ACTION DE LA PILE SUR LES CORPS INORGANIQUES
049. La découverte du précieux instrument que nous venons de décrire en a fait naître une foule d’autres dans la composition de beaucoup de corps naturels; car le courant qui s’établit entre les deux extrémités d’un appareil galvanique produit sur les corps des effets extrêmement remarquables.
Si l’on fait passer le courant galvanique à travers un conducteur suffisant , on n’observe aucun phénomène apparent : il ri’y a plus aucune tension dans l’appareil; et cependant, comme nous le verrôns bientôt , ce conducteur présente alors des phénomènes d’attraction et de répulsion d’une très haute importance. ( V oy. Electrodynamie.)
Si le conducteur est insuffisant, par exemple si l’on fait usage d’un fil métallique très fin , ce fil s’échauffe, rougit et fond , comme par une forte décharge électrique ; mais cette action est persistante et continue, au lieu d’être instantanée comme dans le premier cas.
328 ÉLECTRICITÉ
Si Ton fait passer un courant galvanique d’un morceau de charbon à un autre, en les plaçant dans le vide, ces charbons deviennent incandescens, extrêmement lumineux , sans perdre pourtant aucune partie de leur poids. Mais si le courant est considérable , une partie du charbon est enlevée à l’un des pôles , où il se forme une cavité , et transportée h l’autre où il se forme une saillie qui présente des traces de fusion.
L’expérience doit être faite de la manière suivante. On dispose un globe de verre elliptique dont les deux extrémités , ouvertes et disposées comme deux tubulures, sont garnies en cuivre et munies de boîtes à frottement, paçdesquelles pénètrent deux tiges de cuivre h pointe, qui peuvent ainsi s’approcher et s’éloigner à volonté; on arme chacune de ces pointes d’un morceau de charbon récemment calciné au blanc, en ayant soin que la tige de cuivre pénètre profondément dans le charbon ; du reste , ces deux morceaux doivent être taillés enjointe mousse du côté par où ils se regardent. On fait le vide dans cet appareil, par une troisième tubulure; on rapproche beaucoup les deux pointes de charbon, et l’on met en communication les deux tiges avec les deux pôles d’une forte pile. On ne tarde pas à apercevoir une lumière brillante qui se porte d’un charbon à l’autre; et si, dès lors , on les écarte successivement, jusqu’à les mettre à une grande distance l’un de l’autre, le courant lumineux continue , en prenant un éclat et une étendue qui font de cette expérience un des plus beaux spectacles que la physique puisse offrir à la curiosité.
Les phénomènes de chaleur et de lumière qui se développent dans les points où le courant de la pile est obligé de franchir un léger intervalle, ménagé entre deux conducteurs, sont extrêmement remarquables et lort différons de ce que présente l’électricité ordinaire. On voit se succéder
GALVANIQUE
Ô2CJ
avec rapidité une multitude d’étincelles , mais elles sont très courtes ; car ce que nous avons appelé la distance explosive est toujours extrêmement petite , ce qui est une suite naturelle de la faible tension des fluides : mais ces étincelles sont d’un éclat qui ne peut se comparer à aucune autre lumière artificielle. Ce qu’il y a de très remarquable, c’est que cette vive lumière prend des couleurs diverses, suivant la nature des métaux qui se trouvent en rapport; ainsi des conducteurs en cuivre donnent une belle lumière verte. En effet , dans ces expériences , le métal , quel qu’il soit , fond et brûle toujours au point du passage de l’étincelle , de telle sorte qu’il est difficile de déterminer si la lumière produite appartient au fluide électrique ou à la combustion même du métal. Si l’on produit ainsi des étincelles à la surface du mercure, il bout et se volatilise avec une grande violence. Un fait non moins remarquable , c’est que, en employant, pour tirer ces étincelles , un conducteur de platine suffisant , son extrémité n’en est pas moins fondue en un globule incandescent ; de sorte qu’il est démontré que la chaleur produite dans le point de contact de l'étincelle est infiniment supérieure à celle qui se développe dans les autres tranches de la continuité du conducteur.
Les effets de fusion peuvent présenter, avec des piles assez médiocres , une intensité qu’on a peine à se figurer. Avec une pile à la Wollaston de vingt-un couples seulement , et dont la surface de zinc n’était que de trente-deux pieds carrés , M. Children a rougi h blanc un fil de platine de plus de cinq pieds de long et de plus d’une ligne de diamètre : il a fondu une tige de même métal , de deux lignes carrées sur deux pouces trois lignes de longueur.
Il résulte des expériences curieuses du même auteur que les différons métaux rougissent ou brûlent par l’action
de la pile avec une facilité plus ou moins grande, et qui paraît nullement en rapport avec Faction ordinaire du calorique sur eux. Ces recherches ont été faites en faisant passer le courant galvanique par des fils formés , dans leur longueur, moitié par un métal et moitié par un autre, de manière à pouvoir comparer directement les effets d’un même courant sur deux métaux : il a trouvé ainsi que le platine rougissait beaucoup plus facilement que For; que For brûlait avant l’argent; que For et le cuivre éprouvaient des effets analogues; que le fer coulait quand le cuivre était rouge-blanc; que le platine était rouge-blanc quand le zinc n’éprouvait rien; que le fer coulait avant le zinc ; enfin, que le zinc brûlait quand l’argent restait intact : d’oû il paraît résulter que l’argent et le zinc sont les métaux qui éprouvent le plus difficilement ces sortes d’effets de la pile.
Le docteur Robert Hare , avec un appareil très considérable de couples rouies en hélice, paraît avoir obtenu des résultats encore plus extraordinaires ; en faisant passer le courant d’un morceau de plombagine h un autre, il a vu l’un des morceaux se creuser pendant que l’autre s’accroissait d’une couche d’apparence vitreuse qui avait toute la dureté et toutes les propriétés du diamant noir; ce qui supposerait la fusion du carbone lui-même, que l’on regarde comme le corps le plus réfractaire à Faction de la chaleur seule.
Les singulières différences que présentent les métaux soumis è un même courant s’expliquent en admettant que les meilleurs conducteurs éprouvent le moins d’action, et réciproquement, et en général un obstacle au passage d’un courant paraît être la cause des cüels de chaleur comme des effets chimiques de la pile.