‹ Traité élémentaire de physiqueChapitre 38 sur 75 · RÉFLEXIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS GÉNÉRALES

Faxe^ et qu'on les superpose de manière que leurs axes se croisent à angle droit, on obtient quatre systèmes de lignes courbes situées dans les quatre régions d'une grande croix, vers le centre de laquelle toutes ces courbes tournent leurs convexités.

Enfin, c'est encore à l'action mutuelle des rayons polarisés qu'il faut rapporter les phénomènes de coloration que présentent les verres trempes.

Ces verres sont des verres que Ton a fait chauffer jusqu'aii rouge, et que l'on trempe ensuite subitement dans l'eau froide. Supposons donc que l'on introduise dans une chambre obscure un large faisceau de rayons du soleil, réfléchis par une glace sous rincidence de 35^ \. Ce faisceau sera polarisé. Présentons ensuite à ce faisceau un verre trempé, et après qu'il l'aura traversé recevons-le sur une lentille qui le concentre en son foyer. Enfin, plaçons une tourmaline à ce foyer, et nous verrons se peindre sur le tableau que je suppose à quelques pieds de cette tourmaline, des nuances de diverses couleurs et de formes ordinairement trèsr^ulières ; la fig. 374 représente une de ces apparences.

On ne peut expliquer ces phénomènes qu'en admettant que le verre, par l'opération de la trempe, devient biréfringent.

Obsen^alion. — En terminant le chapitre précédent, nous avons eu occasion de remarquer que l'on ne connaît absolument aucune explication pour certains phénomènes, et que Ton est arrêté par les difficultés que présentent souvent les expériences qu'il faudrait faire pour s'éclairer. Nous pouvons maintenant voir quelle est l'incertitude de notre science dans les cas où l'on croit savoir expUquer les phénomènes, aussi bien que l'incertitude des expériences qui conduisent à ces explications. Ainsi, depuis Newton, l'explication des phénomènes de la lumière, par le système de l'émission, était universellement adoptée, et au commencement de ce siècle on regardait ce système comme approchant beaucoup d'avoir enfin atteint le plus haut degré de probabilité que l'on peut désirer dans un système. On voit en effet, dans le grand traité de physique de M. Biot, que ce système semblait même n'être pas un système proprement dit, mais être seulement la simple etpure expression des phénomènes de lumière, tant avaient été multipUées et heureuses les épreuves d'expériences par lesquelles avait passé le système dont il s'agit. Mais précisément au même temps, c'est-à-dire en 1816, où se pubUait ce grand ouvrage de M. Biot qui semblait devoir assurer l'immortalité à la doctrine de Newton, commencèrent les travaux de M. Fresnel, qui, après^avoir ébranlé fortement toute la théorie du philosophe

anglais, prirent un tel développement dans les années suirantes, qu'ils ont enfin porté à cette théorie un coup dont il ne paraît pas qu'elle puisse jamais se relever.

C'est au point qu'aujourd'hui cette théorie, généralement abandonnée, a été remplacée partout par celle des ondulations.

Cette révolution dans les idées n'est pas la seule qu'on ait vue en physique ; ainsi, la théorie des aimants par deux fluides ma* gnétiques, telle que Coulomb l'a conçue, était avant ces derniers temps dans le même casque le système de l'émission de Newton; tout semblait promettre à cette théorie une existence de plus en plus inébranlable, tant elle représentait avec exactitude et sim* plicité les faits connus. Mais aujourd'hui la théorie de M. Ampère prévaut de plus en plus, et sera bientôt la seule suivie.

Nous pourrions encore citer d'autres exemples, mais ce qui précède suffit pour montrer combien on aurait tort de s'entêter pour une théorie quelconque en physique ; on doit prendre celle qui parait la plus probable, et en tirer tout le parti possible pour lier les faits connus entre eux. Quant aux faits inconnus que le calcul ou le raisonnement semblerait déduire de cette théorie, on ne doit jamiais les admettre en définitive qu'autant qu'ils ont été constatés par l'expérience : c'est aussi la marche suivie par tous ceux qui s'occupent de science aujourd'hui ; et c'est un pas immense de fait pour la science que d'avoir ainsi appris à douter. Mais si l'on était d'accord avec soi-même, la religion devrait avoir aussi gagné immensément à ce sentiment aujourd'hui inévitable ' de l'incertitude des sciences profanes.

Ainsi, c'est une chose admise maintenant par tout le monde, que dans ces sciences les doctrines changent et doivent changer, et ne peuvent jamais reposer que sur des systèmes plus ou moins probables, mais dénués pourtant de certitude proprement dite. Tandis que la religion est sûre de ce qu'elle avance, puisqu'elle le tient de Dieu.

