IV
Fig. 381. — Formes diverses de conrants induits.
avons fait remarquer que le courant d'induction changeait de sens pendant chaque intervalle de temps t après lequel la partie mobile repasse par la même position.
L'intensité de ce courant s'annule donc périodiquement et passe périodiquement aussi par un maximum ; dans le cas général, cette intensité sera continuellement variable et ses valeurs successives
pourront être représentées par une courbe analogue à la courbe I delà figure 381, les ordonnées positives et négatives (au-dessus et au-dessous de l'axe horizontal des temps) correspondant aux deux sens successifs du courant.
Si les courants sont redressés à l'extérieur de la bobine induite, les ordonnées seront toutes d'un môme côté de l'axe des temps, mais l'intensité continuera à être périodiquement variable, conformément aux variations des ordonnées de la courbe II de la même figure.
On peut toutefois obtenir un courant sensiblement constant dans une portion de circuit en y faisant superposer plusieurs courants induits redressés qui s'annulent chacun à des instants différents. La figure 381 représente en III l'intensité de deux courants induits redressés tels que l'intensité de l'un est nulle au moment où celle de l'autre est maxima. La même figure représente en IV l'intensité du courant résultant de la superposition des deux courants précédents; cette intensité n'est pas constante, mais elle n'est jamais nulle, et l'on conçoit que, par la superposition d'un plus grand nombre de courants induits s'annulant à des instants différents, on puisse obtenir un courant résultant sensiblement constant.
627. Induction d'un courant sur son propre circuit. — Un courant ne s'établit pas instantanément dans l'étendue du circuit
Fig. 382. — Dispositif pour produire automatiquemenl rextra-couraut et pour le recueillir.
qu'il doit traverser. Par suite, au moment de la fermeture d'un circuit qui comprend un électromoteur et une bobine, et avant que le?régime soit établi, l'intensité augmente progressivement pendant
INDUCTION. 1035
un temps très court daos chaque spire ; chacune de celles-ci doit en conséquence développer, dans les ^spires voisines, un courant induit inverse du courant de l'électromoteur. L'intensité de ce dernier courant est donc, pendant cette période d'établissement, plus petite qu'elle ne serait si aucun courant induit ne prenait naissance.
On donne le nom de self-induction à cette induction d'un courant sur son propre circuit, et le courant induit qui prend naissance dans les conditions que nous venons d'indiquer est appelé extracourant de fermeture.
Un phénomène analogue de self-induction se produit à l'ouverture du circuit ; mais le courant induit, ou extra-courant de rup-
Fig. 383.— Machine de Clarke.
ture, qui prend alors naissance, est direct ; ce courant s'ajoute donc au courant inducteur, dont l'intensité est ainsi renforcée. La figure 382 représente la disposition grâce à laquelle on peut
recueillir l'extra-courant de rupture. Le circuit de la pile A est fermé grâce au contact d'une vis n' avec un ressort D qui porte à son extrémité une masse de fer doux E ; en outre, la bobine B est munie d'une masse de fer doux 0. Lorsque le courant de la pile traverse la bobine B, le fer doux 0 s'aimante et attire la masse E, ce qui rompt le circuit en D ; mais le circuit dérivé n"PN,doDtfait partie la bobine B, reste fermé et est traversé par l'extra-courant de rupture.
628. Appareils d'induction. — Les appareils qui fournissent les courants induits sont appelés machines magnéto-électriques, lorsque l'inducteur est un aimant, et machines dynamo-électriques, lorsque l'inducteur est un électro-aimant; on appelle encore bobi-
Fig. 384. — Enroulement dn fil des bobines et sens du courant résultant dans la machine de Clarke(Drincourt, P/ij/sigwe).
nés d'induction les appareils dont l'inducteur est une bobine dans laquelle circule un courant fréquemment interrompu.
Les courants d'induction sont d'un usage fréquent en médecine; les appareils d'induction sont, en outre, employés dans les labora-
INDUCTION
toires comme moteurs, c'est-à-dire comme producteurs de travail mécanique; enfia les puissantes machines dynamo utilisées par l'industrie donnent lieu à de fréquents accidents, qui sont souvent mortels. A ces divers points de vue, nous devons donner au moins la théorie sommaire des divers appareils d'induction.
629. Machines de Clarke et de Pixii. — C'est une machine magnéto constituée par un aimant fix.e A (fig. 383) et un électroaimant en fer à cheval BB', que l'on peut faire tourner, au moyen d'une roue R et d'une poulie, autour d'un axe horizontal passant entre les hranches de l'aimant.
