CHAPITRE III
HÉMODYNAMIQUE
105. Appareil de la circulation du sang. — L'organisme nous offre, dans la circulation du sang, un remarquable exemple physiologique d'écoulement d'un liquide, et les principaux caractères physiques de celte importante fonction vitale sont absolument identiques, comme nous allons le voir, à ceux que nous avons rencontrés dans l'étude de l'hydrodynamique. Toutefois, comme l'appareil circulatoire de l'homme diffère notablement de la disposition expérimentale sur laquelle nous avons raisonné ci-dessus, une description sommaire de cet appareil est tout d'abord nécessaire.
Le vase d'où s'écoule le liquide, dans l'appareil de la circulation sanguine, est un muscle creux, le cœur, divisé en deux parties distinctes accolées l'une à l'autre, le cœwr droit etle cœur gauche; chacune de ces parties est divisée en outre en deux cavités secondaires situées, l'une au-dessus et appelée oreillette (fig. 55 0, O'), l'autre au-dessous et à laquelle on a donné le nom de ventricule (VjV). Chaque oreillette communique avec le ventricule du même cOté et des sortes de soupapes, la valvule tricuspide à droite et h valvule mitrale à gauche, permettent au sang de passer de l'oreillette dans le ventricule correspondant, mais s'opposent à la marche inverse du liquide sanguin.
180 PESANTEUR
Du ventricule gauche partunegrosse artère, l'aorïe,quise ramifie bientôt en artères secondaires et dont les ramiOcations successives ' se subdivisent à leur tour de manière à porter le sang dans les diverses parties du corps. Le calibre individuel de chaque artère ramifiée est d'autant plus petit que la ramification s'est produite à une plus grande distance du cœur ; mais la somme des sections de ces ramifications artérielles augmente à mesure qu'on la considère plus loin de l'origine de l'aorte.
Dans l'intimité même des divers tissus de l'organisme, le calibre des artères devient extrêmement ténu ; celles-ci, en outre, s'anastomosent entre elles et forment un véritable réseau capillaire dont les divers canaux s'abouchent ensuite les uns dans les autres de manière à diminuer de nombre. Le calibre individuel de ces canaux résultants, les veines, augmente, tandis que la somme dessections des veines diminue à mesure qu'on la considère plus loiu i du réseau capillaire ; les veines, si l'on ne tient pas compte des vei- • nés propres du cœur, se réduisent enfin à deux gros troncs, les i veines caves supérieure et inférieure, lesquelles débouchent dans j l'oreillette droite. j
Le sang arrivé ainsi au ventricule droit a parcouru le système dit ; I de la grande circulation ; il retourne alors à son point de départ, le ventricule gauche, en traversant le système de h petite circulation. Celui-ci est constitué, au sortir du ventricule droit, par une grosse artère, l'artère pulmonaire, qui se ramifie et se résoud, dans les poumons, en un réseau capillaire. Au delà des poumons, les ■ capillaires de ce réseau se réunissent pour constituer généralement : quatre troncs principaux qui débouchent dans l'oreillette gauche, .1 d'où le sang passera dans le ventricule du même côté.
A l'orifice de l'aorte et de l'artère pulmonaire existent des soupapes, les valvules sigmoïdes, dont le jeu est tel que le sang : peut passer du ventricule dans l'artère correspondante mais ne peut : cheminer en sens inverse.
La fig. 55 reproduit schématiquement le système complet des • deux circulations A et B qui partent des ventricules V, V et abou- • lissent aux oreillettes 0, 0' ; on y a représenté seulement la somme ; croissante, puis décroissante, des sections des vaisseaux ramifiés^ les capillaires généraux et pulmonaires étant figurés par l'inter- • Talle des traits pointillés en 00 et O'O'.
MOUVEMENTS DU CŒUR. 181 Tel est clans ses parties essentielles et au point de vue physique. iJparôil'circulatoiredes vertébrés. Les ramifications, et par coa- .équent les coudes, ainsi que les variations de calibre, dont nous avons indiqué plus haut 1 influence soit sur la vitesse d'écoulement, soit sur la pression latérale ou tension sanguine, y sont nombreuses. Quant à la force motrice, elle n'est pas fournie, comme dans les expériences d'hydrodynamique, par une colonne liquide d'une certaine hauteur, mais par la force de contraction du muscle cardiaque.
