I. — LA PHYSIOLOGIE ET LES FAITS PHYSIOLOGIQUES
La Biologie est la science des êtres vivants; elle se divise en deux grandes branches principales: V Anatomie, qui a pour objet l’étude de la forme, des rapports et de la constitulion des organes et des tissus de ces êtres ; la Physiologie qui a pour l’objet l’étude des pro- ; priétés de ces tissus et des fonctions de ces organes.
' Les faits physiologiques ont été longtemps regardés comme des
i phénomènes soustraits à l’empire des lois physico-chimiques, dirigés
! et commandés par des causes impossibles à saisir et à localiser, étant
;! immatérielles, indépendantes du substratum organique qu’elles ré-
' gissent. Ces causes étaient désignées sous le terme générique de
principe vital, esprit, âme physiologique ou archée. Avec et depuis Lavoisier la chimie moderne a montré que les phénomènes qui se passent dans les êtres vivants sont d’ordre physico-chimique, identiques à ceux que présentent les corps bruts ; ainsi les phéj nomènes de la respiration, de la production de la chaleur animale ont
I pu être identifiés aux combustions qui se passent dans nos foyers.
I 1. Chimiste et physiologiste français (1743-1794). Par sa découverte de la consti-
tution de l’air atmosphérique et sa théorie de la combustion, il fut amené à étudier la respiration pulmonaire qu’il a, le premier, assimilée à une combustion. Il avait été fermier général et c’est pour cette raison que, le 8 mai i794> il fut malheureusement envoyé à l’échafaud par le Tribunal révolutionnaire.
Gley. — Physiologie. t
GÉNÉRALITÉS SUR LA PHYSIOLOGIE
Ce n’est pas à dire que la physique et la chimie sont à même dès maintenant d’expliquer tous les phénomènes que présentent les êtres vivants; mais du moins ces sciences nous permettent, grâce à leurs moyens d’investigation puissants et précis, de saisir et de localiser ces phénomènes, de les rattacher à un substratum organique, et nous dispensent d’invoquer l’existence d’un principe indépendant des formes organiques dans lesquelles il se manifesterait, immatériel et doué d’un mode propre et spécial d’activité.
C’est au commencement du xix« siècle que Xavier Bichat^ énonça le premier nettement cette idée, « qu’on ne saurait chercher la cause des phénomènes qui se passent dans la matière vivante, ailleurs que dans les propriétés de cette matière même ® », et non dans l’activité mystérieuse d’un principe d’ordre supérieur. Bichat, fondateur de V Anatomie générale, créateur de la science des tissus, devait être amené à considérer les phénomènes vitaux comme résultant des activités particulières des tissus. Ace point de vue, il fait prévoir la physiologie cellulaire. Il retombe cependant, lorsqu’il s’agit de définir les propriétés de ces tissus, dans une hypothèse vitaliste, puisqu’il pose en principe que les propriétés vitales sont absolument opposées aux propriétés physiques ; la vie est à ses yeux une lutte entre des actions opposés; les unes, les actions vitales, conservent le corps vivant en entravant les autres, les actions physico-chimiques, qui tendent à le détruire. La mort est le triomphe des propriétés physiques sur leurs antagonistes. Bichat résumait ses idées dans la définition suivante de la vie : La vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort-, ce qui signifiait pour lui : La vie est l’ensemble des propriétés vitales qui résistent aux propriétés physiques.
L'œuvre de Mage.xdie^ fut une réaction contre la doctrine de Bichat. Magendie s’appliqua àl’étudedes phénomènes pliysico- chimiques des êtres vivants, cherchant à ramener à de tels phénomènes les actes dits vitaux, Il fut aussi un grand physiologiste, parce que, grâce à sesetforts, la méthode expérimentaledevintdéfinitiveraent la méthode essentielle de la physiologie.
Mais c’est surtout à Claude Bernard* que la physiologie est redevable
1. Anatomiste français (1771-1802); son Traité d’anatomie générale a créé la science qui traite des tissus et qu'on nomme aujourd'hui Histologie. Il a fait faire les plus grands progrès à l’anatomie, à la physiologie et à la médecine, malgré sa mort prématurée à trente et un ans. Il a attaché son nom à plusieurs découvertes d’anatomie descriptive (canal de Bichat, grande fente cérébrale de Bichat, dans l’encéphale).
2. E. Gley, art. Irritabilité du Dicl. encyclopédique des sc. médicales, t. XVI, 1889, p. 471, et Essais de philosophie et d'histoire de la biologie, Paris, 1900, p. 10.
3. Physiologiste français (i783-i855), professeur de médecine au Collège de France, médecin de l'Hôtel-Dieu, célèbre par l’impulsion qu’il a donnée aux recherches expérimentales ; outre sa découverte fondamentale sur les propriétés des racines des nerfs rachidiens, il étudia les fonctions de l’encéphale et des nerfs crâniens, la circulation, l’absorption, etc. Claude Bernard fut son préparateur.
4. Physiologiste français (1813-1878), professeur de médecine au Collège de France, professeur de physiologie générale à la Sorbonne d’abord, puis au Muséum d’histoire naturelle. Il a été le fondateur de la phv-