‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernement (volume 2)Chapitre 70 sur 186 · ÉLECTRICITÉ DUE AU FROTTEMENT · texte numérisé non relu

ÉLECTRICITÉ DUE AU FROTTEMENT

approchent de ceux de l'or musif et des amalgames. La quantité d'électricité donnée était déduite approximativement de la distance explosive de deux boules communiquant avec les conducteurs positif et négatif, la machine tournant avec une vitesse constante.

On peut aussi dire que, en général, quand les surfaces frottées sont humides, on ne recueille pas d'électricité; ce qui provient peut-être de ce que les fluides qui se séparent se recombinent aussitôt, par l'intermédiaire de la couche d'humidité qui réunit les deux corps. Quand les surfaces sont bien sèches, le moindre frottement fait apparaître l'électricité. Le papier humide, que l'on frotte sur un métal poli, ne donne aucune électricité ; mais s'il est bien sec, il s'électrise positivement. Dans les fabriques de papier continu, il se produit souvent des étincelles électriques provenant du frottement de la bande de papier, sur les cylindres chauds destinés à la sécher.

Après avoir rappelé ces généralités, il nous reste à étudier les circonstances du dégagement de l'électricité par le frottement sur les corps bons conducteurs, et à étudier l'influence que peut avoir sur ce dégagement la pression des corps en présence, leur vitesse tangentielle relative, et la nature du frottement.

1418. fileetrieité dan* le frottement des métaux par les mauvais eonduetears. — Les métaux frottés avec des conducteurs imparfaits, comme le bois, le liège, l'ivoire, le soufre même et la gomme laque, prennent l'électricité négative. Cavallo, Wilson, llaùy avaient déjà constaté ce résultat sur plusieurs métaux ; mais il s'était présenté des anomalies, particulièrement avec ceux qui sont facilement oxydables, comme le plomb, le bismuth, qui prennent assez souvent le fluide positif. M. A. de La Rive a expliqué ces anomalies, en remarquant que l'électricité est toujours négative quand la surface métallique est bien décapée1. Mais si cette surface est ternie par une mince couche d'oxyde, le corps frottant enlève et retient l'oxyde, qui devient alors la substance frottante, et qui ayant une grande tendance à prendre le fluide négatif, laisse au métal le fluide positif. Le liège, le caoutchouc, et généralement les corps mous qui enlèvent facilement la couche d'oxyde, produisent surtout cet effet. Si le métal oxydable a été chauffé, il est oxydé plus fortement, et prend certainement l'électricité positive. Quand la couche d'oxyde est trop épaisse pour être entièrement enlevée par le frottoir, le frottement s'exerçant sur cette couche, le métal s'électrise négativement, ou bien il ne s'électrise pas du tout, les deux surfaces en présence étant de même nature.

Ces expériences ont été faites avec un électroscope i feuilles d'or, avec ou sans condensateur. La lame métallique était tenue par un manche isolant et mise en communication avec Télectrométre. En passant délicatement le bout du doigt bien sec sur la lame métallique bien décapée, on obtenait facilement de l'électricité négative sur cette lame.

1414. Frottement des métaax entre eux. — Quand on frotte deux

« Bibliothèque univemlle de Genève (Sciences et arts), 4835, t. LIX, p. 43.

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corps bons conducteurs, les électricités se recombinent immédiatement, si l'on n'emploie pas des précautions spéciales. M. Becquerel est parvenu à constater l'électricité dégagée dans le frottement des métaux, par le moyen qui suit 1 : Deux lames métalliques sont soudées aux extrémités du fil d'un réomètre multiplicateur. La soudure de chaque plaque est enchâssée dans du liège mastiqué avec la plaque, de manière à arrêter la chaleur des mains. Si l'on applique les deux lames l'une sur l'autre, l'aiguille du réomètre reste en repos; mais dès qu'on les fait glisser Tune sur l'autre, l'aiguille est déviée ; c'est que le frottement décompose l'électricité neutre, chacun des fluides séparés se porte sur une des lames, une partie est aussitôt détruite aux surfaces en contact, maïs une petite portion se combine à travers le fil du réomètre, et fait dévier l'aiguille aimantée. La déviation est d'autant plus grande que le glissement est plus rapide, une moins grande partie des fluides se recombinant aux surfaces quand elles se quittent rapidement. Si l'on ne fait que presser les lames l'une sur l'autre, si môme on les frappe fortement sans glissement, l'aiguille aimantée ne bouge pas, quoiqu'il doive se produire de l'électricité. Le côté vers lequel est repoussé le pôle nord de l'aiguille aimantée fait connaître, comme nous le verrons, par quelle extrémité du fil arrive le fluide positif. Dans la liste qui suit, chaque substance prend le fluide négatif avec celles qui la suivent, et le fluide positif, avec celles qui la précédent :

Bismuth, palladium, platine; plomb, étain; nickel, cobalt; cuivre, or; argent, iridium, zinc, fer, cadmium, arsenic, antimoine, anthracite, peroxyde de manganèse.

M. Becquerel a remarqué que, dans cette liste, les métaux qui ont des propriétés physiques et chimiques analogues, ou qui se trouvent associés dans la nature, sont, en général, placés les uns à côté des autres ; par exemple, le palladium et le platine, le plomb et l'étain, le nickel et le cobalt, le cuivre et l'argent, le zinc, le fer et le cadmium. Les divers métaux s'échauffent inégalement quand on les frotte les uns sur les autres (II, 1034) et c'est celui qui s'échauffe le plus qui prend l'électricité négative. Nous verrons plus tard que la chaleur est une source d'électricité ; mais ici elle n'est pas la cause du dégagement, elle n'est qu'un effet concomitant et indépendant ; car les résultats restent les mêmes quand les surfaces métalliques sont polies ou dépolies ; et si, au lieu de plaques, on emploie des cylindres de cuivre et de fer, et qu'on fasse glisser un point de l'un d'eux sur une arête de l'autre, les résultats restent encore les mêmes, quel que soit le cylindre en repos.

On obtient encore de l'électricité en frottant deux masses d'un même métal l'une sur l'autre ; mais il faut que l'une d'elles glisse sur la surface de l'autre, en la pressant toujours par les mêmes points ; ce que l'on obtient en remplaçant l'une des lames par un bouton. Avec le bismuth, Y antimoine, le fer, le

1 Annales de chimie et de physique, 3e série, t. XLXVI, p. 133.

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