CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE
rapide de"; ailes, acquièrent en ce moment une température générale très supérieure à leur température de repos. M. Lecoq a vu la chaleur du corps de ces insectes s’élever jusqu’à 40°. La contraction musculaire exagérée et rapide des sphynx ressemble à une sorte de contraction tétanique ; elle appartient évidemment à cet ordre de contractions que nous avons désigné sous le nom de contraction musculaire statique. L’animal en effet est immobile ; toute la force dépensée par le système musculaire est employée à maintenir le corps en équilibre , et à lutter contre la pesanteur qui tend à l’entraîner par en bas. Le corps tout entier de l’animal agit pour se soutenir lui-même, par les contractions des muscles, de la même manière que le bras qui, dans nos expériences, soutient un poids en équilibre.
M. Wunderlich a observé, en 1861, que peu avant la mort par le tétanos, la température du corps s’était élevée chez un malade à 42°, 4, et chez un autre à 45°, 3. M. Leyden (en 1863) a vu pareillement que la température va s’élevant sans cesse pendant les contractions du tétanos. Dans un cas elle était, 20 minutes avant la mort, de 43°, 9 sous l’aisselle, et de 44°, 4 dans le rectum. Dans un autre cas elle était de 42°, 8 immédiatement avant la mort; elle continua à s’élever (c’est-à-dire à se répandre des muscles dans les autres parties) après la mort. En effet, sept minutes après la mort elle était montée à 44°, 2; onze minutes après, elle était de 44°, 5 ; enfin elle était de 44°, 6 au bout de quinze minutes. Elle resta quelques instants stationnaire à ce point maximum, puis elle disparut peu à peu suivant les lois du refroidissement. La même année (1863) M. Ferber a publié un cas analogue. Depuis lors il n’y a guère d’année où des faits du même genre ne soient signalés.
Les contractions du tétanos, j’ai à peine besoin de le faire remarquer, sont des contractions énergiques, sans travail utile, l’action des muscles antagonistes se détruisant réciproquement. Les contraclions tétaniques offrent un des exemples les plus saillants de ce que nous avons désigné sous le nom de contraction musculaire statique 1.
La question de savoir aux dépens de quels tissus del’économie s’accomplissent les oxydations génératrices de mouvement a été diversement interprétée. D’après M. Frankland ce serait principalement aux dépens des matières grasses et des matières amylacées de l’alimentation que se produiraient les oxydations et par conséquent les combustions qui engendrent le mouvement musculaire. Le sang dirigerait vers le muscle, à la fois, la matière combustible (sucre et graisse) et à la fois l’élément comburant (l’oxygène) ; les deux substances agiraient l’une sur l’autre dans les vaisseaux du muscle quand celui-ci passe du repos à l’activité, c’est-à-dire quand le nerf moteurcommande l'oxydation dansle sang du muscle2 * * 5.
1 Dans ces dernières années quelques recherches ont été faites par les voyageurs dans leurs ascensions sur les montagnes (le mont Blanc et le mont Rose en particulier), pour savoir s’il
serait possible de mettre en relief des différences dans la température du corps pendant la montée et pendant la descente. MM. Marcet, et Lortct, Albutt, Forel, Calberla, ont publié des relations accompagnées de tableaux, qui prouvent combien le problème est difficile à aborder par cette voie. Il s’agit en effet, de constater, dans l’ensemble du corps, des différences de température
qui ne portent que sur des fractions de degrés ou qui peuvent h peine dépasser un degré, dans un milieu dont la température comporte des variations considérables et subites, et cela dans des conditions de vitesse de montée et de descente, dont il n’a pas été tenu compte, conditions qui
dominent tout le problème. Aussi est-il permis de dire que la question expérimentale, envisagée à ce point de vue, reste entière.
5 II est impossible de ne pas faire remarquer que le muscle dit à l'état de repos n’est pas à
En ce qui concerne le lieu et la nature des combustions, cette conclusion est aussi, à peu de chose près, celle de MM. Fick et Wislicenus qui ont cherché à mesurer le travail mécanique de leur ascension au Faulhorn par le dosage de l’urée excrétée pendant l’ascension.
D’après MM. Fick et Wislicenus, attribuer la production de la chaleur et de la force, non aux combustibles ordinaires de l’économie (substances grasses et kvdrocarbonées), mais aux matières albuminoïdes qui composent la masse principale des muscles, c’est comme si l’on prétendait que « dans une locomotive surtout composée de fer, d’acier et de cuivre, et de fort peu de charbon, son action dépendait de la combustion du fer et du cuivre et non de la combustion du charbon «.Pour que l’argument eût quelque valeur il faudrait démontrer que les muscles sont aussi inaltérables que les bielles et les manivelles de la machine à vapeur, et qu’il n’y a dans les animaux que de la graisse et du sucre qui brûlent, de môme qu’il n’y a dans la locomotive que du charbon qui se consume.
Nous ne reviendrons pas sur l’ensemble des faits qui démontrent précisément le contraire : à savoir, que les métamorphoses essentielles de la nutrition s’accomplissent non dans les vaisseaux, mais au sein des tissus, que les transformations dont les tissus azotés sont le siège sont des sources de chaleur au même titre que les oxydations des matières hydrocarbonées et que la propriété des matières albuminoïdes d'être la substance même des muscles n’est qu’une propriété en quelque sorte temporaire. Qui ne sait que des animaux nourris pendant des mois avec de la chair musculaire, à dessein privée de graisse, jouissent de toute leur puissance musculaire, et que les carnivores, c’est-à-dire les bêtes de proie, se distinguent précisément des herbivores (dont le régime est surtout hydro-carboné) par la promptitude et l’énergie des mouvements. Le seul argumentexpérimental de MM. Fick et Wislicenus, c’est que la combustion des albuminoïdes ne représentait dans leur ascension que la moitié de la chaleur transformée en travail mécanique utile. Mais les produits de métamorphose des substances albuminoïdes de l’économie ne se laissent saisir ni d’une manière nécessaire , ni d’une manière immédiate comme urée. En d’autres termes, l’urée n’est ni la seule forme de l’oxydation des matières albuminoïdes, ni toujours le dernier terme de leurs métamorphoses organiques.
En définitive, tout concourt à le démontrer, nous le disions il y a longtemps déjà et c’est aussi la conclusion des recherches plus récentes de MM. Hermann Playfair et Ranke, le travail musculaire et la transformation de la substance du muscle sont dans une corrélation nécessaire.
Colorimétrie. — Quantité de chaleur produite en un temps tlonné. — Causes qui peuvent faire varier cette quantité. — On a souvent calcule la quantité de chaleur produite et perdue par l’homme pendant une période de temps déterminée (an commencement et à la fin de laquelle il présente la même température), en l’espace de vingt-quatre heures, par exemple. Les évaluations proposées, à cet égard, sont des moyennes plus ou moins approxima-
l état d 'inertie, qu’il est même alors le siège d’oxydations, et qu’il n’y a entre un muscle non contracté et un muscle qui se contracte qu’une question de degrés.