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DE LA MESURE DU CALORIQUE

293. Nous avons supposé que le calorique était un corps susceptible de s’accumuler, de se séparer, de se combiner, etc. Nous devons donc rechercher les moyens de déterminer en quelles quantités ce calorique existe , se combine ou se dégage. Et quand nous nous contenterions de considérer le calorique .comme cause de la chaleur, il faudrait encore mesurer l’intensité des actions de celte cause.

Lorsque nous touchons un corps , nous éprouvons des sensations de chaleur ou de froid que nous attribuons au passage du calorique du corps à la main ou de la main au corps. Il faut supposer que ce calorique est libre ; on le nomme aussi thermoméirique ; et on nomme températures les états qui produisent ces sensations diverses. On suppose qu’elles dépendent de la plus ou moins grande quantité de calorique libre qui existe dans les corps.

On a remarqué que difFérens corps, qui produisent sur

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nos organes ou sur les thermomètres des effets semblables, contiennent souvent des quantités de calorique très différentes. On en a conclu que les différens corps avaient , en quelque sorte , des capacités diverses pour contenir le calorique libre, et on est parvenu à mesurer comparativement ces capacités. Enfin, les indications du thermomètre et les diverses capacités caloriques des corps n’indiquant que des rapports entre des quantités inconnues de calorique, on a recherché quelle pouvait être la quantité absolue du calorique contenu dans un corps. Nous nous occuperons donc : i° de la mesure de la température ; 2° de la mesure des capacités caloriques ; 3° de la mesure du calorique absolu.

294* Mesure de la température. ■— Les sensations de froid ou de chaud que nous font éprouver les corps ne sont que des indications très infidèles de leur température, car elles dépendent et de la température même de la main, et des sensations qui ont précédé. On a dû chercher des moyens plus sûrs de mesurer et de comparer les températures des corps : on les a trouvés dans certains changemens que le calorique produit constamment dans les corps qui en sont pénétrés. Ainsi , l’augmentation de volume des liquides échauffés a servi de base à l’instrument qu’on nomme thermomètre , la dilatation du platine à un genre de pyromètre, et la contraction de l’argile au pyromèlre deWegwood. Nous allons décrire successivement ces instrumens.

295. Le thermomètre consiste, en général , en un tube de verre étroit, terminé par un réservoir sphérique ou cylindrique, et contenant un liquide qui ne remplit pas complètement le tube. Lorsque le réservoir est approché d’un corps chaud , le liquide qui se dilate monte dans le tube; le contraire arrive au contact des corps froids. La quantité dont le liquide s’élève ou s’abaisse fait juger de

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ce que Ton nomme la température; et, pour l’apprécier avec exactitude, on place à coté du tube une échelle divisée en petites parties , que l’on nomme degrés.

Dans la confection d’un thermomètre il y a à considérer le tube, le réservoir* le liquide qu’on emploie, la détermination des points fixes pour servir de comparaison , et la gradualion ou division de l’échelle.

Le tube de verre doit être d’un diamètre très petit relativement à la capacité du réservoir, afin que les moindres changemens dans le volume du liquide deviennent très apparens. Le diamètre du tube doit être exactement le même dans toute sa longueur; on s’en assure en y introduisant un peu de mercure, et mesurant la longueur qu’occupe cette quantité de mercure transportée dans les différens points de la longueur du tube. Si cette longueur est partout la même , le diamètre du tube est nécessairement uniforme. Comme cela arrive rarement, on peut employer un tube inégal en diamètre, pourvu qu’à la méthode de M. Gay- Lussac on ait compensé cette irrégularité par le moyen suivant : on fait entrer dans le tube un peu plus de la moitié de sa longueur de mercure. On marque l’extrémité de cette colonne , puis on la fait couler vers l’autre bout du tube; on marque encore ce point, et le milieu de l’intervalle qui sépare les deux points obtenus est sensiblement le milieu du tube quant à sa capacité. On peut répéter cette opération sur les deux moitiés, sur les quatre quarts, etc. , et obtenir ainsi cent divisions qui ne sont pas égales en longueur, mais qui représentent des capacités égales.

