‹ Traité élémentaire de physiqueChapitre 53 sur 129 · IK)1SS0NS ÉLECTRIQUES · texte numérisé non relu

IK)1SS0NS ÉLECTRIQUES

conductibilité de la terre: il a enterré les deux plaques d'un couple dans la terre à la distance d*un mille anglais et en les réunissant par un fil , il a obtenu un courant intense.

r? Lorsqu^un circuit est complété par la terre , on peut supposer qu'elle propage le courant comme un corps bon conducteur^ mais il est plus probable qu^elIe absorbe les électricités de signes contraires développés aux extrémités de la pile.

Les physiciens qui se sont le plus occupés de la construction des télégraphes sont MM. Steinheil y Wheatstone , Jacobi , et en France M. Bn^et.

% ik. Poiisons électriques.

1217. On connaît maintenant cinq poissons qui jouissent de la propriété singulière de donner des commotions électriques : ce sont la raya torpédo, le gymnotus electricus , \e silurus electrieus, le tetrodon electricus et le trichixirus electricus. Tous sont dépourvus d'écailles; le plus grand est le gymnote : M. de Humboldtcn a vu de2""y43de longueur. La torpille est une espèce de raie, assez abondante dans la Méditerranée et sur les bords de TOcéan , où il existe des bas-fonds marécageux ; sa longueur varie ordinairement de 16 à 32 centimètres.

121B. Lorsqu on touche I animal directement, ou avec un corps bon conducteur de rélectricité, et qu'il est irrité , on éprouve une commotion semblable à celle qui résulte de la décharge d'une bouteille de Leyde^ en le touchant avec un corps mauvais conducteur, on n'éprouve rien^ quand deux personnes se tiennent par la main y et que l'une d'elles seulement touche l'animal y toutes deux reçoivent la commotion. D'après Vaish, le ventre et le dos ont des tensions électriques de signes contraires : vingt personnes qui se tenaient par la main y et dont les deux placées aux extrémités de la chaîne touchaient, l'une le dos, l'autre le ventre d'une torpille, éprouvèrent toutes la commotion. Si Tanimal est vigoureux, il agit de la même manière, qu'il soit plongé dans l'eau ou dans l'air^ dans l'eau , il lance à distance des décharges qui tuent, ou du moins engourdissent les animaux dont il veut faire sa proie.

1210. Ces commotions sont souvent très-fortes : M. de Humboldt aflirme n'avoir jamais regu par la décharge d'une grande bouteille de Leyde une commotion plus effrayante que celle qu'il ressentit en plaçant par mégarde ses deux pieds sur un gymnote II. 21

3Si ELBCTJUCITE ItYNAMlorE.

qu'on venait de retirer de Vojkw : il fut afTecW le reste du jour d'une violente douleur dans les frenonx cl dans presque toutes les jointures.

Pour donner une idée plus exacte de la puissance des décharges électriques de ci^s animaux . n(«us rapporterons un jiassage de M. de Hunilioldl surU p^vhe du f:\ninole :

« Nous jijirtlnu's \v \^ mar> de prand matin pour le petit village de llastnt de Alms*» ; de là les Indiens nous c^mduisirent à un ruissciiuqu). dans le tem)is des secheriNses. forme un hassin d'eau tMiurlit'UM'. cvloun' »lr heaux «rbrcs. Li's Imiii-ns nous dirent qu'ils ail.iitMit jii'ilirr .i>iv lies olioxaux; ri lïK'ntiM nv»ns >înies nos guides re\t'nir dv lu ^a\:lnl'. où ils avaient fait une bat tue de ihevaux cl de mulets non do!ni»les. Us en anieiitTont une trentaine, qu'on força d entrer dsms la mare.

« Le liruit extraordinaire cau^e par le piétinement des chevaux lail sortir les |K>issons de la vase et les excite au coml»at. Ces anguilles, jaunAtrcs et lixides. semMahles n do crands ser|»euts aquatiques, nagent à la surface de l'eau, et se iiressent sous le ventre deis chevaux et des mulets. Tne lutte entre tics animaux d une or- ^mnisiiUcii) si difTereute offre le sjKVtiicle le plus pittoresque. Les ludiens, armés de harp(»ns et de rost^nux longs et minces, ceignent étroilcmeni la mare; quelques-uns d entre eux montent sur les arbres dont les branches s'étendent horizontalement au-dessus de la aurface de 1 eau; par leurs cris sau\ages et la longueur de leurs JQiH's ils em]ièchcnt les chevaux de se siuixer en atteignant la rive du bassin. Les anguilles, elouniies du bniit. se défendent par la décharge réitérée de leurs batteries oUxMnques; pendant longtemps elles ont l'air de remporter la victoire. Plusieurs chevaux succmibent à la \iolence des coups invisibles qu'ils reçoivent de toutes parts dans les organes les plus essentiels à la vie ; étourdis par la force et la fréquence des commotions, ils disparaissent sous l'eau- D'autres, haletants, la crinière hérissée . les veux hairardsct exprimant l'angoisse, se relèvent et cherchent à fiiir l'onige qui les surprend : ils sr^nt repoussés par les Indiens au milieu de l'eau. Cependant un petit nomhre panient à tromper l'active \igilancc des |>éclieurs; on les voit gagner la rive, broncher à chaque pas, s'étendre dans le sable, excédés de fatigue et les membres engourdis par les commotions électriques des gymnotes : en moins de cinq minutes, deux chevaux s étaient no\ es.