L'étude particulière de l'action de chaque pôle de l'aimant et du fer doux de l'électro-aimant sur chaque hobine montre que :
1° Pendant chaque demi-révolution, au-dessus ou au-dessous
îï
Fig. 385. — Enroulement du fil des bobiues et sens du courant résultant dans la machine de Clarke (Drincourt, Physique) .
de la droite qui réunit les pôles de l'aimant, chaque bobine est parcourue par un courant de sens invariable ;
2° Le sens du courant change sur chaque bobine au moment où celle-ci franchit la ligne des pôles de l'aimant ;
3° Les sens des courants sur les deux bobines sont à tout instant inverses l'un de l'autre; mais le sens de l'enroulement du filetant inverse sur cbaquc bobine, les courants des deux bobines sont toujours de même sens, l'un par rapport à l'autre, dans le circuit extérieur (fig. 384 et 385). Le sens de ce courant résultant change d'ailleurs à chaque demi-révolution des bobines.
Le courant résultant est recueilli par les manettes c et b (Og. 383) et, grâce à une disposition spéciale du commutateur avec lequel c et & sont en contact, le circuit extérieur est toujours parcouru dans le môme sens par le courant résultant. Il n'y a dès lors de variable, dans le circuit extérieur, que l'intensité du courant ; cette intensité s'annule chaque fois que les bobines franchissent la ligne des pôles de l'aimant fixe.
Dans la machine de Pixii, les bobines sont fixes et l'aimant est animé d'un mouvement de rotation.
630. Machines de Page et de Breton. — Dans la machine de Page, une armature en fer doux tourne devant et à une petite
Fig. 386. — Machine de Breton.
distance des pôles d'un aimant en fer à cheval ; les branches de l'aimant sont entourées de bobines dans lesquelles circule le courant induit qui prend naissance par suite des modifications du
INDUCTION
champ magnétique qu'entraîne la rotation du fer doux. Le circuit extérieur, réuni aux bobines, est parcouru par des courants alternatifs. Il importe de remarquer qu'il y a quatre changements de sens du courant extérieur pendant chaque révolution complète du fer doux.
La machine de Breton (6g. 386) est une combinaison des machines de Olarke et de Page. C'est en efTet une machine de Olarke dont les hranches do l'aimant sont entourées de hobines fixes; une disposition spéciale permet de recueillir simultanément dans le circuit extérieur les courants des bobines mobiles et des bobines fixes. Gomme le sens du premier de ces courants change deux fois et celui du second quatre fois pendant une révolution complète, un commutateur spécial, différent de celui de la machine de Clarté, est nécessaire pour obtenir, dans le circuit extérieur, un sens invariable de courant.
631 . Machine de d'ArsonvaL — Au moyen d'une ingénieuse disposition, d'Arsonval a pu obtenir l'inscription des intensités successives des courants, non redressés, fournis par les machines précédentes. Les courbes obtenues présentent des irrégularités et ne sont pas des sinussoïdes. Il était dès lors intéressant de réaliser une machine qui fournirait des courants dont l'intensité varierait rigoureusement comme les ordonnées d'une courbe sinussoïdale et d'observer comparativement les effets de tels courants sur l'organisme.
D'Arsonval est arrivé à la production de courants sinussoïdaux en modifiant oor, „ .
1 r 1 w . -, , oS7.— Machine a courants sinussoïdaux
la terme de 1 aimant de la de d'Arsonval.
machine de Pixii. Dans la machine de d'Arsonval (fig. 387) l'aimant mobile est constitué par deux aimants semi-circulaires dont les pôles de même nom sont en regard et à une petite distance l'un de l'autre; les deux pôles N et 8 de l'aimant résultant sont ainsi aux extrémités d'un même diamètre. Une roue dentée R et une manivelle M permettent de communiquer £i l'aimant un mouvement de rotation devant les bobines fixes induites.
Aûu de pouvoir faire varier à volonté la force électromotrice maxioia, d'Arsonval a substitué, aux bobines Gxes de l'appareil précédent, un anneau Gramme mobile, et à l'aimant mobile permanent un électro-aimant que l'on peut actionner avec une force électromotrice variable. Ce nouvel appareil n'est donc autre chose qu'une machine dynamo-Gramme dont il sera question dans le paragraphe suivant. Le courant sinussoïdal est recueilli au moyen de deux frolteurs,qui sont mis en communication chacun avec une moitié de l'anneau mobile.