Le réservoir peut être sphérique, cylindrique, conique, ou formé d’un tube recourbé sur lui-même en spirale. Le réservoir sphérique offrant le minimum de surface est plus lentement affecté qu’un autre. Les réservoirs cylindriques et coniques conviennent dans la plupart des cas. Le réser-

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voir en spirale jouit d’une grande sensibilité; on l’emploie spécialement pour reconnaître la température de l’air.

Le licjuide employé à la construction du thermomètre doit différer suivant l’usage auquel on le destine. L’alcool coloré par l’orcanette se dilate beaucoup ; mais, comme il bout à 78°, et que d’ailleurs sa dilatation est irrégulière au voisinage de ce terme , il ne peut convenir pour les hautes températures; tandis que lui seul peut servir à constater les températures très basses qui congèlent les autres liquides. L’eau, l’huile et les acides ont les mêmes inconvéniens que l’alcool , sans avoir ses avantages. Le mercure est , de tous les liquides, le plus convenable à la construction des thermomètres , attendu qu’il ne bout qu’au dessus de loo°; que sa dilatation est très régulière quand on l’observe dans le verre dans une grande étendue de l’échelle thermométrique; et enfin , qu’il est opaque, qu’il réfléchitda lumière; ce qui le rend facilement visible dans les tubes les plus fins.

Faire passer le liquide dans le tube et dans le réservoir n’est pas une chose aussi simple qu’on pourrait le croire , car ces cavités sont pleines d’air qui s’oppose à l’introduction de ce liquide» Pour y réussir, on chauffe le réservoir et on plonge l’extrémité ouverte du tube dans le liquide , dont une portion s’introduit dans l’intérieur lors du refroidissement de l’aiÿ. On chauffe alors de nouveau le réservoir jusqu’à réduire le liquide en vapeur, et on plonge subitement l’extrémité du tube dans le liquide. La vapeur qui avait chassé l’air se condense , et l’instrument se remplit complètement , sauf une petite bulle d’air qui est retenue par la capillarité du tube. Pour la chasser , on attache un fil au tube, et on imprime à l’instrument un mouvement de rotation très rapide qui porte la bulle d’air vers le centre , c’est-à-dire à l’ouverture libre du tube. Il ne reste plus qu’à chasser une portion du liquide, pour que le tube

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soit en grande partie vide , ce qu'on obtient encore par l’ébullition du liquide. On profite du moment où le tube est plein de la vapeur du liquide pour le sceller hermétiquement à la lampe d’émailleur. Cette dernière opération a pour but de tenir vide d’air la partie supérieure du thermomètre , condition nécessaire , puisque , dans l’élévation du liquide, cet air se trouverait comprimé et ne manquerait pas de briser l’extrémité du tube.

Lorsque le thermomètre a été ainsi préparé , on voit le liquide s’élever ou s’abaisser dans le tube au moindre changement de température qu’il éprouve; mais il reste à obtenir des points de comparaison pour ces variations de volume , et une échelle pour les mesurer.

Les points fixes , indispensables pour rendre les thermomètres comparables les uns aux autres, ne peuvent consister que dans certains états des corps que l’on puisse reproduire à volonté , et qui s’accompagnent toujours de la même température. On a coutume de faire usage de la glace fondante et de l’eau bouillante , et nous avons vu en effet que de la glace qui se fond actuellement est à une température constante, aussi bien que de l’eau qui se réduit en vapeur sous une pression donnée de l’atmosphère et dans un vase métallique.

Pour faire usage de ces moyens , on plonge d’abord le thermomètre dans de la glace pilée ou de la neige , et on marque sur le tube l’endroit où le mercure s’arrête. On porte ensuite l’instrument dans un vase où l’eau est en ébullition, et de manière que tout le tube plonge dans l’eau ou du moins dans la vapeur qui en émane. 'Le liquide du thermomètre s’élève rapidement, et devient stationnaire dans un point que l’on marque également sur le tube. *

La graduation s’obtient en prenant, avec un compas , l’intervalle qu’il y a sur le tube entre les deux points fixes.

