DES PILES SÈCHES
3/|2. On donne le nom de pile sèche à des assemblages de substances électromolriccs dont les couples sont séparés par d’autres matières solides qui jouissent , jusqu’à un certain point, de la faculté conductrice, sans développer de forces électromotrices , qui nuisent à celles des élémeusde la pile.
L art de composer ces sortes de piles est jusqu’ici bien peu avancé; il s en faut de beaucoup qu’on ait trouvé
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parmi les corps solides des substances qui réunissent les avantages que présente un liquide acidulé dans les piles ordinaires. Ainsi le papier, légèrement humecté ou dans son état hygrométrique ordinaire, est jusqu’ici ce qu’on a trouvé de mieux, malgré sa faible propriété conductrice; c’est avec lui que sont construites les piles de M. Zamboni.
Pour préparer ces piles , on colle une feuille de zinc ou d’étain sur une des faces d’une feuille de papier, et l’on frotte l’autre face avec du peroxide de manganèse pulvérisé ; on superpose un nombre de ces feuilles ainsi préparées , en mettant toujours le zinc en contact avec le manganèse; on les découpe alors en rondelles égales au moyen d’un emporte-pièce; on réunit un très-grand nombre de ces rondelles superposées dans le même ordre , et on les serre au moyen d’une presse pour assurer les contacts et diminuer le volume de la pile.
On peut enfermer cette réunion de rondelles dans un tube de verre vernis intérieurement à la gomme-laque, et dont les deux extrémités sont fermées par deux plaques de zinc et de cuivre. On peut encore envelopper la pile , pendant qu’elle est comprimée , de gomme-laque fondue et appliquée couche par couche, jusqu’à ce que l’enveloppe ait acquis deux lignes d’épaisseur. On se procure aisément ainsi des piles sèches de plusieurs centaines et même de milliers de couples.
Une pile sèche , construite comme nous venons de le dire , présente deux pôles opposés , dont la tension électrique, quoique généralement très-faible, est cependant capable de produire des attractions et des répulsions sensibles. Ce qu’elle présente de plus remarquable, c’est l’extrême lenteur avec laquelle les fluides électriques sont transportés vers leurs deux extrémités. La vitesse de celle
transmission excède h peine la vitesse de la déperdition que ces deux pôles font par l’air; ce qui est cause de la faible tension de ces pôles , qui ne possèdent jamais que le résultat de la différence de ces deux actions.
Il résulte de cet état de la pile sèche , i°que, quand on a détruit sa tension par un contact, elle est long-temps à revenir à son maximum; 2° que ce maximum est trèsvariable, suivant l’état hygrométrique de l’air; en sorte que, pour que ces piles jouissent de tout leur pouvoir, il faut les enfermer sous une cloche de verre; 5° que ces piles n’exercent jamais aucune action chimique sensible, parce que ces actions exigent des courans rapides.
M. Zamboni a obtenu un mouvement d’oscillation presque perpétuel en plaçant verticalement deux de ces piles à une légère distance l’une de l’autre, et les faisant communiquer par leurs bases, de façon que leurs sommets présentent leurs pôles opposés. Dans cette situation, une aiguille métallique isolée très-mobile et suspendue par son centre de gravité, peut osciller continuellement entre les deux pôles. En effet, si elle est d’abord attirée par le pôle vitré, elle viendra le toucher, s’électrisera vitreuscment, sera repoussée parce même pôle, et attirée parle pôle résineux; au contact avec ce dernier pôle, elle perdra son électricité vitrée pour en prendre une résineuse , et être de nouveau repoussée vers le pôle vitré qui l’attirera.
On a été plus loin , et on est parvenu à faire de ce mouvement alternatif un mouvement de rotation continu. En effet, si on place un peu au-dessous du niveau de l’aiguille deux conducteurs communiquant avec les deux pôles des piles , et si l’on attache à l’aiguille une petite lame métallique Ires-flexible qui descende assez bas pour toucher successivement ces conducteurs dans un mouvement de
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rotation, sans quo l’aiguille puisse jamais les rencontrer elle-même; en imprimant h l’aiguille un léger mouvement de rotation , elle passera au-dessous du pôle vitré , en contractant de l’électricité vitrée; elle sera repoussée en continuant h tourner dans le même sens , parce qu’en vertu du mouvement acquis elle aura dépassé le niveau du pôle; bientôt elle sera attirée par le pôle résineux; elle le franchira de même en contractant de l’électricité résineuse, et la répulsion qui succédera continuera encore le mouvement de rotation dans le même sens. Il convient que cette aiguille n’ait qu’une seule branche, dont le poids soit équilibré par une petite masse située du côté opposé; ou , si elle est double, il faut que ses deux moitiés soient séparées par une substance non-conductrice , afin qu’elles puissent prendre et conserver des électricités opposées.
