LES OPERATIONS INTELLECTUELLES OU FACULTÉS
Au-dessus de l'homme animal, créature sensible, maîtrisée par l'imagination, entraînée sans résistance par le plaisir et la douleur, est l'homme intellectuel et moral, doué de raison et de liberté, qui pense, qui aime et qui veut.
Jusqu'ici les opérations de l'âme étaient de simples capacités passives, ou des impulsions machinales : maintenant elles deviennent ce qu'on appelle des facultés *.
Nous ne chercherons pas à distinp:uer ces facultés par des caractères théoriques et abstraits, difliciles à comprendre tant qu'on n'a pas étudié les laits eux-mêmes. Du reste le monde comprend assez la diflérence qu'il y a entre penser, aimer et vouloir, sans qu'il soit nécessaire d'y insister par des définitions à priori.
On a élevé des difficultés sur l'existence et la nature des facultés. Ces difficultés nous semblent peu solides. Admettre trois facultés dans l'àme, dil-on, c'est admettre trois substances dans une substance. Jamais on ne l'a entendu ainsi. U est vrai que l'imperfection du langage fait que l'on est obligé de parler souvent de l'intelligence ou de la volonté comme de personnes distinctes ; mais il faut renoncer à philosopher, si l'on doit renoncer à de telles manières de parler. La vérité est que l'on reconnaît dans l'âme des actes distincts; or, en tant qu'elle produit ces actes, on la suppose capable de les produire, suivant l'axiome : Ab actu id passe; et l'on convient d'admettre dans l'âme autant de pouvoirs que d'actes. Or penser est une sorte d'acte; aimer en est une autre, et vouloir en est une troisième. Nous considérons donc l'àme comme douée de trois pouvoirs ; <e pouvoir de penser, celui de vouloir et celui d'aimer. Subti-
1. Sur les différences des Capacités et des notre cliapitre sur la Volonté et la Personna» Facultés, vcy. Jouffroy, Mélanges philosophi- lité humaine (sect. 111, ch. lu). fl(M »ur les facultés de l'àme; — et plus loin
liser en argumentant pour ou contre des notions si simples, c'est perdre un temps qui pourrait être employé à des recherches plus utiles*.
Mais en distinguant les trois facultés, nous ne les séparons pas, puisque nous les faisons rentrer toutes les trois sous le même nom d'opérations intellectuelles. C'est qu'en effet l'intelliïrence intervient nécessairement dans le sentiment et dans la volonté. Car, dit Bossuet, « on ne veut jamais sans quelque raison »; et on peut dire également : « On n'aime pas sans quelque raison. » Spinosa a défiai l'amour « une sorte de joie, accompagnée de Vidée de son objet ». L'idée s'unit donc au plaisir pour en former l'amour. Enfin on ne peut guère vouloir sans aimer, ni aimer sans vouloir. Réciproquement, comme nous le verrons, il n'ya pas d'entendement sans volonté, puisque le principe de toutes les opérations intelleciuelles est l'attention, c'est-à-dire une certaine intervention de la volonté dans l'intelligence; on n'a pas moins souvent essayé de réduire l'intelligence à la volonté que la volonté à l'intelligence ou à l'amour. Néanmoins les distinct lions subsistent : et ce qu'il y a de représentatif àdins l'idée, d'affectif dan," les sentiments, de volitif dans l'effort et dans la résolution volontaire , sont trois modes irréductibles et inexplicables l'un par l'autre. Maintenons donc les différences en maintenant l'union : car l'unité de l'âme subsiste dans la triplicité même de sa nature.
D'après ce qui précède, nous reconnaîtrons dans l'âme trois facultés : l" l'entendement ou intelligence; 2° le sentiment ou l'amour; 3° la volonté ou liberté. La section II sera consacrée à l'entendement; la sectfon III au sentiment et à la volonté.
La première faculté que nous étudierons, parce qu'elle est nécessaire aux deux autres, c'est l'entendement, et nous le distingueions d'abord des sens et des opiM-aLions qui naissent des sen-.
i. Herhart, par exemple, essaie di' siifiprimer le mot de représentation exprime bien mal oe
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