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portant cette longueur sur la bonde de papier ou le plan solide qui doit servir d’échelle, et la divisant en 100 parties égales si le tube est cylindrique, et proportionnelles aux espaces occupés par la goutte de mercure s’il ne l’est pas; le zéro de ces 1 00 parties répondant h la glace fondante, et le 100e degré à l’eau bouillante. On peut obtenir des degrés au dessus et au dessous de ces deux points , en y reportant des parties égales à celles obtenues par la division.

On conçoit que chaque thermomètre construit de cette manière présentera , suivant les différons rapports du volume de la boule avec le diamètre du tube , un intervalle différent entre le zéro et le 100e degré , et par conséquent des degrés plus ou moins étendus. Mais ils sont parfaitement comparables , puisque tous marqueront o° dm^ Ja glace fondante et ioo° dans l’eau bouillante.

Nous avons décrit la graduation du thermomètre centigrade actuellement usité en France; mais il existe un certain nombre d’autres thermomètres dont il est important de connaître les rapports avec celui-ci.

Le thermomètre de Réaumur , employé autrefois exclusivement en France , et dont on fait encore très souvent usage, a précisément les mêmes points fixes; mais l’intervalle qui les sépare est divisé seulement en 80 parties , en sorte que 4 de ces degrés en valent 5 du thermomètre centigrade.

Le thermomètre de Fahrenheit, dont les Anglais se servent , a pour point fixe inférieur la température produite par un mélange de neige et de sel marin , et pour point fixe supérieur celle de l’eau bouillante; l’intervalle est divisé en 212 parties. Il en résulte que le o° centigrade répond au §2° Fahrenheit , et que ioo° de l’un répondent

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h 180 de l’autre, en sorte que 5° centigrades égalent 90 Fahrenheit.

Le thermomètre de Delisle, dont on fait usage en Russie, a les mêmes points fixes que le thermomètre centigrade ; mais le zéro de l’échelle, est au terme de l’eau bouillante , et l’échelle est divisée en i5o parties , en sorte que le i5oe degré répond à o° centigrade , et que , par conséquent , 5° centigrades égalent 7°,5 du thermomètre de Delisle, en les comptant en sens inverse*

296. Thermomètre différentiel, — Si les corps liquides, qui se dilatent plus que les solides , sont particulièrement propres à la confection des thermomètres , on conçoit que l’air lui-même, en qualité de fluide élastique , peut fournir un moyen thermométrique très sensible , pourvu qu’on fenferme dans une boule de verre qui communique avec un tube gradué, dans lequel se trouve une goutte liquide dont les déplacemens indiquent les changemens de volume de l’air intérieur. Ce thermomètre h l’air est extrêmement sensible , puisque les changemens de volume de l’air sont au moins 20 fois plus considérables que ceux du mercure. Mais un grand obstacle s’oppose à l’usage ordinaire du thermomètre à l’air; savoir, les variations dans la pression atmosphérique , qui concourent , avec la température , à produire des changemens de volume dans l’air intérieur.

Leslie et Rumfort, dans le thermomètre différentiel et dans le thermoscope , ont trouvé moyen d’obvier à cet inconvénient en employant deux volumes d’air soustraits à la pression atmosphérique , et dont l’un peut être échauffé sans l’autre. Le thermomètre différentiel de Leslie consiste en deux boules de verre minces réunies par un petit tube formant le siphon renversé, en sorte que ses deux branches portent à leurs extrémités les deux boules qui se trouvent écartées de quelques pouces , et que ces deux branches

