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ÉLECTRICITÉ GALVANIQUE

550. On donne le nom (['électricité galvaniçuch la cause qui développe certains efiêts électriques au simple contact

de corps hétérogènes , même de corps semblables diversement échauffés. Long-temps on a cru que le fluide qui produit ces phénomènes était différent des fluides électriques résineux et vitré dont nous avons supposé l’existence; mais on est parvenu à rattacher tous les laits à la même théorie , quoique l’on continue h employer les expressions d’électricité et de phénomènes galvaniques, pour les distinguer de l’électricité par frottement et cle scs effets.

L’histoire des sciences doit en général être bannie des scieuces élémentaires, où l’on 11e doit faire entrer que les lois, les faits et leurs preuves; mais l’histoire du galvanisme fait exception à cette règle pour desélémens de physique spécialement destinés aux études médicales. 11 est en effet doublement intéressant pour nous , d’observer comment ces phénomènes galvaniques, qui promettent de si grandes ressources à la médecine et qui doivent fournir de si belles applications à la physiologie , ont eux -mêmes une origine toute médicale et physiologique.

Galvani, dont le nom est devenu si célèbre, était médecin et professeur à Bologne; il s’occupait avec ardeur de recherches physiologiques qui , suivant l’esprit du temps, avaient pour objet principal des questions relatives au principe vital. 11 faisait en 1789 de curieuses expériences , dont nous allons rendre compte.

Galvani avait suspendu dans son cabinet des cuisses de grenouilles récemment dépouillées, et cette suspension était opérée au moyen d’un crochet de cuivre engagé dans les nerfs lombaires. Lue machine électrique, placée dans la même pièce, mais à une grande distance des cuisses de grenouilles, était chargée d’électricité d’une manière continue, et on en tirait de raomens en momens des étincelle?. Galvani observait qu’à chaque décharge électrique les muscles des grenouilles entraient en conlrac

tion. Ce fait est, comme on voit, un exemple du choc en retour dont nous avons parlé. En effet, la machine chargée de fluide vitré repoussait le fluide de même nature dans les muscles , les nerfs et le support des cuisses de grenouilles; mais au moment où la machine était déchargée par l’étincelle, ce fluide vitré rentrait par les nerfs et déterminait les contractions.

Quoi qu’il en soit, Galvani ayant terminé pour le moment ses expériences , suspendit les cuisses de grenouilles dont il avait fait usage, au balcon de sa fenêtre qui était en fer; il fut fort étonné de remarquer, au moment même , de nouvelles contractions des muscles. L’influence de la machine ne pouvant plus jouer aucun rôle dans ce nouvel incident, il en observa soigneusement les circonstances et ne tarda pas h s’assurer que les contractions avaient lieu dans le moment où le crochet de cuivre portant sur la barre de fer, les muscles venaient h toucher une autre partie de cette barre; il en conclut qu’une communication métallique, établie entre les nerfs qui se distribuent dans l’intérieur des muscles et la surface externe de ces organes , était la condition nécessaire des contractions.

L’expérience nouvelle fit bientôt grand bruit dans le monde savant , et fut répétée sous toutes les formes possibles.

L’idée théorique que Galvani proposa , et qui fut généralement accueillie et défendue pendant long-temps , consistait ù établir que les organes vivans produisaient un fluide analogue h l’électricité; que les nerfs et l’extérieur des muscles sc trouvaient nécessairement chargés d’une manière opposéeà peu près comme l’intérieur et l’extérieur d’une bouteille de Lcyde , et qu’au moment où , par le moyen d’un conducteur métallique , on faisait communiquer les nerfs avec l’extérieur des muscles , il sc produisait

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lino petite commotion qui déterminait la contraction.

On fut tellement convaincu de la vérité de celte explication , que le Jluide en question fut nomme électricité animale.

