de potassium est indiqué contre les accidents tardifs, les .sypbilides tuberculo-ulcéreuses , les gommes, l’albuginite , les exostoses, etc.
L’administration de l’iodure de potassium produit quelques légers accidents du côté des muqueuses : c’est le plus souvent un coryza, avec une sécrétion de larmes très abondante; c’est souvent aussi une éruption acnéiforme, quelquefois très marquée au front; on observe encore, mais plus rarement, du ptyalisme, de la sécheresse de la gorge, des vomissements. Ces accidents disparaissent en général rapidement, la médication est tolérée, et il n’est quelquefois pas nécessaire de suspendre le traitement. Pour les prévenir, il ne faut pas donner immédiatement une forte dose d’iodure; on devra commencer par 0,50, ou 1 gramme du médicament, et augmenter progressivement. Wallace ordonnait 2 grammes d’iodure; Ricord le donne depuis 3 grammes jusqu’à 6 grammes; il l’administre souvent dans un sirop amer.
On peut le donner commodément dans la solution titrée suivante, dont chaque cuillerée représente à peu près 1 gramme de médicament.
Eau 300 grani.
Iodure de potassium 20 —
3” Traitements succédanés du mercure.
Les médications que nous allons examiner, dans ce paragraphe, ne sont plus, pour nous du moins, des médications spécifiques ; beaucoup d’entre «■lies même n’ont guère aujourd’hui qu’une signification historique. Nous passerons donc rapidement en revue les traitements antisyphilitiques par les bois sudorifiques, les préparations d’or , d’argent, de platine, d'antimoine, 4' ammoniaque, V oxygène pur, le lobelia, le daphné, Yastragalus, l 'iode, là •syphilisation, les vésicatoires, et la vaccination.
Hors sudorifiques. — Les navires portugais apportèrent du nouveau inonde, vers 1517, le bois de gciïac, dont |la décoction avait la réputation «le guérir radicalement de la syphilis les habitants de Saint-Domingue. A une époque où l’origine américaine de la vérole avait une si grande faveur, d n’était pas surprenant que ce traitement fût accepté avec enthousiasme! L’Amérique nous avait donné la syphilis, il devait paraître naturel d’aller I chercher dans cette contrée les agents curatifs de celte maladie. D’ail- | leurs, l’abus qu’on avait fait des préparations mercurielles, et les acci-
DES MALADIES VIRULENTES
dénis causés par dos frictions trop prolongées, ou des fumigations maladroitement administrées, avaient préparé les esprits à s’enquérir d’autres médicaments cl k accepter la réputation des bois sudorifiques.
Nicolas Poil vanta beaucoup la valeur thérapeutique du gaïac, et il nous apprend que la squinc donna quelque soulagement à Charles-Quint (1535). Le gaïac a été aussi préconisé par Ulric de Hutten, Nicolas Massa, Musa Urassavole, Lccoq, Vésale, Fallope. C’est un peu avant celte époque qu’on essaya la salsepareille , qui entre seule dans la composition des tisanesautrefois si vantées deCestoni et de Fordyce, et qui fait la base des tisanesde Callac, de Feltz et du sirop de Cuisinier. Ce fut plus tard qu’on ordonna le sassafras.
Les bois sudorifiques ont eu tour à tour des moments de vogue et des. périodes de défaveur. Aujourd’hui il est d’un usage banal, pour quelquesmédecins, d’en faire le complément obligé du traitement mercuriel ; mais personne ne croit plus à leur valeur antisyphilitique. Ces bois, en effet, ne paraissent avoir rendu des services que chez des malades fatigués par un trop long traitement mercuriel et quand on les substituait alors au mercure. Mais dans ce cas doit-on attribuer l’amélioration obtenue à l’action des bois sudorifiques, ou bien à la cessation de l’influence débilitante du mercure sur des malades déjà épuisés? Nous penchons pour cette dernière hypothèse ; il s’est produit là quelque chose d’analogue à ce qu’on observa après les exagérations de la doctrine physiologique, quand on guérissait par une alimentation tonique quelques malades anémiés par la diète. Mais pour bien juger ces médicaments et ceux qui vont suivre, on doit se rappeler que la syphilis est assez souvent bénigneet peut guérir par le traitement le plus simple. Bassereau se demandeaussi si les succès qu’on dit avoir tirés autrefois du gaïac ne seraient plus observés aujourd’hui, parce que la vertu de ce bois reposerait dans les jeunes pousses de l’arbre, que l’on n’envoie plus depuis longtemps en Europe. Il cite à l’appui de cette hypothèse une observation du traitement de Guyon de la Nauche, en 1563, mais il pose la question sans la résoudre. (Loys Guyon-Dolois, sieur de la Nauche, premières Leçons, livr. IV, chap. v, Lyon, 1625.)
Préparations d’or , d’argent , etc. — Gcrvay Ücay est le premier médecin qui ait conseillé les préparations d’or contre la syphilis. Lccoq, Loss, Itobenstrost vantèrent aussi autrefois ce médicament. On le donnait en poudre ou dissous dans l’eau régale et le mercure. En 1811, Chrestien (de Montpellier) (1) fît un travail très complet sur ce sujet, et Payan (2) a publié aussi quelques remarques sur la médication aurique; mais, tout en accordant des avantages à ce médicament, Payan ne conseille 1 emploi de l’or que dans certaines circonstances fort restreintes. Enfin, Ricord et Cazenave, dans leurs expériences, sont arrivés 1 un et 1 autre à des résultats fort peu encourageants qui doivent conduire à nemployei
(1) De la méthode iatraleplique, etc. Paris, 1811.
(2) Annales, delà syphilis, t. II, p. 29.
DE LA SYPHILIS
les préparations d’or que dans des cas où la médication spécifique ordinaire aurait complètement échoué.
Serres (de Montpellier) a fait connaître , dans un mémoire publié en 1836, l’heureux effet que les préparations d’argent avaient, selon lui, contre la syphilis (1). Mais les succès qu’il annonçait ne se sont pasrenouvelés entre les mains des médecins qui depuis lui ont employé ce médicament. Biett, Cazenave et Ricord n’ont observé aucun résultat de quelque valeur. Il en a été de même pour les .préparations de platine qui ont été préconisées par le docteur Hœfer (2).
Émétique , oxygène, ammoniaque , etc. — L 'émétique, a été employé contre cette maladie. Le docteur Wilenhrand, médecin de 1 hôpital de la marine de Finlande, a surtout expérimenté cette préparation; mais, comme pour beaucoup de médications trop préconisées, l’émétique a été donné sans que le diagnostic ait été bien précisé : on l’administrait contre les accidents vénériens les plus divers, et de là on tirait des conclusions erronées. Nous ne ferons que mentionner l’emploi de l 'oxygène qu’expérimenta en 1793, à Bombay, un chirurgien anglais du nom de Scott, et dont firent usage plus tard Rcdlo et Cruikshank, chirurgien de Woolwich.
ammoniaque a été conseillée én 177à par Peyrilhe, qui préparait ses malades comme s’il eût dû les soumettre à la méthode des frictions, et le Lobelia syphilitica , ou Rapunculus americanus ( cardinale bleue), fut vanté par un médecin suédois nommé Kalus, qui en avait vu d’heureux résultats dans la Virginie, d’où il l’apporta. Linné et Hevermann en ont aussi parlé. La racine de saponaire a été préconisée par Lombard etPetit-Radel avec aussi peu de succès que le Daphné mezereum par Bassel et Horn, et V Astro.yalus exscapus par Quarin.
Iode. — L’iode a été employé contre la syphilis avant l’iodure de potassium. Richond des Brus (1823), à l’époque du règne de la doctrine physiologique, recommanda l’iode que Coindct. venait de découvrir. Eusèhc de Salle, Lallemand (de Montpellier), Martini (de Lubeck), expérimentèrent le même médicament ; mais leurs essais, incomplets et infructueux, trouvèrent peu d’imitateurs. Cependant à l’étranger l’iode est encore employé. Ainsi pour Fantonetli (3) l’action de l’iode est beaucoup plus durable que celle de l’iodure de potassium dont l’élimination est si rapide par les urines. Il conseille surtout la préparation suivante : Mettre 5 centigrammes d’iode dans un mortier de porcelaine ou de verre, verser dessus 9 à 10 gouttes d’alcool; triturer jusqu’à ce que la solution soit complète; ajouter enfin, en les mélangeant intimement, 12 grammes d’abord, puis 25 grammes de sucre raffiné. Le tout sera divisé en quatorze parties, dont le malade prendra trois, quatre ou cinq fois dans les vingtquatre heures. On ne doit pas préparer en une seule fois une dose plus
(1) Mémoire sur l’emploi des préparations d’argent dans le traitement des maladies vénériennes. Montpellier, 1836.
(2) Gazelle médicale, novembre 1810.
(3) ÎSoirot, Annuaire pour 1857, p. 14, extrait du Giornalc delle scienzc med. di Torino .
DES MALADIES VIRULENTES
forlc quo celle que nous venons d'indiquer, à cause de la volatilisation de
Toniques et ferrugineux. Henri Behrend (de Liverpool) a conseillé . employer a I intérieur le larlrate de potasse et de 1er (Lancet, 15 et 0 décembre 1856), et d dit n’avoir jamais vu de manifestations constitutionnelles a la suite de ce traitement. Ce médecin aurait dû, pour i onner quelque valeur à son observation, préciser le caractère des accidents contre lesquels il préconise les ferrugineux; car du moment qu’il est admis que tous les chancres ne sont pas suivis de symptômes constitutionnels, les faits de Behrend ne prouvent rien.
Quelques médecins anglais reviennent aussi peu à peu au simple traitement. Ainsi Marsden, médecin du Royal Free Hospital de Londres, où il y a les formes les plus variées de syphilis, et principalement les éruptions secondaires, traite exclusivement ces affections par l’administration de remèdes stomachiques et toniques; il conseille aussi unjrégime fortifiant et l’emploi de la poudre suivante :
^ou^ie i gram.
Sulfure d’antimoine 25 centigr.
Azotate de potasse 25
Mêlez. A prendre en deux doses, l’une le matin, l’autre le soir.
11 met en pratique cette médication depuis vingt-sept ans, dit-il, et il compte fort peu de récidives. Dans les formes primaires, il se conlente de prescrire les stomachiques et un bon régime (7 lie Lancet , 27 juillet 1857, p. 650). Nous dirons plus loin ce que nous pensons de ce simple traitement.