L'expérience a montré que les effets de tels courants sont très variables suivant la longueur d'onde de la courbe qui en représente les variations d'intensité, c'est-à-dire suivant la fréquence des changements de sens du courant et par suite suivant la vitesse de rotation de l'aimant. Lorsque cette vitesse est grande, les effets des courants sinussoïdaux ne différent pas de ceux des courants fournis par une machine d'induction quelconque et le muscle soumis à de tels courants entre en contraction permanente ; lorsque, au contraire, la vitesse est faible, la contraction musculaire ne se produit plus, mais les combustions internes sont augmentées.
Apostoli a constaté, en outre, à la suite d'applications intra-utérines du courant sinussoïdal, que ce courant est toujours bien supporté et qu'il a une action marquée sur le symptôme douleur.
L'étude des actions physiologiques et thérapeutiques de ces courants n'est d'ailleurs pas complète encore, car il n'y a qu'un petit nombre d'années que d'Arsonval a appelé l'attention sur cette forme de courants et imaginé divers procédés pratiques pour les obtenir.
632. Machine Gramme. — Cette machine (fig. 388) se compose d'un puissant aimant en fer à cheval dont les pôles, en regard l'un de l'autre, sont armés de pièces de fer doux qui comprennent entre elles un espace annulaire dans lequel peut tourner, autour d'un axe horizontal, un anneau de fer doux entouré de spires de fil conducteur. Ces spires constituent un certain nombre de bobines juxtaposées dont les extrémités communiquent, ainsi que l'indique la figure 389, avec autant de pièces métalliques isolées les unes des autres et portées par l'axe de rotation de l'anneau ; il résulte de là que les fils de deux bobines consécutives quelconques sont réunis par l'intermédiaire de l'une de ces pièces. Deux halais métalliques (fig. 388) sont en contact avec l'axe de rotation
INDUCTION
suivant deux génératrices diamétralement opposées et communiquent avec deux bornes d'où part le circuit extérieur. Lorsque, au moyen de la manivelle et des roues dentées dont l'appareil est muni, on donne à Tanueau de fer doux un mouvement rapide de
Fig. 388. — Machiue de Gramme.
rotation, un courant constant prend naissance dans les spires et se propage toujours dans le même sens à travers le circuit extérieur La théorie élémentaire de la machine de Gramme est la suivante .
L'anneau de fer doux a toujours ses pôles en face de ceux de 1 aimant fixe ; on peut donc supposer que cet anneau est fixe et que les bobines tournent seules. D'autre part, le champ magnétique très intense dans l'espace annulaire compris entre les pôles de 1 aimant fixe et l'anneau de fer doux, est très faible à l'intérieur de celui-ci; on peut donc ne considérer que l'action de l'aimant et de Imbert.— Physique biolog. gg
l'anneau sur la portion de chaque spire qui est comprise dans l'espace annulaire.
Considérons d'abord une seule spire. L'anneau peut être regardé comme constitué par deux aimants demi-circulaires, l'un supérieur, l'autre inférieur, dont les pôles de môme nom sont en contact.
Si l'on considère alors une spire unique, on voit facilement que, d'après la loi de Lenz, la portion de celte spire comprise dans l'espace annulaire est toujours traversée par un courant induit de même sens pendant chacune des demi-révolutions qui s'effectuent à droite ou à gauche de la verticale passant par le centre de l'anneau ; mais le sens du courant change chaque fois que la spire franchit cette ligne verticale. En étendant ce résultat à toutes les spires des diverses bobines, on voit que : toutes les bobines situées à droite de la verticale sont parcourues par un courant d'un certain sens, tandis que celles qui sont situées à gauche sont parcourues par un courant inverse du précédent. Ces deux groupes de bobines constituent dès lors deux groupes d'électromoteurs associés en séries, les deux groupes étant d'ailleurs réunis l'un à l'autre, parles balais, suivant le mode d'association en batterie. Le circuit extérieur sera donc parcouru par un courant de sens invariable ; ce courant ne
Fig. 389 — Anneau de la machine de Gramme (Pellal, Phns. élém.).
INDUCTION
s'annule d'ailleurs jamais, car les balais sont en contact avec l'axe de rotatioupar une surface assez large pour que, à aucun moment, ils louchent cet axe seulement par les lamelles isolantes qui séparent les pièces métalliques réunies aux fils des bobines successives.
