ACÉTATE DE MORPHINE
Il cristallise en aiguilles fascicuîées , d’un blanc légèrement grisâtre. Il est très soluble dans l’eau, se dissout moins facilement dans P alcool , et est insoluble dans l’éther. Dissous dans l’eau ou l’alcool et évaporé, il abandonne aisément une partie de son acide , et laisse déposer des cristaux de morphine.
Préparation. — Pour l’obtenir , on fait dissoudre , dans une capsule de verre ou de porcelaine et à la cira-
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leur du bain-marie , dix parties de morphine pure dans un mélange de trois parties d’acide acétique concentré et de vingt parties d’eau distillée; on évapore jusqu’à siccité parfaite , et on renferme le produit dans un flacon bien bouché.
On peut aussi , sans évaporer jusqu’à dessication complète , concentrer la liqueur seulement en consistance de sirop clair , et la déposer dans une étuve chauffée à 25 degrés; elle cristallise après quatre ou cinq jours de repos.
Enfin, on le prépare encore en dissolvant la morphine pure dans l’alcool, filtrant le soluté, saturant par l’acide acétique , et évaporant jusqu’à siccité.
CODEINE.
Cet alcaloïde, découvert en 1852 par M. Robiquet, existe dans l’opium , et s’y trouve combiné avec l’acide méconique comme la morphine avec laquelle, pour nous servir de l’expression de l’habile chimiste que nous venons de nommer , cette nouvelle substance marche de pair.
La codéine cristallise en petites aiguilles très blanches ou en petites plaques radiées dures et transparentes. Elle est inodore et d’une saveur amère. Chauffée à 150 degrés environ , elle se fond en un liquide oléagineux qui , par le refroidissement , se prend en masse cristalline; à une température plus élevée, ce liquide semble fuir la chaleur en s’élevant le long des parois du tube dans lequel la fusion a été opérée, mais sans se volatiliser, et il finit par se décomposer. Elle est beaucoup plus soluble dans l’eau que les autres alcaloïdes de l’opium, car 100 parties d’eau en dissolvent 1,26 à 15
C H IM TCOB A S l E . ME DI G A M E K S C H l M l Q U ES. 457
degrés , 5,7 à 45° , et 5,88 à 100° ; lorsqu’à cette dernière température, on en ajoute plus qu’il n’en peut être dissous , l’excès entre en fusion , et forme au fond du vase une couche d’apparence huileuse. Elle se dissout très bien dans l’alcool et dans l’éther ; elle est insoluble dans les alcalis ; elle n’est point colorée en rouge par l’acide nitrique , ni en bleu par les persels de fer; ses solutés sont abondamment précipités par la teinture de noix de galle ; elle bleuit fortement le tournesol rougi par les acides, et, par sa combinaison avec ces derniers, elle forme des sels facilement cristallisables.
Préparation. — Après avoir extrait la morphine de l’hydrochlorate obtenu par le procédé de M. Robertson , il reste, comme nous l’avons dit, en solution dans la liqueur où la précipitation a été opérée, un hydrochlorate double de codéine et d’ammoniaque. On retire ce sel par évaporation et cristallisation, on l’exprime , on le purifie en le fesant cristalliser de nouveau , puis on le triture , à l’état pulvérulent , avec un soluté de potasse caustique. L’ammoniaque se dégage , et la codéine se précipite sous forme d’une masse visqueuse , qui s’hydrate peu à peu dans le liquide et se convertit en une masse opaque. Cette dernière est lavée, séchée, pulvérisée et traitée par l’éther, et ce liquide évaporé donne la codéine pure, que l’on obtient mieux cristallisée en la redissolvant dans l’eau bouillante , et laissant refroidir le soluté en repos.
M. E. Merck , de Darmstadt , a proposé récemment le procédé suivant pour obtenir cette substance. On traite à froid par l’alcool la morphine précipitée par la soude ; on sature avec précaution le soluté alcoolique par l’acide sulfurique, et on distille pour retirer l’alcool. On étend le résidu d’eau froide, jusqu’à ce que la liqueur ne se trouble plus , on filtre , on fait évaporer jusqu’en consistance sirupeuse, puis on laisse refroidir et on introduit dans un flacon de grande capacité avec de l’éther ; on
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ajoute alors un excès de potasse caustique en solution, et on agite le tout avec force. A ce point de l’opération , le degré de saturation de la liqueur éthérée est tel, que la codéine s’en dépose sous forme de cristaux dans l’espace de quelques heures. Par l’évaporation de l’éther, et en traitant le résidu par l’alcool , on obtient peu à peu la codéine à l’état de pureté parfaite , et complètement débarrassée d’une huile qui apporte de grands obstacles à la cristallisation.