Bichromate de potasse , sulfate cl’oxyde de cadmium ; eaux minérales. — Le bichromate de potasse a été vanté comme antisyphililique par Arrastia (1). Ce médecin, dirigé par des vues théoriques, considère le virus syphilitique comme un ferment, et le bichromate de potasse comme un antifermentescihle. Le sulfate d'oxyde de cadmium jouirait aussi d’un pouvoir antiputride qui le placerait immédiatement après le bichromate de potasse. Les observations contenues dans la thèse d’Arraslia sont trop peu nombreuses et trop peu concluantes pour engager à employer ce nouvel agent dont les indications ne reposent que sur des hypothèses.
Les eaux minérales ont été souvent préconisées contre la syphilis. Engclman a publié, en 18û9, un travail intéressant sur l’emploi des eaux de Creuznach, dans le traitement de cette maladie ; mais il a fréquemment aidé ou préparé l’effet des bains par l’emploi de la tisane de Zittmann. Ce médecin a surtout constaté l’efficacité de ces eaux contre la cachexie syphilitique et contre la syphilis héréditaire : il n’hésite pas à déclarer que pour les formes secondaires les eaux de Creuznach ne guérissent pas plus sûrement que les autres moyens, qu’elles ne préservent pas même tics
(1) Thèse de Paris, 1856.
i récidives; mais il constate (jrrelles sont surtout utiles dans le traitement, de la syphilis compliquée de scrofules eL de la syphilis invétérée (. Annales de la syphilis , t. 111, p. 331). En France, les eaux sulfureuses, et surtout relies de Bagnères-de-Luchon, ont été vantées dans le traitement de la syphilis. Marc PégoL a écrit sur ce sujet un travail qui renferme quelques laits dignes de remarque (1).
Syphilisation. — L’histoire de la syphilisation s’est simplifiée par les nouvelles études sur l’évolution des chancres, et aujourd’hui l’action thérapeutique de ce moyen est réduite à sa juste valeur.
C’est Auzias-Turenne qui eut le premier l’idée de la chose et du mot. 11 crut s’apercevoir, en cherchant à transmettre la syphilis aux animaux, qu’au bout d’un nombre indéterminé d inoculations positives, le pus virulent ne s’inoculait plus. Cet état d’immunité contre de nouveaux chancres, cette sorte de saturation de l’économie par le virus syphilitique, c’est la syphilisation. La grande difficulté d’inoculer le virus syphilitique aux animaux ne doi L pas rendre chez eux l’expérience bien convaincante, et c’est sur l’homme qu’on a le mieux étudié les inoculations syphilisatrices.
Historique. — Le premier travail sur la syphilisation fut une communication d’Auzias-Turennc, adressée à l’Académie des sciences, dans la séance du 10 novembre 1850, et l’on ne tarda pas à appliquer à la thérapeutique de la vérole ces idées séduisantes : Spcrino, à Turin, commença à traiter par la syphilisation les prostituées de son syphilocome; et, quelque temps après, Bœck introduisit la syphilisation à Christiania. Mais, en dehors de ces trois médecins, la syphilisation ne Compte guère de partisans radicaux, cl il est môme permis de croire que le zèle de ces syphilisateurs s’est un peu ralenti. Il paraît bien de temps en temps quelques mémoires sur ce sujet, mais ce sont des essais timides et qui révèlent la décadence de la méthode. Toutefois il faut justement reconnaître que les syphilisateurs ont mis en lumière quelques faits intéressants pour l’histoire naturelle de la vérole, et l’on peut admettre que dans certains cas la syphilisation a agi d’une façon curaloirc. Nous verrons seulement si elle doit ce privilège au pus syphilitique.
Les principaux travaux à consulter sur la syphilisation sont les suivants :
Auzias-Turenne, De la syphilisation on vaccination syphilitique ( Archives de médecine., 1851, 4° série, t.. XXVI. — Idem, Correspondance syphilograpliique.
Paris, 1860. — Sperino, La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme
(1) Essai clinique sur l'action des eaux de Bagncres-de-Luchon dans le traitement de la syphilis, 185t.
J’ai souvent envoyé des syphilitiques aux eaux sulfureuses, et je me suis convaincu que si ces eaux n’ont aucune action spécifique, elles servent du moins à fortifier le malade et à faire tolérer très facilement la médication mercurielle. A ce titre, elles doivent être utilement conseillées.
DES MALADIES VIRULENTES
Tym ry^llaClTeJeS ma'adieS véné™™es, traduit de l’italien par Trésal JUS, I 8o3 \V. Boeciv, litclierches cliniques sur la syphilisation (te ut midico-
c/itriirgica/fl de P«rw, septembre 1854). — Idem, De la syphilisation appliquée aux traduit par Ilagc„, 1857.- Idem, De ,a sypuiisalion, eut actuel a
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Del, sypMimt, on etc. , <«53— 11*00,. De h syphilisation (,hése ,1e Si™*»»,*'
4 8oo). J-H. GtJERAULT, 01, las . médit. recueillies pendant le noya, te du prince ’■ Aapoean dans les mers du Nord (thèse, Paris, 1857). - Melchior Bodert JSuUelin de la Société impériale de médecine de Marseille, n" 4, 1 859.
L.i sj pliili saLion a eu la prétention d’être préventive et curative de la verole ; cette double tendance se résume dans les deux propositions suivantes : l n individu soumis à un nombre plus ou moins considérable aujourd’hui indéterminé, d’inoculations ehancreuses, n’a plus la récep- Inité syphilitique. — Un malade vérolé traité par ces inoculations n’est plus exposé à aucune manifestation de cette maladie ; en un mot, est guéri de la syphilis.
« La syphilisation universelle pourrait éteindre dans le monde la syphilis, écrivait Auzias-Turenne; on devrait, disait-il, syphiliser toutes les hiles publiques, tous les militaires et tous les marins ; tous ceux qui passent leur vie ensemble et en grand nombre : prisons, bagnes, manufactures, etc.; enfin tous ceux qui peuvent être exposés à la contagion. »
Cette ambitieuse perspective est aujourd’hui très loin de nous, et la syphilisation préventive est restée à l’état de projet pour l’amélioration de 1 espece humaine. Si la syphilisation a encore des adeptes, elle n’est plus acceptée qu’à titre de procédé curatif, et non comme un moyen de prophylaxie générale de la syphilis. Bœck a soin de proclamer, en effet, qu'il n a jamais employé la syphilisation que chez les personnes atteintes de \éiole constitutionnelle; il a toujours refusé de donner à un individu, dirige de syphilis, une maladie souvent fort grave, et il pense, connue nous, que 1 auteur d’un projet si bienfaisant pour l’humanité devrait, pour être autorisé à en faire jouir les autres, commencer àl’appliquer sur lui-même. Cependant, réduite à des proportions beaucoup plus modestes, la syphilisation peut-elle rendre certains services et réaliser quelquesunes des espérances qu elle avait fait concevoir? Examinons d’abord la question de 1 immunité chancreuse , argument fondamental des syphilisateurs.
Sans prétendre a la syphilisation prophylactique, bien vite abandonnée, les syphilisateurs ont cherché à démontrer que les sujets syphilisés possédaient 1 immunité chancreuse. Pour eux, cette question de 1 immunité domine tout le traitement par la syphilisation : un malade "verra scs symptômes disparaître et ne sera plus exposé à aucune manifestation syphilitique, par cette raison qu'il n’est plus apte à la réceptivité du virus chancreux. Le seul critérium de la guérison de la syphilis serait donc la perle de celte réceptivité.
ISous ferons d’abord remarquer que cette manière de raisonner est tout a fait erronée, et, avant de voir si les faits confirment la théorie des svphi-
DK LA SYPHILIS.
lisatcurs, il est bon d’établir qu’il n’y a pas la moindre relation entre la réceptivité chancreuse et l’existence ou la disparition de la syphilis con stitutionnelle. L’étude complète que nous avons faite des chancres et ( e leur degré d’inoculabilité sur un syphilitique, esL là pour le demontrei.
Mais acceptons un instant cette corrélation qui ne cadre plus avec lesrecherches sur les deux espèces de chancres, et voyons si les syphilisateurs sont bien affirmatifs sur cette prétendue immunité ; nous rechercherons ensuite les guérisons qu’ils ont annoncées.
Sperino ne mit pas d’abord en doute l’immunité chancreuse. Bœck l’accepta également, mais d’une façon moins absolue que Sperino, car il dit que la démonstration de ce fait est difficile; il ne s’est pas cru autorisé, au bout d’un certain temps, à pratiquer de nouvelles inoculations a ses syphilisés, et il ajoute que si malheureusement ces inoculations donnaient lieu à des chancres, il craindrait la possibilité dune nom elle syphilis constitutionnelle.. .Ces incertitudes de Bœck, partagées, dit-on, aujourd’hui, par Sperino, ne sont pas rassurantes pour les syphilisés. J’incline aussi à croire que si l’on publiait tous les faits de syphilisation, on en trouverait un assez bon nombre où l 'immunité n a jamais été obtenue, et d’autres où elle n’a été que temporaire. Un médecin qui s’est livré a des expériences sur lui-méme , Lav..., réfractaire aux inoculations de Gosselin, est enfin parvenu à se faire inoculer avec succès par Ricord.
Mais si Bœck craint pour l’avenir la disparition de l’immunité, s’il ne nous donne point de ce fait une démonstration éclatante, il ne nous a pas moins fait connaître des recherches curieuses sur la décroissance habituelle de la virulence chancreuse. J'ai déjà exposé ces travaux dans une revue critique des Archives de médecine (1), et j’y renvoie le lecteur pour plus de détails.
Je faisais alors remarquer les différences d’intensité que Bœck signalait en inoculant toujours la même matière sur le même individu, jusqu’à ce que cette matière ne donnât plus de résultat. Dans une première série d’expériences sur cinq malades, il a exclusivement employé jusqu’à l’immunité la matière d’un seul chancre provenant d’Angleterre. Chez les deux premiers sujets, la syphilisation a duré un peu plus de six mois : le premier a eu 222 chancres et le second 290. Chez le troisième et le quatrième, le pus ayant été emprunté aux deux premiers parvenus au quatrième mois de la syphilisation, l’immunité s’est établie au bout de trois mois; le troisième sujet ayant eu 133 chancres et le quatrième 9t. Enfin le cinquième sujet, dont les inoculations ont commencé un mois plus tard que chez le troisième et le quatrième et avec le même pus, était immuni au bout de deux mois et après 71 chancres.
Bœck a encore fait connaître une autre série de faits curieux sur celte décroissance de la virulence. Ce sont ceux où il rapporte comment un
(1) Follin, De quelques doctrines modernes sur la syphilis et de la syphilisation ( Archives de mcd., janvier 1836).
