BUE DE L’ÉCOLE DE MÉDECINE
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Pharmacologie est, sans contredit, l’une des plus importantes parties de l’art de guérir. Cependant, depuis nombre d années, elle est généralement négligée par les médecins : e est une vérité dont on peut se convaincre en jetant les yeux sur leurs formules , souvent mai connues, ci quelquefois complètement inexécutables. Il en résulte, dans le second cas, que le pharmacien ou ses élèves se trouvent dans la nécessité absolue de modifier la prescription sans 1 avis de son auteur , à moins que, pui un beuieux hasard, ils ne puissent le rencontrer et le priei d intioduire lui-même les changements nécessaires. On conçoit combien celte démarche est délicate pour celui qui 1 entreprend, et combien elle peut occasioner de contusion à celui près de qui elle est faite. L’ignorance de ce dernier est mise à découvert, et il se trouve forcé de reconnaître la justesse des observations qui lui sont soumises par un homme dont les fondions devraient se .borner au r d J e d'exécutant.
A part ces considérations , les avantages que le médecin peut tirer de la pharmacologie sont faciles à démontrer, et le simple discernement fera reconnaître quelles lumières elle répand sur l’exercice de la pratique.
Le principe, une fois reconnu, que les médicamens sont utiles pour la guérison de la généralité des maladies, on est frappé de plus en plus du besoin de multiplier les richesses de la pharmacologie.
Une substance médicamenteuse est -elle indiquée? Comme le plus souvent elle est susceptible de revêtir différentes formes , d’où résulte une modification dans ses propriétés , il importe beaucoup de connaître quelle est celle de ces formes qui remplit le mieux l’indication thérapeutique. L’état des malades peut encore être un motif de changer le mode d’administration. En effet , dans certains cas , le médicament ne peut être porté dans l’estomac, et il faut l’injecter dans les intestins; ou bien, des symptômes particuliers s’opposent à ce dernier mode, et alors il faut recourir à une application topique. D’un autre côté , les malades peuvent se trouver dans mie position telle, que , soit par une répugnance invincible, soit à raison de leur idiosyncrasie* il leur soit absolument impossible de prendre une substance sous une forme donnée. Par exemple, il n’est pas rare de rencontrer des personnes qui ne peuvent en aucune manière avaler des pilules , quelque petites qu’elles soient ; et si l’on a h prescrire, en pareil cas , une substance d’une odeur et d’une saveur rebutante, comme la valériane, Passa fœtirïa , et plusieurs autres que l’on peut ranger sur la même ligne , faudra-t-il donc prendre la poudre délayée , la teinture alcoolique , ou telle autre préparation liquide de ces substances? Mais si l’on adopte la forme de poudre, n’a-t-on pas à craindre que, le malade la prenant avec un extrême dégoût, elle ne soit rejetée par le vomissement ? En choisissant la forme liquide, ne pourra-t-il pas survenir une modification
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des propriétés résultant du mode d’action de l’excipient? C’est ce qui arrive, lorsque pour véhicule on choisit le vin, labierre, l’alcool , l’éther, le vinaigre, les huiles essentielles ou grasses , etc. On voit donc la nécessité de connaître à fond toutes les formes que sont susceptibles de recevoir les substances médicinales.
Il est encore d’autres points de vue sous lesquels il importe de considérer la pharmacologie dans son application à l’art de guérir. Chez beaucoup de malades , on prépare sans recourir aux pharmaciens, et cela par motif d’économie, des boissons simples et même composées, des lo.tions, des fomentations, des bains généraux ou partiels , des lavemens médicamenteux ou nourrissans ; or , dans tous ces cas , à qui s’adresse-t-on pour s’éclairer sur le mode de préparation ? N’est-ce pas au médecin de la famille ? On sent dès lors combien serait compromise la réputation de celui qui ne saurait répondre ou qui répondrait mal. Il se présente en outre une circonstance assez délicate, celle de constater la bonne ou mauvaise qualité d’un médicament simple ' ou composé pris dans une officine, ou de prononcer entre deux médicamens pris dans deux officines différentes. Enfin , un dernier motif non moins puissant
d’étudier la pharmacologie, c’est la nécessité de répondre aux questions sur l’opportunité d’un médicament jouissant actuelle ment d une grande vogue dans le monde. Que fera le médecin ainsi interpellé? Répondra-t-il sans connaître la préparation, qu’elle convient ou qu’elle’ ne convient pas ? On sent que sa réponse, si elle est juste , sera l’effet du hasard , et si elle est fausse pourra compromettre et sa considération et la santé du malade Ce que nous venons de dire s’applique mieux encore aux débats qui surviennent entre plusieurs médecins appelés pour une consultation , dans laquelle il s’agit de combattre un mauvais mode d’administration proposé et d en faire valoir un mieux approprié.