Les contractions de ce muscle sont synchrones dans les parties analogues du cœur, oreillettes ou ventricules, mais elles sont successives pour l'oreillette et le ventricule situés d'un même ■côté ; une phase complète, ou une révolution, des mouvements du muscle cardiaque comprend donc, pour chacune des cavités, la systole ou période de contraction des fibres musculaires correspondantes et la
Fig. 55
Schéma lie la grande et de la petite circulation (Ktiss) ■
Fig. 56. — Scli6ma des mouvements du cœur (Beaunis).
diastole ou période de relâchement de ces mêmei libres.
PESANTEUR
La fig. 56 représoiile scliémaiiquemcnt ces périodes el leur correspondance pour l'oreillelie et le ventricule d'une moitié de l'orgaoe. Le temps d'une révolution y est divisé eu cinq parties égales par les lignes verticales numérotées de 0 à 5; pour l'oreillette
(00) comme pour le ventricule (VV), les périodes de systole ou de contraction musculaire sont représentées par des ordonnées positives, les périodes de diastole ou de repos musculaire par des ordonnées négatives. On voit que la systole ventriculaire, représentée de 1 à 3, ne commence que lorsque l'oreillelte, ayant accompli ellemême sa période systolique, entre en diastole ; pendant les deux derniers cinquièmes du temps de la révolution, les deux cavités sont simultanément en diastole, mais l'oreillette achève cette période plutôt que ne le faiî le ventricule.
Malgré la nalure spéciale de la force motrice constituée par la contraction des fibres du cœur, il n'en est pas moins juste, d'assimiler Je phénomène de la circulation i du sang à ccM de l'écoulement des liqui-des dans les conditions où nous l'avonsi étudié plus haut. Nous aurons toutefois à tenir compte ici de l'intermittence de lai force motrice et de l'élasticité des tuyaux t d'écoulement, circonstances dont nous déterminerons l'influence plus loin.
106. Mesure de la pression latérale ou tension sanguine. — Les premières mesures relatives à la tension sanguine ont : été faites par Haies au siècle dernier et, depuis cette époque, un norahre considérable d'appareils ont été imaginés en vue de la détermination de la valeur de cette
Fig. 57. — H^motlynamomètre de Poiseuille.
tension ,
Haies coupait une artère sur un animal et introduisait dans le
MESURE DE LA TENSION SANGUINE. 183 bout central du vaisseau l'extrémité d'un tube de verre maintenu vertical; la hauteur à laquelle s'élevait le sang dans ce tube piezomltriquè mesurait la tension sanguine, non dans l'artère coupée, mais dans le tronc d'où émanait cette artère .
Poiseuiile diminua la colonne de liquide, nécessaire pour mesurer la tension sanguine, en équilibrant celle-ci au moyen d une colonne de mercure contenue dans un tube en U appelé iiemodynamomèlre (fig. 57). Pour empêcher la coagulation du sang, il suffisait d'interposer entre celuici et le mercure, dans la partie AB de l'instrument, une solution alcaline.
Vhémomèire de Magendie et le cardiomètre de Claude-Bernard, plus sensibles que l'hémodynamomètre de Poiseuiile, sont constitués par une large cuvette m (fig. 58) qui communique avec un tube vertical T, dans lequel se déplace le sommet de la colonne mercurielle. Le mercure n'occupe que le fond de la cuvette m dont la partie supérieure est remplie d'une solution saline, ainsi que le tube te qui est introduit dans l'artère.
Tous ces instruments sont sujets à deux causes d'erreur: la force motrice, contraction des fibres du cœur, étant intermittente, la tension sanguine n'est pas constante, mais périodiquement variable ; il en résulte que le sommet de la colonne liquide
Fig. 58. — Hémomèlre de Magendie.
qui mesure cette tension est animé de mouvements d'oscillation. Or, par suite de la vitesse acquise, les hauteurs maxima et minima du sommet de la colonne sont plus grandes et plus petites qu'elles ne devraient être. En outre, l'expérience montre que l'ascension est