1 DES MALADIES VIRULENTES
malade ne pouvant plus être inoculé par le pus qu’il sécrète, peut encore donner des inoculations positives par un pus d’une autre origine.
Mais les syphihsateurs, dans le récit de leurs expériences, n’ont jamais décrit avec beaucoup de détails les caractères des chancres auxquels ils empruntaient le pus de leurs inoculations. Cependant, aujourd’hui que l’on a sur les diverses sortes de chancres des notions assez complètes, cette description serait d une importance capitale pour juger la nature du pus inocule. On est donc, par celle absence de détails, conduit à se demander m immunité n’aurait pas été obtenue par cela seul que le pus inoculé il avait pas précisément la propriété de s’inoculer sur un sujet syphilitique. Car un médecin allemand qui s’est couvert le corps de 2210 chancres simples, n’a jamais pu obtenir cette saturation que les syphilisatcurs regardent comme le dernier terme de leurs efforts
Recherchons enfin l’influence de la syphilisation sur la guérison de la syphilis. Nous sommes forcé d’aller prendre nos statistiques à l’étranger et nous en choisirons deux.
(me statistique de Sperino signale 76 individus atteints de vérole et guéris par la syphilisation seule; mais sur ce chiffre de 76, U5 n’étaient affectés que de symptômes primitifs trop peu nettement précisés pour qu’on les considère comme des symptômes syphilitiques. Il ne reste donc que 31 laits de quelque valeur; mais sur ces 31 faits il y a d’abord 5 insuccès. Quand on sait, d’autre part, la facilité avec laquelle, dans certaines lormes de syphilis dites décroissantes, les symptômes constitutionnels disparaissent, on est forcé de faire bien des réserves sur ces 31 faits. Pour quelques-uns d’entre eux, les chancres de la syphilisation n’ont pas eu une action plus puissante que les vésicatoires dont nous parlerons plus loin, et ce dernier moyen est moins dangereux à manier.
Les résultats de Bœclcne sont guère plus concluants que ceux de Sperino.
Il a souvent inoculé en moyenne 322 chancres pour des syphilis secondaires, et cependant il n’était pas à l’abri des récidives. Les symptômes secondaires .mettaient même une certaine lenteur à disparaître. Les syphilis tertiaires ont été surtout rebelles, et quelques-unes n’ont pu se îésoudie, malgré 1 inoculation moyenne de 570 chancres et un traitement de huit mois. Il a fallu assez souvent, pour guérir les malades, recourir a un traitement, soit mercuriel, soit iodé. Malgré Ces résultats peu satis- Inisants, 1 honorable médecin de Christiania a été encouragé par quelques cas heureux a continuer la pratique de la syphilisation.
On il entendait guère plus parler de la syphilisation en France, lorsque Melchior Robert a récemment entrepris des expériences qui semblent huorables à ce moyen. Ce médecin admet que, sous l’influence d’un petit nombre d inoculations chancreuses ne dépassant pas 36 , on peut faire résoudre assez facilement des chancres indurés, guérir des accidents secondaires et tertiaires, enfin imprimer à l’économie une modification lellc que des accidents réfractaires à l’emploi des spécifiques deviennent ensuite très sensibles même à de faibles doses de ce médicament. Mais
I)E LA SYPHILIS
malgré ccs grands avantages, il conclut encore à l’emploi du traitement mercuriel, et ne réserve la syphilisation que pour des cas tout à fait exceptionnels.
Quant à nous, nous dirons que l’immunité absolue n’est pas prouvée, el que la guérison de la syphilis par la syphilisation l’est encore moins. Si même nous pouvions admettre une influence heureuse de la syphilisation : sur la disparition des symptômes constitutionnels, nous ne conseillerions pas encore d’employer ce moyen. Pourquoi condamner à une pratique i dégoûtante, pénible, fort longue, un malade que le mercure ou l’iodure de potassium guériront mieux et plus vile ? Pourquoi l’exposer à toutes les complications qu’un chancre peut présenter, le phagédénisme par exemple? Que si cependant on se trouvait en face de ces syphilis graves, rebelles à toutes les médications spécifiques, on pourrait, dans ce cas, essayer, comme dernière planche de salut, la syphilisation, et l’on aurait, pour excuse de ce traitement irrationnel, l’insuccès résultant des autres
[médications.
Le professeur Sigmund, qui vient de publier récemment dans la Gazette hebdomadaire de Vienne (16 février 1861) le résultat des syphilisations qu’il a pratiquées, ne porte pas un jugement plus favorable que le nôtre silice procédé thérapeutique: il admet la récidive des accidents, et croit que leur disparition est plutôt due à la marche naturelle de la maladie et aux influences diététiques qu’à la syphilisation. Il conclut enfin que les autres méthodes de traitement doivent être préférées à un moyen si long et qui offre tant d’inconvénients pour le malade, la société et le médecin.
Vésicatoires. — Puisque la syphilisation annonce quelques succès, il était important de rechercher si les chancres ont dans ce cas une action propre, ou s’ils n’agissent pas simplement comme des vésicatoires. C’est ce qu’a pensé et fait Cullerier en traitant un certain nombre de syphilitiques par ce dernier moyen. Or cette médication, encore récente, et peu employée, semble devoir donner l’explication de certaines cures par la syphilisation. Cependant il serait impossible de porter aujourd’hui un jugement définitif sur sa valeur, et, à défaut de celle appréciation critique, nous allons nous contenter d’exposer le procédé de Cullerier et les résultats qu’il a obtenus. Ces résultats ont été indiqués par un des internes de cet honorable chirurgien, dans sa thèse inaugurale (1).
Cette méthode de traitement, expérimentée par Cullerier, à l’hôpital du Midi, consiste à appliquer, chaque jour, quatre à six vésicatoires
Î volants de la grandeur d’une pièce de 50 centimes sur la face antérieure de la poitrine ; exceptionnellement, Cullerier faisait mettre de grands vésicatoires. Il a écarté, du moins pour une première série de sujets, toute médication soit mercurielle, soit iodique.
La thèse de Parisot repose sur vingt-deux observations de syphilis pri-
(i) E. Parisot, Eludes sur un nouveau traitement de la syphilis expérimenté à l’hôpital du Midi eu 1857 (thèse, Paris, 1858, n" 1 17).
DES MALADIES VIRULENTES
iiiitÎN o, secondai îe cllcitiairc, et I on y trouve que celte médication paraît avoir réussi contre un certain nombre de manifestations de la diathèse. Ainsi ce traitement a lait disparaître des syphilides papuleuses, pustuleuses, squameuses, tuberculeuses, les plaques muqueuses de la peau ; mais il échoua quand les accidents intéressaient les tissus situés plus profondément (la gorge, la bouche). La médication mercurielle préalable, à laquelle les syphilisateurs ont souvent attribué leurs insuccès n’exerçait pas la même influence sur les malades traités par les vésicatoires.
La modification que celte méthode fait subir à l’économie n’est pas facile à définir; et devant celte difficulté, on s’est demandé s’il n’existerait pas une absorption du principe actif des cantharides, qui modifierait les accidents de la syphilis. L’absence de cystite, de ténesme vésical, d’albumine dans 1 urine, fait voir que cette absorption cantharidienne ne doit avoir lieu que dans des proportions trop faibles pour être curative.
Les surfaces soumises a l’action des vésicatoires prennent ordinairement un aspect en rapport avec le tempérament du sujet; elles deviennent de temps à autre, chez les personnes lymphatiques, le siège de poussées inflammatoires, et se couvrent alors de croûtes impétigineuses. Les cicatrices, Consécutives à l’application réitérée des vésicatoires volants, sur le même point de la peau, présentent souvent des macules avec une teinte bistre plus ou moins foncée à laquelle la syphilis ne paraît pas tout à fait étrangère.
Les vésicatoires sont rarement indiqués contre l’accident primitif, à moins que le chancre induré ou non ne sc complique de phagédénisme. Si cette complication a été rebelle aux divers moyens ordinairement employés, on peut appliquer alors avec avantage de larges vésicatoires à la face interne des cuisses.
Cette méthode ne devra être prescrite contre les accidents secondaires que dans les cas où le traitement mercuriel serait impossible, ou bien quand, ayant épuisé son action, on serait par la gravité des symptômes obligé d’agir plus énergiquement. Les vésicatoires peuvent être indiqués quand des accidents mercuriels forcent de suspendre la médication ordinaire. Mais si la méthode de Cullerier trouve quelquefois son emploi dans le cas de syphilis secondaire, il n’en est plus de même contre les accidents tertiaires. Ces manifestations, en raison de leur gravité, •demandent une intervention plus prompte; elles sont d’ailleurs peu modifiées par les vésicatoires.
Si l’on recherche maintenant les analogies qui existent entre la syphilisation et le traitement par les vésicatoires, on est. forcé de reconnaître qu’elles sont grandes; mais, si ces deux médications modifient quelquefois bien les accidents secondaires, elles ne mettent pas à l’abri des récidives. Elles sont, d’ailleurs, peu utiles, si même elles ont quelque action contre les accidents tertiaires. Il y a cependant certaines différences entre les deux méthodes, mais ces différences sont favorables au traitement par les vésicatoires, qui ne donne pas lieu aux graves accidents dont peuvent
I)K LA SYPHILIS
s(* compliquer les chancres d 'inoculation. Un outre, le traitement par les vésicatoires demande un temps moins long que la syphilisation. La durée moyenne du traitement syphilisateur est, suivant -Bœck, de trois mois chez les individus non mercurialisés, et de six mois chez les malades déjà traités par le mercure ; tandis que les accidents n’ont persisté que trois mois et dix jours chez les sujets traités par les vésicatoires, qu’ils eussent pris ou non du mercure. Ce même avantage se retrouve au point de vue du nombre des chancres d’inoculation et des vésicatoires. Il n’a fallu que 85 vésicatoires pour amener la guérison , tandis que l’inoculation de 300 à âOO chancres a été souvent nécessaire avant de voir disparaître les accidents constitutionnels.
Vaccination. — Nous rapprocherons de la syphilisation curative, cl du traitement par les vésicatoires, cette nouvelle médication dont les essais, répétés en France, n’ont eu qu’un résultat négatif.