NARCOTINE.
(Sel de Derosne , Sel cristallisable de l’opium , Principe cristallisable de l’opium , Substance cristallisable de l’opium , Opiane , Morpbioïdine. )
La narcotine, découverte en 1802 par Derosne, existe dans l’opium, à l’état de combinaison avec un acide qui n’a pas encore été reconnu.
Elle cristallise en prismes droits à base rliomboïdale , en aiguilles croisées , de couleur blanche ; quelquefois encore elle se présente sous forme de paillettes nacrées. Elle est inodore et insipide. Fusible à une température peu élevée, elle forme une masse transparente et fendillée par un refroidissement rapide , tandis qu’en la laissant refroidir lentement elle donne des cristaux demi-globulaires parfaitement isolés. Insoluble dans l’eau froide , elle exige, pour se dissoudre, 400 parties d’eau bouillante, 100 parties d’alcool froid, et 24 seulement d’alcool bouillant; elle est très soluble dans l’éther ; les huiles fixes et volatiles la dissolvent aussi ; elle est insoluble dans la potasse ; les persels de fer ne lui font éprouver aucune coloration ; l’acide nitrique concentré jusqu’à un certain point la colore en un jaune pâle. Elle se combine avec les acides et donne naissance à des sels acides excessivement
CHIMICOBASIE B1ÈDIGAMENS CHIMIQUES. 4 6g
amers , très solubles dans l’eau , se dissolvant en général dans l’alcool et dans l’éther, précipitables par l’infusé de noix de galle : on n’en a jusqu’ici examiné qu’un très petit nombre. '
Préparation. — On la retire ordinairement du marc d’opium , c’est-à-dire de la partie de cette substance insoluble dans l’eau. Pour cela , on fait bouillir ce marc avec de l’acide acétique étendu à deux ou trois degrés,, on passe avec expression , et on soumet le résidu à une seconde ébullition avec une nouvelle quantité d’acide. On réunit les deux décoctés, on les filtre et on leur ajoute de l’ammoniaque. On recueille le précipité formé , on le lave avec de l’alcool très faible, on le faitbouillir dans un matras avec de l’alcool à 40 degrés et un peu de charbon animal, on filtre , et on fait cristalliser par le refroidissement.
On se la procure aussi en traitant l’opium brut par 1 éther, qui dissout la majeure partie du sel de narcotine, et en outre du caoutchouc et une matière grasse. On distille pour retirer l’éther, et on traite le résidu par l’eau chaude ou 1 alcool bouillant. Le sel narcotique est seul dissous ; on fait digérer le soluté avec du charbon animal, on filtre, on laisse refroidir et on ajoute de l’ammoniaque pour précipiter la narcotine. Si le précipité est coloré , on le dissout dans l’acide hydrochlorique , on traite de nouveau par le noir animal , et on précipite comme la première fois.
Enfin on peut encore obtenir la narcotine en traitant l’extrait aqueux d’opium par l’éther. Ce véhicule ne dissout, dans ce cas, que le sel narcotique et la matière grasse. Du reste , l’opération doit être conduite exactement comme lorsque l’on agit sur l’opium brut.
PH AK MÀCOTKC 11 INI K*
GENTIANINE.
(Gentianin.)
La gentianine, ou principe amer de la racine de gentiane ( gentiana lutea ), a été découverte par MM. Henry et Caventou.
Elle cristallise en aiguilles d’un jaune d’or; inodore et d’une saveur excessivement amère , semblable à celle de la gentiane. Chauffée en vase clos elle se décompose en partie , tandis qu’une autre portion se réduit en une vapeur jaune qui se condense en aiguilles de même couleur. Elle est très peu soluble dans l’eau , sur-tout à la température ordinaire; elle est très soluble dans l’alcool et dans l’éther. Elle est sans action sur les couleurs végétales. Elle se dissout mieux dans les acides que dans l’eau, et les solutés qu’elle forme avec eux sont d’un jaune très pâle ou même presque incolores, et d’une amertume plus forte que celle delà gentianine pure. Les alcalis la dissolvent aussi en plus grande proportion que l’eau, et rendent sa couleur plus foncée. Le soluté aqueux est précipité en jaune par le sousacétate de plomb.
