‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernement (volume 2)Chapitre 72 sur 186 · PRESSION · texte numérisé non relu

PRESSION

la plombagine , en donnent aussi une très grande, quoiqu'elles ne produisent pas d'actions chimiques pendant le frottement , et qu'elles soient très douces au toucher. *"

IL neetrieité produite par pression , clivage , ébranlements ■elécnlaires.

J4S0. FU88I0*. — Il suffit de presser deux corps l'un contre l'autre pour que, en les séparant, on les trouve chargés d'électricités contraires. Ce fait a été découvert par jEpinus , au moyen de deux plaques de verre . Plus tard , Libes ayant légèrement pressé un disque de laiton isolé , contre une feuille de taffetas gommée appliquée sur du bois , trouva, après la séparation, le métal électrisé négativement, et le taffetas positivement. Ce résultat ne peut être attribué à un frottement involontaire ; car , si l'on frotte les deux surfaces, le métal prend le fluide positif. Des disques d'argent, de cuivre , de zinc, etc., donnent les mômes résultats que le laiton.

M. Becquerel a reconnu qu'il se produit de l'électricité toutes les fois qu'un corps flexible est pressé contre un autre corps , et qu'on les sépare au moyen de manches isolants , pourvu que l'un au moins de ces corps soit mauvais conducteur. Il est probable que dans le cas où ils sont tous deux bons conducteurs , les électricités se séparent encore, mais qu'elles se recombinent aussitôt ; on remarque , en effet , que les charges sont d'autant plus fortes , avec les corps un peu conducteurs, que la séparation est faite plus vivement. La nature de l'électricité reçue par chaque corps dépend de sa nature et de celle de l'autre corps. Par exemple, le liège prend le fluide négatif avec les minéraux à surface vitreuse, et le fluide positif , quand on le presse sur des disques de houille , succin, cuivre , zinc, argent, écorce d'orange, caoutchouc , poils d'animaux. La chaleur manifeste encore ici son influence ordinaire : le spath d'Islande chaud prend l'électricité négative avec le liège ; un disque de liège chaud s'électrise négativement quand on le presse sur un autre disque de liège froid. L'humidité des surfaces est un obstacle au dégagement de l'électricité par pression ; il faut donc dessécher les corps avant l'expérience.

«4SI. Pression des cristaux. — Haûy a découvert un autre mode d'électrisation par la pression ' : ayant pressé entre ses doigts , pendant un temps très court, une lame de spath d'Islande, il la trouva électrisée positivement. En la pressant entre deux morceaux d'étoffe ou de quelque autre matière flexible, il obtint le même résultat, mais moins prononcé. Les corps rigides , comme le bois , ne donnent aucun résultat ; il faut que la substance puisse se mouler sur la surface du cristal en déplaçant les molécules , qui reviennent ensuite à leur première position par leur élasticité. Une foule de cristaux naturels s'élec-

1 Annales de chimie et de physique, &• série, t. Y , p. 72.

292 sources d'électricité.

trisent comme le spath d'Islande. Il faut que les faces soient brillantes et polies comme celles que Ton obtient par le clivage. L'espèce d'électricité dépend à la fois de la nature du cristal et delà substance qui le presse.

Un fait remarquable , c'est que les cristaux qui s'électrisent par pression

conservent leur électricité pendant très longtemps. Le spath d'Islande, sur

lequel Haûy , par un hasard heureux , a fait ses premiers essais , est le corps

qui présente celte propriété au plus haut degré ; on l'a vu rester électrisé

pendant 1 1 jours. La topaze du Brésil , la chaux fluatée , conservent leur

électricité pendant quelques heures seulement ; le corindon , Témeraude , le

spinelle, pendant 5 ou 6 heures ; l'aragonite , qui a la même composition que

le spath d'Islande , pendant 1 heure ; le cristal de roche , le diamant, pendant

15 ou 20 minutes. Ces nombres ne sont qu'approximatifs , les résultats

dépendant de la charge électrique. La faculté conservatrice de certains cristaux

se manifeste encore quand l'électricité est produite par le frottement. Elle

paratt due à la pénétration de l'électricité à une certaine

O A « profondeur au-dessous de la surface ; car, si l'on applique

I «es cristaux éleclrisés, sur des corps bons conducteurs,

I si même on les plonge dans l'eau , ils restent encore

il électrisés.

^^^-^^ Aiguille électrique. — Haûy a appliqué la faculté

^s9HB^ conservatrice du spath d'Islande à la construction d'un

Fig. 4 04a. électroscope qui fait connaître immédiatement la nature

de l'électricité. Cet instrument (fig. J043) est une

aiguille électrique (1259) dont un des boutons est remplacé par une lame

de spath d'Islande a, que l'on électrisé positivement par la pression des doigts.

On peut ensuite reconnaître facilement la nature de l'électricité des corps qu'on

en approche.

1422. Lois do dégagement de l'éleetriclté par la pression. — Ces lois ont été trouvées par M. Becquerel '. Il a reconnu que les tensions électriques de deux surfaces polies sont proportionnelles aux pressions qui les retiennent l'une contre l'autre, quand on les sépare assez vivement pour obtenir le maximum d'intensité électrique. Les charges étaient mesurées-au moyen d'une balance de torsion particulière ; les pressions variaient depuis 1 jusqu'à 10kil. Le spath d'Islande, le sulfate de baryte, le quartz hyalin, et le sulfate de chaux, pressés avec du liège , ont pris des charges différentes entre elles, comme les nombres 6 ; 4,2 ; 3,9; 1,9. L'état de la surface a parfois une grande influence ; c'est ainsi que le spath d'Islande dont les faces sont obtenues par clivage, s' électrisé 3 fois plus que celui dont les faces ont été polies artificiellement.

Remarquons que l'électricité de pression ne s'observe qu'après la séparation des surfaces en contact. M. Becquerel pense que , au moment de la compression, les deux surfaces prennent les fluides contraires, qui ne peuvent franchir

* Annales de chimie et de physique, 2e série, t. XXI, p. 5.

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