L’idée de se servir de l’inoculation vaccinale pour modifier quelques accidents syphilitiques reçut un commencement d’exécution en Russie, en 1858, avec assez de succès, dit-on, pour que Papolf (de Moscou) crût devoir soumettre à ce traitement un grand nombre des malades de. l’hôpital Sainte-Catherine. Les résultats des expériences instituées d’après ces données nous ont été communiqués par Kreyser (1) et par un travail du docteur Jeltzinsky, médecin à la clinique de l’hôpital de Moscou. Ce dernier ouvrage, écrit en russe, ne nous est connu que par des extraits \2). Une première publication de Kreyser, adressée à la Société médicale de Berlin, rapporte vingt-quatre observations faites sous la direction de Papoff. D’après ces observations, les accidents primitifs guériraient plus promptement que d’habitude sans laisser d’induration ; les formes graves se transformeraient en syphilides plus légères, et les ulcères phagédéniques prendraient un caractère plus bénin. Les exostoses seraient moins douloureuses et disparaîtraient très vile. Mais, en signalant ces surprenantes modifications, l’auteur ne dit pas combien de temps la guérison persistait, et dans un second travail il ne se prononce pas •davantage sur la durée de ces guérisons.
Le travail de Jeltzinsky donne l’historique de cette méthode, et décrit les phénomènes locaux. Selon lui, ces pustules passent par quatre périodes analogues aux périodes de la vaccine ordinaire; mais elles ne sont pas identiques avec les pustules du vaccin normal. Les vaccinations ont été pratiquées à la face supérieure et interne des cuisses et des bras; pour éviter la confluence des pustules, on faisait les piqûres à une distance d’un pouce les unes des autres. L’âge, la constitution et la réaction générale fixent le nombre des piqûres. Les sujets au-dessous do •quinze ans n’ont besoin que de dix piqûres dans chaque séance; on
(1) Die Vaccination als Heilmiltcl gegen Syphilis [La vaccination comme moyen de guérison de la syphilis] (Medic. Cenlral-Zeilung, 1860, l. XXIX, p. 19).
(2) Schmidl’s Jahrbüclicr, 1860, vol. CYIII, p, 321.
ms DES MALADIES VIRULENTES.
(Ml a lait aux adultes de quinze li vingt. Le vaccin doit Cire frais. Quel-
quefois il laut répéter ces inoculations le septième jour; quelquefois laisser écouler vingt à trente jours avant de pouvoir y revenir. On peut recommencer de nouvelles inoculations quand les pustules sont desséchées
Lettc méthode de traitement, mise en pratique en France par son inventeur, capitaine du corps forestier russe, n’a pas mérité de fixer l’attention des chirurgiens habiles devant lesquels on l’expérimentait. Nous l’aurions a peine mentionnée pour elle-même ; mais il n’est pas sans importance de la rapprocher de la syphilisation et du traitement parles vésicatoires, car si elle a pu donner, quoique très rarement, quelques modifications avantageuses, ces laits nous éclairent encore sur la valeur de la syphilisation.
Résumé et indications générales du traitement. — Dans le long exposé que nous venons de faire des diverses méthodes thérapeutiques de la syphilis, il est deux points que nous n’avons pas encore abordés : l’époque à laquelle le traitement général doit être commencé, et la quantité de mercure qui doit être administrée. Ces deux questions nous paraissent être mieux à leur place ici, après un résumé très succinct des règles principales qui doivent guider le médecin dans le traitement de la syphilis.
Les accidents dits secondaires seront traités par le mercure, et les accidents tertiaires par l’iodure de potassium. Certains accidents de transition, comme les syphilides tuberculeuses, l’iritis, etc., se trouvent bien d’un traitement mixte par ces deux médicaments.
L’administration interne du mercure dans les accidents secondaires doit être préférée à la méthode des frictions.
Le protoiodurc de mercure et le sublimé sont les deux composés mercuriels qu’on emploie le plus souvent; ils ont des avantages et des inconvénients : si l’un expose tr la diarrhée, l’autre s’accompagne quelquefois de douleurs gastralgiques. Cependant nous donnons la préférence au sublimé à cause de sa solubilité : quand le sublimé n’est pas toléré, on doit lui substituer le protoiodurc associé à l’opium. Le protoiodure sera en général donné <à la dose de 0,05 par jour; mais chez les sujets faibles, chez les femmes, on commencera par 0,025. Dans certains cas il sera nécessaire de recourir à 0,10, 0,15 et même 0,20 centigrammes de protoiodure. Le sublimé peut être administré en solution ( liqueur de Van Swieten ), ou dans un sirop, ou bien sous forme pilulaire. La dose du médicament est de 1 à 3 centigrammes.
Le médecin, pour augmenter la dose du mercure, sera guidé par Faction du médicament sur les symptômes qu’il veut combattre, et aussi par son action sur les gencives. S’il y a stomatite, on ne devra pas suspendre le traitement mercuriel; il faudra seulement donner du chlorate de potasse en gargarismes ou dans une potion (U gram.). Le traitement général pourra être aidé par des bains de sublimé, surtout s'il s’agit de combattre une syphilide.
Dans le cas de plaques muqueuses, on emploiera avec succès les lotions au sublimé, avec une pommade au calomel.
DE LA SYPHILIS
Les accidents tertiaires seront combattus par l’iodure de potassium : on commencera par la dose de 1 gramme par jour, et l’on arrivera facilement, sans danger, à la dose de 2 et 3 grammes. Cette dose devra n’être qu’exceptionnellement augmentée. L’iodure de potassium est plus convenablement administré en solution que sous toute autre forme.
Telles sont les indications les plus générales du traitement de la syphilis; mais combien de temps devra-t-on le continuer? On ne dit plus aujourd’hui qu’un traitement mercuriel de six mois suffit pour prévenir toute récidive. Les exemples qui fournissent à cette assertion un démenti absolu sont aujourd’hui trop nombreux pour qu’il soit utile d’y insister. On ne peut guère non plus prétendre que l’on doit ■continuer le traitement mercuriel pendant un temps égal à celui qui a été nécessaire pour faire disparaître les manifestations syphilitiques; car l’expérience viendrait souvent donner tort à celui qui soutiendrait cette doctrine. Mais s’il est peu satisfaisant de ne pas avoir sur la durée du traitement mercuriel des règles certaines, il vaut encore mieux être renseigné à cet égard, et ne pas se bercer d’illusions qu’une pratique, même peu étendue, viendrait bientôt dissiper. Le mercure fait disparaître .les manifestations syphilitiques, souvent il les éloigne, et quelquefois même les éteint à jamais; mais on ne doit pas conclure de ces exemples que le mercure guérit absolument la syphilis. Cependant les plus grandes chances de guérison nous paraissent être dans un traitement mercuriel à dose progressivement croissante et très longtemps continué. Chomel tenait pour certain que les meilleures guérisons de la syphilis étaient dues à des traitements très longs ; mais dans ce cas il se contentait d’administrer de très faibles doses d’hydrargyre. Du reste, s’il est des cas où le mercure doit être continué après la disparition des symptômes que l’on combat, il en est d’autres où une chloro-anémie, créée par le médicament, rend la continuation du traitement mercuriel dangereuse.
Quelques médecins conseillent de faire suivre le traitement mercuriel d’un traitement plus ou moins prolongé par l’iodure de potassium. Cette pratique serait fort sage si les faits chimico-physiologiques sur lesquels elle repose étaient prouvés. Les médecins devienne, qui rejettent aujourd’hui le traitement mercuriel, pensent en effet qu’on peut obtenir par l’iodure de potassium l’élimination du mercure qui a séjourné pendant des années dans l’organisme à l’état latent. Nous connaissons trop l’exagération des anti-mercurialistes pour ne pas faire ici de grandes réserves; cependant on consultera avec intérêt sur ce point les travaux de Natalis Guillot et Melsens ( Archives de médecine , 4e série, 1849, t. XIX, p. 372, et Journal de chim,ie médicale , 1849, p. 136), de Lorinser (1) (analyse dans Archives de médecine , mars 1859), de J. Hermann (2), et le mémoire de
(1) Wiener medizinische Wochenschrift, 1838, nos 19 à 21.
(2) Die Nachtheile der Mercurialcur [Les désavantages du traitement mercuriel]. Wien,
DES MALADIES VIRULENTES
Waller déjà cité plus haut. Ce sujet, rempli exige donc encore de nouvelles recherches.
d’assertions contradictoires,
Mais, le traitement mercuriel admis contre les accidents secondaires de la syphilis, laut-il, lorsqu’un malade est atteint de chancre induré attendre l’éclosion de ces accidents? A quelle époque doit-on commencer à administrer le mercure ? C’est ce qu’il nous reste maintenant à examiner.
Certains médecins administrent le mercure, quel que soit l’accident venérien qu’ils observent; d’autres veulent attendre l’apparition de ladiathese, une syphilide par exemple. Nous n’hésitons pas à repousser la médication mercurielle au début dans le chancre mou; mais si le chancre est induré, taillé à l’évidoir, avec son bubon indolent, comme il est presque toujours suivi de symptômes constitutionnels, nous conseillons de donner tout de suite le traitement mercuriel. On ne doit pas, pour attendre la roséole, laisser le malade exposé à des accidents graves ou ennuyeux, à une iritis, à un ecthyma syphilitique, à une angine, qui causent une gène très grande, et demandent un traitement assez long. En donnant du mercure dans ce cas, nous espérons voir ces manifestations de la vérole s’éloigner, ou se montrer sous une forme plus bénigne, ou même ne jamais se produire. Du moment que l’on observe tout autre accident primitif sur la nature duquel on a le moindre doute, il faut attendre; le mercure, outre qu’il serait souvent inutile, aurait de plus le grave inconvénient de laisser le malade et le médecin dans l’incertitude sur la nature de la maladie. 11 ne faut pas condamner au mercure, c’est-à-dire à une médication qui n’est pas toujours exempte d’inconvénients, un malade qui présente un accident douteux. C’est en suivant cette pratique que se trouvera élucidée la question de la nature des chancres, de lem valeur diagnostique et pronostique et de l’intluencc du traitement : le médecin qui saura agir ainsi méritera également bien et du malade el de la science.
On a récemment conseillé de s’abstenir de tout traitement dans certaines véroles qu on désigne sous le nom de syphilis faible. Diday, qui vient de publier (1) quelques indications sur ce point intéressant de la thérapeutique de la vérole, croit pouvoir reconnaître à certains signes les syphilis fortes et les syphilis faibles. Les premières succèdent surtout, selon lui, au chancre induré huntérien, et les syphilis faibles, soit, à un chancre parcheminé, soit aune lésion secondaire. Si l’incubation est longue, si la première lésion tégumentaire est exanthématique ou papuleuse, si les poussées successives sont décroissantes, on peut soupçonner une syphilis faible, s’abstenir de mercure, et recommander seulement une hygiène tonique. Au cas contraire, Diday emploie le traitement mercuriel.