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sont unies par une portion horizontale. Tout ce petit appareil est rempli d’air et fermé hermétiquement; mais on a

soin de placer dans la branche horizontale une goutte d’acide sulfurique coloré en rouge-, qui sépare en deux portions la masse d’air qui remplit l’appareil. Bans cet état , si l’air des deux boules ne change pas de température , la goutte d’acide restera immobile ; si l’air des deux boules est échauffé ou refroidi de la même quantité*, la goutte d’acide restera encore immobile, puisque la f )rce élastique sera accrue ou diminuée de la même quantité, dans les deux parties de l’instrument. Mais si l’une des deux boules est échauffée sans l’autre , l’air qu’elle contient repoussera la bulle de liquide , et l’inverse aura lieu si la même boule est refroidie. On peutconstruire une échelle pour la marche de la bulle liquide , qui soit tellement calculée, que ses degrés représentent, par exemple,, un dixième des degrés du thermomètre centigrade. On nomme boule focale celle que l’on expose à des températures variables , et l’on a soin de la séparer de l’autre par une carte qui sert d’écra n, pour prévenir les effets du rayonnement. On voit que cet instrument , très sensible , est propre à indiquer la différence des températures auxquelles se trouvent les deux boules , circonstance d’où son nom a été tiré. On en fait un usage particulier dans les expériences sur le rayonnement.

Quant au thermoscope de Rumfort, il est construit précisément sur les mêmes principes que le thermomètre différentiel, mais avec des dimensions beaucoup plus considérables.

Thermomètres à maxima, et à minima. — Jusqu’ici nous avons décrit des thermomètres qui donnent des indications susceptibles d’être observées immédiatement , -mais qui ne laissent pas de traces de leur existence , en supposant que l’observateur n’ait pa9 été présent pour les noter. Par

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exemple , supposant qu’un thermomètre a été déposé dans une cave, et qu’on l’ait trouvé tous les matins à ii°, cela ne voudrait pas dire que ce thermomètre ne serait pas descendu pendant la nuit jusqu’à io°. Si l’on voulait connaître la température, que présente un puits artésien à 200 mètres de profondeur, et si pour cela on y descendait un thermomètre, il est évident que, pendant le temps qu’on emploierait à remonter l’instrument , son degré varierait par l’influence des couches diverses de terrains qu’on lui ferait traverser , et l’on ne pourrait compter sur aucun résultat; il en serait de même, si l’on devait prendre avec un thermomètre la température de l’eau à une grande profondeur dans la mer. C’est pour obvier à ces difficultés que l’on a imaginé des thermomètres qui ont la propriété de conserver des indications du point le plus haut où ils ont pu s’élever, ou. du point le plus bas où ils ont pu descendre dans l’intervalle de deux observations directes; et c’est à ces instrumens que l’on a donné le nom de thermomètres à maxima et à minima.

Les premiers de ces instrumens qui ont été imaginés et mis- en usage consistaient en thermomètres ordinaires, dont le tube* était seulement situé dans une position horizontale , et qui contenaient dans leur intérieur, et à la surface de la colonne de mercure , de petits corps que cette colonne devait entraîner dans un sens et abandonner dans l’autre.

Ainsi , pour un thermomètre à maxima , un petit cylindre de fer mobile dans le tube était placé sur la colonne mercurielle:, si dans l’absence de l’observateur, ce thermomètre venait à monter jusqu’à 3o°, par exemple, pour redescendre ensuite, le petit cylindre de fer, poussé jusqu'à 5o° par la colonne mercurielle, y demeurait stationnaire quand le mercure venait à se retirer, et conservait ainsi l’indication

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du degré maximum auquel ce thermomètre s’était élevé. Pour remettre l’instrument en état, on se servait d’un aimant pour rappeler le morceau de fer à la surface du mercure.

Le thermomètre h minima est un peu plus compliqué; c’est un petit cylindre de cristal qui est placé au dessus du mercure; mais entre le mercure et ce cylindre , on place un petit cercle d’acier très léger , ou une petite boucle de cheveux qui descend* avec le mercure, mais qui reste fixée dans le tube par son élasticité quand le mercure remonte , et indique ainsi, par sa position, le point le plus bas où s’est arrêté le mercure : en redressant le thermomètre et le secouant , la boucle de cheveux remonte à la surface du mercure par sa légèreté spécifique.

On doit convenir que ces instrumens sont nécessairement sujets à beaucoup d’inexactitudes et d’erreurs ; et quand il a été question de déterminer la température du globe à différentes profondeurs , problème de la plus haute importance géologique , on a dû rechercher des moyens plus exacts, surtout pour déterminer les rnaxima.