Préparation. — On chauffe légèrement l’éthérolé de gentiane , et on laisse refroidir. On sépare une masse jaune cristalline qui s’est formée , et on la traite par l’alcool jusqu’à ce qu’il cesse de prendre une couleur citrine. On réunit les liquides, on les évapore lentement , et l’on obtient une nouvelle masse jaune cristalline que l’on reprend par l’alcool faible. Ce liquide dissout la gentianine, un acide et un principe odorant1, et laisse une matière huileuse; on évapore la liqueur jusqu’à siccité , et l’on fait bouillir le résidu avec un peu d’eau et de magnésie récemment calcinée, pour neutraliser l’acide et volatiliser le principe odorant. La magnésie , mélangée avec la gentianine, forme une masse jaune que l’on dessèche au
GIîlMICOB ASÎE. -* — MÉ0ICAMENS CHIMIQUES. /fil
bain-marie, etqueFon traite par l’éther. Celiquide, par son évaporation , donne de la gentianine parfaitement pure. Mais, la magnésie en a retenu une partie que l’on ne peut obtenir qu’en traitant par une petite quantité d’acide oxalique ou d’acide phosphorique (avec le soin toutefois de ne pas en mettre un excès ), et en soumettant ensuite de nouveau à l’action dissolvante de l’étlier.
LUPULINI.
(Lupulin, Lupulite.)
C’est le nom donné à la matière extractive amère de la poussière jaune granulée des cônes du houblon^ humulus lupiilus).
Elle est solide, de couleur tantôt blanche ou légèrement jaunâtre etopaque, tantôt jaune orangée et transparente ; inodore à la température ordinaire , mais répandant une odeur de houblon quand on la chauffe fortement; d’une saveur très amère et semblable à celle du houblon; peu soluble dans l’eau , même à l’aide de l’ébullition , se dissolvant facilement dans l’alcool, presque insoluble dans l’éther , sans action sur les couleurs bleues végétales, inaltérable par les acides et les alcalis étendus et par le soluté de la plupart des sels métalliques.
Préparation. — On épuise par l’eau la matière jaune granulée du houblon , et l’on obtient ainsi un soluté aqueux de lupuline mêlée avec un peu de tannin et d’acide malique. On sature l’acide libre par la chaux, on évapore jusqu’à siccité , et l’on traite le résidu par l’éther pour enlever un peu de résine. On sépare ensuite la lupuline du malate en soumettant à Faction de l’alcool qui 11e dissout que la première , et en fesant évaporer.
PHARMAGOTECHJNIE.
PlPERINE.
(Piperin.)
Cette substance a été découverte dans le poivre noir par M. Oerstedt.
Elle cristallise en prismes quadrilatères terminés par une face inclinée, transparens, incolores, inodores, presque insipides, fusibles à 1 00 degrés. Elle est insoluble dans l’eau froide, et peu soluble dans l’eau bouillante qui la laisse précipiter pendant le refroidissement ; elle se dissout-facilement dans l’alcool, sur-tout à chaud, mais elle en est précipitée par ^ addition de l’eau; elle est soluble dans 100 paities d éther froid, ainsi que dans les huiles fixes et volatiles. Les acides étendus et les alcalis sont sans action sur elle ; à l’état de concentration , l’acide sulfurique la dissout en prenant une couleur rouge de sang foncé, et l’eau la précipite de cette solution, sans qu’elle paraisse avoir éprouvé d’altération; l’acide nitrique froid la colore en jaune verdâtre, puis en orangé et enfin en rouge; les acides hydrochiorique et acétique concentrés la dissolvent, le premier en prenant une couleur
jaune foncée, le second sans se colorer.
Préparation.— Parmi les procédés qui ont été proposés pour l’extraction de cette substance, nous nous bornerons à en faire connaître deux, celui de M. Poutet et celui de M. Thouery : ce qui nous conduit à faire ce choix, c est la préférence qui est accordée au* premier par M. Berzélius, au second par M. BarrueL
1 Procède de M . Poulet — On épuise le poivre blanc (poivre noir débarrassé de l’épiderme) par l’alcool à 55 degrés , on concentre par distillation les liqueurs alcooliques réunies jusqu’à consistance d’extrait, et l’on traite le résidu par un soluté de potasse caustique à 20 degrés. L alcali dissout la résine, et laisse une poudre
CHÎMICOBASIE. — - MÉDÏCAMENS CHIMIQUES. 465 verdâtre qu’on lave à plusieurs reprises avec de Feau , et qu’on reprend par l’alcool au degré de rectification déjà indiqué. Ce soluté, évaporé au bain de sable jusqu’à pellicule, se prend en une masse cristalline imitant la forme des choux-fleurs ; c’est la pipérine, que l’on peut avoir cristallisée comme nous l’avons dit, en abandonnant la liqueur alcoolique à l’évaporation spontanée au lieu de recourir à l’emploi de la chaleur. Le produit, pour être incolore, a quelquefois besoin d’être soumis à des solutions et cristallisations réitérées: on a remarqué qu’avec le poivre noir, il est plus difficile d’y parvenir.