La macbine que nous venons de décrire est du type magnétoélectrique. Mais il existe des macbines dynamo-électriques dans lesquelles l'aimant est remplacé par des armatures en fonte douce entourées de bobines dans lesquelles circule le courant même de la machine. L'amorcement est dû alors à la faible quantité de magnétisme rémanent que possède toujours le fer doux et à l'action du magnétisme terrestre. Suivant que ces bobines de l'électro-aimant font partie du circuit extérieur et sont, par suite, traversées par tout le courant produit, ou que ces bobines ne constituent qu'une dérivation, la macbine est dite série-dynamo ou shunt-dynamo.
La machine Gramme est trop puissante pour être employée directement aux divers usages médicaux ; mais on peut, comme
Fig. 390. — Appareil à chariot de du Bois-Reymond.
l'a ingénieusement fait Trucbot, lui adjoindre des dispositions qui permettent de la plier à toutes les exigences de l'emploi thérapeutique des courants électriques.
633. Bobines d'induction. — Elles sont journellement employées en médecine pour la production de courants interrompus destinés à exciter les nerfs et les muscles.
L'un des modèles de bobine d'induction les plus fréquemment employés est l'appareil à chariot de du Bois-Reymond, représenté sur la figure 390. L'appareil à cbariot est constitué par une bobine inductrice fixe H et une bobine induite H' mobile le long d'une planchette à coulisse munie d'une graduation en centimètres; le fil de la bobine H' aboutit à deux bornes b et 6', d'où part le circuit extérieur.
L'interruption du courant inducteur est généralement produite par l'action d'un électro-aimant, traversé par le courant inducteur, sur une masse de fer doux dont le déplacement ouvre le circuit ; la masse de fer doux, en revenant à sa position première grâce à l'action d'un ressort lorsque le courant inducteur cesse de passer, ferme de nouveau le circuit et ainsi de suite.
L'interrupteur de la figure 390 est un peu différent de celui que nous venons de décrire ; il est constitué par une tige de fer doux qui oscille sous l'action de son propre poids ; cette tige peut être inclinée plus ou moins par rapport à la verticale, ce qui permet de
Fig. 391 Bohine portative d'induction de Gaiffe.
rendre les oscillations plus ou moins rapides. L'inclinaison plus ou moins grande de la tige fait donc varier la fréquence des interruptions. Des dispositions différentes de la précédente permettent d'arriver au même résultat.
Les variations d'intensité du courant induit sont d'ailleurs obtenues en éloignant plus ou moins la bobine mobile de la bobine fixe.
INDUCTION. ^^^^ La Qgure 391 représente une bobine d'induction portative munie de tous°les accessoires. Le courant inducteur est celui de deux petits éléments L, L au sulfate de mercure, et les variations d mteoaité du courant sont obtenues en introduisant un cylindre de cuivre plus ou moins profondément entre la bobine inductrice et les tiges de fer doux que l'on place à Tintérieur de cette bobine pour augmenter les effets d'induction. Les courants qui se développent par induction dans le cylindre de cuivre agissent, en effet, sur la bobine induite en sens inverse de l'action exercée par le fer doux et par la bobine inductrice.
La figure 392 représente la disposition qui permet de recueillir, soit le courant induit, soit l'extra-courant de l'inducteur. Suivant,
Fig. 392. — Dispositif pour recueillir séparément le courant induit et l'extra-couraut
de rupture de l'inducteur.
en effet, que le sujet sera placé sur le circuit P'N' ou sur le circuit PN, il sera soumis au premier ou au second de ces courants.
On peut encore faire agir simultanément le courant induit et l'extra-courant de l'inducteur. Il suffit, pour cela, d'établir les communications représentées sur la figure 393 et de placer le sujet entre P et N' ; il est facile de voir, grâce aux flècbes qui indiquent le sens des deux courants, que ceux-ci passent simultanément dans le même sens à travers le circuit extérieur PN'.
634. Courants alternatifs à grande fréquence. — Dans les appareils qui précèdent, la fréquence des interruptions ou le nombre des alternances du courant ne peuvent varier que dans des limites relativement restreintes. D'Arsonval, qui a attiré le pre-
mier l'attention sur l'importance de la forme de la courbe dont les ordonnées représentent les variations d'intensité des courants alternatifs (§ 631), a également l'honneur d'avoir le premier institué des expériences h l'effet d'étudier l'action de la fréquence des alternances et d'avoir imaginé les dispositifs propres à cettfr étude.