Or, il serait assurément bien déraisonnable de rester ou de paraître indécis entre un dogme qui vient de Dieu, la plénitude de toutes lumières, et le dogme opposé que nous proposerait, avec son incertitude ordinaire, une science aussi environnée de ténèbres et d'obscurités que la science des phénomènes de la matière et des forces. Ainsi, lorsqu'il se présente quelque induction dans les sciences physiques qui paraît contrarier quelque vérité de foi dans la religion, ce devrait en être assez pour regarder comme fausse cette induction, et on devrait ne plus s'en occuper, à moins que ce ne soit pour en chercher par l'expérience,

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ou la fausseté, ou rexplication propre à faire disparaître toute la contradiction qui semblait exister.

Ce n'est pourtant pas tout à fait là ce qui se fait toujours ; il est bien vrai que, soit par cette habitude d'une extrême réseryedont nous avons parlé sur la fin du chapitre précédent, soit peut-étre aussi à cause des fréquents mécomptes essuyés par ceux qui ont voulu attaquer la religion, il est rare aujourd'hui de voir dans les écrits des savants une attaque directe contre nos dogmes sacrés. ^Néanmoins, le silence étonnant que l'on garde quelquefois sur ces dogmes, dans des passages qui leur ^ sont plus ou moins opposés, pourrait être plus dangereux qu'une attaque directe pour des jeunes gens qui ne sont pas sur leurs gardes. Ce silence est tout à fait inexcusable, car, dans des passages de l'espèce de ceux que nous venons de dire, il est certain qu'un chrétien, et ee serait une honte à un homme éclairé de ne l'être pas, ne peut être en aucune manière dispensé de donner tous les développements nécessaires pour prémunir son lecteur, pour s'expliquer nettement, pour ne laisser rien de louche, ni aucune apparence d'hésitation entre quelque dogme de notre foi et un dogme opposé.

D'un autre côté, je voudrais aussi que l'on ne fût pas trop prompt à s'alarmer dès les premières indications des moindres choses qui paraissent opposées à la religion. Sans doute qu'il ne faut pas les laisser passer avec indifférence ; mais avant de les attaquer avec toute la chaleur que mériterait une véritable impiété, il faudrait voir si de fait les points qui paraissent attaqués sont de foi, ou, sans être de foi, sont aussi fondamentaux et essentiels dans la religion qu'on le pense ; et dès que ce sont des points que l'on peut céder, il faut le dire positivement pour bien mettre la question dans son véritable état, et puis, après cela, soutenir, si on le veut, ces mêmes points, mais comme on soutient un senti*> ment par cela seul qu'il' paraît plus probable, ou, si Ton veut, parce qu'on le croit tout à fait vrai, quoique pas d'obligatioj#. JDu moins il me semblerait tout à fait déplacé de mettre dans une pareille question la même chaleur, la même vivacité et la même opiniâtreté à refuser d'entendre à aucun tempérament que s'il s'agissait d'un arttdle de foi qu'on devrait garantir d^ toute atteinte au péril même de sa vie.

Cela serait d'autant plus déplacé dans le cas dont il s'agit, qu*on doit toujours supposer dans un auteur où de pareilles inductions scientifiques seraient énoncées, l'aveu au moins implicite de l'incertitude inséparable des sciences physiques. Cette in*

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certitude est si bien sentie des savants, au moins pour tout ce qui est théorie, que l'on Toit dans plusieurs écrits^ et cela est même à peu près général, un soin presque affecté de ne dire que des faits et de laisser de côté toute théorie. Or, c'est assurément là un excès ; car, en premier lieu, bien qu'il faille être en garde contre les théories, cependant sans elles il n'y aurçdt réellement plus de science, et tout impossible qu'il nous est de pouvoir répondre de ces théories, cependant nous pouvons souvent, en suivant leurs indications, découvrir des phénomènes et des propriétés de la matière que nous n'aurions jamais soupçonnés sans elle : c'est ce que montrent bien toutes les belles découvertes de M. Fresnel.

En second lieu, c'est que, comme nous l'avons annoncé en commençant ces réflexions, les expériences elles-mêmes ont aussi leur incertitude; c est ce que fait assez comprendre ce qui a été dit de l'imperfection inévitable de toute expérience à la fin du chapitre précédent, et c'est même ce dont on a eu des exemples. Ainsi, NewtTon, et longtemps après lui les savants ont cru que la dispersion était proportionnelle à la réfraction : or, en cela, Newton croyait bien n'énoncer qu'un fait ; et il n*avait établi cette proposition qu'après airoir fait l'expérience. Mais ce grand observateur, malgré toute son habileté, avait été induit en erreur par son expérience.

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