CHAPITRE I. DIGESTION
La gomme et la pectine, analogues par leur constitution chimique avec les matières amylacées, sont-elles transformées en glycose par la digestion intestinale, ou absorbées en nature? On l’ignore. On sait seulement que la salive et le suc gastrique n’exercent point sur elles d’action chimique et qu’elles ne disparaissent en partie que dans leur parcours intestinal h
Lorsqu’à l’exemple de M. Bernard, on recueille le liquide contenu dans la partie supérieure de l’intestin grêle, on constate que ce liquide mixte, composé de bile, de suc pancréatique et de suc intestinal, possède toutes les propriétés digestives réunies. Ce liquide digère les matières albuminoïdes et les matières féculentes, et émulsionne les matières grasses. Cela n’a rien de surprenant, si l’on veut bien se rappeler le rôle qu’exerce chacun des sucs digestifs pris isolément.
En résumé, les phénomènes chimiques de la digestion dans l’intestin grêle consistent dans l’émulsion des matières grasses, dans la métamorphose des aliments féculents en dextrine et en glycose, dans la dissolution des matières albuminoïdes non encore dissoutes par le suc gastrique, dans la transformation du sucre de canne en glycose, dans la formation de petites proportions d’acide lactique et d’acide acétique aux dépens d’une partie de la glycose déjà formée, dans la formation accidentelle de l’acide butyrique.
On a souvent désigné sous le nom de chyle la bouillie, alimentaire engagée dans l’intestin grêle; il est aisé de voir, d'après ce que nous venons de dire, que cette masse est très-composée. Elle ne diffère de la bouillie stomacale ou du chyme que par la disparition de certaines parties déjà absorbées, et par l’addition de la bile, du suc pancréatique et du suc intestinal.
Si l’on ne devait donner le nom de chyle qu’à cette portion du produit de la digestion qui s’engagera par la voie des chylifères , il est certain que les progrès de la science ont singulièrement restreint la signification du mot chyle. Autrefois on pensait que la somme totale des produits absorbés de la digestion passait par la voie des chylifères. Mais il est constant qu’il n’y a qu’une partie des produits digérés qui passe par cet ordre de vaisseaux; une autre partie passe par les veines (§§ 66 et 75).
La bouillie alimentaire parvenue dans l’intestin se colore ordinairement en jaune, à cause de la bile. Lorsque la quantité des matières grasses ingérées est très-abondante, l’émulsion qu’elles forment avec les liquides de l’intestin grêle domine et donne à la masse entière un aspect blanc et crémeux. Cette bouillie blanche ressemble au liquide qui circule dans les chylifères ; mais elle contient tous les autres produits de la digestion, et aussi les substances réfractaires à la digestion, le tout masqué par l’émulsion 1 2.
1 Lorsqu’on faisait avaler de la gomme à la femme observée par M. Busch (§ 53), cette substance s’écoulait inaltérée par l'orifice supérieur de la fistule, presque en totalité (Voy. aussi note, page 138).
2 La muqueuse de l’intestin paraît être le plus large des émonctoires pour les substances virulentes introduites dans l’économie, par quelque voie que ce soit, et charriées par le torrent circulatoire.
MM. Quaglino et Manzolini ont fait un grand nombre d’expériences, d’où il résulte que la diarrhée éliminatoire (efficace ou non) est un phénomène à peu près constant, après l’introduction de diverses substances septiques injectées dans les veines des animaux.
Les matières, quelles qu’elles soient, des maladies à caractère typhique, se portent, comme l'on sait, sur les glandes intestinales, qui deviennent le siège d’altérations pathologiques caractéristiques. L’exfoliation épithéliale et le flux de la muqueuse intestinale, dans le choléra, semblent être aussi les indices d’un travail éliminatoire du même genre. Tout concourt à prouver que le
ARTICLE IV