D'Arsonval a utilisé, à cet effet, la décharge oscillante de la bouteille de Leyde. Suivant les conditions expérimentales, et en
Fig. 393. — Dispositif pour recueillir dans le même circuit le courant induit et l'extracourant de rupture de l'inducteur.
particulier suivant la capacité de la bouteille, la décharge, c'està-dire l'écoulement de l'électricité accumulée sur les armatures, peut être continue et décroître régulièrement et progressivement pendant le temps très court durant lequel la décharge se prolonge, cette môme décharge peut, au contraire, être oscillante et se produire alternativement dans un sens puis dans l'autre entre les deux armatures. Le nombre des alternances peut d'ailleurs varier entre des limites extrêmement éloignées; c'est ainsi que Hertz, d'une part, a pu élever ce nombre jusqu'à plusieurs billions par seconde, tandis que Potier a réussi à l'abaisser jusqu'à ramener dans les limites des sons perceptibles le son qui résulte des ébranlements dus aux décharges successives.
Le dispositif adopté par d'Arsonval consiste à réunir les armatures internes de deux bouteilles de Leyde aux pôles + et — d'une source d'électricité à haut potentiel, machine de Holtz ou bobine
INDUCTION. ^^'^'^ de Ruhmkorff par exemple, et à faire communiquer les armatures externes par un fil conducteur enroulé en solénoïde sur une partie de sa longueur. Lorsqu'une étincelle éclate entre les armatures internes des bouteilles, le solénoïde est parcouru par un courant alternatiftrès énergique à fréquences extrêmement rapides. SU on établit un circuit dérivé aboutissant aux deux extrémités du solénoïde, ce circuit est parcouru par un courant qui porte au blanc une lampe à incandescence.
Pour étudier l'effet physiologique de ces courants, d Arsonvai a successivement placé les tissus à soumettre à leur action dans le circuit dérivé et dans l'intérieur du soiéuoïde, auquel cas ces tissus sont le siège de courants induits très énergiques. Dans les deux cas, les effets physiologiques sont sensiblement les mêmes :
1° L'action sur la sensibilité générale et sur la contractiUte musculaire est nulle. C'est ainsi que, si de3 personnes sont placées de part et d'autre de la lampe disposée sur le circuit dérive, elles ne ressentent aucune sensation alors que le courant qui les traverse est cependant capable de porter au rouge blanc le filament
de cbarbon de la lampe ; ' . ■ f
2° Toutefois les tissus traversés par les courants deviennent rapidement moins excitables et les points du corps par où le courant est entré et sorti peuvent même devenir analgésiques pendant un temps variable avec les personnes ;
30 La pression sanguine est diminuée, la peau se vascularise et
se couvre de sueur ; ^
4° L'intensité des combustions respiratoires est accrue, sans qu U y ait cependant augmentation de la température centrale;
5° Les courants à grande fréquence ont une action sur la cellule microbienne dont ils ralentissent la prolifération.
L'absence de perception sensorielle, lorsque notre organisme est soumis à l'action des courants à haute fréquence, peut tenir, soit à ce que ces courants se propagent à la surface seule du corps,comme ils le font lorsqu'ils suivent un conducteur métallique, soit à ce que nos nerfs moteurs et sensitifs ne sont pas excitables par des excitations électriques très rapprochées, de même que les nerfs optique et acoustique ne sont pas excités par des vibrations lumineuses ou acoustiques trop fréquentes. La diminution de la pression sanguine et la vascularisation de la peau montrent d'ailleurs
que les courants à grande fréquence exercent une action à l'intérieur du corps et que la première Lypotbèse doit être écartée Les résultats généraux énoncés ci-dessus, ceux que donue application des courants sinussoïdaux et des autres formes de 1 énergie électrique conduisent à penser, ainsi que le fait judicieu! sèment remarquer d'Arsonval, que l'on possède dans les diverses modalités de cette énergie, des ressources thérapeutiques cons dé rables. C'est avec autant de raison que d'Arsonval et Obarrr an. prochant les actions des courants à grande fréquence sur la cdluîe microbienne des actions que les autres agents physiques pression froid, chaleur, lumière, exercent sur ces organismes ceHulaires' pensent qu'il faut peut-être voir dans ces interventions « une pTt è des explications propres à faire comprendre comment les oscillations atmosphériques, les perturbations cosmiques, peuvent ici aggraver, la amoindrir l'énergie des maladies infectieuses « '
Si 1 on songe que c'est depuis un petit nombre d'années seulement quel emploi thérapeutique de l'électricité s'est généralisé que c est a peine si depuis le même temps l'agent électrique est dosé dans quelques-uns du moins de ses éléments, que c'est d'hier que datent les mémorables découvertes de d'Arsonval, on peut pressentir 1 importance du rôle, encore imparfaitement connu que 1 énergie électrique doit jouer dans l'ensemble des phénomènes biologiques. ^
635. Téléphone. Microphone.- Le téléphone, découvert par Graham Bell, constitue l'une des plus curieuses applications des phénomènes d induction et est employé à divers usages en médecine.