2° Procédé de M. Thouery . Faites digérer dans trois livres huit onces d’alcool à 56 degrés, et à une chaleur de 40 à 50 degrés centigrades, deux livres de poivre noir moulu ; élevez ensuite la température à 80 degrés ; laissez déposer, décantez et réitérez l’opération avec une nouvelle dose d’alcool. Exprimez le marc, réunissez les liqueurs, et filtrez-les pour séparer une matière grasse floconneuse qui s’est précipitée par le refroidissement» Ajoutez alors six ou sept onces de chaux vive pulvérisée ou le double de ce poids d’hydrate de chaux, chauffez doucement d’abord, puis portez à l’ébullition, en agitant de temps en temps. Lorsque la liqueur, de brune qu’elle était, est devenue opaline, décantez-la, et épuisez le dépôt calcaire par ll’alcool; réunissez les liqueurs filtrées, portez-îes dans une étuve chauffée à 25 ou 50 degrés, et iaissez-les en repos jusqu’à cristallisation.
En précipitant les eaux-mères par l’addition de Feau, on obtient une nouvelle quantité de pipérine.
Pour purifier les cristaux ainsi obtenus, on les redissout dans l’alcool , on traite par le charbon, on filtre et on fait enfin évaporer et cristalliser.
1 ' M A. R M A C O T Tî C H X T P, .
salicînj:.
La saîicine, découverte par M. Leroux, est un principe immédiat qui existe dans l'écorce de plusieurs espèces de saules et de peupliers.
Elle cristallise en prismes quadrangulaires très ténus, ou en petites écailles qui, examinées au microscope, paraissent des paillettes rectangulaires à bords taillés en biseau. Elle est d’un blanc nacré; inodore; d’une saveur fortement amère et aromatique, rappelant celle de l’écorce de saule, mais plus prononcée. Fusible un peu au-dessus de 100 degrés, elle se prend, par le refroidissement, en une masse cristalline ; si la température est un peu plus élevée que le point de fusion, elle passe au jaune citrin et, lorsqu’elle est refroidie, elle offre un aspect résineux. Elle se dissout dans 17,86 parties d’eau, àH-19 degrés centigrades, et en toutes proportions dans le même liquide bouillant; elle est encore plus soluble dans l’alcool rectifié ; elle est insoluble dans l’éther et les huiles volatiles. Elle est sans action sur les couleurs bleues végétales. Les acides ne sont pas neutralisés par elle, mais ils la dissolvent, sans altération s’ils sont faibles, en iq décomposant s’ils sont forts et concentrés : l’acide sulfurique, par exemple, la dissout en se colorant en rouge pourpre, puis, lorsqu’exposé à l’air il en attire 1 humidité, la saîicine altérée se précipite sous forme d une poudre rouge insoluble. Elle se dissout dans les alcalis, et, par l’addition d’un acide, elle est précipitée sans altération.
Préparation. — Nous n’indiquerons qu’un seul procédé d’extraction, celui que l’on doit à M. Nees d’Esenbeck le jeune, et qui sans contredit mérite d’être préféré en raison de sa simplicité.
On délaye de la chaux hydratée dans un décodé très
dHIMTCOBASlE,— MÉDTGAMENS CHIMIQUES. 465 chargé d’écorce de saule, et, lorsque tout le tannin est précipité à l’état de soustannate de chaux , on tiltre et on fait évaporer en consistance sirupeuse. On précipite la gomme contenue dans la liqueur par une addition d alcool, on tiltre une seconde fois, on concentre et on fait cristalliser. On obtient de la sa! ici ne impure, qu’on lave avec un peu d’eau froide.
L eau-mère évaporée en fournit une nouvelle quantité qu on lave de la même manière. L’eau-mère brune, qui reste en dernier lieu , précipitée par le sousacétate de plomb soluble, en donne encore.
On réunit les trois produits, on les fait bouillir avec de 1 eau et un peu de noir animal, et on filtre le soluté bouillant; parle refroidissement, la salicine cristallise.
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