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MOYENS DE PRODUIRE L’ÉLECTRICITÉ

027. En considérant la question de la production de l’électricité dans sa plus grande généralité, on peut dire qu’il s’en développe dans tous les changemens de rapports quelconques qui peuvent intervenir entre les diflerens corps de la nature; en sorte que jamais deux corps ne se touchent, 11e se séparent, ne se frappent, ne se frottent, 11e se combinent ou ne se dégagent , sans qu’il se produise de l’élecli'icité. Cependant il faut remarquer que le genre d’électricité dont nous nous occupons en ce moment, a pour caractère de présenter une tension évidente aussitôt qu’il se développe, et que , dans la plupart des cas dont nous venons de parler, s’il se produit des courans d électricité, cela arrive le plus souvent sans qu’on puisse reconnaître sa présence par les effets ordinaires d’attraction et de répulsion , qui dépendent de sa tension; en sorte que l’électricité que nous éludions en ce moment ne se produit ordinairement que par la pression, par le choc , par les changemens de température , et principalement par lo frottement,

2 1 G DH L’/iLECTIUCItÉ

Le célèbre IToiiy a reconnu , le premier, dans ses recherches délicates , qu’une simple pression exercée parles doigts sur certains cristaux suffisait pour leur communiquer un état électrique très-prononcé. C’est ainsi que le spath d’Islande comprimé prend une électricité vitrée qu’il conserve pendant très-long-temps. Ce savant a même profilé de cette disposition pour construire un éleclroscope qui consiste en une aiguille horizontale très-mobile sur un pivot et qui porte à l’une de ses extrémités un petit cristal de spath d’Islande , qu’il suffit de presser légèrement pour communiquer à toute l'aiguille une électricité vitrée qui sert h distinguer celle de tout autre corps qu’on lui présente.

Le choc entre des corps de différentes nature paraît trèspropre è développer de l’électricité ; mais , la plupart du temps , son action se confond avec celle du frottement dont nous parlerons bientôt.

Les changemens de température produisent , dans certains corps , des états électriques très-remarquables. C’est encore h ce savant cristallographe que nous devons la plupart de nos connaissances sur ce genre de phénomènes. Le fait de cet ordre le plus anciennement connu appartient il la tourmaline : lorsqu’on la chauffe elle devient électrique , en contractant des pôles , en sorte que l’une de ses extrémités est vitrée et l’autre résineuse, et si on la brise dans cet état , chacun de scs fragmens se trouve doué des mêmes propriétés.

Le frottement est , sans contredit , le plus puissant moyen que nous connaissions de produire de l’électricité. Celte production dépend et de la nature des corps qui se frottent , et de la manière dont le frottement s’opère.

Il semble , au premier aperçu , qu’il n’y ait que les corps non conducteurs qui soient susceptibles de s’électriser par

rnopivEtiirîNT pite.

frottement ; cependant il suffit d’isoler un corps conducteur pour lui communiquer cette propriété.

Les différens corps frottés les uns contre les autres s’électrisent plus ou moins, dans un sens ou dans l’autre, suivant leur nature, et sans que nous connaissions les causes qui amènent ces différences. Ainsi , le verre poli, frotté avec un morceau de drap , acquiert de l’électricité vitrée , et le morceau de drap de l’électricité résineuse. Le verre poli , frotté avec une peau de chat , contracte l’électricité résineuse. La même substance , frottée avec un cuir enduit d’or musif (deuto-sulfure d’étain ) ou d’amalgame de mercure , se charge très-fortement d’électricité vitrée. Le verre dépoli contracte presque toujours par Irottement l’électricité résineuse.

Le diamant poli ou dépoli contracte toujours l’électricité vitrée, avec quelque corps qu’011 le frotte. L’ambre , la résine et une foule d’autres corps analogues contractent toujours l’électricité résineuse , lorsqu’ils éprouvent un fr 0 1 t em eut quelconque.

Deux portions d’un même corps frottées l’une sur l’autre peuvent contracter des états électriques très-prononcés , et par conséquent opposés l’un à l’autre. Il n’y a rien ici dans la nature du corps qui détermine l’un des deux h se charger plutôt de l’électricité résineuse que de l’électricité vitrée, et l’on remarque en effet que la fixation d’un des fluides sur l’un ou l’autre des deux corps dépend de la manière dont le frottement s’exerce.

Si , par exemple , on prend deux rubans de soie A et B , que deux personnes les tiennent par leurs extrémités en les tendant , et que l’on lasse glisser le ruban A en travers du ruban B , le premier prendra l’électricité vitrée , et le second l’électricité résineuse. Si, au contraire, on fait glisser le ruban B en travers du ruban A , ce sera le ruban B qui contractera l’électricité vitrée.

218 de l’électricité

Une des substances les plus propres h électriser les corps par le frottement est la peau de chat revêtue de son poil. Si, eu effet, on frappe en glissant un plateau de résine avec celle peau tournée du côté du poil , il s’électrisera rapidement. Mais l’on voit cju’ici le choc est un moyen de rendre le frottement plus vif et plus intense. La même chose arrivera si l’on frappe de même un conducteur en cuivre isolé. On pourra aussi électriser de cette manière un homme placé sur un tabouret isolant.