Le téléphone se compose d'une mince rondelle de fer P (fi<T m] maintenue en place par deux pièces de bois vissées l'une sur 1 autre et d'un aimant A, rectiligne sur le modèle représenté par la hgure, dont l'extrémité antérieure, située àpetite distance de la rondelle P, est entourée sur une petite longueur d'une bobine d induction B. Le fil P, F de la bobine suit latéralement l'aimant rectiligne, émerge du téléphone et peut être mis en communication, soit avec le fil d'un second appareil identique au premier, s'il s agit de transmettre la parole à distance, soit avec un circuit comprenant diverses parties que nous décrirons plus loin, si le téléphone feit partie d'un dispositif destiné à une exploration clinique.
fei l'on parle devant la plaque P, les vibrations aériennes qui
INDUCTION
prennent naissaoce ébranlent cette plaque, qui effectue ainsi des oscillations dont l'intensité, la durée et la forme dépendent de l'amplitude, du nombre et de la forme des vibrations aériennes. Ces oscillations déterminent des variations correspondantes, quant à la quantité de magnétisme de l'aimant, et ces variations en-
Fig. 394. —Téléphone.
gendrent, dans la bobiue B, des courants d'induction. Lorsque le téléphone est relié à un instrument identique, ces courants se propagent dans la bobine de celui-ci, y réagissent sur le magnétisme de l'aimant, qui exerce alors sur la plaque de fer, en face de laquelle il est disposé, des actions variables ; la plaque du second téléphone reproduit dès lors exactement les vibrations de la plaque du premier.
Inversement, si le téléphone fait partie d'un circuit traversé par un courant dont on fait varier l'intensité, au moyen d'un interrupteur mécanique par exemple, la plaque subira un déplacement a chaque variation d'intensité, et l'oreille, approchée du téléphone, percevra un son ou un bruit. C'est dans ces conditions que le téléphone fonctionne lorsqu'on l'ulilise à des explorations cliniques; il est d'ailleurs souvent associé alors à un microphone.
Le microphone se compose, sous une de ses formes les plus simples, d'un crayon de charbon de cornue à gaz 0 (fig, 395) , dont les extrémités, taillées en pointe, aboutissent à des crapaudines creusées dans deux autres morceaux de charbon A et B implantes eux-mêmes dans une planchette verticale en bois; le tout est porté par une seconde planchette horizontale munie, en guise de
pieds, de deux tubes en caoutchouc destinés à soustraire l'appareil à l'influence perturbatrice des trépidations du meuble sur lequel repose le microphone.
Si l'on dispose cet appareil dans un circuit comprenant une pile P et un téléphone T, le charbon 0 étant simplement maintenu par
Fig. 395. — Microphone de Hughes.
son poids sans supporter de pression, le moindre ébranlement communiqué à la planchette horizontale occasionnera en B et en A des variations de contact suffisantes pour modifier en ces points la résistance électrique du circuit et entraîner par suite des changements dans l'intensité du courant; ces changements d'intensité se traduiront, comme nous l'avons dit plus haut, par des sons ou des bruits qu'un observateur percevra en approchant le téléphone de l'oreille.
636. Emploi du téléphone et du microphone en médecine . — Le téléphone constitue un galvanoscope d'une très grande sensibilité, c'est-à-dire permet de reconnaître l'existence de courants dont l'intensité est trop faible pour être décelée par d'autres procédés. Pour utiliser le téléphone comme galvanoscope, il suflBt d'intercaler l'instrument dans le circuit que traverse le courant et
INDUCTION. ^IJûi
de produire des interruptions ; l'existence du courant est mise hors de doute par les bruits que l'on perçoit alors en approchant le téléphone de l'oreille.