C'est depuis quelques années seulement que le domaine de la pharmacologie a été constitué et limité: c’est donc une science toute neuve , dont par conséquent on ne pourrait aujourd’hui tracer l’historique : mais l’étude delà pharmacie occupant dans cette science une place importante, son histoire offre aux pharmacoiogistes un puissant intérêt. En la rappelant , nous croyons être agréable aux élèves et aux jeunes médecins à qui s’adresse sur-tout cet ouvrage.
L’origine de la pharmacie remonte aux temps les plus anciens : l’homme, sujet à des infirmités sans nombre, a dû chercher en tout temps à s’en délivrer. Celui qui, le premier, fut atteint d’un mal local ou général, fut bien obligé d’être à lui-même son chirurgien , son médecin et son pharmacien ; ainsi la pharmacie, confondue avec l’art de guérir , dut ses premières notions au besoin et probablement au hasard. Si les animaux , guidés par l’instinct, ont pu, en refusant de se nourrir de certaines plantes, en faire connaître les propriétés vénéneuses, ils ont pu, par inverse, en recherchant, quand ils étaient malades, certains végétaux , mettre sur la voie des premiers moyens curatifs.
Les peuples pasteurs furent, avant tous les autres, ceux qui connurent la puissance des remèdes, lesquels, dans ces siècles reculés, durent être empruntés au règne végétal. Il paraît même que cette simplicité des médicamens fut long-temps en usage, puisque la préparation des médicamens composés ne date que d’une époque assez voisine de nous. M, Banon rapporte que, chez les naturels du continent Américain, le mélange des drogues n’était pas encore usité lors de la découverte de ce nouveau monde. Quoi qu’il en soit , les premiers essais de ces remèdes, d’abord isolés, furent suivis de nouvelles applications de plus en plus nombreuses, et ces connaissances, précieuses quoique bornées, se transmirent par tradition dans les familles. Plus tard, le dépôt eu fut coii-
lié aux prêtres qui le conservèrent dans le silence des temples, et, dès lors, Ses progrès de la pharmacie cessèrent d’être appréciables pour tout ce qui ne tenait pas à la classe théocratique.
Suivant Pline et Clément d’Alexandrie, les Égyptiens connurent les premiers l’art de préparer des médicamens : si l’on en croit Hérodote et Strabon, les Indiens , les Assyriens et les Clialdéens leur disputeraient cette primauté. II est à présumer que les Chinois cultivaient la pharmacie avant tous ces peuples ; car, parmi les ouvrages que nous ont légué ees siècles éloignés , ii en est un que Ion attribue à Chin-Nong, empereur de la Chine, mort 2700 ans avant Jésus-Christ , et antérieur de six siècles au temps présumé de Mènes, premier roi d Égypte. I outefois, il est peu probable que les notions acquises pm les Chinois aient été transmises aux autres nations, et il est a croire que les connaissances pharmaceutiques des anciens tirèrent leur source des Égyptiens, peuple qui passait pour être composé entièrement
de médecins , tant ils faisaient un fréquent usage des remèdes.
r La pharmacie, chez eux, fut enseignée, dit-on, par Hermès 1 lismégiste, ou trois fois grand , surnom donné à un loi philosophe, nommé Siphoas , qui aurait indiqué les moyens d’extraire l’huile et l’opium. Ses disciples , suivant la même tradition , tirent ensuite connaîtie le sucre, le natron, l’alun, le sel ammoniac, la if large , le colcolhar ; ils enseignèrent aussi l’emploi des caustiques et la préparation des boissons purgatives.
En Grèce, on sait , par les écrits des poètes, que les denn dieux eu les principaux héros, Esculape , Hercule Chiron, Achille, Podalyre, Machaon, Pœon, etc., possédaient tous des notions de médecine êt de pharmacie : on voit Méïampe faire prendre l’ellébore aux filles de J rætus, loi a Argos , qui étaient aliénées. Mais, comme nous 1 avons dit, ces connaissances étaient sans doute
d’origine égyptienne, car Esculape passe pour avoir été disciple d’Hermès. On voit Ménélas et Hélène, dans un voyage qu’ils firent au pays des Pharaons , après le siège de Troyes, recevoir en présent, de la reine Poly damna, des antidotes ; et le célèbre Népenthès , et, plus tard, Démocriteet Pythagore, y allèrent aussi puiser les notions de physique et de pharmacie qu’ils possédèrent.
