LIVRE IV
•83. Plaides impcadérabies. — En considérant l'ensemble des phénomènes naturels, les physiciens ont été conduits à admettre deux sortes de matière : Tune tangible et pesante, susceptible de se présenter sous les trois états, solidejiquideei gazeux; Tautre impalpable, sans pesanteur appréciable, dune mobilité et d'une subtilité extrêmes, et produisant les phénomènes de la chaleur, de la lumière et de Vélectricité. La matière pondérable est disséminée dans l'espace en masses isolées, placées à des distances immenses les unes des autres; les modifications qui s'y' produisent se transmettent à travers s;i substance avec des vitesses qui ne dépassent pas 5000'" par seconde, comme pour la propagation du son dans les solides. L'autre espèce de matière est répandue partout; il n'y a pas de vide pour elle, et ses mouvements se propagent avec une rapidité extrême, de 70000 lieues par seconde au moins. Cette grande mobilité a fait comparer cette espèce de matière à un fluide, et on lui a donné le nom de fluide impondérable, parce que l'on n'a pas pu lui trouver de poidb appréciable.
Hjrpothèse de l'éther. — On a considéré longtemps les phénomènes de la chaleur, de la lumière et de Yélectricité, comme dus à des fluides impondérables particuliers, de sorte que, dans ce système, la chaleur serait une espèce de matière, la lumière une autre espèce, etc. Mais à mesure que la science s'est perfectionnée, on a trouvé à faire des rapprochements de plus en plus nombreux entre ces différents ordres de phénomènes, et aujourd'hui on les regarde généralement comme dus à des mouvements imprimés à une substance unique, très élastique et d'une densité excessivement petite, répandue dans tout l'espace, même dans le vide le plus parfait, et remplissant les pores qui séparent les molécules des corps pondérables. La chaleur, la lumière, l'électricité ne sont plus alors des substances, mais les résultats de mouvements vibratoires particuliers imprimés à ce fluide universel ; de même que le son n'est pas une matière, mais un mouvement imprimé à la matière. Le fluide universel a reçu
le nom A'éther. Ce mot a été emprunté aux anciens, qui, du reste, n*y attachaient pas généralement le même sens que nous. Orphée l'emploie pour désigner le premier élément du monde ; Anaxagore appelle Téther le principe du feu, et Platon le qualifie de matière plus pure et plus légère que Tair.
•L'éther étant répandu dans tout Tespace, on voit qu'on ne peut reconnaître par rexpérience s'il est pesant. Nous sommes vis-à-vis de cette substance comme vis-à-vis deTair que nous chercherions àpeser au moyen de vases criblés de trous. Il est cependant probable que l'éther est pesant, c'est-à-dire qu'il obéit à l'attraction de la matière pondérable ; car les modifications qu'éprouve on rayon de lumière en traversant un cristal transparent à é)asticité inégale, montrent que l'éther accumulé autour de ses molécules possède une densité difféfente dans les diverses parties de ce cristal ; ce que l'on attribue à l'attraction variable des groupes moléculaires.
L'hypothèse de l'éther, à cause de sa grande simplicité et de la facilité avec laquelle elle explique la plupart des phénomènes, a été généralement adoptée. C'est surtout dans l'étude de la lumière qu'on a pu en suivre avec détail toutes les conséquences et Ton a toujours trouvé l'accord le plus satisfaisant entre les déductions théoriques et les résultats de l'expérience.
Dans ce livre et les suivants, nous allons nous occuper des phénomènes de la chaleur y de Y électricité et de la lumière, et nous mettrons en regard, toutes les fois que l'occasion s'en présentera, les faits et les lois observés, avec les explications théoriques qui s'y rapportent.