« Nous ne doutions pas que la pèche ne se lenninàt par la mort

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soecesai ve dee animaux qa'on y emploie ; mais peu à pen Pimpétuoaité de ce combat inégal diminue } les gymnotes fatigués se dispersent; ils ont besoin d'un long repos et d'une nourriture abon* dante pour réparer ce qu'ils ont perdu de force galvanique. Les mulets et les chevaux parurent moins effrayés; ils ne hérissaient plus la crinière, leurs yeux exprimaient moins d'épouvante. Les gymnotes s'approchaient timidement des bords du marais , où on les prit au moyen de petits harpons attachés à de longues cordes. » 1220. Les décharges des poissons électriques dépendent de leur volonté. L'électricité dans ces animaux paraît se produire dans des organes particuliers , formés d'une infinité de petits tubes réunis, comme les alvéoles des abeilles. Ces appareils électriques sont placés, dans la torpille, de chaque côté de la tète; dans le gymnote, sous la queue , et dans le silure , autour du corps.

1281. La torpille a été beaucoup plus observée que les autres poissons électriques. Voici les principaux faits constatés par divers physiciens. MM. Gay-Lussac et de Humboldt ont reconnu qu'une personne isolée ne ressent la commotion qu'autant que le cou tact avec le doigt est immédiat : elle n'a pas lieu par l'intermédiaire d'un corps métallique. Ils n'ont pu reconnaître aucun effet de tension électrique à l'instant où la torpille donne la commotion. Davy, en mettant des plaques de cuivre en contact , l'une avec la partie supérieure du corps, l'autre avec la partie inférieure , et communiquant entre elles par un long fil de cuivre tourné en hélice autour d'un tube de verre, est parvenu a aimanter des aiguilles d'acier; il obtint de la même manière la déviation de l'aiguille d'un multiplicateur, et parvint aussi à produire de faibles actions chimiques; mais ces résultats pouvaient être compliqués de l'inégalité des actions développées au contact des lames de cuivre et de la peau de l'animal. Les tentatives faites dans le but d'obtenir des effets d'ignition ou des étincelles ont été infructueuses. Récemment MM. Becquerel et Breschet ont reconnu que la commotion a lieu quand l'animal est irrité , quel que soit le point touché , pourvu qu^l ne soit pas sur la queue, et qu'elle est d'autant plus grande que la surface de contact est plus étendue. En mettant en contact avec le dos et le ventre dune torpille deux plaques de platine soutenues par des manches isolants et soudées chacune avec un fil de platine, dont l'un communiquait avec un multiplicateur à fil long et verni , et l'autre avec un vase plein d'eau pure en rapport avec l'autre extrémité du multiplicateur, on a obtenu des déviations de l'aigoille comprises entre

y fît W, Lpa pUqaes en contact avec l animai etaimc en piatme poor éviU^r les effets qui aaraient pu provenir d'one airtlcn •rhimi- (pK», si on eiU employé den metd.iix ''i\yiiabie:s. L»a JLvaii pûnn^ ie I «n dana le nrnuit ponr intercepter les i!Tjiirant> Theraii)-eîei!n".f\aes<f H il %^Xi développait. £n rempiai;ant ie miiitipiii.-atc^ur par nne .spirale, on a aimanté des aigniii»»s : le«Viiirant etaii :. u> iirs iirifi^i^ dndoHaii venfre. £nfin. pi»:» reiremmenc en«?tire . MM, Lnari et Mart/ïum :V;nt parvenus â obtr-nir des rîtini?eiies ■?•: des iefy>mp<'^i lions chimiques en empli>\ant an Ûl tr-^s- '.•)&£ Jl)i)<° Umrn^ en hélice autour d un monreau de ter. eLJijii:s<anc les cr.^mmnnications entre le dos et le ventre par de iar;zes pîaques metalliqneH, et plaçant d«ins ie circuit un pt^tit godet plein de mennire. Tne, ^ren^rfiille récemment préparée et placée <ur le poisson miiiqnait par V!H mouvements les ép<iqaes des décharges, et en enlevant a ct'X instant un des fils qui plongeaient dans le mercure • et le replongeant imrné^Jiatement, on obtenait des étincelles ec la decomymiiftu de 1 eau acidulée. Ces physiciens ont trouve. o)mnie MM. Becquerel et Breschet , que le courant vadn dos au ventre. Les mêmes physiciens ont fait une expérience qui démontre avec la dernière évidenr^e 1 influenre du cerveau sur les décharges. Lorsqu'une l/»rpille ne donne plus de décharges malgré lirritation, si 1 on met le r/trveau ^ dé^rouvert et si l'on touche Ié<;èrement le dernier lobe, c^lfiî qui donne les nerfs à l'organe électrique, on obtient des dé^;harges }#eaur/>iip plus fortes qu'a l'ordinaire ; si l'on blesse le cerveau 9 on obtient encore des décharges très-fortes, mais dans les/|uelles ie c/iurant n a pas toujours la direction du dos au ventre. Il après M. Matteucrj, la plus grande commotion a lieu quand im t/mche à la fois le dos et le ventre ^ ou directement , ou avec un cyirps \u}U c>oriductcur. Klle rst encore très-vive quand la torpille, n'étant |i«;int iwdé^;, on t/>uche seulement un point de la surface de l'animal, parc^ que la communication avec d'autres points est établie par le .viL Quand la torpille est isolée , on obtient encore des c/immotions en t/Michant deux points du dos; le courant est alors dirigé de r^Jui qui est le plus voisin du centre de l'organe électrique k I autre. Nous renvoyons, (tour plus de détails , aux deux ouvrages de M. Matt4;um, que nous avons indiques précédemment [1130].

