‹ Traité élémentaire de physiologieChapitre 154 sur 429 · CHAPITRE III. CIRCULATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. CIRCULATION

De la circulation dans la série animale. — La circulation du sang présente, dans la série animale, des différences en rapport avec la configuration variée de l’appareil circulatoire. Dans les animaux, le cours du sang est principalement déterminé, comme chez l’homme, par un organe central contractile, ou cœur. Cet organe présente d’ailleurs des différences quant au nombre de ses cavités et quant à sa situation par rapport aux divers ordres de vaisseaux. Dans les animaux inférieurs, il n’y a plus de cœur, c’est-à-dire d’organe contractile central. Le sang circule dans des canaux plus ou moins compliqués. Au dernier degré de l’échelle animale, le système circulatoire n’est plus nettement distinct du système des organes de la digestion, dont les ramifications anastomosées tiennent lieu de vaisseaux et portent dans l’épaisseur des tissus les liquides de la digestion.

Mammifères et oiseaux. — C’est sur les mammifères que la circulation du sang a été découverte par Harvey (1615-1629). La circuhition des mammifères et des oiseaux présente avec celle de l’homme une similitude à peu près complète. Il y a chez eux un cœur à deux oreillettes et à deux ventricules, et, de plus, le cœur droit et le cœur gauche sont séparés par une cloison complète, de manière que le sang noir qui circule dans le cœur droit ne se mélange en aucun point avec le sang rouge mis en circulation par le cœur gauche. Les mammifères et les oiseaux sont, de môme que l’homme, des animaux à double circulation. Ce sont aussi des animaux h sang chaud ou à température constante.

La figure 64 représente, d’une manière aussi simple que possible, la circulation du sang des mammifères (y compris l’homme) et des oiseaux. Le sang du ventricule gauche Y est poussé vers les organes supposés en C; en ce point il devient sang veineux et arrive dans l’oreillette droite o . Il passe dans le ventricule droit V'; du ventricule droit dans les poumons supposés en P. Là il devient sangartériel et continue sa course vers l’oreillette gauche o, qui le transmet dans le ventricule gauche Y ; et tiainsde suite.

Dans la période embryonnaire, le cœur des mammifères et celui des oiseaux présente entre ses oreillettes une communication temporaire : il y a aussi, dans le môme temps, mélange du sang des deux ventricules, à l’aide de vaisseaux qui disparaissent plus ou moins promptement après la naissance. Cette disposition, qui donne à la circulation des embryons des mammifères et des oiseaux une certaine analogie avec la circulation des reptiles, existe aussi chez l’homme pendant la période embryonnaire, et nous aurons occasion de l’étudier plus tard (Voy. § 412).

La disposition des vaisseaux artériels et veineux dans les oiseaux et les mammifères ne diffère pas sensiblement de ce qu’elle est chez l’homme. Le développement considérable des muscles qui meuvent le membre supérieur des oiseaux (ransformé en aile), fait que, chez ces animaux, l’artère qui correspond à la

mammaire externe de l’homme remporte en volume sur la plupart des autres branches qui procèdent supérieurement de l’aorte. Aussi, chez l’oiseau, l’aorte se divise, presque à son origine, en trois troncs principaux. Les deux troncs situés à droite et à gauche fournissent les vaisseaux de la tête et ceux de la région pectorale correspondante. Le tronc, situé au milieu, descend dans la poitrine et constitue l’aorte descendante. Chez les oiseaux, les veines qui rapportent à l’oreillette droite le sang de toutes les parties sont au nombre de trois. L’une correspond à la veine cave inférieure de l’homme (veine cave postérieure des mammifères). La veine cave supérieure de l’homme (veine cave antérieure des mammifères) est remplacée, chez les oiseaux, par deux veines qui s’ouvrent isolément dans l'oreillette droite et qui correspondent aux veines sous-clavières.

Le sang des mammifères et des oiseaux est rouge comme celui de l’homme. Les globules du sang des oiseaux sont constitués par des disques elliptiques, tandis que ceux du sang de l’homme et des mammifères sont formés par des disques circulaires l.

Reptiles. — Chez les reptiles, la circulation n’est plus aussi complète que chez les mammifères et les oiseaux; le sang artériel et le sang veineux se mélangent en partie, soit dans le cœur lui-même, soit dans les points voisins du cœur. Les reptiles, ainsi que tous les animaux dont il nous reste à parler, sont des animaux à sang froid, ou à température variable.

Le cœur des reptiles est en général composé de deux oreillettes et d’un seul ventricule (fig. 65); il en résulte que le sang de la petite circulation, qui vient du

poumon P, où il a été arlérialisé, arrive à l’oreillette o et passe dans le ventricule V, où il se mélange avec le sang de l’oreillette d, qui reçoit le sang veineux des organes. De celte manière, le sang du ventricule n’est ni du sang artériel ni du sang veineux, mais un sang mélangé. Ce sang mélangé est envoyé, par les contractions du ventricule, à la fois dans les organes G par le grand cercle circulatoire, et à la fois dans le poumon P par le petit cercle de la circulation.

Le sang n’est exclusivement veineux que dans la partie veineuse du grand cercle circulatoire compris entre les organes G et l’oreillette droite o' (tig. 65); il n’est exclusivement artériel que dans les veines pulmonaires du petit cercle circulatoire, c’est-à-dire entre les poumons P et l'oreillette gauche o. Dans l’aorte et ses branches (de V en C), ainsi que dans l’artère pulmonaire et ses branches (de Y en P), le sang est mélangé. Les organes ne reçoivent, par conséquent, qu’un sang imparfaitement artérialisé; et le sang qui arrive aux poumons est déjà à demi hématosé par le mélange qui se fait dans le cœur.

Dans les reptiles, il y a, la plupart du temps, deux crosses aortiques qui se réunissent, après un certain trajet, en une seule aorte descendante (fig. 66).

Les crocodiles (qui appartiennent à l’ordre des sauriens) présentent une particularité remarquable. Le cœur offre, comme chez les mammifères et les oiseaux, quatre cavités distinctes : deux oreillettes et deux ventricules. Mais, par

1 Le chameau, le dromadaire et l’alpaca ont les globules du sang elliptiques, comme les oiseaux.

Fig. 63.

Fig. GG.

Cœur de tortue.

1, oreillette droite. 5, aorte gauche.

2, ventricule unique. 6, artère pulmonaire divi-

3, oreillette gauche. sée en deux branches,

Page 1