Partie centrale du cristallin
En partant de ces données , il faut établir d’abord que les diverses parties transparentes de l’œil diffèrent trèspeu sous le rapport de la puissance réfringente , en sorte que la principale action qui fait converger les rayons dans l’œil se passe au moment où la lumière pénètre de l’air extérieur dans la cornée transparente. C’est donc une er-
AU LIVUE UE LA LUMIERE. 455
reurgrossière, quoique généralement répandue, que de penser que le cristallin est la principale cause de la convergence des rayons au fond de l’œil. Cela ne saurait être , puisque sa densité et son pouvoir réfringent diffèrent très- peu des milieux entre lesquels il se trouve placé , savoir , en avant l’humeur aqueuse , en arrière l’humeur vitrée. Ainsi la cause principale de la convergence et de la formation d’un foyer dans l’œil est la convexité antérieure de la cornée , tandis que les dispositions particulières de l’humeur aqueuse du cristallin et l’humeur vitrée paraissent avoir pour but des modifications ou des perfectionnemens de cette action première.
En calculant les courbures et les forces réfringentes des milieux de l’œil , on est arrivé h déterminer que le foyer véritable de cette lentille composée ne se trouvait avancé ou reculé que d’une quantité extrêmement petite et qui ne dépassé pas 1 épaisseur de la rétine, lorsque les objets sont placés à une distance infinie ou h dix pouces de l’œil; en sorte que la faculté de voir nettement à des distances si différentes serait beaucoup plus facile à concevoir qu’on ne l’a pensé jusqu’ici.
En considérant la courbure particulière du cristallin , et surtout l’accroissement de sa force réfringente , depuis sa circonférence jusqu’au centre, on peut concevoir avec une égale facilité la correction de l’oberration desphéricité.
Il reste h examiner si les images formées au fond de l’œil sont privées de couleurs accidentelles, ou si l’œil est achromatique. Nous devons faire remarquer ici que nous possédons en partie les élémens de la solution de ce problème, mais qu’il nous en manque un de la plus grande importance. En effet, l’achromatisme résulte i° de la nature des courbures combinées; 2° de l’indice de réfraction des substances superposées ; 5° de la puissance dis-
456 ADDITIONS
persive de chacune de ses substances, pour les différentes parties du spectre.
Nous connaissons à peu prés les courbures des différens milieux de l’œil; nous connaissons avec assez d’exactitude les indices de réfraction des différens milieux transparens de l’œil; mais il n’a encore été fait aucune recherche sur le pouvoir dispersif de ces différens milieux, et, par conséquent, ce dernier élément nous manque pour déterminer si l’œil tel que la nature l’a construit est vraiment et nécessairement achromatique.
11 est très-probable que l’œil jouit de la propriété particulière que nous venons d’indiquer : d’abord , parce que les images observées directement h la partie postérieure d’un œil de bœuf paraissent très-nettes et point irisées; en second lieu , parce qu’on ne concevrait pas l’utilité de cette complication de courbures et de milieux divers qui se succèdent dans l’œil avec tant de régularité et de constance, si elle n’avait pas pour objet la correction des aberrations de sphéricité et de réfrangibilité.
Nous observerons néanmoins que la correction de ces aberrations n’est par aussi indispensable qu’on pourrait le croire. En effet, le cristallin peut être extrait dans l’opération de la cataracte , et le sujet qui a subi l’opération peut voir distinctementen faisant usage do verres convexes ; tous ceux qui font usage de verres convexes ou concaves, pour corriger la myopie ou la presbytie, voient distinctement les objets sans incertitude et sans coloration dans l’image, quoique ces verres ne soient pas eux-mêmes achromatiques , et produisent nécessairement les deux sortes d’aberration.
Il paraît donc certain que la rétine, affectée par des impressions fortes et précises , peut fort bien ne pas percevoir les impressions plus vagues et plus légères que pro-
ATI LIVRE PE LA LUMlkRE. 4^7
(luirait autour d’une image les nuances légères de l’irisation ou les pénombres résultant de l’aberration de sphésililé.
Pour concevoir ce phénomène physiologique, il suffira de rappeler quelques faits connus de tous les observateurs.
On distingue h peine un corps placé sur le même plan que la lumière vive d’un quinquet.
Après avoir regardé quelque temps une tache blanche sur un fond noir, si l’on regarde un fond blanc uni, on y voit une tache noir de la même grandeur que la tache blanche précédente.
Il arrive à chaque instant qu’en regardant en apparence simultanément un grand nombre d’objets divers, on n’en voit effectivement qu’un seul d’une manière distincte Cette circonstance tient h un phénomène de vision étranger h la physique, et qui consiste dans l’action de regarder, c’est-à-dire d’appliquer volontairement notre attention à saisir l’image d’un objet déterminé.
En général, on se fait une idée très-fausse de la vision; et on s’est laissé entraîner à beaucoup de difficultés imaginaires dans l’étude de celte fonction, faute de considérer que l’individu qui regarde ne regarde pas l’imago qui est tracée sur sa rétine, mais perçoit séparément l’impression de chacun des rayons lumineux qui, partis de chacun des points de l’objet, viennent frapper la rétine dans des points différens; en sorte que c’est d’une manière tout-à-fait accidentelle qu’il y a une image dans l’œil , laquelle peut être vue par un œil étranger, et cela est si vrai que cette image n’a d’existence pour l’observateur qu’à cause de la légère opacité de la rétine, et que tous les rayons qui la forment sont dans l’état naturel complètement absorbés par la choroïde qui est placée derrière.
D’après ce que nous venons de dire , il est essentiel d’a-