La peau de l’homme, quoiqu’elle soit le siège, d’une transpiration continuelle qui , par sa propriété conductrice , devrait s’opposer h la production de l’électricité , devient très-propre à l’électrisation lorsqu’elle est sèche. Il suffit, pour s’en assurer, de frotter un tube de verre avec la main ou de faire glisser dans les doigts des bas de soie qui s’électrisent souvent au point de produire des étincelles. Il arrive même quelquefois qu’en tirant rapidement des bas de soie neufs , ils restent gonflés et conservent la forme de la jambe, par l’effet de la répulsion du fluide électrique dont ils sont pénétrés.

11 n’est peut-être pas inutile de rappeler ici que tous ces phénomènes de production d’électricité ne deviennent appareils que dans une atmosphère bien sèche , attendu que l’eau qui se précipite naturellement d’un air humide, est pour l’électricité un conducteur à travers lequel les fluides opposés se réunissent aisément. Il ne faut même que la plus légère couche d’eau à la surface des corps isolons, comme le verre et la résine , pour leur donner des propriétés conductrices très-marquées. Mais il suffit , en général , d’échaufl’er l’air dans lequel on fait des expériences, pour en déterminer le succès , attendu qu’en élevant sa température on assure la persistance de lu vapeur d’eau qu’il peut contenir,

PROPREMENT DITE

DE L’iSOLEMENT.

528. C’est un point extrêmement important que de savoir isoler complètement les corps sur lesquels on veut faire des expériences électriques, ou si cet isolement complet est impossible , de connaître au moins les lois suivant lesquelles l’électricité se perd , afin de pouvoir introduire cette loi dans les calculs, et tenir compte des résultats qui en dépendent.

Heureusement, les travaux de Coulomb , aussi exacts qu’étendus et minutieux, nous ont fait connaître sous ce point tout ce qui pouvait être nécessaire aux expérimentateurs qui lui ont succédé. Nous ne donnerons ici qu’un résumé succinct des résultats auxquels ils est parvenu.

Lorsqu’un corps conducteur est supporté par une lige isolante et plongée dans l’atmosphère qui nous entoure , ce corps peut perdre l’électricité qu’on lui aura communiquée par différentes voies : i° par la substance même du support, puisqu’il n’y a pas de corps réellement privés de la faculté de conduire l’électricité; 20 par une couche humide qui se déposerait à la face de ce support ; 5° par l’air humide agissant comme conducteur; 4° par l’air sec qui n’agit plus comme conducteur, et dont les particules attirées d’abord , électrisées par contact et repoussées ensuite, vont perdre celle électricité acquise sur les corps environ nans.

Il était d’abord nécessaire d’isoler ces diverses causes de déperdition les unes des autres, et de réduire les pertes à celles qui peuvent se faire par l’air seul ; Coulomb y est parvenu par des moyens assez simples ; d’abord il a constaté qu’un petit fil de gomme laque , surtout de celle qui a la couleur brune, lorsque ce fil a douze lignes do

DE L’ÉLECTRICITÉ longueur, ne laisse perdre aucune quantité sensible d’électricité, pourvu que le petit, corps qu’il supporte ne soit chargé d’électricité qu’à une faible tension. Un (il de soie de six pouces , enduit de gomme laque , isole également bien; on acquiert la preuve de cet isolement complet , lorsque deux ou trois supports réunis pour un même corps ne rendent pas la déperdition d’électricité plus considérable que quand on n’en emploie qu’un seul.

Agissant donc sur un petit corps électrisé , isolé comme nous venons de le dire et dans un air aussi sec que possible. Coulomb a pu au moyen de sa balance de torsion, mesurer exactement la perle en électricité que le petit corps faisait dans une minute , par exemple , car l’angle de torsion d’abord produit par l’état électrique primitif se trouvait diminué, au bout de la minute écoulée, d’une quantité trèsappréciable.

En agissant par cette méthode avec les précautions les plus minutieuses , et en répétant les expériences un grand nombre de fois. Coulomb est arrivé aux résultats généraux suivans : i°. La perte par l’air sec, dans un corps faiblement électrisé , est assez lente pour que l’on puisse exécuter une série d’essais , en tenant compte de la déper dition. 2°. La déperdition est proportionnelle à la tension électrique. 5°. La déperdition n’est nullement influencée par la forme , le volume et les anfractuosités du corps , ni même par sa nature , pourvu que la tension électrique comuniquée primitivement soit très-faible. 4°* La déperdition s’accroît rapidement à mesure que l’hygromètre s’éloigne du zéro de son échelle. 5°. Elle s’accroît aussi rapidement par la diminution de la pression atmosphérique, ou de l’élasticité du gaz qui environne le corps électrisé.

Coulomb a, du reste, publié des tables dont les lois

PROPREMENT DITE

que nous venons do rapporter sont le résultat , et que les expérimentateurs peuvent consulter.

Pour les besoins pratiques et dans tous les cas ordinaires, on produit un isolement suffisant , en supportant les corps conducteurs par des colonnes de cristal ayant pour hauteur au moins dix fois leur diamètre, et en enduisant leur surface d’un vernis de gomme laque , qui a l’avantage de ne point attirer l’humidité de l’air, comme le ferait la surface du verre.

Les petites tiges dont on fait usage pour supporter de petits conducteurs mobiles, peuvent être disposées de la même manière , ou mieux , construites en cire h cacheter de benne qualité , ou en tissus de soie enduits de gomme laque.

Nous verrons , au reste , en parlant de la pile sèche , que nous possédons aujourd’hui un excellent instrument pour mesurer avec exactitude le degré de conductibilité des corps pour l’électricité.

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