S ir*. Observations sur réleclricUé dynamique. ISHS. Dans la longue série de faits que présente l'électricité

OBSERVATIONS SUR l'ÉLEGTRICITÉ DYNAMIQUE. 3S5

dynamique, nous avons vu le mouvement , la chaleur, les actions chimiques , le magnétisme , être tantôt la cause de production des courants, tantôt des efTets produits par les courants : ainsi, Télectricité est intimement liée au principe de la chaleur et du magnétisme, et à la constitution intime des corps. Il l'est également au principe de la lumière, puisque Télectricilé produit de la lumière et que les courants électriques exercent une action directe sur la lumière, comme nous le verrons bientôt. Ainsi , rélectricité tient à tout, et nous ne parviendrons à découvrir sa nature et sa manière d'agir, sans découvrir en même temps la nature de la chaleur et la constitution des corps.

1225. Dans certains cas, la production de Télectricité statique parait résulter uniquement du contact; mais, dans un système de corps qui se touchent, do quelque manière qu'ils soient disposés, s'ils n'éprouvent aucun changement , il est impossible d'admettre qu'il puisse se produire autre chose qu'un certain état d'équilibre entre les électricités développées. Pour que le système soit parcouru par un courant permanent, il faut une source d'électricité aussi permanente, et jusqu'ici ces sources n'ont été trouvées que dans le mouvement des corps, dans celui de la chaleur qui les traverse, ou dans les actions chimiques.

1224. A part les lois des actions des courants les uns sur les autres et sur les aimants, les lois de la conductibilité, celles relatives à la chaleur développée , et aux actions chimiques produites dans un même circuit, qui paraissent bien établies , la science ne présente que des faits isolés, qui dépendent certainement les uns des autres , mais par des liens encore inconnus.

1225. Lorsque rélectricité est en repos dans un corps conducteur, les molécules jouissent d'une force répulsive qui les rejette à ta surface du corps où elles sont maintenues par la résistance de l'air, en produisant à chaque point des tensions qui dépendent des courbures que la surface y atTecte; mais, quand rélectricité s'écoule par un canal conducteur, les tensions latérales ne subsistent plus, car le courant est le même dans tous les points de la section du canal , pourvu qu'elle soit homogène. Et il n'y a aucun rapport entre les lois de l'action de deux éléments de courants, et les lois des attractions et des répulsions de rélectricité en repos.

1220. Les actions des courants pour produire les déviations de l'aiguille aimantée ou des décompositions chimiques paraissent

aie LtmftHB.

suivre les mêmes lois; mais les effets physiologiques etraimantation des aiguilles suivent ensemble des lois difTérentes.

1227. Les phénomènes d'induction ont une certaine analogie avec la production de rélectricité statique par influence; mais il s'en faut qu'elle soit complète , et on ignore s'il existe une relation taaXre les courants qui se produisent par induction et la polarité magnétique qui se produit dans les mêmes circonstances y mais seulement dans certains corps; et les tourbillons moléculaires, imaginés par Ampère pour expliquer Faction réciproque des courants et des aimants y quoique satisfaisant parfaitement aux phénomènes observés 9 sont assez difficiles à admettre.

1898. Depuis une vingtaine d'années , la science de rélectricité a marché rapidement : d'importantes découvertes ont reculé les bornes de nos connaissances ; mais ce qui reste à faire pour vérifier une masse de fiaits isolés, pour en déterminer les lois, et pour trouver le lien qui les enchaîne, offre un champ immense aux recherches des savants.

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