Si personne ne révoquait en doute la réalité d’un fluide produit par les organes et s’y comportant comme nous l’avons dit , on n’était pas également d’accord sur la nature de ce fluide; les uns, h la tête desquels se trouvait naturellement Galvani, soutenaient que ce fluide , malgré certaines analogies avec l’électricité ordinaire, était d’une nature toute spéciale ; ils croyaient avoir découvert le fluide nerveux proprement dit; les autres pensaient que ce prétendu fluide nerveux n’était que l’électricité ordinaire, et considéraient seulement les organes vivans comme de véritables appareils électriques. Ceux-ci s’appuyaient principalement sur le fait remarquable que le fluide animal ne pouvait être conduit que par des substances métalliques formant ce qu’on appelait Yarc excitateur, par analogie avec le nom de l’instrument dont on se sert pour faire communiquer l’intérieur d’une batterie électrique avec son extérieur. Il était remarquable , en effet , qu’en établissant la communication des nerfs aux muscles de la grenouille avec des corps non conducteurs de l’électricité ordinaire, on n’obtenait jamais aucune contraction. Galvani répondait qu’une seule analogie , savoir, la propriété d’être conduit par les mêmes corps, ne suffisait pas pour établir l’identité des deux fluides.

Jusque là , on avait fait à peine attention à une circonstance du phénomène qui devait par la suite devenir la principale; savoir, que pour obtenir de grands effets de contraction des muscles de la grenouille, il fallait que deux métaux différons entrassent dans la composition de l’arc excitateur.

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Voila, professeur h Pavlc, h qui l'électricité doit tant de belles découvertes , et qui à cette époque avait déjà imaginé le précieux instrument que nous avons décrit sous le nom de condensateur, fut le premier à signaler celte circonstance et à attribuer au contact des deux métaux différons , la production de l’électricité qui , jusquelà , l’avait été aux organes eux-mêmes. C.clte vue nouvelle renversant toutes les idées physiologiques que l’on s’était plu à fonder sur l’électricité animale , éprouva de vives contradictions. D’abord on objecta qu’un seul métal aussi pur qu’on peut se le procurer, étant employé comme arc excitateur suffisait pour déterminer des contractions faibles, il est vrai , mais très-sensibles. Galvani alla plus loin , et fit voir que les nerfs lombaires , euxmêmes , directement appliqués sans intermède à la surface extérieure des muscles déterminaient des contractions. Voila répondit alors par une proposition plus générale que la première, savoir, qu’il se produisait des phénomènes électriques par le seul contact de deux substances hétérogènes quelconques , mais que le contact des métaux donnait seulement lieu à des phénomènes plus saillans.

Jusque-là, la question restait indécise, les deux prétentions opposées pouvaient être également soutenues et partageaient les esprits. 11 était réservé au célèbre professeur de Pavie, d’arriver à la preuve expérimentale que le contact de deux métaux produisait de l’électricité, en tout semblable à celle qu’on excite par le frottement, et qui avait été seule connue jusqu’alors; c’est-à-dire , déterminant des attractions et des répulsions entre les petits corps comme l’électricité ordinaire.

Voila obtint celte preuve à l’aide de son condensateur. Deux métaux différons ayant été mis en contact , il fit

voir que chacun d’eux mis successivement en rapport avec le plateau collecteur de sou instrument, en faisait diverger les pailles , mais que l’un des métaux donnait toujours une électricité positive lorsque l’autre fournissait une électricité négative. En sorte que dans ces deux substances hétérogènes, chacune d’elles se constituait également dans des étals d’électricité opposés.

Cette belle découverte , qui a exercé depuis une si grande influence dans les sciences naturelles , renversa complètement le système de l’électricité animale. L’arc excitateur devint l’appareil de production, et les organes animaux furent réduits au rôle de conducteur de l’électricité , mais ce conducteur sensible et contractile avait le mérite d’annoncer par ses mouvemens,le passage de quantités d’électricité si petites, qu’elles n’auraient probablement jamais pu être découvertes par d’autres moyens, en sorte que si les organes des animaux ont perdu le privilège de produire l’éleclrité particulière qui porte le nom de gai vanisme, ils sont restés le galvanomètre le plus sensible que nous connaissions.

Nous devons remarquer ici que, par un retour qui n’est pas sans exemple dans les sciences naturelles , vers les idées qui se sont d’abord emparées des esprits des observateurs d’un fait nouveau , chaque jour nous rapproche davantage de la pensée que les appareils nerveux sont , en effet, des producteurs de quelques fluides analogues au galvanisme, etsur lesquels l’électricité extérieure n’exerce une action si marquée peu de temps après la mort, que parce qu’elle les excite d’une manière fort analogue à l’action qu’ils déterminaient eux-mêmes pendant la vie.

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