Le meilleur de ces appareils est, sans contredit, un vase plein de mercure et terminé par un tube étroit, dont l’orifice communique avec une autre capacité’. Si le poids du mercure contenu dans ce vase est bien connu h une température donnée avant l’expérience , et si le vase est plein quand on le descend, par exemple, au fond d’un puits artésien , en supposant qu’il éprouve une température plus élevée, il en sortira du mercure qui ne pourra plus rentrer dans le vase si la température baisse. Ainsi , le rapport de la quantité de mercure sortie avec la masse totale du mercure donnera exactement la dilatation du métal au moment du maximum de température éprouvé par l’instrument.

Ce sont des appareils fondés sur le principe que nous

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venons de développer , qui ont été mis en usage dans ces derniers temps pour constater les températures de l’intérieur du globe, et qui ont servi à démontrer que cette température s’élève d’environ un degré pour 35 mètres de profondeur.

Il existe un genre de thermomètre d’une nature toute différente, qui peut également servir à mesurer la température d’un lieu profond , soit sous l’eau , soit dans la terre; il est fondé sur ce principe, que, dans un circuit galvanique de deux métaux qui présentent deux soudures , il s’établit un courant qui est dans un rapport constant avec la’ différence des températures auxquelles se trouvent exposées les deux soudures. Si donc on a deux fils formant circuit, dont un'' soudure soit au fond d’un puits, et l’autre dans un cabinet d’observation, un galvanomètre indiquera par la déviation de son aiguille la différence de température qui existera entre le fond du puits et le cabinet d’observation, ou bien encore, si l’on modifie la température de la soudure accessible jusqu’à ce qu’il n’y ail plus de déviation, on sera sûr que la soudure inaccessible se trouve à la même température. Nous développerons la théorie de cet instrument nouveau en traitant des appareils thermo-électriques, au livre de Y Electricité.

Le même principe électrique vient d’être mis à profit pour obtenir le plus sensible et le plus impressionnable des thermomètres , en réunissant sur un même plan formant la base d’un prisme un très grand nombre de soudures appartenant au même circuit, tandis qu’un égal nombre de soudures intermédiaires aux premières sont réunies à l’autre base du même prisme : cet instrument sera décrit avec soin au livre de Y Electricité.

Nous ne pouvons pas omettre d’indiquer un petit instru. ment imaginé par M. Bréguet, et qui, s’il est peu propre à

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des observations rigoureuses , n’en est pas moins ingénieux dans son principe et dans ses dispositions. JM. Bréguet réunit p$r la seule compression deux lames très minces de cuivre et de platine , puis il en forme une spinale grande et très légère; un des bouts de cette spirale étant fixe, et l’autre portant une aigpllle qui se meut sur un cadran , les plus petites quantités de calorique qui puissent venir pénétrer Cet appareil dilatent inégalement Je cuivre et le platine; la spirale se tord qu se détord , et, à raison de son grand nombre de tours , f aiguille décrit des arcs de cercle considérables pour de très légers changemens de température: Le mérite spécial du thermomètre de Bréguet consiste à être affecté presque instantanément par les changemens de température , à raison de la très petite masse et de la très grande surface que présentent (es métaux qui le composent : c’est avec lui qu’on a pour la première fois rendu bien sensibles les changemens de température qui surviennent quand on comprime qu raréfie de l’air dans un récipient.

Inconvéniens des thermomètres. — Indépendamment de la difficulté de i’emp|oi du thermomètre à air et de l’irrégularité nécessaire de tous les thermomètres à liquides , en y comprenant même le thermomètre à mercure, qui n’est à peu près exact que de o° à iooq, tous ces instrumens présentent certains défauts à l’égard desquels il est important d’être prévenu , sous peine de tomber dans de graves erreurs.

Il faut d’abord remarquer que les thermomètres ne se mettent en général en équilibre de température qu’après un temps très considérable , surtout s’ils sont plongés dans des gaz ou dans l’air atmosphérique ; d’où il suit que des changemens rapides et alternatifs dans la température de ces gaz peuvent demeurer tout à fait inaperçus, ou même se trouver indiqués è contre-temps. On obvie en partie à

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cet inconvénient en couvrant le réservoir du thermomètre

« - d’un enduit noir et en multipliant sa surface par la forme

de spirale.

