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CHAMP VISUEL

412. Du champ visuel. — Lorsque nous maintenons invariable la direction de l'axe visuel de l'un de nos yeux, l'autre étant couvert, nous voyons, en outre du point dont l'image se forme sur la macula, les objets qui environnent le point visé jusqu'à une certaine distance et dont les images viennent se peindre sur les parties périphériques de la rétine.

^ On appelle champ visuel l'ensemble des points de l'espace, d'ailleurs convenablement éclairés, que nous percevons lorsque la direction de l'axe visuel est fixe et invariable.

Le champ visuel peut être étudié, au point de vue de son étendue, relativement à la perception de la lumière, de la forme des objete ou des couleurs. Nous avons déjà fait connaître brièvement dans leChap. VIII (§ 402) comment étaient réparties dans les diverses réglons delà rétine les sensibilités lumineuse, visuelle et chromatique; nous ne reviendrons pas sur ce sujet et nous indiquerons seulement ici quelle est l'étendue normale du champ visuel, par quels procédés on trouve, dans tous les cas normaux ou pathologiques, les limites de ce champ et comment on les représente graphiquement. Ces limites sont d'ailleurs différentes pour la lumière blanche et pour chacune des radiations simples ; elles varleat en

outre notablement dans certaines affections de l'organe de la vision. Aussi la considération du champ visuel est-elle importante non seulement au point de vue physiologique, mais encore par les reaseignements qu'elle peut fournir à la clinique.

413. Représentation graphique du champ visuel. — Imaginons que l'œil dont on veut mesurer le champ visuel soit au centre d'une sphère sur laquelle on marquera les points extrêmes qui sont encore perçus dans les divers méridiens que l'on peut mener par l'axe visuel maintenu horizontal. Supposons en outre que l'on projette ces points sur le plan tangent à la sphère perpendiculaire à l'axe visuel, c'est-à-dire que l'on joigne le centre de la sphère à tous ces points et que l'on prolonge ces lignes jusqu'à leur rencontre avec le plan tangent ; il suffira de joindre par un trait continu les divers points du plan tangent, obtenus comme nous

Haiçt.

Pig. 289. — Représentation graphique du champ visuel-

venons de le dire, pour avoir une représentation graphique dui champ visuel.

Ce mode de représentation, que l'on adopte lorsque l'onfaiti usage des campimètres que nous décrirons ci-dessous, présente:

GAMPIMÈTRES ET PÉRIMÈTRES. 741

uQ inconvénient. Le champ visuel normal, en effet, s'étend, dans diverses directions du côté externe de l'œil, jusqu'à 90° et môme au delà par rapport à l'axe visuel ; ses limites ne peuvent donc être marquées sur le pian tangent dont les dimensions matérielles ^ont forcément restreintes.

Aussi adopte-t-on généralement pour centre de projection, non !e centre de la sphère comme dans le mode de représentation précédent, mais un point plus éloigné du plan tangent. On choisit généralement pour centre de projection le point situé, sur le rayon perpendiculaire au plan tangent, à une distance 1.7r au delà du centre, r étant le rayqn de la sphère. Dans ces conditions, il est facile de démontrer que les projections sur le plau tangent d'arcs

e méridiens égaux sont égales entre elles. En traçant donc, sur une feuille de papier (Qg. 289), des circonférences concentriques 'ont les rayons croissent de quantités égales, ces circonférences ■oront les projections sur le plan tangent des circonférences des petits cercles, parallèles à ce plan, qui interceptent entre elles des arcs égaux de méridien.

414. Campimètres etpérimètres.— -On appelle campimètre UQ tableau noir vertical sur lequel sont tracées des droites qui font intre elles des angles égaux et aboutissent toutes au centre du tableau où se trouve un point brillant qui sert d'objet de fixation. Un support, réuni au campimètre, permet au sujet d'appuyer le menton pour maintenir la tête fixe; l'œil, dont on va déterminer le

hamp visuel, doit d'ailleurs être situé sur la perpendiculaire au

ableau menée par le centre de celui-ci et regarder ce centre. Eu Joignant progressivement un carré de papier blanc ou coloré sur chacune des directions rectilignes du tableau, on détermine la limite du champ visuel pour chacun des méridiens de l'œil; il suffit

e joindre alors les divers points, ainsi trouvés, par une ligne continue pour avoir la projection de l'étendue de ce champ. . ,., Avec les périmètres, on fait déplacer l'objet, au moyen duquel

