LUMIÈRE DE L*ARC VOLTAÏQUE
creuset en charbon servant d'électrode positif. En quelques minutes, il a fondu 250 grammes de rognures de platine, et, en un instant, 80** de palladium, et aurait pu fondre beaucoup plus de ces deux métaux. En opérant sur quelques grammes, il a volatilisé le platine de manière à en couvrir une capsule de porcelaine de 10cm de diamètre, Gxée au-dessus du charbon supérieur.
4539. lumièbb de L'Aie TOLTAÏQUB. — L'arc voltaïque répand une lumière tellement vive, que l'œil ne peut en supporter l'éclat. Les flammes des lampes placées dans le voisinage ressemblent à des corps rouges et sombre, et projettent des ombres comme le feraient des corps opaques. La vivacité de cette lumière dépend principalement des quantités d'électricité, c'est-à-dire de la grandeur des couples, et fort peu de leur nombre. En effet, MM. Fizeau et L. Foucault ' ont trouvé sensiblement la même intensité, avec 40 couples etavec 80 couples placés les uns à la suite des autres; tandis que deux séries parallèles de 40 couples leur ont donné une intensité beaucoup plus grande. M. Despretz est arrivé aux mêmes résultats; il a constaté, de plus, que l'intensité augmente à peu près proportionnellement au nombre des séries de 400 couples qu'il disposait parallèlement, du moins jusqu'à la limite de 6 séries, qu'il n'a pas dépassée. Si, au contraire, les couples étaient placés bout à bout, l'augmentation était bien moins prononcée; à partir de 400 couples, elle était même à peine sensible jusqu'à 600. M. Despretz comparait les intensités de la lumière, par divers procédés que nous indiquerons dans l'optique; entre autres, en cherchant la distance à laquelle il cessait de pouvoir lire nettement une page imprimée.
La lumière de l'arc n'a pas partout le même éclat; M. Despretz y a remarqué des parties obscures : quand la ligne des charbons est horizontale, et qu'on augmente peu à peu leur distance, l'arc passe d'abord en ligne droite, puis on yoit un espace obscur au-dessus et au-dessous de la ligne des charbons, et à la partie supérieure, la lumière se termine par un arc circulaire. Cette espèce de voûte s'élève peu à peu, devient un angle aigu, et l'arc se rompt. M. Despretz a encore constaté, dans l'arc voltaïque, l'existence de bandes transversales, alternativement plus brillantes et plus sombres. Ce phénomène, connu sous le nom de stratification de la lumière électrique , est surtout très marqué dans l'arc produit par les appareils d'induction, avec lesquels il a été découvert ; nous y reviendrons en traitant de ces appareils.
La lanière prend naissance au pôle négatif. — M. Neef distingue dans l'arc, deux espèces de lumières : l'une, propre à l'électricité, et qu'il appelle flamme froide ; l'autre due aux particules entraînées quand les électrodes se sont suffisamment échauffés, et qu'il nomme lumière secondaire. En examinant au microscope les petites étincelles qui jaillissent entre deux lames de platine qui servaient à fermer et à interrompre le circuit, il a reconnu que
* Archives de Télectricité, de M. A. de La Rive, t. IV, p. 318.
la lumière ne se montrait que sur la lame négative '. Ce fait important a été confirmé depuis, et M. Ruhmkorff a remarqué, au moyen de son appareil d'induction, que dans le vide, la boule de platine qui sert d'électrode négatif est entièrement entourée, ainsi que la tige qui la supporte, d'une belle lumière violette, tandis que la boule positive laisse échapper une aigrette de lumière pourprée. M. Despretz a reconnu qu'un petit thermomètre dont le réservoir est plongé dans la lueur violette, monte de quelques degrés; si l'on renverse le courant, ce thermomètre baisse, pendant qu'il est plongé dans la lumière rouge.
Ces expériences ayant été faites avec l'arc d'induction, il était nécessaire de les vérifier avec l'arc voltaïque. M. Moigno a vu constamment que lorsqu'on rapprochait les charbons pour établir l'arc au moyen d'une forte pile, la lumière apparaissait d'abord au pôle négatif, le charbon positif restant obscur 2 ; mais bientôt ce dernier s'échauffait, le transport des particules s'établissait, et la lumière était dès lors beaucoup plus vive au pôle positif qu'au pôle négatif, comme MM. Fizeau et Foucault l'avaient déjà constaté. Enfin, quand l'électricité d'une machine positive traverse, d'une manière continue, Y cm f électrique (1284), on voit aussi la boule négative qui communique avec le sol, enveloppée d'une lueur violette pendant que la boule qui apporte le 'fluide positif laisse échapper une gerbe purpurine. On peut donc conclure, avec M. Neef, que la lumière prend naissance autour de la boule négative, tandis que la chaleur se développe principalement à l'électrode positif (1533).
Propriétés de la lumière de l'are voltaïque. — La lumière de l'arc voltaïque a, avec la lumière du soleil, une grande ressemblance d'aspect, et de nombreuses analogies dans ses propriétés. Peu de temps après l'expérience de Davy, Brande reconnut qu'elle provoque la combinaison du chlore avec l'hydrogène, et qu'elle colore le chlorure d'argent..., comme le fait la lumière du soleil. M. de La Rive a constaté qu'elle agit aussi sur la couche sensible des .plaques daguerriennes ; il a pu faire l'image photographique d'un buste éclairé par la lumière électrique. Il a reconnu de plus, ainsi qu'Arago, que les rayons de cette lumière, comme ceux du soleil, ne possèdent pas la polarisation optique. La lumière de l'arc a encore la propriété de rendre phosphorescents, c'est- ï-dire lumineux dans l'obscurité, les corps qui le deviennent sous l'influence des rayons solaires. Ce résultat n'est pas dû au contact direct de l'électricité; car, MM. Biot et Becquerel ont constaté que, si la substance est exposée à la lumière électrique dans des tubes de verre hermétiquement fermés et de différentes couleurs, la phosphorescence, qui se montre au plus haut degré dans les tubes violets, n'a pas lieu dans les tubes en verre rouge. Nous étudierons, dans le livre suivant, le spectre formé par la lumière de l'arc, et nous verrons qu'il diffère en plusieurs points du spectre solaire.
1 Bill. unir, de Genève (Arcb. des Se.), t. I, p. 30, et t XXX. p. 391.
2 Comptes-rendus de l'Académie des sciences de Paris, t. XXII, p. 359.