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LA SPHÈRE AUDITIVE

nouveau-nés, entraîne la dégénération de toutes les voies acoustiques intra-encéphaliques que nous avons indiquées. Inversement il a été constaté que la destruction du lobe temporal (expériences sur le chat, le chien, le lapin) amène la dégénération du corps genouillé interne et une légère atrophie simple dans le bras du tubercule quadrijumeau postérieur et peutêtre aussi dans ce dernier.

2° La terminaison dans l’écorce cérébrale des voies

auditives.

Nous venons de dire que les voies auditives se terminent dans le lobe temporal.

La large destruction de l’écorce de cette région (expériences sur le chien, sur le singe, etc.) entraîne la surdité du côté opposé. Cette surdité n’est que temporaire: elle est définitive si on enlève les deux lobes temporaux. — L’ablation de l’oreille chez l’animal nouveau-né (expériences sur le chien, sur le lapin) est suivie de l'atrophie de la région temporale. Et l’on a trouvé quelquefois sur des cerveaux de sourds-muets une atrophie de la circonvolution temporale supérieure, surtout à gauche.

Chez l'homme, quand la lésion porte exclusivement sur l’écorce temporale, le sujet continue à recevoir des impressions sonores et à y réagir par des mouvements appropriés; mais il est sourd psychiquement. Qu’entend-on par là? en quoi consiste cette distinction contre la surdité cérébrale et

surcRlé psychique (IL Mlnk)?' La première consiste dans la perte des impressions auditives; une interruption sur leur trajet en supprime l’arrivée à l’écorce; par suite la sensation ne peut plus se produire. Au contraire, les sujets atteints de surdité psychique entendent encore les sons et les bruits, mais ils ne savent plus rapporter tous ceux-ci à leur cause productrice; ils ne comprennent plus le sens des sons; entendant une cloche, ils sont incapables de reconnaître ce son spécial.

La dissociation pathologique peut encore aller plus loin. Il y a des cas où c’est seulement la reconnaissance des mots parlés qui est supprimée. Dans ces cas les sujets peuvent parler, lire et écrire ; mais l’audition des mots n’éveille plus en eux les idées correspondantes aux mots; ceux-ci sont pour eux comme s’ils les entendaient pour la première fois * ; leur cerveau ne possède plus aucune image auditive des mots. C’est là la surdité verbale.

11 y a donc trois sortes de surdité: la cérébrale, la psychique et la verbale, correspondant à la perte do l’audition proprement dite, à la perte do l’audition des choses ou des objets et enfin à la perte de l’audition des mots. Chacune de ces formes de l’audition peut en effet être troublée isolément. C’est que les opérations cérébrales succédant aux impressions de

1. «Le mai.nde, dont l’acuité auditive est normale..., ressemble à un individu transporté dans un pays étranger, dont il ne comprend pas la langue. Les mots frappent son oreille comme sons différenciés, nuancés, mais non comme représentant des idées • (J. Dejkiune, Sémiologie du système nerveux, in Traité de pathologie générale, par Cii. Douchard, Paris, igoi, t. V. p. 4o5).

l’ouïe sont de trois ordres, consistaxil : 1“ en la sensation auditive qun nous donne les caractères généraux du son; 2° en la perception du sont en tant que son spécial, éveillant l'idée d’un objet donné (c’est là l’audition dite des objets ou des choses) ; et 3° en la perception de ces sons spéciaux, les mots, que nous avons appris à associer aux iclées des objets et qui les éveillent ininiédiatemerit dans notre esprit. Prenons l’exemple de la cloche qui résonne : nous entendons des vibrations, nous distinguons des sons ; c’est Vaudition brute. Mais nous percevons aussi ces sons comme spéciaux, produits, non pas par un corps quelconque, mais par un objet que nous avons appris à reconnaître comme étant une cloche,^ et même souvent telle ou telle cloche ; c’est là Vaudition de choses ou d’objets. Enfin cette idée de cloche peut être éveillée dans notre esprit non plus par le son de l’objet, mais par celui du mot conventionnel que nous avons apju'is à associer à l’idée de l’objet; et c’est là Vaudition des mots ou verbale.

Dans la surdité verbale, la lésion se trouve à la partie postérieure des première et deuxième circonvolutions temporales gauches. Là est donc localisé le centre des images auditives des mots ou centre de Wernicke.CXxQZ le gaucher, ce centre est situé à droite.

La surdité verbale est une des formes de Vaphasie, ou perte du langage ou, plus exactement, perte de la mémoire des signes au moyen desquels les hommes communiquent les uns avec les autres.

« Comme la faculté d’échanger nos idées avec nos semblables suppose deux actes : l’acte de comprendre ces idées et celui de les exprimer, on peut d’emblée diviser les aphasies en deux grandes classes : les aphasies de compréhension ou aphasies sensorielles et les aphasies d'expression ou aphasies motrices » (J. Dejerine, loc. cit., p. 391). C’est au célèbre neuropathologiste allemand Werxicke (1874) que l’on doit cette distinction ; et l’on voit que la surdité verbale est une aphasie sensorielle. C’est Kussmaul^ qui, en 1876, l’a séparée delà cécité verbale que nous décrirons plus loin et lui a donné son nom.

On a vu que les centres de la sensibilité cutanée sont en même temps des centres moteurs. 11 en va de même pour la zone auditive.

L’excitation électrique de l’écorce temporale, chez les animaux, donne lieu à des mouvements associés des oreilles, dos yeux et de la tête, tels que redressement du pavillon, ouverture des yeux, dilatation de la pupille, rotation de la tête. Ce sont exactement les mouvements qui se produisent quand l'animal se dispose à écouter (mouvements d’attention), mouvements adaptés et liés à la fonction sensorielle 2 (voy. p. 837 et 849).

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