Les premiers indices authentiques que nous trouvions sur l’art pharmaceutique , dans ces temps reculés , se rencontrent dans la Bible. Ainsi , Joseph donne l’ordre d’embaumer le corps de son père avec des aromates , et l’on sait par Hérodote que l’art des embaumemens passait pour avoir été emprunté aux Éyptiens, parmi lesquels habitait alors Joseph. On trouve encore mentionnés dans la Bible de précieux onguens , composés de cinnamome, de myrrhe, de cassia et de calamus. Salomon y est signalé comme connaissant les vertus de toutes les plantes, depuis l’hysope jusqu’au cèdre; enfin on y lit que le roi Ezéchias mettait au rang de ses trésors les onguens dont il était l’inventeur, et qu i! dut le rétablissement de sa santé à un cataplasme de figues que lui prépara le prophète Isaïe.
Chez les Grecs, nous voyons la pharmacie cultivée par des philosophes célèbres, par les premiers savans de l’époque, comme Aristote et Théophraste, par des femmes même, comme Aspasie, Artémise. Enfin, par un abus inévitable , on voit cet art, dans les mains des magiciennes et des empoisonneuses , telles que Gircé et Médée, devenir un instrument de maléfices et de crimes. Mais le premier parmi eux qui ait classé les médicaments et appris à les composer, parait être Hérophile, qui vivait 570 ans avant l’ère chrétienne; i! fut suivi par Hippocrate dont toutes les prescriptions pharmaceutiques furent] marquées au coin d’une grande simplicité. Mais les successeurs dejce père de ia médecine remirent
en faveur les préparations composées ; et Nicandre , poète et médecin grec, qui vivait sous Attaïe le jeune, dernier roi de Pergame (140 ans avant J. -C.), nous a laissé deux poèmes , les Thériaques et les Alexipharmaques, le premier contenant la description des serpens et insectes venimeux , avec l’indication des précautions à prendre pour éviter leurs morsures, et les remèdes propres à les guérir ; le second contenant l’énumération des divers poisons végétaux , animaux et minéraux, la description de leurs effets, et l’indication des moyens de s’en préserver. On trouve mentionnées , dans l’un et l’autre, un grand nombre de substances simples usitées encore de nos jours, des huiles et des vins médicinaux, des topiques émolliens et exe it an s , des pilules e t des électuaires très composés. De ce moment, la polypharmacie alla croissant, et bientôt elle ne connut plus de bornes.
Les Romains furent long-temps bien pauvres sous ce rapport, puisque, pendant six siècles, ils n’eurent presque pour tout médicament que le chou dont Caton a fait le plus grand éloge. Mais lorsque les soldats de la république eurent pénétré en Asie , que Pompée eut rapporté 'à Rome les livres de recettes recueillis par Mithridate, et les antidotes dus à ce roi-médecin, les remèdes composés devinrent communs dans la capitale du monde. Il est vrai que l’art des cmpoisonnemens , l’art funeste des Locuste , avait fait de terribles progrès , et que la crainte dut présider à l’invention d’une foule de remèdes informes préconisés alors comme préservatifs. Ce fut là ce qui engagea Aedromaque, médecin de Néron, à composer l’électuaire appelé Thériaque, et dont l’usage, après avoir traversé les siècles, est parvenu jusqu’à nous. Ce fut vers la même époque que Dioscoride fonda la matière médicale.
Enfin, parut Claude Galien , de Pergame, qui vécut sous Trajan , Adrien , Antonio , et fut médecin de Marc àurèle (180 ans après J.-C.). Ce grand homme, qui avait
une officine dans la voie sacrée, ainsi que nous rapprennent ses ouvrages, fixa la science par ses travaux, et fut pour la pharmacie ce que , 650 ans avant lui , Hippocrate avait été pour la médecine.
Au cinquième siècle, sous les règnes de Constantin et de Théodose, Aétius d’Amidène recueillit, dans son Tétrabihlos, tout ce qu’il y avait de meilleur dans la polypharmacie égyptienne.
Au septième siècle, sous Constantin Pogonate, Paul d’Egine traita de la pharmacie , et Etienne d’Athènes publia, le premier, quelques essais de préparations chimiques.
Au huitième siècle, époque des Arabes , temps de la véritable polypharmacie (et des premiers rayons de chimie, que le calife Haroun-Alraschild , contemporain de Charlemagne, cherchait à encourager dans l’Orient), Géber parait être le premier qui enseigna la distillation. Ce qui fortifie cette opinion, au sujet de la source probable de cet art , c’est l’origine évidemment arabe des mots Alambic et Alcool.
Au onzième siècle, Jean Sérapion , qui vivait en 1066, et qui était le meilleur pharmacologiste d’alors , commença à renfermer la science dans un cadre plus méthodique.