Quelques faits observés par nous semblent favorables à cette manière de voir, car dans ces cas la syphilis, après une ou deux poussées de syphilides, s’est promptement effacée; mais ccs faits sont trop peu nombreux
(1) Gazette hebdomadaire, 2! juin 1S6I.
DE LA SYPHILIS
et trop en dehors de la marche habituelle de la vérole, pour nous autoriser aujourd’hui à conseiller l’expectation. On n’est jamais, dans un cas donné, assez sûr de la bénignité de la syphilis pour s exposer, par son inaction, à laisser se manifester des symptômes désagréables, souvent sérieux, et de longue durée: cette inaction serait d’autant moins explicable, que l’on a sous la main un médicament dont les effets sont presque infaillibles et les dangers souvent imaginaires.
§ VII. — Syphilis des nouveau-nés.
La syphilis des nouveau-nés se présente au médecin avec une physionomie si particulière, elle soulève dans l’esprit tant de curieux problèmes, qu’il convient de l’étudier isolément. Déjà familiarisés avec l’histoire générale de cette maladie, nous n’aurons plus qu’à faire ressortir les traits propres à la syphilis infantile.
Historique. — Dans la plupart des écrits anciens sur la vérole, on trouve* de précieux documents sur celte affection chez les nouveau-nés; mais c’est Paracelse qui le premier affirma l’hérédité de la syphilis. Cette vérité fut oubliée pendant longtemps, et Hunter lui-même doutait de cette transmission héréditaire. C’est à partir de l’époque où fut ouvert à Vaugirard un hôpital spécial pour les femmes enceintes affectées de syphilis, et pour leurs enfants, que datent parmi nous des études sérieuses sur la syphilis infantile. Cet hôpital, créé à la fin du siècle dernier par lessoins du lieutenant de police Lenoir, eut pour premiers médecins Colombier, Faguer et Doublet, qui nous a laissé sur ce sujet un mémoire intéressant, fondé sur l’observation de 150 enfants syphilitiques! 11 fut en 1793 transporté dans l’ancien couvent des Capucins, et c’est là que Berlin put recueillir les matériaux du livre qu’il a publié sur la maladie vénérienne des enfants. Depuis ce judicieux observateur l’étude de la syphilis des enfants a été continuée dans quelques travaux remarquables, parmi lesquels nous citerons surtout ceux de Trousseau et Lasègue, Diday, Putégnat (de Lunéville), Émile Vidal. C’est dans ces diverses monographies qu’on devra chercher tous les développements cjue comporte l’histoire de la syphilis des nouveau-nés.
Doublet, Mémoire sur les symptômes et le traitement de la maladie vénérienne dans les enfants nouveau-nés, lu à l’assemblée particulière de la Faculté de médecine, 1781. — Bertin, Traité de la maladie vénérienne chez les nouveau-nés, les femmes enceintes et les nourrices. Paris, 1810. — Trousseau et Lasègue, De la syphilis constitutionnelle des enfants du premier ûye ( Archives de médecine , octobre 1 8 47). — ÜlDAY, Traité de la syphilis des nouveau-nés et des enfants à la mamelle. Paris,. 1 834. — Putégnat, Traité de la syphilis des nouveau-nés et des enfants à la mamelle. Paris, 1 834. — Emile Vidal, De la syphilis congénitale (thèse pour l’agrégation, Paris, 1 860).
La syphilis des nouveau-nés peut être acquise ou héréditaire. Dans le* premier cas, elle suit un développement identique avec celui de la syphilis des adultes. Elle commence le plus souvent par un chancre, et poursuit
DES MALADIES VIRULENTES
l’enchaînement de ses symptômes habituels; mais il faut dire que cette forme de la vérole est rare chez l’enfant. Nous n’avons que peu de chose à ajouter à ce que nous connaissons déjà à cet égard ; c’est la syphilis héréditaire qui doit surtout nous occuper maintenant.
Symptomatologie. — La syphilis héréditaire se manifeste par un certain nombre de symptômes constitutionnels qui correspondent aux accidents secondaires de l’adulte. Avant d’examiner isolément quelques-uns de ces symptômes, voyons quelle impression générale la vérole exerce sur l’économie des nouveau-nés.
Les enfants vérolés naissent dans des conditions variées. Les uns, mais c’est le plus petit nombre, sont amaigris ; leur peau est ridée et terreuse, leurs chairs molles : ils ressemblent, comme on l’a dit, à de petits vieillards décrépits, et souvent dans ce cas ils ne vivent que quelques heures ou quelques jours. Les autres, au contraire; ont le plus souvent toutes les apparences d’une bonne santé. La décrépitude des premiers a plutôt sa source dans les mauvaises conditions des parents que dans la syphilis proprement dite.
La syphilis héréditaire ne se manifeste, en général, au moment de la naissance, par aucun signe extérieur. Trousseau et Lasègue n’ont jamais vu de lésions syphilitiques sur un enfant qui vient de naître; Huguier a constaté à Lourcine un seul cas d’accidents spécifiques à la naissance; Cullerier en a trouvé deux cas en dix ans, et Deville, au dire de Bouchut, a observé, chez un enfant mort-né, des plaques muqueuses bien caractérisées et en grand nombre sur diverses parties du corps. C’est du premier au troisième mois de la vie extra-utérine qu’on aperçoit ordinairement les premières manifestations de la vérole. Il est exceptionnel de voir la maladie se montrer au delà de cette époque; cependant Trousseau et Lasègue ont vu la syphilis se développer au septième mois, et Cullerier donne une année comme limite extrême de cette apparition. On doit donc n’accepter qu’avec les plus grands doutes ces faits de syphilis héréditaire développée une ou plusieurs années après la naissance.
En résumé, la syphilis héréditaire se montre très rarement au moment de la naissance, très rarement aussi au delà du troisième mois, et d’autant plus rarement qu’on s’éloigne de cette époque.
Les signes de la syphilis héréditaire sont assez nombreux et forment un ensemble caractéristique : ce sont des éruptions cutanées, des phlegmasies des muqueuses , des altérations osseuses ou viscérales.
Du côté de la peau on peut rencontrer une coloration spéciale presque caractéristique et toutes les formes des syphilides.
Cette teinte particulière de la peau est souvent très marquée au visage. Les téguments de la face perdent de leur transparence, ils sont ternes sans qu’il y ait bouffissure ou amaigrissement ; puis survient une teinte bistrée caractéristique. Elle est surtout évidente sur les points saillants du visage, au bas du front, sur le nez, aux paupières, sur les saillies des joues. Le creux de la joue et le sillon naso-labial en sont généralement
DE LA SYPHILIS
préservés. Celte teinte bistrée, lorsqu’elle est très forte, représente assez bien des éphélides; son apparition est précoce. Quand elle siège seulement il La face, le reste de la peau est souvent pale et blafard.
La syphilis constitutionnelle débute souvent chez les enfants par la syphilide érythémateuse , qui donne à certaines parties du corps une rougeur marquée, laquelle a fait appliquer à ces petits êtres l’épithète de semi-cocti. Cette rougeur érythémateuse est surtout vive à 1 anus, aux cuisses, aux talons, aux parties génitales, qui, outre leur coloration, ont une sensibilité exagérée. Ailleurs la rougeur est moins uniforme ou se dispose par petites taches séparées les unes des autres, et revêt ainsi l’aspect tigré de la roséole. Mais de toutes les éruptions cutanées les pustules muqueuses sont les plus fréquentes; on les voit naître de préférence dans la scissure interfessière, à l’ombilic, dans les plis des cuisses, là enfin où la peau saine de l’enfant éprouve quelques frottements marqués. Ces papules muqueuses forment, soit de petites saillcs lenticulaires aplaties, soit des plaques plus étendues qui donnent lieu au suintement d’une humeur séreuse et fétide ; dans quelques cas plus rares les papules sont sèches et comme écailleuses. Des plaques se voient aussi à l’ouverture et à l’intérieur de la bouche, sur la langue et à la commissure des lèvres; dans ce dernier endroit ce sont surtout des scissures plus ou moins profondes et quelquefois saignantes.
On observe encore chez les enfants syphilitiques des altérations particulières des pieds et des mains, qu’il serait difficile de rapporter à une syphilide érythémateuse, et qui doivent être mentionnées avec soin. La peau y est d’abord rugueuse, épaissie, ridée, et, suivant une comparaison de Trousseau et Lasègue, semblable à la peau des mains chez les femmes qui lavent habituellement le linge avec une solution de potasse ; plus tard elle se tuméfie et devient plus ou moins rouge. Quelquefois les surfaces sont pâles et indurées. Sous l'influence de ces lésions, l’épiderme se détache sous la forme de squames plus ou moins étendues. A un second degré de cette altération, le gonflement disparaît, les doigts elles orteils deviennent mous, et un épiderme rouge, luisant, deformation nouvelle, remplace celui qui s’est détaché. L’extrémité des phalanges est souvent alors d’une coloration violacée intense , les ongles sont ramollis et entourés de tournioles.
Les syphilides papuleuse, pustideuse et tuberculeuse se manifestent surtout aux fesses, aux mains et aux membres.
La syphilide bulleuse , ou pemphigus, se montre en général sous une forme aiguë. Il se développe des bulles dont le volume varie depuis celui d’un petit pois jusqu’à celui d’une noisette, et même davantage. Le nombre de ces bulles est fort variable. J’ai vu un enfant dont le corps en était couvert, mais le plus souvent leur nombre estassez restreint. Le liquide renfermé dans chaque bulle est tantôt de la sérosité légèrement citrine, tantôt du pus, et quelquefois un liquide sanguinolent. Chez l’enfant dont j’ai déjà parlé, chaque bulle avait été le siège d’une hémorrhagie, et d’assez
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larges taches noires étaient ainsi répandues sur tout le corps. C’est à la l'ace plantaire des pieds, ou palmaire des mains, que les bulles oui leur siège habituel. Si l’on enlève l’épiderme qui recouvre les bulles, on observe, peu de temps après leur formation, des érosions du derme recouvertes d’un dépôt pseudo-membraneux : ces érosions augmentent chaque jour, et finissent par donner lieu à des ulcérations à bords relevés et arrondis. Quelquefois la bulle du pemphigus s’alfaisse subitement et se ride, puis se remplit de nouveau.
Le pemphigus est une éruption qui naît d’ordinaire chez ces enfants •cachectiques que la maigreur de leurs traits et la sécheresse de leur peau ont surtout fait comparer à de petits vieillards; on l’a vu aussi sur des enfants mort-nés.