Un autre inconvénient provient de ce que la masse du thermomètre doit partager la température excédante du milieu dans lequel on le plongé, ou réchauffer ce milieu au moyen de son propre calorique, en sorte, par exemple, que, si l’on voulait connaître la température d’une petite masse de liquide chaud , et qu’on y plongeât un gros thermomètre froid , on serait loin d’obtenir la véritable indication; car, dans tous les cas. on n’obtient jamais qu’une moyenne entre la température du thermomètre et celle du corps examiné.

Pour réduire cet inconvénient à sa moindre valeur, il faut, dans les expériences rigoureuses , employer des thermomètres dont le réservoir ne contienne qu’une très petite masse de mercure , ee qui oblige d’une autre part à rendre le tube du thermomètre extrêmement fin et ne permet guère d’observer ces instrumens qu’à la loupe. Sous ce point de vue , le mercure présente deux grands avantages : d’une part, sa capacité calorique est très faible, et par conséquent il absorbe peu de chaleur pour se mettre en équilibre ; d’une autre part., il est opaque et brillant, de manière à rendre très apparent le plus mince filet contenu dans un tube.

Si l’on avait à employer un thermomètre commun pour constater la température d’une petite masse d’un corps quelconque, il faudrait, avant deplonger le thermomètre, le rapprocher artificiellement de la température probable du corps à examiner.

Variation du zéro thermométrique. — ■ En tenant compte de toutes les conditions que nous avons sulfisamment développées dans le cours de cet article , on pouvait espérer d’avoir toujours des thermomètres comparables les uns aux

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autres , et l’on devait penser que les observations récentes coïncideraient avec les plus anciennes. Malheureusement il n’en est pas ainsi : le verre dont les thermomètres sont faits éprouve avec le temps des changemens de volume qui font varier la capacité du réservoir, et qui déplacent le zéro primitif de l’instrument, et conséquemment tous les degrés de son échelle.

On peut attribuer ce phénomène à la pression atmosphérique extérieure dans les thermomètres vides d’air; mais il tient plus probablement à la lenteur avec laquelle le verre reprend son volume naturel après avoir été chauffé et refroidi brusquement. Quoi qu’il en soit , il paraît qu’en général le zéro s’élève dans les thermomètres anciens ; mais M. Despretz a cru reconnaître que le zéro s’élevait quand les thermomètres étaient maintenus long-temps à une basse température, et s’abaissait dans le cas contraire: il est donc très essentiel de vérifier toujours le zéro d’un thermomètre avant de s’en servir dans une recherche délicate.

297. Pyromètre . — Les thermomètres construits avec des liquides, ou même les thermomètres à air, qui exigent que ce fluide soit contenu dans des vases , sont évidemment insusceptibles de s’appliquer à de hautes températures qui volatiliseraient les liquides et fondraient même le verre. On a imaginé, pour les remplacer dans ce cas, des instrumens qu’on a nommés pyromètres. Nous n’en connaissons que deux qui fournissent les indications approximatives suffisantes pour les besoins des arts , mais bien loin de l’exactitude des thermomètres. L’un est le pyromètre de Wegwood , et l’autre le pyromètre de platine.

Le pyromètre de Wegwood est fondé sur une propriété particulière dont jouit l’alumine, convenablement séchée au feu , de prendre du retrait ou de diminuer de volume à mesure qu’on l’expose à des températures plus élevées.

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Pour le préparer, on construit de petits cylindres d’une argile particulière, que l’on fait sécher k une température de 5oo°. On dispose de l’autre part une plaque épaisse de cuivre , dans laquelle on creuse une gouttière qui diminue de largeur d’une de ses extrémités à l’autre ; on taille le petit cylindre d’argile de manière qu'il pénètre dans l’extrémité la plus large de cette gouttière; et, lorsque ce cylindre a été chauffé plus ou moins fortement , il devient plus petit , et susceptible de pénétrer plus ou moins loin dans la gouttière rétrécie.