Au douzième siècle , Jean Mesué , de Damas , surnommé Y évangéliste des pharmaciens, et Avicenne, du sang royal de Cordoue, qui florissaient vers 1160 , continuèrent l’œuvre de Sérapion, et de plus, le second, ainsi que Abubeter Rhazès, Abenhitar, Averrhoès de Cordoue, Abenguefit, Alchindi, écrivirent sur les médicamens de l’Orient et les aromates précieux de l’Inde qu’ils tirent connaître en Europe. Enfin, le dernier des auteurs Grecs et Arabes fut Nicolas Myrepsus , dit Præpositus ou Alexandrinus, qui écrivait en 1198, époque d’une profonde barbarie.
Ce fut à peu près vers ce même temps que la pharmacie
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commença à devenir distincte delamédecine. Les médecins cessèrent de se livrer à la préparation des médicamens , et en chargèrent leurs élèves , d’où provint le patronage qu’ils exercèrent depuis sur les pharmaciens. A cette même époque , les croisades entraînèrent les armées des Européens occidentaux sous les murs de Constantinople; cette ville fut prise, et les manuscrits originaux des auteurs grecs furent connus. Alors se formèrent dans la science deux partis : l’un admirateur des Grecs, l’autre défenseur des Arabes. De vives disputes eurent lieu , mais sans aucun résultat pour les progrès de l’art. Les croisades nous donnèrent aussi l’alchimie ; et parmi ses adeptes, brillèrent au premier rang Arnaud de Villeneuve, à qui l’on rapporte la connaissance de l’eau-devie; Raymond Lulle qui fit le premier de l’eau forte; Basile Valentin, Vanhelmont, et sur-tout le célèbre Paracelse , né l’an 1495, en Suisse , dans le canton de Schwitz. Cet homme , doué d’une tête ardente , voulut changer et changea en effet la face de la Thérapeutique; car il ajouta des préparations chimiques aux galéniques jusqu’alors exclusivement usitées. Paracelse, qui prétendait à l’immortalité par îe moyen de son élixir de propriété , mourut par suite de débauches à Saizbourg, en 1541 , à l’âge de 48 ans, et cette mort prématurée fit ouvrir les yeux sur les promesses abusives des alchimistes. Dès lors, la chimie rentra dans une voie plus rationnelle, en abandonnant la recherche de la pierre philosophale. Les pharmacopées se multiplièrent, et des hommes d’un haut mérite préludèrent, par leurs travaux, aux brillâmes découvertes de la chimie moderne. On vit paraître, en France, Boulduc, Ch aras, Lémery, Geoffroy, etc.; en Allemagne, Tachenius, Kerkringius , Rhuland, Hoffmann, Schroeder, Glauher , Juncker, Glaser, Kunckel , Wedelius, Lippe], Stahl et Boerhaave. Enfin, arrivèrent Margraff, Cartheuser, Neuman, Spielman, les deux Rouelle, Baumé , Bayen, Bucquet, de Machy , Charles
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Pelletier, Macquer, Bergman et Scheèle; puis les chimistes aux travaux desquels on doit la chimie pneumatique : Lavoisier,Priestley, Berthollet,Fourcroy,GuytonMoneau, Monge, Laplace, Vauquelin , etc. Depuis cette époque, la pharmacie a été enrichie ou illustrée, à l’étranger, par MM. Berzélius, Buchner, Bucholz, Brugnatelli, Carbonell, Davy, Duncan, Ebermayer, Faraday, Klaproth, Pfaff, Prout, Thomson, Trommsdorff, Westrumb, etc. ; en France, par MM. Barruel, Boudet, Bouillon-Lagrange, Boullay, Braconnot, Cadet, Caventou, Chaptal, Chevreul, Dey eux, Dulong, Dumas, Gay-Lussac, Henry , Laugier, Morelot, Ortila, Parmentier, Pelletier, Planche, Proust, Robiquet , Sérullas , Thénard , Yirey , Yogel , et une foule d’autres savans dont la haute réputation est justement méritée. Du reste , cette illustration est soutenue et continuée aujourd’hui d’une manière non moins brillante par des pharmaciens et des chimistes nombreux, tels que MM.Balard, Baudrimont, Bérard, Bonastre, Bouchardat, Boudet, P. Boullay, Boutron, Bussy, Cantu, Casaseca, Chereau, Chevallier, Couerbe, Feneulle, Garot, Girardin, Guibourt , O. Henry , Herberger , Lassaigne, Lecanu, Liébig, Mialhe, Mitscherlich , Pefouze, Recluz, Robinet, Soubeiran, et autres, qui lui assurent pour longtemps un avenir digne du passé.