Il détermine les limites du champ visuel, sur une sphère dont l'oeil

'xupe le centre, La sphère n'est généralement représentée que par une demi-circonférence (périmètre de Laudolt) ou un quart

0 circonférence (périmètre de Badal) de méridien. Afin de pou- ■ oir explorer successivement les divers méridiens de l'œil, cette liortioQ de circouférence est d'ailleiirs mojiile autour d'un diamè-

Il . É I . i . . I . .! • . r i ; ■ - i ; . . . ) .... :

ire horizontal de la spbère à laquelle elle appartient, diamètrf suivant lequel l'axe visuel de l'œil exaniiné est maintenu dirigt grâce à un objet brillant situé sur cette direction.

La figure 290 représente le périmètre de Landolt. En E

Fig. 290. ~ Périmètre de Landolt.

trouve un support pour le menton ; au milieu de l'arc du méridien gradué existe l'objet de fixation 0 qui se détache en gris sur lî figure, et en AB est représenté le curseur muni en son centre carré de papier blanc ou coloré qui sert à déterminer les limitât du champ visuel.

Le périmètre de Badal (fig. 291) est constitué par un tuM cylindrique que l'on dirige vers une surface éclairée ; l'œil soumis h l'exameu doit regarder cette surface de manière à ce que sod

CAMPIMÈTRES ET PÉRIMÈTRES. 743 axe visuel coïQcide avec l'axe du tube. La moitié antérieure de ce tube (partie droite de la figure) présente une fente le long de 1 une de ses génératrices et l'arc de méridien muni d'une graduation, le

Fig. 291 . — Périmètre de Badal.

long duquel se déplace l'objet qui doit être perçu par les parties périphériques de la rétine, se trouve toujours dans le plan déterminé par la fente et par l'axe du tube cylindrique ; pour réaliser cette condition, la partie antérieure du tube est mobile et entraînée par le mouvement de l'arc de méridien.

Les limites du champ visuel, déterminées au moyen des périmètres, sont reportées, pour chaque méridien, sur un dessin semblable à la figure 289. En réunissant par un trait continu les points extrêmes de la vision périphérique dans les divers méridiens, on a la limite du champ visuel ; on obtient ainsi des courbes analogues à celles de cette môme figure 289.

Ces périmètres présentent tous un même inconvénient. L'éclairement de l'objet à voir diminue à mesure que cet objet s'éloigne de l'axft visuel ; cet éclairement est en effet celui que fournil la lumière

du jour qui arrive par une fenêtre à laquelle le sujet tourne le dos En outre, les couleurs des carrés de papier employés ne sont pas des couleurs spectrales pures, et leur constitution physique, pour des couleurs de môme nuance, peut être très variable. Malgré cela, les indications données par ces instruments sont suiïisantes pour les besoins cliniques.

415. Champ visuel normal. — Si aucun obstacle matériel n'existait qui puisse limiter le champ visuel, en joignant les divers points de la courbe limite de ce champ aux points nodaux de l'œil supposés confondus en un seul et prolongeant ces lignes jusqu'à la rencontre avec la rétine, on délimiterait ainsi l'étendue sur laquelle cet écran nerveux est sensible à la lumière. Mais ces obstacles matériels existent et sont constitués par la saillie du nez de l'orbite et des paupières.

D'autres causes exercent aussi une influence sur la position des limites du champ visuel ; ce sont, la distance de la pupille à la cornée, le diamètre de la pupille, i'état d'accommodation de l'œil, l'existence de telle ou telle anomaUe de la vision. C'est à ces causes diverses qu'il faut attribuer les différences individuelles que l'on constate dans l'étendue du champ visuel, lorsque ces différences ne peuvent être rapportées à aucune cause pathologique.

Les limites du champ visuel sont d'ailleurs différentes, chez une même personne, pour les diverses couleurs. A l'état normal, c'est le champ de la lumière blanche qui est le plus étendu ; puis viennent, par .ordre d'étendue décroissante, les champs des lumiè-: res bleue, jaune, orangée, rouge, verte et violette.

Les altérations pathologiques d'étendue du champ visuel peu^ vent porter sur tous les méridiens ou sur certaines régions limitées de ce champ (scotomes) ç les modifications peuvent de même s'étendre à toutes les couleurs ou seulement à certaines d'entre elles.

