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CHAPITRE VI. SECRETIONS

des radicules originaires des veines sus-hépatiques. 11 faut, pour compléter la constitution du lobule, ajouter par la pensée à la figure 109 le réseau vasculaire sanguin (veine porte, artère hépatique), qui n’est pas ici figuré, et dont les ramifications s’entre-croisent dans le lobule avec le réseau des canalicules. C’est dans les intervalles du réseau vasculaire sanguin et du réseau initial des conduits biliaires que se trouvent les cellules hépatiques. Ces cellules (voy. fig. 110, AA) jouent évidemment dans les fonctions du foie le rôle capital.

Le foie se distingue des autres glandes par la nature des sources où il puise les matériaux de sa sécrétion. Tandis que les autres organes glandulaires ne

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Fig. 109.

a, veines sus-hépatiques occupant le centre des lobules.

b, conduits biliaires.

c, tissu cellulaire interlobulaire.

d, masse centrale du lobule où les conduits biliaires ne

sont pas distinctement injectés.

Fig. 110.

A, A, cellules hépatiques.

B, B, coupe des conduits biliaires.

reçoivent que du sang artériel, le foie reçoit à la fois du sang artériel par l’artère hépatique, et du sang veineux parla veine porte.

Le sang qui arrive au foie par la veine porte vient de deux sources différentes. Une des branches de la veine porte amène au foie le sang de l’estomac et de l’intestin. L’autre branche conduit vers le foie le sang qui vient de la rate. Le premier de ces deux sangs charrie pendant l'absorption digestive une partie des produits absorbés de la digestion (voy. § 66). Le sang de la rate a subi dans sa constitution des modifications particulières (voy. § 192).

Nous avons indiqué précédemment d’une manière sommaire la composition de la bile (voy. § 50). Très légèrement alcaline avant son arrivée dans la vésicule, peu odorante, colorée en jaune doré légèrement verdâtre, la bile se concentre par son séjour dans la vésicule, prend une odeur forte, devient plus alcaline, d’une saveur plus amère, prend une consistance visqueuse et une couleur vert foncé. Aussi, la bile est beaucoup plus chargée en matières fixes quand on la prend dans la vésicule que quand on peut la recueillir au sortir du foie (dans les cas de fistule biliaire par exemple). Tandis, en effet, que la bile fraîche qui sort du foie ne contient pas plus de 20 à 25 parties pour 1000 de résidu fixe, la bile prise dans la vésicule contient de 100 à 180 parties de résidu fixe pour 1000.

Essentiellement composée de deux acides organiques, l’acide glycocholique et l’acide taurocholique unis à la soude (glycocbolates et taurocholates); de

matières colorantes qu’on peut ramener à deux, la biliverdine et la bilirubine ; de cholestérine, de matières grasses neutres et de sels, la bile présente une composition assez variable relativement à la proportion de ses éléments.

C’est ainsi, par exemple, que sur un homme vigoureux, relativement bien portant, atteint d’une fistule biliaire, récemment observé par M. Jacobson, dans le liquide clair, jaune et qui s’échappait par la fistule, on trouvait toujours des glycocholates alcalins, mais parfois une absence à peu près complète de taurocholates. En examinant la bile d’un grand nombre de sujets morts de maladie, M. Jacobson s’est également assuré que les rapports entre l’acide glycocholique et l’acide taurocholique sont extrêmement variables; que l’acide glycocholique est toujours présent, tandis que l’acide taurocholique est souvent absent. Le même fait peut être observé sur les animaux1.

M. Hammarsten a trouvé dans la bile d’un supplicié (c’est-à-dire chezl’homme normal) recueillie dans la vésicule biliaire, à la fois du glycocholate et du taurocholate de soude. Le premier était beaucoup plus abondant que le second, c’est-à-dire dans la proportion de 8 à 1.

Les matières colorantes de la bile ont été particulièrement étudiées par M. Maly. La plus importante d’entre elles, et probablement la seule, est la bilirubine. La biliverdine paraît n’être que la bilirubine oxydée (c’est-à-dire de la bilirubine plus un atome d’oxygène) 2. La bile de bœuf est particulièrement propre à l’étude de la matière colorante fondamentale : la bilirubine. C’est également la bilirubine qu’a retrouvée M. Hammarsten dans la bile d’un supplicié (avec des traces d’une matière colorante qu’on retrouve dans l’urine, l’urobiline, matière qu’on peut considérer comme un produit d’oxydation de la bilirubine).

La matière colorante fondamentale de la bile paraît dériver de la matière colorante du sang, c’est-à-dire de l’hématine (qui vient de l’hémoglobine).

Voici quelques expériences qui tendent à établir cette filiation. MM. Naunyn et Nasse introduisent dans l’estomac des chiens à jeun de grandes quantités de sang défibriné et étendu d’eau (c’est-à-dire la substance du globule ou l’hémoglobine dissoute dans l’eau), et ils trouvent dans l’urine (non pas le premier jour, mais le deuxième et le troisième jour) la matière colorante fondamentale de la bile à l’état de bilirubine ou d’urobiline. M. de Tarchanoff, au lieu d’introduire le sang défibriné ou la dissolution d’hémoglobine dans l’estomac, injecte cette dissolution dans la veine jugulaire des chiens (ou bien il y injecte de l’eau distillée qui a pour effet de dissoudre une certaine proportion des globules du sang de l’animal), et il trouve dans l’urine les matières colorantes de la bile. Dans d’autres expériences entreprises sur un chien à fistule biliaire permanente, il constate aussi que l’injection d’une dissolution d’hémoglobine dans les veines est suivie d’un accroissement notable des matières colorantes de la bile qui coule par l’ouverture fistuleuse. Les acides biliaires ne semblaient pas d’ailleurs modifiés dans leurs proportions. De plus, lorsqu’on injectait dans les vaisseaux du chien à fistule biliaire une dissolution

1 M- G- Hüfner a récemment indiqué un procédé facile et rapide pour la préparation de l'acide glycocholique, le seul des deux acides biliaires qu’on puisse obtenir cristallisé. On prend, au moment où on vient d’abattre le bœuf (dans l’abattoir même), la bile de la vésicule, on la place dans une longue éprouvette à pied, on la recouvre d’éther et on y ajoute 5 pour 100 en volume d’acide chlorhydrique concentré. On obtient ainsi une masse cristalline qu’il suffit de laver.

2 La biliprasine n’est qu’un dérivé de la biliverdine ; la bilifuscine n’est qu’un dérivé de la bilirubine.

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