Balance d'induction de Hughes . — Cet appareil permet de déterminer assez exactement la situation d'un projectile métallique chez un blessé, sans avoir à toucher celui-ci,
La balance d'induction (fig. 396) se compose de deux couples de bobines superposées a et b, a' et b' . Les bobines inférieures a et a' sont parcourues par le courant que fournissent 4 à 5 éléments Daniel! ou Leclanché, et les bobines supérieures b et b' sont parcourues par des courants induits, à chaque interruption du courant inducteur déterminée au moyen d'une roue dentée
Fig 396. — Balance d'induction de Hughes.
mue par un mouvement d'horlogerie non représenté sur la figure. L'appareil est complété par un téléphone que l'on réunit aux bornes T,T où aboutissent les fils des bobines induites sur lesquelles l'enroulement est tel que les courants qui arrivent de ces bobines traversent en sens inverse le fil du téléphone. Si donc les courants induits sont égaux en intensité, le téléphone reste silencieux, et ce résultat peut toujours être obtenu grâce à une vis de réglage V.
L'appareil ainsi réglé, si un corps métallique se trouve dans le voisinage de l'un des couples de bobines, les intensités des courants induits deviennent inégales et le téléphone parle. Il suffira donc de déplacer l'un de ces couples, préalablement réglés, à une petite distance de la surface du corps du blessé pour déterminer, par la perception d'un bruit d'intensité maxima, la position approximative d'un projectile métallique.
La sensibilité de l'appareil est telle que, si l'on introduit dans les
deux bobines induites deux pièces de monnaie identiques, mais inégalement usées, le téléphone émet un son perceptible.
Stéllioscope microphonique . — Il était rationnel de songer à utiliser la grande sensibilité du microphone réuni au téléphone pour l'étude des divers bruits de l'organisme. Bien des essais ont été tentés dans ce sens, et des dispositifs ingénieux ont été imaginés. Jusqu'à présent toutefois, si l'on en excepte la sonde microphonique, dont il sera question plus loin, les appareils imaginés ne sont pas fréquemment employés en clinique ; la raison de ce fait réside probablement dans une difficulté de technique opératoire, difficulté qui existe d'ailleurs dans le maniement de tout appareil doué d'une assez grande sensibilité.
La figure 397 représente le stéthoscope microphonique de Boudet. Le microphone se compose d'un premier charbon 0, mobile autour d'un axe passant tout près du centre de gravité de ce levier oscillant ; l'extrémité de droite de ce charbon est munie
Fig. 397. — Stéthoscope microphonique de Boudet.
d'une petite aiguille aimantée, tandis que l'autre repose sur un second charbon 0' fixé au centre d'une membrane tendue T, en vessie de porc desséchée, qui obture l'ouverture supérieure d'un tambour. Une vis M, dont l'extrémité a été aimantée, permet de régler la pression de 0 sur 0' et par suite la sensibilité de l'instrument. Le tambour est muni d'un ajutage auquel aboutit un tube en caoutchouc terminé par un embout d'ivoire ou de corne B que l'on applique sur la région à explorer. Le courant voltaïque qui
liNDUGTION.
doit traverser le charbon est fourni par une pelite pile P au chlorure d'argent; celle-ci est enfermée, avec le microphone, dans une boîte dont l'un des côtés porte deux bornes auxquelles on fixe les fils conducteurs aboutissant à un téléphone récepteur.
Le môme appareil peut servir à l'étude des bruits de la circulation; il suffit pour cela de substituer à l'embout B la pièce A qui constitue une sorte de tambour formé par une membrane tendue, au centre de laquelle on a fixé, avec un peu de cire, un bouton d'ivoire que l'on applique sur le trajet du vaisseau à explorer.
Avec le stéthoscope microphonique, Boudet a pu entendre, dans l'auscultation du cœur, «les claquements valvulaires, le frottement du sang contre les parois de l'organe et le bruit musculaire qu'engendrent les contractions. Il est même possible de distinguer les bruits auriculaires des bruits ventriculaires. Lorsque l'appareil est bien réglé, on entend très nettement la contraction de l'oreillette; le rythme des bruits cardiaques se rapproche alors beaucoup de celui que l'on désigne en pathologie sous le nom de bruit de galop.»