La longueur totale de la gouttière est de 609“™, 592 ; son extrémité la plus large est de i2mm,7 ; la plus étroite est de 7mm, 62; sa longueur totale est divisée en 240 degrés, dont le zéro, qui correspond h 58o°,55 du thermomètre centigrade, est placé à l’extrémité la plus large , et le 240e degré à l’extrémité la plus étroite , chacun des degrés de cet instrument équivalant à 72°,2 2 centigrades.

Un cylindre qui a été placé dans un creuset où le cuivre rouge est entré en fusion, pénètre jusqu’au 27e degré du pyromètre; celui qui a été placé dans un lieu où le fer fond , pénètre jusqu’au i3oe.

On conçoit quela composition des cylindres d’argile doit influer beaucoup sur les résultats donnés par cet instrument. L’auteur conseille de les préparer avec de l’argile blanche de Cornouailles , en y ajoutant la moitié de son poids d’alumine pure. Mais il faut convenir qu’il est presque impossible de préparer des cylindres quisoient comparables les uns aux autres , et que cet instrument est loin de présenter l’exactitude désirable. Il est pourtant encore le seul qui soit applicable à des opérations faites en petit.

Le pyromètre de platine , qui a été imaginé par M. Brongniart pour constater les températures des fours à porcelaine de la manufacture de Sèvres, consiste principalement

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en une barre de platine située verticalement , reposant, par son extrémité inférieure, sur un point fixe, et liée par son extrémité supérieure avec la courte branche d’un levier dans l’autre bras , très prolongé , sort du four et va marquer sur un index , à la manière d’une aiguille , les changemens de dimension qui surviennent dans la longueur de la barre de platine.

Si cet instrument ne présente pas une marche parfaitement régulière , à cause de l’irrégularité même de la dilatation du platine , et de la difficulté d’entretenir des constructions délicates dans un lieu aussi chaud , il a du moins le grand avantage de constater certaines températures du four et de permettre de les reproduire à volonté, page ïo3.

M. Pouiliet a soumis dernièrement à l’Académie des sciences un nouveau procédé pour déterminer des températures élevées au moyen d’un pyromètre à air. Ce procédé n’étant pas encore devenu pratique, nous n’en donnerons pas la description; nous renverrons au mémoire de l’auteur.

M. Cagnard de la Tour . qui a fourni à la physique tant de procédés ingénieux, a imaginé de calculer les températures élevées par la nature du son qui serait produit par un tuyau plein d’air élevé à cette température. Aucun doute que ce procédé ne soit susceptible de succès et même d’exactitude ; mais sou auteur ne l’a pas encore rendu pratique. ,

298. On est convenu de donner le nom de température des corps au résultat des expériences faites avec les instrumens que nous venons de décrire. Ainsi, l’on dit qu’un corps est è la température de o° , de *20° , de 5o° , etc., du thermomètre centigrade , que le cuivre fond à la température de 2 70 du pyromètre d<3 Wegwood. Il est Lien évident que ces expressions n’indiquent rien d’absolu relativement

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à la quantité du calorique qui peut être actuellement Contenu dans les corps. Elles expriment seulement la nature des effets que ces corps produisent sur les instrument nommés thermomètres . Nous Verrons bientôt qu’une des propriétés essentielles du calorique est de se mettre en équilibre entre les différens corps. Ainsi , ce qu’on nomme température n’est autre chose que l’état du thermomètre qui se trouve en équilibre avec le corps qü’on examine. On conçoit., par conséquent, que le zéro du thermomètre centigrade n’indique pas l’absence du calorique dans un corps.

On a pris l’habitude de nommer degrés de chaleur et degrés de froid ceux qui se trouvent au dessus et au dessous

du zéro de l’échelle thermométrique. Ces expressions manquent de justesse et sont propres à donner des idées fausses. Il vaut beaucoup mieux employer les signes -f- et — pour les deux côtés de l’échelle * en disant, par exemple: la température du corps de l’homme est à + 36°, 5 ; le mercure se congèle à — 4°° du thermomètre centi-

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