Les observateurs ne s’accordent point sur la nature syphilitique du pemphigus neo-natorum (1). Paul Dubois, qui voit là une expression de la syphilis, fait remarquer, à l’appui de son opinion, la coïncidence avec d’autres syphilides, l’existence de la vérole chez les parents, enfin la guérison de la maladie par le mercure. Cazeaux, qui, dans une discussion à l’Académie de médecine, en 1851, a combattu l’opinion du savant doyen de la Faculté, répond à ces assertions : 1° Que la description du pemphigus soi-disant syphilitique des nouveau-nés ne diffère en rien du pemphigus simple des adultes ; 2° que cette espèce de pemphigus paraît à la naissance ou immédiatement après, tandis que les symptômes de la syphilis héréditaire ne se montrent que plus tard ; 3° enfin qu’à Lourcine, où l’on voiL beaucoup de femmes vérolées, on n’aurait jamais vu d’enfant atteint de pemphigus. Où est la vérité dans ces opinions contradictoires? Il faut constater qu’aucun des arguments invoqués par Cazeaux n’est absolument hors de contestation. D’aulre part, nous dirons, avec Diday, que le nombre des cas de pemphigus infantile, où l’affection syphilitique a pu être constatée chez les parents, est aujourd’hui assez considérable pour faire impression sur les esprits non prévenus. Ajoutons que la guérison de quelques pemphigus par le mercure vient encore fortement à l’appui de l’opinion soutenue par P. Dubois et Depaul. Ceux qui ne veulent point reconnaître l’origine syphilitique de cette maladie, admettent qu’elle est l’expression d’un état cachectique.
Les différentes éruptions syphilitiques que nous venons de signaler donnent souvent lieu à des érosions ou à des ulcérations de la peau, surtout aux fesses, au scrotum, aux plis de l’aine et du jarret, là où habituellement les enfants gras se coupent. Quelquefois ces ulcérations se développent sur un point de la peau qui n’a été le siège d’aucune éruption. Ces ulcères arrondis, saignants, ont un fond grisâtre, des bords durs, entourés
(t) On trouvera dans la thèse de Krauss ( Disscrlalio de pemphigo nco-nalorum, Bonn, 1834), et dans la monographie de Gilibert ( Monographie du pemphigus, ou traité de la maladie vésiculaire, Paris, 1813), la manifestation de ces dissidences, qui se sont renouvelées de nos jours dans la discussion académique.
DE LA SYPHILIS
parfois d’un bord marginal sanguin ; plusieurs ulcères voisins les uns des autres peuvent se réunir. Tantôt ces ulcérations gagnent en profondeur, tantôt elles marchent d’une façon serpigineuse, comme on peut le voir sur le pied de l’enfant syphilitique dont le membre inférieur est représenté -ci-dessous (fig. 80). Ces ulcères, qui peuvent quelquefois guérir par des
.'Fig. 80. — Bulles affaissées de pcmphigus ; ulcérations arrondies, isolées ou serpigineusos, sur le membre
inférieur d’un enfant syphilitique.
soins de propreté, laissent après eux une cicatrice violacée, rarement •cuivrée. A l’union des muqueuses et de la peau, à l’anus et à la bouche, par exemple, ces ulcères sont des tissures à fond rouge et à bords frangés, saignantes, souvent difficiles à cicatriser, et qui empêchent les malheureux enfants de teter.
Un des phénomènes les plus précoces de la syphilis infantile, c’est un coryza, qui s’annonce par un léger enchifrènement et une expression nasillante de la voix et du cri. Bientôt le nez se tuméfie et rougit; un suintement sanguin, séro-sanguin, puis purulent, se manifeste par les narines; les matières liquides se dessèchent à l’entrée des fosses nasales, et y forment des croûtes qui arrêtent l’inspiration et forcent le malade à respirer par la bouche. Dans le cas où l’affection a marché librement, le nez peut perdre le soutien que les os lui forment, et il s’étale d’une façon très disgracieuse au niveau des autres parties du voisinage. Si l’on examine l’intérieur des fosses nasales, on trouve la muqueuse rouge, gonllée, couverte en certains points d’ulcérations; les os sont aussi quelquefois altérés et la cloison cartilagineuse perforée. A mesure que ces lésions envahissent les fosses nasales et même le larynx, la respiration devient plus gênée, la succion impossible; enfin, le jeune enfant maigrit, et, s’affaiblissant peu à peu, finit par succomber à l’inanition .
Quelques écoulements purulents par le conduit auditif externe ont coexisté avec d’autres formes de la syphilis infantile. Les lésions d’autres os que ceux du nez sont rares. Berlin, Rosen, Doublet, Malion, Laborie,
DES MALADIES VIRULENTES
laits (le carie, de périostose, etc., coïncidant avec des signes évidents de syphilis; mais il importe de faire quelques réserves sur certains de ces cas où la nature spécifique de la lésion osseuse n’est pas démontrée. La syphilis réveille d’autres diathèses.
Loi squc la maladie est abandonnée a elle-même, et quelquefois sous l’influence des lésions viscérales que nous allons décrire , la santé générale de l’enfant, déjà profondément viciée, s’altère de plus en plus : la décoloration de la peau augmente, des ophthalmies catarrhales surviennent, le visage se bouffit; des abcès cachectiques se montrent sur différents points du corps; en même temps l’enfant tette moins, dort mal ou Peu, pousse des cris fréquents et finit par être atteint d’une diarrhée sei o-sanguinolente très tenace. La mort arrive, soit par quelque maladieépidémique intercurrente, facile à contracter dans ce cas, soit, subitement, sans cris et sans convulsions.
Anatomie pathologique. — On ne trouve quelquefois rien à l’autopsie des enfants syphilitiques; tout se borne dans d’autres cas à des épanchements séreux dans les plèvres et le péricarde; enfin, dans des cas encore assez nombreux, on découvre certaines lésions des organes splanchniques dont nous avons déjà dit quelques mots, mais sur lesquelles nous allons revenir en insistant sur ce qu’elles ont de propre à l’enfance.
C’est chez les enfants qu’on a le mieux observé les lésions viscérales de la syphilis : de ce nombre sont ces altérations du thymus, des poumons ». du foie, dont nous avons parlé en traitant de la syphilis des adultes.
Paul Dubois a signalé le premier une affection singulière du thymus chez des enfants qui succombaient peu de temps après la naissance, et dont les parents avaient eu la syphilis. L’organe paraît sain à l’extérieur mais en l’incisant et le comprimant, on en fait sortir un suc demi-liquide d’un blanc jaunâtre, dans lequel Donné a rencontré les caractères du pus : ce pus est infiltré et non réuni en foyer. On a vu cette affection coïncider avec des syphilides, des indurations pulmonaires et du pemphigus- Les observations de P. Dubois viennent d’être confirmées par un récent et intéressant travail de G. Weisflog (1).
Nous avons fait connaître plus haut les lésions pulmonaires syphilitiques; mais nous voulons insister encore sur ces altérations chez le nouveau-né,, altérations dont Depaul a donné une description détaillée (2). On trouve au sein du poumon des indurations variables en nombre et en volume, d’une consistance analogue à celle du foie; quelques-unes font saillie sous, la plèvre et donnent au tissu de l’organe une teinte jaunâtre assez foncée. Plus tard, cette masse indurée se ramollit, et l’on trouve à son centre une cavité qui renferme un liquide séro-purulent. La plupart de ces indura-
(î) Beilrag ~ur Kennlniss der Dubois’ schen Thymus-Abcesse bei angeborner Syphilis [Contribution à la connaissance de l’abcès du thymus décrit par Dubois dans la syphilis
génitale] (diss. inaugur.). Zürich, 1860. (2) Gazelle médicale, 1851, p. 372.
DE LA SYPHILIS
tions sont développées au moment de la naissance, et elles ne tardent point à subir le phénomène du ramollissement; les symptômes de ces
lésions sont ceux des pneumonies lobulaires.
Mais quelle relation existe-t-il entre ces altérations du poumon et la syphilis ? Depaul a soutenu avec raison l’origine syphilitique de ces indurations pulmonaires en s’appuyant sur leur coïncidence avec d’autres lésionssyphilitiques : ainsi on a observé dans quelques-uns de ces cas des suppurations du thymus, des bulles de pempbigus et une augmentation de volume du foie; dans d’autres, des pustules et des plaques muqueuses; mais il faut reconnaître que, dans quelques cas aussi, l’induration pulmonaire était la seule lésion. On a enfin invoqué, en faveur de l’opinion que nous exposons, l’existence de la syphilis constitutionnelle chez les parents. Cazeaux s’est élevé contre l’opinion de Depaul, en soutenant que ces lésions étaient de nature inflammatoire, mais ses preuves ne sont pas plus
convaincantes ici que pour le pemphigus.
Nous avons vu plus haut comment d’anciens syphilographes avaient placé dans le foie un certain nombre d’affections syphilitiques, et nous avons indiqué l’historique de cette intéressante question. Gubler a surtout bien étudié le foie des jeunes enfants syphilitiques, et il en a fait connaître les lésions, tantôt générales et tantôt partielles, caractérisées par des îlots de tissu hépatique jaunâtre, induré, dont les éléments normaux sont infiltrés d’éléments fibro-plastiques et d’un liquide albumineux analogue à la sérosité du sang. Ces indurations tranchent, par lcui contour, leur dureté, leur résistance aux injections les plus fines, avec le tissu sain de l’organe. Elles se rapprochent, par leur nature plastique, des altérations qui constituent le sarcocèle syphilitique ou les tumeurs connues sous le nom de gommes ; ce seraient donc des accidents de la période tertiaire. Mais chez l’enfant on ne rencontre, avec ces lésions du foie, aucun autre accident tertiaire, on voit plutôt des éruptions cutanées de la période secondaire; c’est alors un accident de transition. Diday trouve là une lésion analogue au chancre induré : elle serait, selon lui, l’effet du transport du virus qui provient du sang de la mère, et qui déterminerait sur sa route, dans le foie, cette même induration que le pus virulent, absorbé pendant le coït, détermine autour du chancre , puis dans le premier ganglion qu’il traverse. Cette hypothèse exclurait dans ce cas l’infection provenant du père, mais elle n’a point jusqu’alors reçu de démonstration.
Les petits enfants atteints de cette lésion du foie poussent des cris plaintifs et répétés; ils présentent une altération profonde des traits et des troubles gastro-intestinaux; ils vomissent et ont de la diarrhée ou une constipation insolite; leur ventre se météorise et devient très sensible à la pression; enfin ils s’affaiblissent, et meurent Irès promptement quelques jours après le début des premiers symptômes.
