‹ Traité élémentaire de physique générale et médicaleChapitre 84 sur 139 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

DE L’ŒIL ET DE LA VISION

4oo. Beaucoup d’animaux ont un ou plusieurs organes à l’aide desquels ils perçoivent des impressions produites par la lumière , et jugent ainsi, à de grandes distances, de l’existence d’un certain nombre des propriétés des

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corps. La structure de ces organes est extrêmement variée dans les différons genres d’animaux; mais partout on retrouve cette disposition générale des organes des sens, qui se composent toujours d’un certain nombre de moyens destinés à modifier l’agent qui doit produire la sensation, et d’une disposition nerveuse qui doit la recevoir et la transmettre. Il n’entre pas dans notre sujet de considérer l’organe de la vue dans celte grande généralité; nous nous contenterons- d’en étudier les dispositions et les phénomènes dans l’homme, et pour cela nous commencerons par rappeler succinctement la structure de l’oeil , pour étudier ensuite les conditions de la vision et ses principales modifications.

4oi. Structure de C œil. — L’œil de l’homme est formé de membranes générales ou particulières, qui en constituent les parois ou en séparent les cavités , et d’humeurs diverses qui les remplissent. Le globe de l’oeil présente , dans sa totalité, un sphéroïde, dont le diamètre antéropostérieur est un peu plus considérable que les autres. Ce globe est placé dans une cavité osseuse qui le protège, et

qui est beaucoup plus grande qu’il ne faudrait pour le cou-

tenir; car elle loge en outre un gros tronc nerveux qui pénètre dans l’intérieur de ce globe , plusieurs branches de nerfs et de vaisseaux qui lui appartiennent ou h ses accessoires ; six muscles destinés à le diriger à volonté dans tous les sens ; une glande qui sécrète un liquide pour lubrifier sa surface; et enfin une grande quantité de tissu cellulaire graisseux sur lequel ce globe repose : une membrane muqueuse., des voiles mobiles, qu’on nomme paupières , peuvent au besoin le défendre de l’accès de l’air et de la lumière.

Le globe de l’œil doit sa forme et sa solidité à une

membrane extérieure , élastique et dense, que l’on nomme

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sclérotique. Cette membrane est percée en devant d’une ouverture circulaire d’environ cinq lignes de diamètre, laquelle présente une rainure interne dans laquelle se trouve enchâssée, à la manière d’un verre de montre, une membrane aussi très dense et très solide, mais qui laisse traverser la lumière, que l’on nomme , à cause de cela, cornée transparente : cette cornée présente un segment de sphère d’un plus petit rayon que le reste du globe , et elle figure assez bien la face antérieure d’une lentille. La sclérotique est encore percée, dans sa partie postérieure et interne, d’un trou beaucoup plus petit, qui sert de passage au nerf optique pour pénétrer dans le globe.

Au dedans de la sclérotique se trouve une membrane fortement colorée en noir, qui revêt toute sa face interne, jusqu’au voisinage de la cornée transparente , et que l’on nomme choroïde. Celle-ci est , comme la sclérotique , percée d’une ouverture pour le passage du nerf optique.

Au dedans de la choroïde on rencontre une membrane blanchâtre, très déliée, étendue comme un réseau et tapissant toute la face interne de la choroïde. Elle se nomme rétine , et paraît être le résultat de l’épanouissement des filets mêmes qui composent le nerf.

Derrière la cornée transparente , et dans une étendue égale à la sienne , se trouve Y iris, membrane contractile, percée dans son centre d’une ouverture qu’on nomme pupille y et disposée de manière que l’ouverture se rétrécit dans la contraction ; la face antérieure est diversement colorée, la face postérieure est noire. La sensibilité propre de * cette membrane est i du reste ? tellement liée à celle de la rétine, que l’irritation de celle-ci par la lumière détermine la contraction de l’autre.

A quelque distance derrière l’iris se trouve un corps solide, transparent , lenticulaire , que l’on nomme cristallin ,

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qui est enveloppé dans une capsule transparente , et ainsi fixé dans sa place.

On voit, par cette description , qu’il reste entre la cornée transparente et le cristallin un espace libre , séparé en deux portions par l’iris et communiquant par la pupille. Ces deux espaces se nomment chambres de l’œil. L’antérieure est la plus grande. Elles sont toutes deux remplies par V humeur aqueuse , parfaitement limpide et peu différente de l’eau pure.

