ROTATION DES LIQUIDES
de l'anneau. La rotation est alors due à l'action du multiplicateur circulaire sur les courants dirigés dans le mercure suivant les rayons ; elle change de sens quand on renverse le courant, soit dans le mercure, soit dans le multiplicateur.
lit •. Rotation de l'eau acidulée. — Dans les expériences qui précédent, l'aimant ou le courant agissent sur l'électricité qui circule dans le mercure; si ce liquide se meut c'est que l'électricité ne s'y déplace qu'avec difficulté. Un liquide moins bon conducteur, comme l'eau acidulée, conviendrait donc mieux, et d'autant plus qu'il serait moins dense ; aussi plusieurs physiciens ont-ils opéré avecdifférentestlissolulions aqueuses.
M. Jamin a opéré sur l'eau acidulée ': un voltamètre cylindrique V (fig. 1283) est placé entre deux pôles contraires A, B d'électro-aimant. L'électricité arrive dans l'eau acidulée par de gros fils de platine m, n, et le courant s'épanouit entre les électrodes. Les parties qui ne sont pas verticales sont sollicitées à tourner, par les pôles magnétiques À, B. On voit, en effet, les bulles de gaz qui se dégagent aux électrodes , monter en décrivant des hélices , l'une dextrorsum , l'autre sinistrorsum ; ce qui indique que le liquide tourne en sens contraire en m et en n. Le mouvement se fait dans le sens prévu d'après la nature des pôles A, B, et le sens du courant m n.
Considérons encore un voltamètre, dans lequel les électrodes m,n(fig. 1284) pénétrent par le fond, et dont l'ouverture circulaire se trouve entre les pôles opposés A, B d'un électro-aimant. Le courant, que nous supposerons partir de m, forme en s' épanouissant dans le liquide, au-dessus des fils tn, n, des arcs plus ou moins élevés, dont les parties verticales sont sollicitées par les pôles A et B. Chaque élément de courant vertical partant de m, est soumis à deux forces mp, mq, perpendiculaires aux plans qui passent par cet élément et par les pôles A ou B (1660) ; soit r leur résultante. Les courants qui se dirigent verticalement vers n sont soumis à des actions donnant la résultante r\ Les bulles de gaz s'élèveront donc en formant deux petites colonnes s'écartant l'une de l'autre. Si l'on change le sens de l'aimantation en A et B, on verra les colonnes se rapprocher au lieu de s'éloigner. Si les électrodes sont en m', n', les résultantes #, *', feront tourner le liquide, et le sens du mouvement changera avec les pôles A et B. Dans les positions des électrodes , intermédiaires à m, n et m7, n', il y aurait encore rotation, mais moins vivement.
M. E,Wartmann afait tourner, au moyen d'un aimant, un liquide qui fournissait lui-môme l'électricité 2. Un barreau de fer doux suspendu verticalement
Fig. 4 284.
1 Annales de chimie et de physique, 3e série, t. XL1II, p. 334.
2 Annales de chimie et de physique, 3e série, t. XIX, p. 394.
au pôle d'un aimant, plonge dans une dissolution de sulfate de cuivre. Le liquide attaque le fer, et dégage de l'électricité. Le fluide positif se répand dans la dissolution, d'où il revient ensuite au barreau, pour neutraliser le fluide négatif qu'il a reçu, en formant ainsi des courants qui convergent vers ce barreau. Ces courants peuvent être reconnus au moyen d'un réométre, dont on plonge un des fils dans le liquide tout prés du barreau, et l'autre à une certaine distance. L'aimant agit sur ces courants, et le liquide tourne dans le sens indiqué par la théorie. Le liquide doit tenir des particules en suspension et être éclairé vivement. M. Grove a obtenu, en employant l'acide sulfurique étendu, un mouvement assez prononcé pour entraîner de petits flotteurs.
M. Bertina imaginé des appareils avec lesquels on montre facilement la rotation des liquides, dans différentes conditions. La fig. 1285 représente un de ees appareils construit par M. Ruhmkorff. AAA est un vase annulaire en verre
contenant de l'eau acidulée , sur laquelle flotte un anneau en liège L, destiné à en indiquer le mouvement. Cet anneau est enduit de noir de fumée pour éviter l'adhérence capillaire aux parois. Le liquide communique avec les pôles d'une pile de 3 ou 4 couples à charbon, par les fils f, /*, et des lames de cuivre appliquées sur les deux parois cylindriques du vase.
E est un aimant ou un électro-
aimant, sous l'influence duquel le liquide tourne, quand il est traversé par le courant, dans le sens prévu par4 la théorie. — Si l'on supprime l'aimant E, le liquide tourne encore, mais lentement, sous l'influence de la terre.
Si l'on soulève l'aimant peu à peu dans le trou central, on remarque que le liquide ne tourne plus quand le pôle de l'aimant se trouveà la hauteur du niveau du liquide. Si l'on continue à soulever l'aimant, la rotation se reproduit, mais es changeant de sens ; elle s'accélère jusqu'à ce que le milieu du barreau soit au niveau du liquide, puis elle s'affaiblit, devient nulle quand le pôle inférieur est au même niveau, pour changer ensuite de sens. — Si l'aimant vertical est en dehors de l'appareil, le pôle de l'aimant, pour qu'il n'y ait pas d'action, doit se trouver en des points dont la hauteur dépend de sa distance à l'axe de l'appareil. Ces points forment une sorte d'hyperboloïde de révolution à deux nappes. Ces phénomènes, qui se rattachent aux expériences de M. Boisgiraud(1662), ont été expliqués en détail par M. Bertin, en partant du principe des actions perpendiculaires aux plans qui passent par l'élément du courant considéré , et par les pôles de l'aimant (1660).
i Annales de chimie el de physique, 3e série, t. LV, p. 304, et LYII1, p. 90.