RAPPORTS DU GALVANISME AVEC LES ETRES VIVANS
049. L’électricité, mise en mouvement par les appareils galvaniques, exerce sur les animaux une influence d’autant plus prononcée qu’elle traverse leurs organes avec continuité. Aussi emploie-t-on de préférence ce mode d électrisation dans tous les cas de paralysie sans altération organique, et dans toutes les affections atoniques. 11 faut pourtant convenir que, jusqu’ici, on 11e peut rien établir de positif sur le succès qu’on doit en attendre, co tpii tient sans doute à ce que , la plupart du temps, on a
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applic|u6 ce moyen sans discernement à des maladies qui reconnaissaient une cause absolue contre laquelle cet agent devait être impuissant.
L’application de Finfluence galvanique aux organes des animaux récemment morts , a donné lieu à une foule de phénomènes intéressans. Indépendamment des muscles des animaux qui, comme ceux de la grenouille, se contractent fortement lorsqu’on les comprend dans un circuit galvanique , ou seulement lorsqu’on les louche avec le fil d’un des pôles de la pile , les cadavres humains euxmêmes ont été soumis à de semblables épreuves. On a vu, en Angleterre, un homme mort depuis trois quarts d’heure exécuter des mouveraens respiratoires , et mouvoir ses membres de manière h donner l’espérance de le rappeler ti la vie , si la grande quantité de sang qu’il avait perdue ne se fût opposée à cet heureux succès.
II résulte du moins , de la puissante influence du fluide galvanique , qu’il offre le meilleur moyen de rétablir la circulation, la respiration chez les individus asphyxiés. Il est, sous ce point de vue, très-désirable que l’autorité joigne une pile galvanique aux moyens qu’elle réunit dans des lieux spéciaux pour rappeler h la vie les noyés ou les asphyxiés.
Lorsqu’on se propose de déterminer des contractions dans tel muscle de l’économie animale, il faut mettre en communication avec les deux pôles opposés d’une pile, d’une part, l’origine des nerfs qui se rendent à ces muscles, et d’autre part le corps des muscles eux-mêmes. Pour y parvenir avec quelque espoir de succès , il faut appliquer, dans les points de la peau les plus voisins de l’origine des nerfs , des plaques métalliques flexibles et mouillées d’une dissolution saline. On peut quelquefois profiter de la plaie d’un vésicatoire ou même pratiquer
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des incisions dans lesquelles on introduit des lames métalliques. 11 est bon de remarquer encore que le simple coulant est beaucoup moins aciil que la commotion, eu >orle qu il laut interrompre alternativement les communications avec la pile , ou bien , laissant un des fils attaché «'i 1 une des extrémités , saisir 1 autre et le faire glisser successivement sur le bord des éiémens de celte pile d’une extrémité h 1 autre , car il en résulte une succession de chocs qui excitent très puissamment les contractions.
Un grand nombre de faits semblent établir, dans l’état actuel des connaissances , une grande analogie entre la cause qui détermine les influences nerveuses et le fluide galvanique. Ces analogies peuvent être distinguées en eelles qui regardent la structure et celles qui regardent les effets.
Quant h la structure, les centres nerveux présentent toujours deux lames de substances , l’une grise, et l’autre blanche, qui, dans le cerveau , sont repliées ensemble sur elles-mêmes, de laçon qu étant déployées elles présenteraient une grande étendue; tandis que , dans le cervelet , on rencontre un grand nombre de lames distinctes, superposées et réunies entre elles par des espèces de conducteurs , comme les deux éiémens d’une pile. On remarque encore que les nerfs sont formés de filets non interompus, depuis le cerveau ou la moelle épinière, jusqu’au lieu de leur destination , et que ces filets sont généralement enveloppés d une matière grasse, très-propre à les iscler complètement entre eux et des parties voisines; ce qui leur donne beaucoup de ressemblance avec ces fils métalliques recouverts de soie dont on fait si souvent usage pour conduite sans déperdition l’électricité d’un lieu dans un autre.
Quant aux effets,
nous nous contenterons d’exposer
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une série de laits bien observés et parfaitement constatés.
Si l’on coupe les nerfs qui se rendent à l’estomac , et qu’on mette les extrémités en contact ou voisines l une de l’autre, la digestion continue; si l’on écarte ou qu’on renverse les extrémités nerveuses, la digestion cesse; si, après avoir enlevé une partie de la longueur du nerf, on fait communiquer les deux extrémités par une lame métallique , la digestion continue; enfin , si l’on fait communiquer la branche nerveuse qui se dirige vers l’estomac avec un des pôles d’une pile, et la région de l’estomac avec l’autre pôle , la digestion s’exécute sous l’influence galvanique , à peu près de la même manière que sous l’influence nerveuse.
On trouve encore , dans la nature des humeurs sécrétées par les organes de l’économie animale , une singulière analogie avec les phénomènes de séparation que le fluide galvanique opère dans les corps composés. Ainsi ces humeurs sont toutes alcalines ou acides ; celles qui sont destinées h être rejetées au dehors , comme la transpiration et l’urine, sont acides, et celles qui, comme la bile , doivent rester dans l’éccnomie pour y concourir è quelques fonctions, sont alcalines. '
Pour concevoir comment les sécrétions peuvent s’opérer dans l’intérieur des organes, on a fait l’expérience suivante : si l’on prend un petit tube de verre, qu’on le ferme par un bout avec une membrane mince , qu’on le remplisse d’une dissolution de sel marin, et qu’on le pose sur une plaque métallique , en faisant communiquer cette plaque cl le liquide du tube avec un élément galvanique , il se déve'oppe de l’alcali dans l’intérieur du tube , et l’on trouve sur la plaque métallique un< liqueur acide. Ainsi la séparation s’est opérée à travers la membrane, qui
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n’aurait pas laissé transsuder la liqueur saline non décomposée.
Si ces analogies sont loin d’être suffisantes pour autoriser h conclure que le fluide nerveux est identique avec le fluide galvanique , elles sont du moins de nature à mériter toute l’attention des physiciens et des physiologistes, d’autant plus que nous verrons, en parlant des phénomènes électro-dynamiques , que d’autres analogies se présentent encore dans le fait même de la contraction musculaire.