On voit aussi qu’il reste derrière le cristallin un très grand espace , qui se trouve occupé par le corps vitré. Celui-ci est formé d’une membrane très déliée, parfaitement transparente , et produisant , par ses feuillets multipliés, un très grand nombre de petites cellules qui communiquent difficilement enlre elles, et qui sont remplies par un liquide transparent dont la densité ne paraît pas être la même dans tous les points du corps vitré, et qui est en général un peu plus pesant que l’eau.

Si l’on considère l’appareil que nous venons de décrire sous le point de vue physique , on pourra regarder la cornée transparente , l’humeur aqueuse et le cristallin , comme une lentille composée , dont les différentes parties ont sans doute des propriétés réfringentes diverses, puisqu’elles produisent un achromatisme naturel , les images qu’elles donnent étant dépourvues de colorations acoidentelles. La cavité générale de l’œil pourra être regardée comme une chambre obscure que la choroïde tapisse en noir, pour empêcher les effets de lunïière étrangers à l’image , tandis que la rétine joue le ro:e du spectre sur lequel les images viennent se peindre , non pas comme dans les chambres obscures, pour être vues par d’autres yeux, mais pour être senties par la rétine elle-même; et celle sensation est transmise au cerveau par le nerf op-

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tique. Quant à l’iris, il représente parfaitement un diaphragme destiné à limiter plus ou moins le champ de la lentille pour éviter les effets d’aberration de sphéricité, et ne laisser pénétrer dans l’œil que la quantité de lumière nécessaire pour y peindre l’objet sans blesser la rétine.

Une expérience très simple prouve à la fois presque tous ces usagés des différentes parties de l’œil. Si l’on prend un œil de bœuf, et qu’à sa partie postérieure on enlève . avec soin une certaine étendue de la sclérotique, de manière à ménager l’intégrité de fa rétine et a prévenir l’écoulement du corps vitré ; si l’on place ensuite cet œil devant des objets éclairés , et que l’on regarde par derrière , on apercevra h travers la demi-transparence de la rétine des petites images parfaitement distinctes, sans colorations accidentelles , mais renversées.

402. De la vision. — D’après la description que nous venons de faire de l’appareil (le la vision, et l’expérience que nous avons rapportée, il paraît évident que la condition principale de cette fonction est qu’il se forme une image nette sur la rétine. Et si l’on suppose toutes les parties de l’œil dans des rapports eonstans, la vision distincte exigera nécessairement que les objets soient placés à une telle distance de l’œil , que la divergence des rayons qu’ils envoient sur la pupille comporte la formation du foyer de la lentille composée » précisément h la surface delà rétine. Cette distance est en effet une condition importante, sans être pourtant aussi absolue que les principes sembleraient l’indiquer.

Pour un œil bien conformé et appartenant h un adulte , la vision distincte a heu lorsque l’objet est placé à huit pouces du globe de l’œil. Tous les objets placés plus près sont vus confusément, parce que le foyer n’est pas encore formé à l’instant où les rayons , convergeant derrière le

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cristallin , rencontrent la rétine. Il n’y a dans l’œil aucun moyen d’obvier à cette difficulté , et l’œil ne saurait voir distinctement à de plus petites distances , qu’en employant des ressources artificielles.

Il n’en est pas de même pour les objets placés à une distance plus grande que huit pouces : notre œil jouit évidemment de la faculté non seulement d’apercevoir distinctement les objets situés à de grandes distances, mais encore de voir nettement et simultanément des objets situés h des distances différentes.

îl est évident que plus les objets s’éloignent de l’œil , plus les rayons qu’ils envoient sur la pupille doivent se rapprocher du parallélisme, et qu’en conséquence le foyer de ces rayons doit se trouver formé dans l’œil avant le moment où ils rencontrent la rétine; ce qui ne devrait former sur elle qu’une image confuse.

On a cherché à expliquer celte propriété de l’œil : i° par les variations de l’ouverture déjà pupille; 20 par de prétendus dépîaeemens du cristallin; 5° par l’action des niuscles de l’œil qui pourraient en changer la forme totale. M. Pouillet a tenté cette explication en faisant refnarquer que les images nettes sont en général perçues de préférence en quelque sorte aux impressions confuses , et en tenant, compte de la différence probable de la puissance de réfraction du cristallin du centre h la circonférence. Il admet, en conséquence, que la pupille contractée donne des objets éloignés une image nette , indépendamment dés images vagues de certains objets plus rapprochés ; et réciproquement.

On peut encore supposer que la masse de l’humeur vitrée n’est point .homogène . niais que sa 'densité va en croissant depuis la face postérieure du cristallin jusqu’au fond de l’œil. Cette supposition n’est point invrai-

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