XXIII. — EXAMEN DES DOCTRINES UTILITAIRES. — AUTRES DOCTRINES
Le bien a été confondu souvent avec le plaisir, avec l'intérêt personnel ou l'intérêt général, avec le sentiment. Examinons ces diverses conceptions.
918. Le principe dw plaisir. — Le plaisir ne doit pas être confondu avec le bien. En elVri : Me plaisir n'est pas toujours un bien, et la douleur n'est pas toujours un mal ; l'un peut devenir un mal et l'autre un bien suivant les conséquences; 2° parmi les plaisirs les uns sont bas et honteux; les autres honnêtes et généreux; 3° les uns sont vifs et passagers, les autre? plus calm'es, mais plus durables; 4° les uns sont incertains, les autres certains {A9A).
térêt ne peut donner lieu à une loi universelle ; chacun prend son bien où il le trouve ; A° l'honnête est évident tout d'abord, l'utile est certain ; 5° on peut toujours faire le bien, mais on n'est pas heureux à volonté; Q" on s'afflige d'être un maladroit, on a
honte d'être un misérable ; 7° l'idée de punition est incompatible avec celle de l'intérêt personnel (496;.
920. L'intépét bien entenda. — La doctrine de l'inlérôt se p^riectionne et essaye de se rapprocher de celle du l)icn en dis nt : 1" que dans le plaisir, il taul distinguer la qualUe et la quantité (4-97) ; 2» que l'intérêt personnel bien entendu coïncide toujours avec V intérêt général (500). L'intérêt ainsi perleciionné s'appelle intérêt bien entendu.
Réponse, — 1° La morale utilitaire n'a pas le droit de distinguer la qualité de la quantité; 2° il n'est pas vrai que l'intérêt coïncide toujours avec l'intérêt général ; et, en outre, cet accord personnel fût-il vrai, ce n'est pas l'action seule qui fonde la moralité, c'est le motif de l'action {M.).
921. Le sentiment moral. — Le sentiment moral eSt l'ensemble des plaisirs et des peines qui sont joints à la conscience et donnent naissance à des désirs et à des impulsions qui nous portent vers le bien et nous éloignent du mal (525).
922. Deux classes de sentiments moraux. — 1° Relativement à nos propres actions : Satislaction morale, remords, rep' ntir, honneur et honte (527-528) ; 2° relativement aux actions d'autrui : sympathie, bienveillance; estime et mépris; admiration, aversion; horreur, exécrations (529). — Analyse du respect : citation de Kant (530).
923. Doctrine diï scnâimeut. — Mérite de cette doctrine : elle reconnaît le désintéressement de la vertu. Ses défauts : 1<* le sentiment moral se fonde sur l'approbation morale et la suppose ; il ne peut donc pas la fonder; 2'' il manque des deux caractères essentiels à toute morale : universaUté et obligation (501 et 502).