Simpson (1) a vu plusieurs cas de péritonite mortelle chez des enfants
(1) Edinb. Med. and Surg. Journal, n° 137, p. 19.
DES MALADIES VIRULENTES
dont, les mères avaient eu la vérole, et il a été porté à conclure que l'inflammation péritonéale était une des lésions de la syphilis infantile, eut-être s agissait-il tout simplement ici d’enfants atteints de quelque esion syphilitique du foie, avec propagation inflammatoire au péritoine.
vtjologie. — L’eùologie de la syphilis des nouveau-nés comprend deux ordres de questions : Y infection de l'enfant cl l 'infection par l’enfant. La première question se subdivise encore en deux autres : l’enfant est mlecle pendant la vie intra-utérine, ou bien il prend la syphilis en naissant ou après la naissance. Dans le premier cas, on dit la syphilis con~ génitale ; dans le second elle est acquise .
Infection de l’enfant. — 1° Syphilis congénitale. La syphilis peut, dit-on, être transmise par le père ou la mère isolément; elle l’est fatalement* ajoute-t-on, quand l’un et l’autre sont malades.
a. Transmission par le père. —Le père étant seul syphilitique, peut-il donner la syphilis à l’enfant? Cette opinion est aujourd’hui fort controversée. Trousseau pense que ce mode de transmission est le plus fréquent. Didav, qui l’admet aussi, cite à l’appui de cette doctrine des observations empruntées à Swediaur ( Traité des malad. vénér ., t. II. p. I l); à Berlin ( Traité sur la malad. vénérienne chez les nouveau-nés , p. 163); à Depaul ( Gazette medicale de Paris, 1851, p. 392); à Masse [Allgemein. mediz. Annalen, févr. 1829 , p. 194); à Cl. Guérard [Journal cle Siebold, t. X, p. 553)- à Boehr [Journal der prakt. Heilkunde , 1836). Il serait possible d’allonger encore beaucoup cette liste.
h. Mayr, médecin d’un hôpital d’enfants à Vienne, va plus loin que les partisans ordinaires de ce mode de transmission de la vérole : d’abord partisan de la contagion par la mère, il y a plus tard renoncé ; et dans un travail (1) qui repose sur quarante-neuf observations, il conclut que la syphilis, est seulement transmise par le père. Eh bien ! la lectuie de toutes ces observations n’a pas encore fait pénétrer la conviction dans notre esprit.
Cullerier professe sur la transmission de la syphilis par le père une opinion diamétralement opposée à celle de Trousseau, Diday, etc., et il a soutenu cette doctrine dans un mémoire très intéressant, inséré parmi ceux de ;a Société de chirurgie (2). L’observation d’enfants sains, provenant de pères syphilitiques, lorsque la mère était saine elle-même, Ta conduit à admettre que l’hérédité de la syphilis n’est duc qu’à l’influence de la mère, le père y restant tout à fait étranger.
Cette doctrine, que Cullerier ne basait que sur un très petit nombre de faits, a pour elle l’appui d’un autre observateur distingué. Xotta a publié un travail (3) dans lequel il a rassemblé onze observations qui nous montrent des enfants sains naissant de pères syphilitiques, avec ou sans
(1) Recherches sur la syphilis héréditaire chez les enfants ( Annales de la syphilis et des maladies de la peau, t. IV, p. 263).
(2) Mémoires de la Société de chirurgie, t. IV, p. 230.
(j) Mémoire suri hérédité do la syphilis [Archives de médecine, mars 1860).
DE LA SYPHILIS
manifestations, tant que les mères sont saines. Les enfants sont syphilitiques au contraire dans quatre cas où le père et la mère sont syphilitiques. Nous pouvons aussi apporter six faits de notre pratique u l’appui de l’opinion deCullerier. Toutefois il serait imprudent de se prononcer d’une façon absolue, et c’est encore là une question à l’élude.
Parmi les partisans de l’hérédité paternelle, quelques-uns croient que pour la possibilité de cette transmission, il fauL que le père soit affecté, au moment du coït, de manifestations syphilitiques. Enfin Basscreau (: Traité des syphil., p. 540) pense que les accidents sont transmissibles dans leur espèce : ainsi un fœtus infecté par un père atteint de sjphilis leitiairc n’aura pas de syphilis secondaire, et il cite deux mils a 1 appui de cette opinion.
On a encore émis l’hypothèse que les accidents secondaires seuls étaient transmissibles, et que les accidents tertiaires, non contagieux, produisaient sur le fœtus d’autres maladies générales, la scrofule par exemple. Nous n’acceptons pas, pour notre compte, la possibilité de cette transfoimation des diathèses. On hérite la scrofule d’un scrofuleux, la syphilis d’un syphilitique; mais ces maladies ne dérivent pas l’une de l’autre; les diathèses ne se transforment pas.
La difficulté de résoudre facilement toutes ces questions de l’hérédité par le père vient des obstacles moraux et physiques qu’on éprouve souvent à constater la syphilis chez la mère. C’est par ce côté important que pèchent la plupart des observations publiées en faveur de l’hérédité paternelle.
Quant à admettre avec certains auteurs que la syphilis peut se transmettre directement au fœtus déjà formé, parce que sa mère aura cohabité durant sa grossesse, mais sans être infectée , avec un homme atteint de syphilis, nous aimerions autant croire, avec les Caraïbes, que le père, sitôt après l’accouchement, doit se mettre au lit, et s’abstenir six mois de manger des oiseaux ou des poissons, pour que le nouveau-né ne participe pas aux défauts naturels à ces animaux. (Lucas, Traité de l’hérédité , t. II,
b. Transmission par la mère. • — Celte influence n’a jamais été contestée, et si nous en exceptons Cazcnave, tous les auteurs admettent que l’infection par la mère est plus fréquente que celle par le père. Mais deux cas se présentent ici : la mère pouvait être syphilitique dès la conception, ou bien elle n’a pris la vérole que depuis qu’elle est enceinte. Dans celle dernière hypothèse nous avons encore à rechercher si la mère peut transmettre le mal à quelque époque de la grossesse qu’elle ait été infectée.
Mandron (1) ne croit pas que la mère infectée pendant la grossesse puisse transmettre la syphilis; mais cette opinion isolée est combattue par presque tous les syphilographes. Si l’accord paraît si complet sur
(1) Gazelle hebdomad., 1856, p. 357.
UES MALADIES VIRULENTES
le lin t de l’infection , cette unanimité disparaît lorsqu’il s’agit de déterminer 1 époque de la grossesse à laquelle la mère doit être infectée pour avoir la faculté d infecter le fœtus. Ainsi Cullericr croit celte infection possible pendant toute la grossesse. Berlin, sans bien préciser les faits, dit que infection ne s’observe plus chez les femmes affectées d’accidents primitifs dans les derniers mois. Natalis Guillot et Bois de Loury ont vu es faits confirmatifs de cette opinion. Ricord donne comme limite le sixième mois ; Abernelliy le septième. Enfin Diday a tiré du dépouillement de onze cas peu probants, et de quelques hypothèses, celte conclusion, que la syphilis contractée seulement, soit avant la quatrième semaine soit après le septième mois révolu, n’a pas été cause de syphilis pour lenfant. 1
c. Transmission par le père et la mère. — Cette action combinée ne peut être contestée, puisque l’on admet l’influence isolée de l’un et de l’autre; mais on a été plus loin, et l’on a considéré comme fatale dans ce cas l’infection du fœtus. Cette infection héréditaire n’est pas fatale pour l’influence isolée et du père et de la mère ; elle est excessivement probable si les deux époux sont syphilitiques; cependant elle n’est que très probable, sans être tout à fait absolue.
Il semble d ailleurs que dans tous les cas, la puissance de l’infection héréditaire aille en s’épuisant, et à une certaine époque l’immunité paraît èlie complète. Je citerai, à l’appui de cette décroissance du pouvoir de transmission, un fait curieux que j’ai observé. Une femme contracte la syphilis deux mois après son mariage et devient enceinte. Elle accouche à sept mois et demi d’un enfant monstrueux, avec éventration des viscères. J’ai présenté ce monstre à l’Académie de médecine, et il ne serait peut-être pas étrange de supposer que les lésions qui ont donné lieu à ces monstruosités étaient de nature syphilitique. Redevenue enceinte l’année suivante, cette femme met au monde un enfant qui, deux semaines après sa naissance, a les manifestations syphilitiques les plus classiques, et communique la vérole à sa nourrice. Enfin, deux ans après, cette femme accouche d une petite fille qui n’a jamais présenté les moindres signes de syphilis. Il faut ajouter que durant tout ce temps cette femme n’avait suivi que des traitements] incomplets, et s’était toujours plainte de quelques accidents secondaires.
2° Syphilis acquise. — L’enfant, au moment où il naît et après sa naissance, peut prendre la syphilis de trois façons : a. par infection au passage , b. par cause étrangère , c. par l’allaitement.
a. L’ infection au passage est à la rigueur possible , cependant elle ne nous paraît pas aisée : l’enfant est alors couvert d’un enduit graisseux qui doit rendre la contagion bien difficile. Bosquillon ne croyait pas à cette contagion, tandis que Girtanner et Nisbetl considéraient l’infection au passage comme le seul procédé possible de contaminer le fœtus. La vérité est plus près de la doctrine de Bosquillon que de celle des autres observateurs.
DE LA SYPHILIS
b. La possibilité de Y infection par une cause étrangère est trop évidente pour nous y arrêter : un enfant nouveau-né est dans la condition d’un adulte; il n’y a là rien de particulier. Nous citerons cependant comme procédé un peu différent, la contagion par la vaccination , et nous renvoyons sur ce sujet au mémoire déjà cité de Viennois.
c. L'infection par /' allaitement peut s’opérer, dit-on, de deux façons : par le lait que reçoit l’enfant d’une nourrice syphilitique, et par une lésion morbide dont cette nourrice est affectée.
Le mode de transmission par le lait a été accepté par Bcrtin, Mahon, Bell, Astruc, et vivement repoussé par Swediaur , Nisbett, Hunter, Ricord, Venot, Nonat, Natalis Guyot, Cullerier, Seux.
Le mémoire de Cullerier (l) contient cinq observations de femmes syphilitiques ayant pu donner le sein à leurs enfants sans les infecter. Ces faits, dit-on, prouvent que l’infection dans ce cas n’est pas forcée, mais ils ne prouvent pas qu’elle soit impossible. Cela est incontestable et peut être dit de tous les faits négatifs; mais on est en droit de demander à ceux qui croient à ce mode d’infection de nous fournir des observations plus probantes que celles qui ont été publiées, sans en excepter les faits de Melchior Robert contenus dans la nouvelle édition de son excellent Traité des maladies vénériennes (Paris, 1801, p. 698). C’est encore là pour quelques médecins une question à l’étude; mais c’est pour nous une question résolue par la négative.