Sphygmophone. — Cet instrument, imaginé par Boudet à l'effet d'explorer l'artère radiale, est représenté sur la figure 398. Il est formé d'une plaque d'ébonite légèrement concave en dessous et munie de deux ailettes latérales L, L, qui portent des crochets destinés à permettre la fixation de l'appareil au moyen d'un ruban, comme pour le sphygmographe de Marey. Un ressort métallique E, fixé sur l'un des bords de la plaque d'ébonite, porte à son extrémité libre le charbon inférieur H du microphone. Le charbon supérieur D est suspendu autour d'un axe transversal que porte une chape reliée elle-même à une vis 0 portée par une pièce B qu'on peut élever et abaisser le long de la colonne verticale A à l'aide d'une deuxième vis V. Le contact des deux charbons est assuré au moyen d'un morceau de papier écolier I plié en forme de V et faisant office de ressort, ce qui permet, au moyen de la vis V, de régler la pression des deux charbons et par suite la sensibilité de l'appareil. Une deuxième lame métallique P, disposée parallèlement au-dessous de la première, porte un bouton explorateur K qui passe à travers une ouverture centrale pratiquée dans la plaque d'ébonite et qui fait saillie au-dessous. La près-
sion de ce bouton sur l'artère se règle au moyen d'une vis G dont la tête, renversée, est soutenue par le ressort F, tandis que la tige traverse un écrou pratiqué dans l'épaisseur de la lame E. Enfin des bornes permettent de placer le sphygmopbone dans un circuit comprenant une pile et un télépbone. L'appareil convenablement réglé et fixé, chaque impulsion due
à l'ondée sanguine est transformée, par le système micro-téléphonique, en un bruit nettement perceptible. Le polychrotisme est accusé par le nombre de bruits correspondant à une seule pulsation ; dans les accès de palpitation, on entend un bruit rotatoire, analogue à celui de la contraction musculaire ; dans les cas d'intermittence du cœur, les bruits perçus sont séparés par des intervalles de silence complet, etc.
Myophone. — Destiné à l'étude du bruit musculaire, le myophone de Boudet (fig, 399) présente de grandes analogies de construction avec le sphygmopbone.
Le bouton explorateur B est réuni à une tige qui porte à son
Fig. 398. — Sphygmophone de Boudet.
INDUCTION
Fig. 399. — Myophone de Boudet.
extrémité le cliarbon inférieur H du microphone et qui traverse une membrane de parobemin fortement tendue sur une pièce en bois ayant la forme d'une embouchure de téléphone. Le charbon supérieur D, muni d'un ressort en papier I, est fixé, comme dans
le sphygmophone, à une lame A que l'on peut élever ou abaisser au moyen de la vis V.
Le myophone, appliqué sur une masse musculaire au repos, fait entendre dans le téléphone récepteur un bruit rotatoire qui caractérise le tonus normal; la hauteur et l'intensité du son augmentent lorsque le muscle entre en contraction volontaire.
L'étude des muscles paralysés comprend deux cas, suivant leur état de flaccidité ou de contracture. Dans le premier cas, le bruit téléphonique est d'autant plus faible que la paralysie est plus complète ; le myophone a permis de constater que des muscles qui paraissaient à la vue complètement inexcitables étaient encore sensibles à l'action de l'électricité.
Dans la contracture hémiplégique, le bruit rotatoire est plus faible que le bruit normal de la contraction volontaire ; il est caractérisé par des intermittences d'affaiblissement et de renforcement. La même irrégularité se manifeste dans la contraction hystérique, mais avec une moindre diminution de l'intensité du bruit, car il n'y a pas, en même temps, atrophie musculaire.
Le myophone a montré encore que le tremblement sénile n'atteint en général qu'un muscle ou un seul groupe de muscles, les antagonistes se trouvant dans un état de contraction dont le degré règle l'amplitude des oscillations du membre affecté.
Enfin, dans l'ataxie locomotrice progressive, le myophone a permis de constater qu'à la consistance inégale, que présentent au toucher les muscles d'un même membre, correspondent des différences considérables dans le degré de leur tonus.
Sonde microphonique. — Bien que l'importance relative du procédé d'exploration avec cet instrument ait diminué depuis que l'on a pu munir les sondes de lampes à incandescence qui permet-
tent l'exploration de visu de la vessie, la sonde micropbonique constitue cependant un bon instrument de diagnostic. Cette sonde, rigide, est munie, à l'une de ses extrémités, d'un petit microphone qui fait partie d'un circuit comprenant une pile et un téléphone. Lorsque l'extrémité de la sonde, introduite dans la vessie, choque les parois de l'organe, le téléphone fait entendre un son faible; si l'extrémité de la sonde rencontre, au contraire, un calcul, le bruit téléphonique est plus intense et se distingue facilement de celui qui correspond au choc contre les parois de la vessie.