Aucune des substances qui entrent dans la composition d’une pile sèche n’étant de nature h réagir chimiquement sur les autres à la température ordinaire et dans un lieu hermétiquement clos , il en résulte d’abord la preuve que l’action chimique , qui est si considérable dans les piles ordinaires, et à laquelle on a été tenté d’attribuer les courans galvaniques, n’est pas une condition nécessaire de leur existence; il en résulte encore que ces piles sont un bon moyen de produire une tension électrique constante et durable , tant qu’elles sont enfermées sous une cloche de verre, puisqu’on a vu de ces appareils conserver leur pouvoir pendant plus de vingt années.
M. Bohnenberger a obtenu, au moyen des piles sèches, un électroscope très-sensible : il consiste en une seule feuille d’or suspendue précisément è la même distance des deux pôles d’une pile sèche très-faible. On conçoit que, dans l’état naturel, cette feuille d’or demeure immobile entre deux attractions égales et opposées, et qu’aus-
sitôt qu’on lui communique la plus faible quantité d’électricité, elle est immédiatement attirée par un pôle et repoussée par l’autre ; ce qui double la sensibilité de l’instrument. Au reste son excessive mobilité même et la facilité avec laquelle il se dérange sont des obstacles à son usage.
545. M. Rousseau, amateur très-distingué des sciences naturelles , a lait de la pile sèche une application plus importante dans l’instrument qu’il a nommé diagomètre.
Une aiguille aimantée très-fine et très-légère est supportée par un pivot métallique; un disque de clinquantest porté par une de ses extrémités , et répond dans la direction magnétique de l’aiguille , vis-h-vis et très-près d’un disque métallique vertical qui communique avec le pivot par un conducteur; le tout est posé sur un plateau de résine et recouvert d’une cloche. Le conducteur qui communique au pivot se porte aussi h l’extérieur de la cloche, où se trouve un plateau métallique sur lequel on pose les corps dont on veut essayer la conductibilité; sous le plateau de résiné est une pile sèche dont un des pôles communique avec le réservoir commun , tandis que l’autre peut être mis eu contact avec le plateau métallique extérieur; h 1 instant où ce contact a lieu , le disque métallique fixe est électrisé , en même temps que l’aiguille et son disque mobile; il en résulte une répulsion qui dérange la direction de 1 aiguille aimantée d’un certain nombre de degrés, qu’on peut déterminer au moyen d’un arc gradué.
Lorsqu’on agit comme nous venons de le dire, la déviation de l’aiguille est instantanée et arrive immédiatement à son maximum ; mais si 1 on pose sur le plateau de cuivre un conducteur très-imparfait, comme un morceau de verre, par exemple , et qu on force l’électricité h le traverser, la déviation de 1 .aiguille n arrive h son maximum que dans
un temps très-long. Si le corps était complètement isolant , la déviation 11e s’opérerait jamais. lien résulte que la durée du temps qui s’écoule entre le contact et le maximum de déviation est une bonne mesure du degré de conductibilité des corps interposés. On conçoit que les corps essayés ainsi doivent présenter des dimensions uniformes dans tous les sens , puisque la conductibilité est fortement influencée par l’épaisseur et par l’étendue des surfaces de contact.
M. Rousseau , en essayant par sa méthode et avec son instrument un grand nombre de corps divers , a découvert que le degré de conductibilité pouvait devenir , pour certaines substances, un caractère distinctif très-délicat; ainsi il a vu que le meilleur charbon pour la confection de la poudre de guerre était celui de tous qui conduisait le moins bien l’électricité; il a d’ailleurs observé, sous ce rapport , de très-grandes différences entre les diflerens charbons.
M. Rousseau a soumis des liquides aux mêmes épreuves, en les plaçant successivement , et en quantités égales , dans un même godet métallique posé sur le plateau extérieur. 11 a trouvé ainsi que l’huile d’olive pure conduisait à peine l’électricité, tandis que l’huile de faîne ou d’œillette la conduisent très-bicn. La différence est telle, qu’une trèspetite quantité de ces huiles, ajoutée à l’huile d’olive pure , suffit pour augmenter beaucoup son pouvoir conducteur. Cette sorte d’épreuve est assez sensible pour faire découvrir de très-faibles sophistications, qui seraient probablement au-dessus des ressources de la chimie analytique.
Il n’y a pas de doute que ces recherches , répétées et multipliées , ne fournissent un grand nombre de données utiles. 11 serait par oxemplc très-intéressant d’étudier, sou»
ce rapport, 1rs di Orrons fluides animaux et chacun d’eux dans divers états do maladie.