Pendant assez longtemps la doctrine de la non-contagion des accidents secondaires empêcha de bien constater l’infection du nourrisson par la nourrice, et l’on chercha les interprétations les plus forcées pour arriver à nier ce mode de transmission de la vérole. Cependant les enfants prennent assez souvent la syphilis par une lésion secondaire qui .siège sur le sein de leurs nourrices. Cet accident, chez la nourrice, a ordinairement une origine congénitale, c’est-à-dire qu’il provient d’une source secondaire. R a été transmis à cette femme par un enfant infecté, et celle-ci le transmet ensuite à un autre nourrisson. Ricord et son école .expliquaient naguère ces accidents mammaires par des pratiques artificielles, par un raffinement de débauche, ou bien encore par un contact avec des personnes étrangères atteintes de syphilis ; mais aujourd’hui il est inutile de chercher des explications aussi ingénieuses.
Diday, frappé de la relation qui existe entre l’accident mammaire des nourrices et l’accident buccal des nourrissons, avait admis une virulence spéciale et plus contagieuse du pus d’origine congénitale. Celte explication, destinée à faire cadrer son observation vraie avec la doctrine fausse de 1 hôpital du Midi sur la non-contagion des accidents secondaires chez l’adulte, n’est plus nécessaire, aujourd’hui que tout le monde accepte, plus ou moins franchement, il est vrai, la possibilité de cette .contagion. Rollct a en outre démontré, comme nous l’avons déjà dit, que
(1) Union médicale, 1854.
DES MALADIES VIRULENTES
1 accident mammaire était, dans ces circonstances, un chancre, quoiqu’il eût une origine secondaire. H
Infection par l enfant. — - Nous indiquerons rapidement ce qui touche a 1 infection par l enfant , a cause des nombreux points de'contact de cette question avec celles que nous venons d’étudier.
L enfant syphilitique peut, prétend-on, infecter : 1° sa mère pendant lu grossesse ; 2° sa nourrice ou toute autre personne étrangère.
1" Le lœtus rendu syphilitique par l’influence du père peut-il, en effet, durant la grossesse, infecter sa mère? Cette question, comme toutes celles qui touchent à la syphilis congénitale, a ses défenseurs et ses opposants. Maisonneuve et Montanicr nient absolument ce mode de contagion, qui est accepté par Ricord et Depaul.
Nous avons examiné avec attention les observations citées à l’appui de cette hypothèse, et nous ne craignons pas de soutenir que les trois cas cités par Diday ( Traite de la syphilis des nouveau-nés, p. 2 hh et 2/i 7) ; ceux de Melchior Robert, contenus dans la nouvelle édition de son ouvrage (p. 68Ü, 681) ; enfin ceux que renferme le travail de Hulchinson {Medical limes and Gazette, 1856, extrait dans la Gazette médicale, 1857, p. 646), n’ont pas porté la moindre conviction dans notre esprit, car tous ceé\ faits sont prises de détails suffisants pour établir que le père n’a pas pu transmettre a sa femme quelque accident contagieux, et que cette femme n’a point eu antérieurement des accidents syphilitiques.
2U La transmission de la vérole du nourrisson à la nourrice est aujourd’hui incontestable et appuyée par un très grand nombre d’exemples. Elle se fait suivant les conditions énoncées au paragraphe où nous avons déjà tiaite des accidents secondaires. Il est inutile de revenir sur ces faits acquis aujourd’hui à la discussion.
Pronostic. — Le pronostic de la syphilis des nouveau-nés doit être envisagé à plusieurs points de vue différents. L’infection syphilitique peut, avant la naissance de l’enfant, être suivie de l’avortement à des époques variables de la grossesse. Cet avortement est du fait de la syphilis et ne peid être attribue au mercure; car plusieurs cas, au contraire, prouvent de la façon la plus nette que cette disposition fâcheuse à l’avortement a pu disparaître sous l’influence d’un traitement mercuriel. L’observation apprend encore que cette action funeste du virus va en s’affaiblissant. Dans un lait de Bertin, qu’on peut rapprocher de celui que j’ai observé et dont j’ai parlé plus haut, on voit le premier enfant naître à six mois, le deuxième à sept, le troisième à sept et demi ; le quatrième venir à terme, mais ne survivre que dix-huit heures; le cinquième, à terme aussi, vivre six semaines ; enfin le sixième vécut quatre mois sans traitement.
Après la naissance la mort est fréquente chez les enfants syphilitiques, et ils succombent, soit à une altération générale de l’économie, soit à quelques-unes des lésions viscérales que nous avons rappelées plus haut.
Traitement. — Lorsqu’un enfant naît de parents ayant eu ou ayant
I)E LA SYPHILIS
encore des accidents syphilitiques, doit-on, avant l’apparition d’aucune lésion locale, le soumettre à un traitement mercuriel? Il y a à cet égard divergence dans l’opinion des syphilographes. Quelques-uns préconisent, un traitement quand même; d’autres, et Diday est de ce nombre, établissent des catégories. Le chirurgien de Lyon conseille le traitement mercuriel : 1° à l’enfant issu d’un père et d’une mère ayant ou ayant eu tous les deux la syphilis au moment où ils l’ont conçu ; 2° à ceux dont le père ou la mère aurait été à ce moment sous l’influence d’une diathèse syphilitique manifestée par des symptômes constitutionnels récents et non encore traités spécifiquement; 3° à ceux enfin qui, engendrés hors de ces conditions, mais néanmoins par des parents à antécédents syphilitiques, naîtraient avant terme ou à terme, mais avec l’apparence sénile, etc. Nous pensons qu’il importe de tenir davantage compte de la santé particulière de l’enfant. Si, les antécédents syphilitiques des parents bien établis, l’enfant naît avant terme et débilité, le traitement mercuriel devient quelquefois une précieuse ressource ; mais si cet enfant jouit à sa naissance d’une santé parfaite, nous estimons qu’il est convenable d’attendre l’apparition de quelque lésion syphilitique pour commencer le traitement mercuriel, puisqu’on voit quelquefois la syphilis ne pas éclater. Mais dès qu’apparaissent les accidents syphilitiques, il faut mettre tout de suite en usage le traitement spécifique.
Le traitement peut être indirect ou direct. Le premier consiste à allaiter l’enfant à l’aide d’un lait provenant d’une femme soumise à un traitement antisyphilitique. Quand la mère est atteinte de vérole, la chose est facile à réaliser; mais si la nourrice est saine, ce mode de traitement est moins praticable, et l’on ne doit lui administrer le mercure qu’après lui avoir démontré que le traitement mercuriel ne saurait avoir chez elle des résultats fâcheux. Dans ce traitement indirect, on administre à la mère ou à la nourrice le sublimé ou le protoiodure de mercure aux doses déjà indiquées. Le lait de ces femmes, dans lequel un pharmacien distingué des hôpitaux, Personne, n’a pas trouvé de mercure, peut faire disparaître les accidents syphilitiques ; mais c’est un traitement long. S’il n’y a pas possibilité d’administrer le lait d’une femme soumise au traitement mercuriel, on pourrait se servir du lait d’ânesses ou de chèvres auxquelles on aurait par de larges onctions napolitaines, fait absorber du mercure.
Mais il vaut mieux administrer directement la préparation hydrargyrique à l’enfant. Le traitement direct est externe ou interne. Quand les mercuriaux peuvent être supportés à l’intérieur, il faut, sans nul doute, les administrer par cette 'soie; mais dans le cas contraire, s’ils occasionnent des accidents gastro-intestinaux, on doit avoir recours aux frictions et aux bains.
Les frictions mercurielles , vantées par Brodie, ont eu l’approbation de Cullerier (1), qui conseille de les pratiquer sur les parois latérales
(1) Bulletin de thérapeutique, 1852, p. 433.
DES MALADIES VIRULENTES
7Sà
<lu thorax, au voisinage de l’aisselle, évitant ainsi les causes nombreuses d’irritation qui se montrent sur les cuisses des petits enfants, parties où naguère on conseillait de faire ces frictions. Des bains savonneux doivent être souvent prescrits pour détacher la pommade, qui se dessèche et se rancit à la surface de la peau.
Les bains mercuriels , à l’aide du bichlorure de mercure, constituent aussi un mode de traitement des plus utiles, et qui modifie promptement les accidents cutanés.
Le traitement interne , d’un emploi aussi commode que sûr chez les petils enfants, consiste dans l’administration de la liqueur de Van Swieten. On donne chaque jour de 2 à 3 grammes de liqueur de Van Swieten, qu’on fait prendre, soit dans une potion gommeuse, soit dans un peu de lait. Le traitement mercuriel suffit seul aux accidents secondaires qu’on voit chez les nouveau-nés; mais s’il existe quelques syphilides profondes ou quelques accidents tertiaires, il faut administrer conjointement au mercure l’iodure de potassium. On commencera par 5 centigrammes de ce sel, et l’on en augmentera progressivement la dose. Quelques lotions chlorurées ou alcalines suffiront aussi, pendant ce traitement, à combattre les accidents locaux, tels que plaques muqueuses, etc. On ne saurait trop recommander, pendant le traitement de la syphilis chez le nouveau-né, d’administrer à l’enfant un lait riche, de le soustraire au froid et à l’humidité, •enfin de l’entourer de tous les soins de propreté.
11 est assez difficile de fixer la durée d’un traitement antisyphilitique chez un nouveau-né, car on ne possède pas, comme chez l’adulte, certains signes d’une saturation mercurielle. On en revient ainsi au précepte de •continuer l’emploi des mercuriaux pendant un temps égal à celui qu’a exigé la disparition des accidents syphilitiques. Diday estime qu’un traitement de trois mois est suffisant chez le nouveau-né, à la condition que le mercure soit directement administré au malade ; mais ce n’est là ■qu'une hypothèse. Si c’est le traitement indirect qui est mis en usage, il faudra un temps bien plus considérable.
Que deviennent plus tard ces enfants ainsi traités et guéris de la syphilis? Les récidives sont-elles aussi fréquentes chez eux que chez les adultes? La diathèse s’éteint-elle ? Voilà bien des questions restées encore insolubles, et qui touchent cependant aux plus curieux problèmes de la médecine. Mais la syphilis semble devoir toujours être, comme l’homme •qu’elle atteint, une grande et permanente énigme.