^416; — Punctum caecum. — Lorsqu'on explore un champ viéuél, d'ailleurs normal, on constate qu.'il existe toujours une région de l'espace qui n'est pas perçue par l'œil ; les images des objets situés dans cette région se forment donc sur une portion de la rétine qui n'est pas directement excitable par la lumière. Cette portion de la rétine, punctum cxcum ou tache aveugle de Mariette, n'est autre que la papille ou entrée du nerf optique dans lô globe oculaire.

PUNGTUM GiEGUM. 745

On s'assure de l'existence du punctum cascum au moyen de ['expérience de Mariotte. L'œil gauche étant fermé ou couvert, on place l'œil droit sur la perpendiculaire élevée au plan de la figure ■292 par la petite croix de gauche ; en déplaçant l'œil le long de rette perpendiculaire, on constate que pour une distance, variable

i-ig. 292. — Expérience de Mariotte.

vec les personnes mais voisine de 30 centim., le grand cercle anc de droite n'est pas perçu lorsqu'on regarde la croix[bIanche j gauche. ■ , . :

Il est facile de déterminer sur isoi-même la forme et rétendue, proportionnelle du punctum ca3cura. Pour cela. un œil étant exclu lie la vision, on fixe, avec l'autre, un point marqué sur une feuille 'c papier blanc, et l'on maintient la tête immobile. On déplace alors i pointe d'un crayon ou d'une plume à une petite distance de ii\ uille dans la région du punctum ceecum et l'on marque les diverpositions occupées par la pointe chaque fois qu'on cesse de l'aper^ i'evoir, c'est-à-dire chaque fois que son image entre dans la région (lu punctum cœcum. Le contour obtenu ainsi est la projection extérieure sur la feuille de papier de la tache aveugle delà rétine ; si l;i tète a été maintenue bien immobile, on peut reconnaître^ sur 1^ jQtour obtenu, les principaux troncs des vaisseaux qui émergent 'lu centre de la papille et suivre leur trajet jusqu'à une certaine istance des bords de celle-ci.

L'existence du punctum cascum établie, il y a lieu de se demander pourquoi nous ne percevons pas constamment un vide dans la région du champ visuel qui correspond à la papille, du moins lors

delà vision monoculaire. Pour concevoir que nous puissions ainsi combler cette lacune du champ visuel et percevoir celui-ci comme continu, à moins d'expériences du genre de celles dont il est question plus haui, remarquons que l'épanouissement du nerf optique dans la rétine met chacune de ses Dbres en communication, par son extrémité, avec les éléments directement excitables par la lumière. Par suite, lorsque l'œil est ouvert en face d'un champ lumineux illimité, chacune de ces fibres reçoit une excitation. Supposons alors, pour fixer les idées, que les diverses fibres du nerf optique aboutissent, dans le cerveau, sur une surface récep- • trice où s'opère la perception des objets extérieurs. Un vide ne peut être perçu dans le champ visuel que si aucune excitation n'est transmise à une portion déierminôe de cette surfaire réceptrice : : au contraire, dans le cas où chacune des fibres du nerf optique trans- • met une excitation, la perception s'opérera par toute l'étendue dei. la surface réceptrice, sans solution de continuité, et le champ visuel , devra nous apparaître comme continu.

Les expériences par lesquelles nous mettons en évidence l'cKis-tence du punctum caecum ne nous font pas percevoir, en réalité,: une solution de continuité dans le champ visuel; nous voyons; disparaître le disque blanc de la figure 293 ou la pointe du crayoni que nous déplaçons sur la feuille de papier, et nous concluons à; l'existence du punctum caecum par la connaissance acquise d' abords de l'existence de la pointe du crayon ou du disque blanc ; mais ilii n'en résulte pas la perception d'une solution de continuité. Cette.: région du champ visuel n'existe pas pour nous puisqu'elle ne peut donner lieu à aucune sensation; or si nous la percevions; comme lacune du champ, ce fait serait le résultat d'une sensation.!

Dans un champ visuel formé d'objets différents, certains d'entre^ eux ou certaines portions d'entre eux doivent également passer^ inaperçus. Si nous n'avons pas conscience de cette absence dd perception, tandis que nous en avons conscience dans les expériences citées plus haut, cela tient à plusieurs causes. En effet,: lors de la vision binoculaire, tout d'abord, on comprend sans peine que la région du champ de l'un des yeux qui correspond au punctum cœcum soit comblée par le champ de l'autre œil. De plus la perception des formes des objets est obtuse lorsqu'elle sefait par les parties périphériques de la rétine. En outre, jusqu'au

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